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À propos du plan de relance

Où est l’ambition ?

“C’est un plan audacieux, c’est un plan ambitieux”. C’est ainsi que Mr Sarkozy a présenté ce plan destiné à relancer l’économie française.

26 milliards d‘euros ! Important diront certains. Hélas non, quand on sait que l’ensemble des dépenses publiques annuelles de l’état est de 1.000 milliards. C’est même peu, très peu. Mais l’état de nos finances permettait-il un investissement plus important : vraisemblablement pas puisque nous sommes exsangues, notre dette, malgré les promesses, ne cesse de s’alourdir et son coût est devenu gravement insupportable.

Je crois, quant à moi, que le véritable plan de relance provient davantage de la Banque Centrale Européenne qui a - enfin ! - baissé de façon significative ses taux d’intérêt après des mois d’hésitation prudente, montrant d’ailleurs l’exemple aux USA qui, eux, laissent tout s’effondrer sans véritable réaction concertée.

Où EST L’AMBITION ?

Si l’on en revient au plan Sarkozy, il comporte certaines novations : il s’intéresse notamment, pour la première fois, aux P.M.E., reconnaissant indirectement que celles-ci représentent 70% des emplois salariés. Or l’une des difficultés majeures que doivent supporter ces P.M.E. provient que l’état ne leur paye pas ce qu’il leur doit et les oblige souvent à un an d’attente pour cela. Le plan Sarkozy prévoit qu’il va donc raccourcir ce délai pour leur redonner un peu d’une trésorerie qui leur fait lourdement défaut. C’est bien. Mais dans cette mesure, où est l’ambition d’un vrai plan de relance ?

Pour soutenir l’industrie automobile, c’est 1.000 euros qu’on va accorder à ceux qui changeront leur voiture pour un nouveau véhicule moins énergivore et moins polluant. Mais est-ce qu’aujourd’hui préparer un plan pour préparer notre pays à aborder le 21° siècle c’est d’inciter les gens à changer de voiture ? Est-ce que çà vaut la peine de gaspiller de l’argent public pour relancer la consommation d’automobiles ? Tout à peine, là où on prévoyait une chute des ventes l’année prochaine de l’ordre de 15%, on limitera la casse à 5%. Çà va faire anticiper l’achat d’une voiture, nouvelle voiture qu’on n’aura plus à acheter l’année suivante. Ce n’est pas pour cela qu’on achètera une voiture supplémentaire. Et on retombera dans le même marasme : c’est de la poudre aux yeux. Mais où est donc l’ambition là-dedans ?

On me reprochera certainement d’être à nouveau critique de la politique de Mr Sarkozy : voilà 18 mois que je dis que sa politique est à contre-courant de ce qu’il faut faire. Et on me répond que je ne lui laisse pas sa chance ni le temps nécessaire de la mise en place.

UN PLAN INDIGENT

Je dois quand même reconnaître aujourd’hui, quant aux autres mesures annoncées dans son plan, que la décision de Mr Sarkozy de donner la priorité à l’investissement, de veiller à la capacité de la France d’améliorer son appareil de production, est une bonne mesure en soi. Et non de relancer la consommation, ce qui n’aurait fait que de donner plus de richesse encore à la Chine ou aux autres pays émergents. Il n’y a que les stratèges du P.S., sous la houlette de Mme Aubry - une référence quand on sait que ses 35 heures universelles coûtent chaque année des milliards à la France et ne cessent implacablement de l’apauvrir ! - qui prétendent le contraire ! Ils ont oublié que même François Mitterrand, après la relance de la consommation en 1981 en donnant du pouvoir d’achat aux français (promesse qu’on a aussi entendue dans la bouche de Mr Sarkozy durant sa campagne), a dû arrêter l’expérience deux ans après pour mettre en place un implacable plan de rigueur. Mais, au P.S., on a la mémoire courte, c’est pas nouveau !

Mais 26 milliards d’euros, si on déduit de cette somme le paiement de ce que l’état doit aux P.M.E. (il ne fait que payer sa dette !), le paiement d’investissements déjà programmés depuis longtemps (T.G.V., autoroutes, etc....) et que, de toutes façons, on aurait bien dépensé selon des programmes longuement établis (tout au plus on fera un peu d’anticipation, ce qui ne fera que déplacer le problème pour les années suivantes), au bout du compte il ne reste plus grand chose. François Bayrou estime qu’il reste en tout 4 milliards d’investissements publics réellement nouveaux, soit 0,25% du PIB français (les USA prévoient près de 10% de leur propre PIB). Où est l’ambition là-dedans ? Tout au plus disons que la direction est bonne mais, quant aux moyens, ils relèvent de l’indigence, à la hauteur des moyens dont dispose l’état : si peu. Cela valait-il qu’on nomme un ministre spécialement pour manager ce plan “riquiqui” ?

Une autre mesure encore est celle qui exonère - pour 2009 seulement, pas au-delà - les entreprises de moins de 10 salariés pour les salaires les plus modestes : une véritable trappe aux bas salaires. Un piège !

Encore aussi les 200€ accordés aux ménages les plus modestes. Çà ne coûte pas très cher à l’état, beaucoup moins que le bouclier fiscal accordé aux plus privilégiés ! De la poudre aux yeux !

Et le chômage là-dedans ? Il est vrai que, avec ou sans plan, l’on va observer un accroissement de l’inflation, une baisse du pouvoir d’achat, une montée du chômage. Privilégier les investissements plutôt que la consommation ne peut, à terme, qu’avoir un effet bénéfique sur l’emploi. Mais ce terme-là se situe à plusieurs années. Ou il faudrait que le taux de croissance se situe immédiatement vers 2% : c’est irréaliste de le penser à court terme.

CHÔMAGE & FORMATION

Par contre je crois que l’une des meilleures façons de combattre le chômage est de conduire d’urgence une politique de formation. Notre système éducatif n’est pas très performant dans ce domaine : environ 20% de nos jeunes de 15 ans ne savent que (difficilement) lire et sont incapables de comprendre ce qu’ils lisent : ces jeunes-là sont promis avec certitude au chômage à vie. Rien n’est entrepris dans le plan pour enrayer cette vague d’exclus de notre société. Je le regrette.

UN DÉVOIEMENT DE L’ÉTAT

Enfin, il est une mesure annoncée par Mr Sarkozy qui me scandalise au plus haut point : sous prétexte de simplifier l’accès des P.M.E. aux marchés publics, voilà qu’on projette de supprimer les appels d’offres pour toute commande de moins de 5 millions d’euros. C’est-à-dire la grande majorité des marchés publics des collectivités locales. On instaure le règne du copinage, de la corruption, on abandonne la défense de l’argent public : on accordera les marchés publics à la tête du client, ou plutôt selon des critères que je n’ose citer. C’est le contraire de l’objectif recherché puisque des P.M.E. qui ne seront pas “en cour” avec les princes du moment verront se fermer la porte des marchés publics. Voilà une forme de mentalité de notre société que je récuse avec force. Sous prétexte que nous traversons une grave crise financière, il ne faut pas en tirer prétexte pour dévoyer l’esprit de nos institutions et de nos libertés. Voilà un penchant dangereux qu’il faut combattre avec force.


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10 réactions à cet article    


  • orange orange 10 décembre 2008 11:47

    Et allonsy encore pour ceux qui ont des moyens de s’offrir du changement dans sa vie quotidienne. Et le pauvre qui attend de mieux vivre, c’est pour quant ?


    • LE CHAT LE CHAT 10 décembre 2008 12:26

      voilà qu’on projette de supprimer les appels d’offres pour toute commande de moins de 5 millions d’euros.

      je suis bien d’accord , c’est carrément scandaleux et la porte ouverte au clientelisme ! smiley
      il n’y aura aucune réaction de l’opposition molle du PS , ses apparatchiks locaux étant de futurs bénéficiares de la mesure



      • Danjou 10 décembre 2008 13:41

        Monsieur Van de Ville : Vous devriez vous poser les bonnes questions : Pourquoi la production des entreprises s’écroule ? Parce que la consomation s’écroule. Pourquoi la consommation s’écroule ? Est ce un problème d’investissement ? Est ce un problème de pouvoir d’achat ? Que vous le vouliez ou non la consommation constitue le coeur du système. Or effectivement nous sommes aujourd’hui totalement piégés par la mondialisation et le libre échange. Si la consommation repart ce seront les chinois qui en profiteront. La messe est dite. Comme le dit Sarkozy la crise est structurelle. Or le problème c’est qu’il n’apporte aucune solution structurelle. Il traite le sujet comme si c’était une crise conjoncturelle. C’est pour çà que çà ne marchera pas. Tant que les causes (et non les conséquences) ne seront pas traitées rien ne marchera. Au Modem vous devriez commencer à y réfléchir sérieusement (j’ai voté Bayrou). Malheureusement je ne vois nul part l’amorce d’une réflexion de fond et c’est une grande déception.


        • Vilain petit canard Vilain petit canard 10 décembre 2008 13:42

          M. Sarkozy essaie de toutes ses forces de nous faire croire qu’il a fait un plan de relance "ambitieux et audacieux". Alors qu’en fait, il a surtout fait une déclaration à la télé, ce qui est très différent.


          • Fergus fergus 10 décembre 2008 16:01

            Oui, et comme le souligne un dessin du Canard Enchaîné de cette semaine, le but recherché par ce plan étriqué, mais bien vendu par les communiquants de l’Elysée, est moins la relance de l’économie française que la relance de Sarkozy dans l’opinion !


          • Vilain petit canard Vilain petit canard 11 décembre 2008 10:22

            Très juste.


          • Warhouha Warhouha 10 décembre 2008 15:26

            Sarkozy ne se soucie que de ses prochaines échéances électorales.
            Son plan est donc un effet d’annonce destiné aux électeurs potentiels. "Voyez comme je suis actif ! Voyez comme je sais que votre soucis principal, c’est de ne pas rouler dans une voiture neuve !"

            Ce gouvernement suit la logique qui anime le pouvoir américain depuis quelques temps déjà, avec le résultat que l’on sait : la facilité, toujours la facilité !
            Et c’est ainsi que, parce que c’est tellement plus facile, on traite conjoncturellement un problème structurel lourd. Il ne faut surtout pas effrayer les Français.


            • jesuisunhommelibre jesuisunhommelibre 10 décembre 2008 18:54

              C’est le propre de tout nos gouvernements et des hauts fonctionnaires de vouloir justifier leur fonction en produisant des "machins".

              Vous l’avez très bien expliqué, la prime à la casse ne fait que déplacer un acte d’achat. Mais plus grave, il nuit à certaines professions, ne permet pas à des personnes ayant de faibles moyens de s’équiper, et surtout, cela crée un phénomène brutal.

              On nous tanne régulièrement en disant qu’il ne faut plus de voiture, qu’il faut développer les services publics. Et, d’un coup, il faut aider le secteur automobile, en y consacrant des millions pris à des secteurs qui marchent et sont, eux, porteurs d’avenir.

              En revanche, vouloir baisser les taux bancaires est très risqué. Il ne faut pas oublier que c’est la cause première de la crise actuelle : Des taux américains tellement bas et déconnectés de la réalité que le marché s’est emballé.

              La seule relance efficace, serait une baisse des impôts. Cela a le double avantage d’augmenter le pouvoir d’achat (sans augmenter les coûts salariaux), tout en libérant du capital pour la création d’entreprises.

              Et au final, les rentrée fiscales sont plus importantes. C’est l’observation qui a été faite dans tout les pays qui ont pratiqué ainsi (Canada, Australie, Suède, ...).

              Dernière précision, vous parlez du raccourcisement des délai de paiement. S’il est vrai qu’il s’agit là d’une très bonne mesure, elle n’a rien à voir avec le plan de relance puisqu’elle a été votée en août 2008 avec application au 1er janvier 2009 (Loi du 4 août 2008 art. L.441-6 du Code de commerce, dite loi "LME").


              • Thierry LEITZ 11 décembre 2008 07:46

                Baisse des impôts dites-vous ?

                Avec les 500 niches fiscales, la moitiés des français exonérés, que voulez vous faire de plus ?
                Et les déficits tels qu’ils sont ? Voyez l’équipe Bush aux US. La baisse d’impôts, ils n’ont que çà comme solution, et avec quels résultats ?

                Je crois que le problème profond est celui des inégalités de revenus qui sont telles que le système se grippe. D’une production de richesse collective ne peut résulter une telle confiscation au profit d’une minorité décidant seule au mépris de toute démocratie.

                La fiscalité, c’est le garde fou, l’outil de peréquation, le Robin des Bois économique.

                Or elle est attaquée de partout. Y compris par des bien-pensants (enfin en apparence) qui veulent nous faire croire qu’en redonnant 10% de revenu à quelques ménages aisés on relance la conso ? Cela va plutôt faire enfler des comptes en banques et autres placements défiscalisés bien sûr !

                La conso, c’est le reflexe -obligé- des bas revenus. Alors, vont-ils se ruer sur des flat-tv made in china ? On peut le craindre, mais bon, c’est du ponctuel. Tout de même, trois remarques :

                 1/ tout produit taxé à 19,6% rapporte au Trésor et crée une richesse dans les activités d’import, distribution, transport et sav, tout çà au profit de FRANCAIS. Une part assez faible revient aux "chinois".

                 2/ quelle est la structure de consommation d’un ménage modeste ? Alimentaire, logement, chauffage, services divers... C’est fait en Chine, tout çà ?

                 3/ que beaucoup de produits manufacturés soient faits ailleurs, ce n’est pas les français qui l’ont voulu et organisé. C’était une stratégie de croissance forte et continue DES PROFITS au détriment des SALAIRES et des IMPOTS.

                Donc oui, une relance par le consommation se défend. Mais il faudrait l’assortir de certaines incitations "citoyennes" voire économiques, telle une taxe sociale frappant les produits venant de pays à bas salaires, au motif ethique qu’un commerce non-équitable (unfair trade) doit être combattu par tout Etat se réclamant des droits de l’homme.

                Evidemment, un tel Etat ne pourrait en aucun cas ni construire ni vendre des armes, quelles qu’elles soient. On est en plein rêve, je sais. Et j’accuse.

                Ce qui m’amène à parler du fabuleux gachis de ressources nettes dans les industries de la mort. 40 milliards € par an de dépenses militaires en France, idem en Allemagne et idem en GB. 120 milliards par an à eux trois. POURQUOI ?
                Utilisés à des fins civiles, ces sommes permettraient le plein emploi et l’éradication de la misère ici et en partie ailleurs puisque ces foutues armes sont achetées par des dictateurs véreux qui maintiennent leurs populations dans la précarité la plus vile.

                A coté de çà, le Plan de relance de Douai, 26 milliards DE DETTE EN PLUS pour nos enfants, c’est surtout un faire valoir de dirigeant en mal de popularité. Et un poste sympa pour un friqué de plus qui s’ennuie ferme à l’UMP.




                • chmoll chmoll 11 décembre 2008 08:40

                  ça ressemble plus au plan de rantanplan

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