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Accueil du site > Actualités > Politique > A quoi sert vraiment le oui luxembourgeois ?

A quoi sert vraiment le oui luxembourgeois ?

«  Jo ». Le « Oui » en Letzelbuergsch, la langue de nos 450.000 voisins luxembourgeois, aura finalement recueilli plus de 56 % des voix dimanche soir. 220.000 électeurs, un oui, mais beaucoup de questions encore en suspens. Car si le oui l’a emporté, il n’en dissimule pas moins de nombreuses zones d’ombres. Quelle valeur, déjà, pour ce oui, qui intervient en plein gèle du processus de ratification par les autres Etats membres de l’Union ? Quid de l’importance de la mise en balance de la démission de Jean-Claude Junker dans les résultats ? Est-ce un vote en faveur du texte ou d’un Premier ministre, inversement apprécié par ses concitoyens de ce que peut l’être un Jacques Chirac des siens ? Car s’il y a peu encore le oui surfait sur les sondages, le non avait, depuis la sanction franco-néerlandaise, largement refait son retard. A coups d’autocollants « Nee zur Verfassung » (Non à la Constitution) et « Jonk fir de Jo » (Jeunes pour le oui), la bataille faisait rage dans ce qui ressemblait jusqu’alors à une paisible monarchie. Et les reproches en tout genre sortaient comme la foule en période de soldes. Dont ceux de Gaston Gibéryien, membre du parti ADR, seule tendance politique en faveur du non, représentée à l’assemblée nationale, qui dénonçait une campagne gouvernementale partisane : « Les politiques vont dans les maisons de retraite et dans les écoles pour y faire la publicité pour le oui. Probablement de peur du non. ». Pensée  : « Doit-on comprendre - par analogie - que Gaston Gibéryien faisait campagne pour le non de peur du oui ? Membre du gouvernement CSV, Frank Engel apportait quant à lui sa dose de pathos dans les débats : « Le 10 juillet, l’avenir politique de l’Europe est entre les mains du Luxembourg ! ». Waouh ! Si avec ça les électeurs n’étaient pas convaincus...

 

« Merci Juncker », pourront donc dire les partisans du oui.

Car, à n’en pas douter, son « ultimatum » aura fait mouche. Reste qu’en l’état, nul ne sait vraiment quelle en sera sa véritable portée. Le vote luxembourgeois redonne certes un peu de baume au cœur des europhiles mais ne suffit à résoudre la crise que traverse aujourd’hui l’Union. Ne nous leurrons pas. Le oui luxembourgeois ne relancera pas le processus de ratification. Et nos élus restent dans l’obligation de repenser une nouvelle Europe. Seule question : comment ?. Car à en juger par l’issue du sommet de Bruxelles des 16 et 17 juin derniers, la tâche leur semble insurmontable. D’où, peut-être, ces beaux discours de dimanche appelant à mettre « le citoyen aux centre des débats » mais qui - triste paradoxe - ne sont nullement suivis d’effet. Pis, les différents mouvements politiques à travers l’Europe semblent se replier sur eux-mêmes. Comme si cet appel n’était en fait qu’une farce marketing qu’il conviendrait de vite oublier. Tout comme cette construction européenne qui garde en bouche le goût amer de la défaite pour certains et qu’il convient de vite adoucir avec des objectifs politiques bien plus nationaux. Mélanchon, en France, pourtant «  vainqueur » comme d’autres en France, ne propose d’ailleurs aucun projet européen. Seule les luttes internes au sein du parti socialiste français semble l’intéresser. Tout comme - tant qu’à faire - un poste haut placé au sein de l’appareil partisan...

 

La vraie force du oui luxembourgeois est peut-être d’ailleurs celle-là. Celle de rappeler à nos chers élus que le vote du 29 mai ne consistait pas à bouleverser l’organigramme des partis politiques. N’étaient un plébiscite en faveur d’untel ou d’untel. N’était pas une pré-campagne présidentielle. Que la construction européenne ne s’arrête pas aux limites géographiques et mentales françaises. Que la question de l’avenir de l’Union reste d’actualité. Que les gens aient voté oui ou non. Qu’il est peut-être plus urgent que jamais de se doter d’une vision de l’avenir. Que l’on attend toujours celle des leaders du non. Car si plan B il doit y avoir, c’est avant tout - et en toute logique - à eux de le proposer. Que les appels à l’intéressement citoyen ne doivent pas rester lettre morte, à l’état de vieux slogans poussiéreux. Parce que l’Europe ne se construit pas qu’à vingt-cinq chefs d’Etats et de gouvernement mais à 455 millions. Autant de personnes qui seront les premières concernées par son avancement. Important, ce rappel à l’ordre l’est. Incontestablement. Car déjà, l’Europe disparaît progressivement des médias et des partis politiques. Rien qu’en Allemagne, la campagne pour les législatives anticipées ne fait aucunement référence à l’Union. Comme s’il était encore aujourd’hui possible de séparer l’avenir des Etats membres de celui de l’Union... et de penser que les citoyens seraient suffisamment naïfs pour croire à une telle (ir)réalité.

 

Kai Littmann est président du Forum citoyen eurodistrict


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1 réactions à cet article    


  • Pascal (---.---.90.134) 16 juillet 2005 23:29

    « ...Que les appels à l’intéressement citoyen ne doivent pas rester lettre morte, à l’état de vieux slogans poussiéreux... »

    Quelque part , parler « d’interessement citoyen » comme un des objectifs europhiles parait une pensée singulierement en retrait de l’idéal démocratique tel qu’il s’est construit en Europe ces dernières dizaines d’années...

    Allez, soyez audacieux et parlez de démocratie européenne (en ne proposant pas moins de démocratie mais + que ce qui en existe dans les « états-nations ») et il se trouvera peut-être + de d’Européens (dont les Français evidemment ) pour « y aller » que pour voter NON à un projet peu démocratique.

    Faites chauffer le wikisme, l’agorisme, un peu de souffle que diable ! et l’Europe sera toute tracée et naturelle...

    Demander à ceux qui ont voté contre un texte de defendre un autre projet est légitime... Mais apparemment ces autres projets existent, de la même façon qu’il existe peut-être trop de plans B, mais ont-ils droits et possibilités d’être defendus à l’echelle européenne et dans les mêmes conditions que ne le fut feu le traité constitutionnel ?

    Honnêtement ?

    Poser la question c’est déjà se rendre compte que des reproches peuvent être souvent gratuits...

    On ne sort pas du probleme. Et celui-ci aurait été le même si le projet proposé avait été accepté par les Européens : Comment aller vers + de contrôle des citoyens, comment rapprocher l’Europe de ceux-ci... Celà n’en aurait été que + difficile à cause des verroux portés par le texte incriminé si les citoyens n’avaient recalé un texte mal gaulé...

    Est-ce que maintenant des espaces de consensus peuvent être construits et trouvés sur d’autres projets européens qui ne soient pas des versions éloignant le citoyen de sa souveraineté sur qui parle en son nom , qui exerce le pouvoir en son nom ? Des liens permettant de construire plus solidement que les conceptions un peu oligarchiques qui ont échoué à conquerir les peuples d’Europe malgrés des moyens de persuasion unipolaires ?

    C’est le défi qu’on a devant nous... Et de simples et nebuleux appels à l’interessement des citoyens (c’est à dire mille fois moins que l’ideal democratique) semblent des mirages dans une Europe de plus en plus surchauffée... C’est dire le deficit démocratique et les mauvaises habitudes prises en Europe par une petite élite politique.

    C’était pourtant simple :

    « Nous, le peuple des Etats-Unis, afin de former une union plus parfaite, d’établir la justice, d’assurer la tranquillité intérieure, de pouvoir a la défense commune, de développer le bien-être général et d’assurer nous-mêmes et notre postérité les bienfaits de la liberté, ordonnons et établissons la présente Constitution pour les Etats-Unis d’Amérique.... »

    ou

    "Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée Nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’Homme, afin que cette Déclaration, constamment présente à tous les Membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que leurs actes du pouvoir législatif, et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous.

    En conséquence, l’Assemblée Nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Etre suprême, les droits suivants de l’Homme et du Citoyen.

    Art. 1er. - Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune...."

    On peut faire mieux que celà, et nous avons l’experience de deux siecles de tatonements pour celà...

    Mais pas moins... Et nous en avons les outils ...

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