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Agglos et régions, pivots de la réforme fiscale et territoriale

A lire les réformes gouvernementales depuis la fausse décentralisation de J.P. Raffarin et à entendre les réactions qu’elles suscitent chez les élus, on a l’impression que le coup de grâce contre les collectivités locales n’est jamais le dernier. Alors oui, les transferts de charges non compensés de l’état au local sont légions. Oui aussi, par un jeu de textes successifs, les gouvernements de la droite libérale font échapper une part croissante des marges des entreprises au financement de la solidarité et du développement. Alors qu’en fin de compte les collectivités locales qui en bénéficient travaillent d’abord à l’avenir économique des territoires et injectent une part considérable de leurs ressources dans la commande aux secteurs privés. Le raisonnement fiscal du gouvernement est un raisonnement à courte vue, qui fait fi des dynamiques à long terme. Certes, la taxe professionnelle est à revoir, mais que le monde de l’entreprise contribue au financement du développement économique des territoires est légitime, car les investisseurs en sont souvent les bénéficiaires indirects. C’est par un lien fort entre le monde économique et la fiscalité que se poursuivra l’investissement pour les emplois de demains dans nos collectivités locales.
 
La question de la fiscalité locale ne peut être déconnecté des débats de la commission Balladur.
 
Dans les débats autour de la réforme territoriale, chacun s’attache à reconnaître les acquis de la décentralisation. Pourtant, on assiste actuellement à une dépendance accrue des collectivités territoriales vis-à-vis d’un Etat qui utilise la fiscalité locale comme variable de sa propre politique. Il s’agit bien d’une fausse décentralisation, où les décideurs de proximité ne peuvent agir que dans le cadre mouvant des normes fixées par l’Etat central. Il est temps de faire des élus locaux des acteurs autonomes et responsables.
 
La réforme de la fiscalité locale est le passage obligé d’une clarification du mille-feuilles administratif avant que le pudding ne devienne indigeste. Cela passe par l’affectation d’un impôt précis par niveau de collectivité, ce qui doit permettre la lisibilité civique et la fin de la prise en charge par l’Etat des ressources locales. C’est le seul moyen pour que l’inévitable hausse des impôts locaux soit compensée par une baisse équivalente des prélèvements de l’Etat.
 
Qui dit ressources précises, dit aussi missions claires. La France est le pays spécialiste de la création de nouvelles structures utiles (régions, communautés de communes), sans toujours supprimer les anciennes devenues désuètes comme le département qui ne conserve une réalité que dans peu de régions.
 
Cette situation provoque des doublons coûteux que les citoyens ne supporteront pas longtemps. Une redéfinition et une redistribution des missions des collectivités sont les seuls moyens de rationaliser la dépense publique et de simplifier les échelons.
 
Régions et agglomérations pourraient se partager ce qui reste des missions des conseils généraux.
 
Les agglomérations correspondent à la carte de la vie des citoyens. C’est l’échelon de proximité adapté aux nouvelles mobilités, qui peuvent traiter avec cohérence la vie quotidienne.
 
La Bretagne ou l’Alsace, régions où la carte des agglos et des pays est bien en place, pourraient être des pôles d’expérience en la matière, car de toute façon, rien n’oblige à ce que la réforme soit uniforme et monolithique : si dans quelques régions le département garde un sens, on peut très bien imaginer des régions avec ou sans département. Un passage par l’expérimentation locale briserait bien des résistances de départementalistes conservateurs de tous bords !
 
Ces expérimentations régionales pourraient permettre l’élection au suffrage universel de conseils d’agglomération, car les agglomérations ont un rôle majeur à jouer pour permettre la solidarité effective et la péréquation entre communes, pour peu que leur projet de territoire soit validé par les citoyens au delà des querelles de clocher.
 
Dans le débat public autour de la commission Balladur , il est surprenant de voir que ce sont souvent les même qui réclament des régions plus grandes et qui souhaitent conserver le morcellement départemental. Les pays voisins nous montrent pourtant que ce n’est pas la taille des régions qui compte, mais leur force institutionnelle.
L’Espagne démocratique a assis son renouveau économique sur plusieurs régions fortes : hors Madrid, l’originalité Basque où le dynamisme Catalan jouent un rôle primordial.
 
L’autonomie et l’expérimentation des régions, c’est permettre la mise en place de stratégies économiques qui collent aux réalités territoriales. Loin d’être source d’inégalités fantasmées, il s’agit bien de se servir de la diversité de situations au bénéfice de l’ensemble.
 
Pourquoi la France ne s’en inspirerait-elle pas ? Car ne nous-y trompons pas, le grand Paris n’est qu’une périphérie excentrée de ce que les géographes nomment la « banane bleue » ou la dorsale européenne (de Londres à Milan, en passant par le Bénélux et la Rhénanie). Pour peser face à cet axe, la France a besoin de plusieurs pôles de développement, dont un s’appuie sur la centralité économique de l’Atlantique.
 
La France, pays terrien et centralisé, a peu à peu délaissé le commerce maritime. Une Région Bretagne avec de fortes marges de manœuvre budgétaires s’y investirait sans attendre le bon vouloir des ministères parisiens.
 
De ce point de vue maritime, le retour de Nantes et Saint-Nazaire dans la Bretagne est une évidence : Brest, Lorient et Saint-Nazaire ont des convergences maritimes à mettre en synergie. Ces synergies ne seront pas perçues et soutenues dans un grand ouest ou Laval, Le Mans et Angers tournent le dos aux logiques « Atlantique ».
 
Une Normandie est plus claire que deux , rappelait récement Nicolas Sarkozy. Evidement, et de même Val de Loire, Bretagne, Normandie, Vendée et Poitou offrent des avantages tant économiques que civiques. Ce sont des marques qui vendent et se lisent ; ce sont des territoires vécus et donc compris par des citoyens qui s’y retrouveraient plus que dans de fausses féodalités électives.
 
Les régions fortes et dynamiques en Europe et dans le Monde s’appuient sur une identification claire à l’externe et mobilisatrice à l’interne : Bavière, Catalogne, Ecosse. Au delà des identités culturelles, des logiques économiques intègrent ce fait : le nombre d’entreprises membres des réseaux « produits en Bretagne » est de ce point de vue significatif.
 
Les termes Ouest ou Grand Ouest souhaités par ceux que la taille obsèdent n’apportent de ce point de vue aucune plus value.
 
Avec ces termes, Rennes, Nantes ou Le Mans se marginalisent à la périphérie, alors qu’elles ont chacune d’indéniables caractères de centralité dynamique. La qualification Grand Ouest ne sert la vitalité d’aucune de ces trois villes.
Surtout, Ouest ne veut rien dire en soi, c’est une appellation franco-centrée. A New-York la Bretagne est clairement identifiée dans certains esprits. L’ouest fut-il grand, c’est là bas… la Californie ! Et oui, Brest, pour certains, est la côte Est de l’Atlantique ! On connaît la Rhénanie en Allemagne, mais si elle s’appelait Ouest, nous serions perdus…
 
Aujourd’hui, les divisions administratives artificielles morcellent le territoire et nuisent aux dynamiques économiques de l’ensemble de la France.
 
Demain, la fiscalité au service du développement local doit être lisible pour le plus grand nombre, rationalisée, et ancrée sur des espaces efficaces.
 
Saisissons cette période de débat pour que des territoires cohérents organisent les services publics en fonction des contextes géographiques et des situations, dans un triple souci de force économique, d’aménagements adaptés à l’histoire et de participations citoyennes accrues par la proximité et la lisibilité.
 
Yann SYZ
Maire Adjoint de Lorient
Groupe UDB 
par yann syz (son site) lundi 2 mars 2009 - 26 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par LE CHAT (xxx.xxx.xxx.148) 2 mars 2009 13:43
    LE CHAT

    c’est une bonne idée que ce remaniement des régions . Le 44 fait évidemment partie de la bretagne historique , d’accord avec vous . Certaines régions sont trop peu peuplées et trop petites comme le limousin ou l’auvergne , d’autres n’ont aucun attachement sentimental de la part de la population ( qui va dire qu’il est du centre ? ) .La Somme est la bienvenue si elle veut se rattacher au nord pas de calais , le chti y est aussi parlé ! smiley et aussi historiquement .

  • Par Rage (xxx.xxx.xxx.129) 2 mars 2009 11:13
    Rage

    Bonjour,

    Je partage en grande partie votre position.
    En clair, nous avons une très large majorité d’agents et d’élus parfaitement conscients que les échelons opérationnels sont à terme : les Régions et les communautés de communes/agglos.

    Pour ma part, cette réforme pour être réussie devrait clairement faire le choix de :

     supprimer les départements

     réduire via regroupement sur le périmètre des EPCI (intercos) le nombre de communes de 36 000 à environ 8000.

     attribuer clairement les champs de compétences et les chef de file (aspect pilotage-compétence)

     incorporer ou associer certaines structures parapublique comme les offices HLM ou les syndicats mixtes dans les compétences d’un échelon (agglo en l’occurence)

     modifier les modes de scrutins en communauté d’agglos vers un mode plus proche du "Paris-Lyon-Marseille", éventuellement en communauté de communes rural sur le même modèle ou bien par liste traditionnelle (sans panachage possible). Conserver le mode de scrutin actuel en Régions.

     refondre enfin la fiscalité locale

    L’ensemble de ces points est, à chaque fois, particulièrement dimensionnant.

    Cela signifie moins d’élus : c’est la raison pour laquelle une partie des agents et des élus se bat contre une autre partie d’élus.. qui ne souhaitent pas perdre leurs rentes.
    Cela signifie moins de structures pour un oui ou pour un non : donc moins de rente, donc des élus contre...
    Cela signifie des compétences plus claires, donc des responsabilités à assumer "seul" : plus d’exposition et de responsabilité, donc des élus contre...

    La liste pourrait s’allonger : l’enjeu est énorme puisqu’il faut assumer le fait de défier une partie des élus pour moderniser les pays.

    Le jeu en vaut la chandelle- malgré ce qui dit KPMG et d’autres - puisque les financements/compétences croisées coûtent particulièrement chères sans parler des conséquences illogiques qu’elles créent (effet frontière, opportunisme etc...).

    Enfin, la fiscalité locale a aujourd’hui tout pour déplaire : illisible, injuste, illogique et inadaptée.
    Des années que l’on en parle (valeur locative des années 70 pour l’ancien) et qu’il devient urgent de canaliser des impôts sur un, et un seul, échelon.
    Quant à supprimer la TP, ou plus exactement la TP sur la partie investissement, pourquoi pas : mais avec quelle ressource en contre-partie ?

    A moins que l’idée ne soit de supprimer un bon paquets de fonctionnaires et de projets en collectivités, la suppression de la TP part investissement n’est pas réalisable sans compensation. Celle-ci, si elle ne pèse pas sur les entreprises pèsera d’une façon ou d’une autre sur les contribuables/consommateurs... difficile à défendre en ce moment.

    Bilan global : on navigue à vue sans cohérence d’ensemble.
    Les décisions fortes sont évitées. Les grands discours s’ensuivent de peu d’effets, ou pire, d’effets négatifs (le déficit est annoncé à 100G€ en 2009, soit un doublement en un an ! Pire qu’une cata...).

    Pas étonnant que l’on sombre lentement et surement dans une récession dure et durable.

    Et pour terminer, le découpage des Régions est toujours discutable, ce n’est pas là l’enjeu majeur. Néanmoins votre proposition est tout à fait intéressante : je partage exactement la même lecture pour l’ouest : 4 grandes Régions qui correspondent à des bassins géographiques, historiques et humains. Une bonne idée donc... mais après le ménage précédemment cité.

  • Par Serge (xxx.xxx.xxx.59) 2 mars 2009 13:35
    Serge

    Je suis en total accord avec votre conclusion...

    La déclaration suivante de Balladur indique à l’évidence que le projet concocté par "le comité de réforme des collectivités locales" a pour objectif le contraire :

    " Dans vingt ans,mon souhait,c’est que notre système soit fondé sur LES REGIONS et de GRANDES COMMUNES,au sein desquelles les communes continueraient peut-être à exister,mais avec un rôle bien moindre,des ressources bien moindres et une quasi-tutelle de la communauté de communes dont elles feraient partie."

    Un programme clairement exprimé pour éloigner encore plus le fonctionnement et la gestion des collectivités locales du citoyen !

  • Par non666 (xxx.xxx.xxx.204) 2 mars 2009 15:24
    non666

    Il y a un autre enjeux que celui de la fiscalité pour cette reforme et sur l’objectif de detruire les departements.

    Cet enjeux est la "localisation" de la dette des dits departements en cas de suppression de ceux ci.
    Qui heritera de l’ardoise ?

    On oublie trop souvent que si les critères de Maastricht impose un endettement théoriquement en dessous de 60% du PIB, cela ne concerne que le niveau Etat...

    Avec des Regions, des departements, des communes, la France gagne le triste privilège d’avoir 3 niveaux d’endettement possible supplementaire. Certaines villes, departements, regions ne s’en prive pas.
    Certaines sont deja sous tutelle de l’Etat sur ce sujet.

    De plus rappelons que quand breton a été nommé a bercy, il avait fait remarquer que le niveau d’endettement reel de l’Etat français, si l’on tenait compte de ses engagement sur les retraites des entreprises publiques etait deja de 120%... Fabius, DSK, Sarkozy , tous ses predecesseurs avaient utilisé une technique denoncée dans les livres de françois de clozet : Signature d’un engagement de l’Etat sur les retraites d’une de ces sociétés contre le versement d’une tontaine par cette société.
    Seulement la tontaine etait a chaque fois tres inferieure a la valeur de l’engagement sur le long terme.....
    Du coup ces ministres tricheurs avaient présentés des bilan glorieux, juste avant les elections qui suivaient en "oubliant" d’inscrire à la dette les garanties engagées !

    Qu’en est il dans les communes, les departements et les regions ?
    Qui va recuperer ces dettes en cas de disparition des departements ?
    Qui osera preter encore a des collectivités surendettées ?

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