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Accueil du site > Actualités > Politique > Ah ça ira, oligarques et autocrates on les pendra !

Ah ça ira, oligarques et autocrates on les pendra !

On ne dit plus société mais système. On ne dit pas gouvernement mais régime. Mais dans les faits, un parti au gouvernement peut infléchir un régime à un point tel que ce parti soit pris pour un régime. Les observateurs ont parlé du mitterrandisme, du chiraquisme et maintenant du sarkozysme. Pas sûr que ces substantifs désignent une réalité nationale tangible. Mieux vaudrait se préserver d’un provincialisme de Cocagne pour affronter l’évolution de la France au sein de l’Europe, en évoquant une hybridation du régime français au régime européen. Pour l’instant, nul ne peut dire ce qu’est réellement l’Europe. Mais l’union européenne, ça nous parle un peu plus, comme d’ailleurs la commission européenne et son parlement, lieu où l’on bavarde de choses et d’autres mais dont les médias ne parlent pas, sauf quand un Le Pen traite Cohn-Bendit de pédophile. L’Europe est une entité transnationale hétérogène car constituée de nations aux histoires et cultures différentes. Mais l’Europe est aussi un système accordant à la technologie et l’économie une place centrale. C’est aussi un système géré, administré, gouverné, managé par un certain type d’homme, managers, administrateurs et cadres. La compréhension d’un régime ou un système doit nécessairement passer par l’analyse des comportements humains, celui des populations et surtout celui des individus placés dans les lieux de décision et de pouvoir. On sait en effet qu’il n’existe pas de régime sans les « hommes du régime », qu’il soit gaulliste, kadhafiste, turc ou argentin. Mais à notre ère hyperindustrielle, un régime ne peut plus être dissocié du dispositif productif avec ses entreprises, notamment les multinationales. On devra parler alors des hommes du système.

Le système, un mot qui signifie autant sinon plus que le mot « société » devenu un peu dépassé au 20ème siècle alors qu’il avait toute sa place au 19ème. Deux des plus grands critiques du 20ème siècle, Ellul et Marcuse, se sont penchés sur le système, chacun à leur manière, le premier instant sur le volet technique, le second sur les aspects psychopolitiques. L’affaire était pour ainsi dire pliée, épistémologiquement parlant. C’est bien le système qui exerce une pression sur les individus, celui de la marchandise, la publicité, la propagande, la technique qui, selon une bonne formule d’Ellul, n’a rien de neutre. En 1964, Marcuse livrait une analyse saisissante de la société industrielle :

« Le totalitarisme n’est pas seulement le fait d’une forme spécifique de gouvernement ou de parti, il découle plutôt d’un système spécifique de production et distribution, parfaitement compatible avec un pluralisme de partis, de journaux, avec la séparation des pouvoirs »

« Les capacités (intellectuelles et matérielles) de la société contemporaine sont infiniment plus grandes que jamais ; ce qui signifie que la domination de la société sur l’individu est infiniment plus grande que jamais. L’originalité de notre société réside dans l’utilisation de la technologie, plutôt que de la terreur, pour obtenir la cohésion des forces sociales dans un mouvement double, un fonctionnalisme écrasant et une amélioration standard du niveau de vie »

Marcuse a livré une grande critique du système, lequel exerce une domination sur l’individu qui n’a pas d’autre choix que de jouer un jeu dont les règles lui sont fournies mais qu’il ne peut changer. La démocratie du système, c’est d’avoir la liberté de jouer la partie politique avec des règles imposées. Parmi ces règles, il y a non seulement l’organisation électorale, les lois votées, mais aussi les règles de la marchandise et l’usage des technologies devenues quasiment incontournable. Présenté ainsi, le système apparaît comme une sorte de Léviathan technocratique étranger à l’humain mais ce n’est qu’une apparence. Car derrière ce monstre systémique, des individus bien placés tirent leur avantage. Autrement dit, il y a plusieurs types de jeu, celui des puissants, managers et autres chefs et celui du citoyen ordinaire.

La critique de Marcuse a porté sur la société industrielle parvenue à son apogée pendant la phase 1900-1960. Par la suite, la société post-industrielle s’est mise en place. On devrait plutôt dire société hyperindustrielle, avec ses technologies de pointe utilisée dans les domaines clé comme l’armée, la police, la communication, la finance, la santé. La nouvelle ère a été décrite comme celle de l’individualisme, du vide, du bougisme, de la fête, marquée par un nouvel esprit du capitalisme. D’autres ont évoqué une financiarisation du capitalisme pour désigner sa structure vouée à l’optimisation des rendements du capital, au-delà ces possibilités de l’économie réelle. Ce nouveau capitalisme a amené l’avènement de nouveaux managers, plus mobiles, moins liés à l’entreprise que les capitaines d’industrie d’avant 1970. Quant aux politiques, ils se sont eux aussi métamorphosés, en acteur jouant des postures et des rôles, en bête de scène, en star et surtout en individu pénétrés de narcissisme comme l’a bien analysé Lasch. Le constat de Marcuse mérite d’être revu. La domination du système sur l’individu est encore plus puissante. Une contestation civile et populaire comme celle des années 1960 n’est plus possible. On a vu se dessiner des types d’homme nouveau. Métamorphose du bourgeois avait dit Ellul. Nous pourrions aussi écrire une métamorphose des puissants. Actuellement, deux types humains sont devenus visibles et problématiques, les oligarques et les autocrates.

Il n’existe pas de système sans les hommes du système, les uns aux commandes, dans les lieux de pouvoir et de profit, les autres, disséminés, comme exécutants, subalternes, travailleurs, cadres, techniciens, opérateurs ou bien, dans les marges, privés d’emploi ou naviguant à travers des petits boulots. Toute critique visant à améliorer le système ne peut contourner cette question des déviances oligarchiques et autocratiques. En interrogeant la nature du phénomène. S’agit-il de simples excès ou bien de signes d’un système résolument tourné vers la satisfaction des désirs et volontés d’un ensemble de castes et classes supérieures ? Auquel cas, l’injustice avérée de ce système ne peut passer auprès des exécutants que par la diffusion d’une idéologie. C’est sans doute le cas, avec l’idée propagée du mérite et de la création de richesses due aux riches. C’est avec ce genre d’idéologie que la rémunération du travail a diminué au profit du capital.

Quel est au juste le problème ? Eh bien il se traduit par une captation pour ne pas dire une vampirisation de l’espace progressif par une catégorie d’individu, les uns absorbant les profits en infléchissant la société, les politiques étant complices, afin qu’elle se soumette à la maximisation des profits ; les autres occupant les places de décision, jouant de combines et réseaux au service de leur propre progression dans les carrières avec les prébendes et les dividendes souvent acquis au détriment de gens tout aussi sinon plus compétents et talentueux mais sans doute, moins manipulateurs et pas très doués pour jouer de l’entregent, séduire et se placer. Le système hyperindustriel est devenu un jeu où règnent les meneurs de jeu et où gagnent ceux qui savent jouer. Pour entretenir la machinerie du jeu financier et politique, il faut des travailleurs.

Les deux critiques du capitalisme, esthétique et idéologique selon Chiapello et Boltanski, semblent bel et bien inactuelles, peut-être pas dépassées mais en tous cas bien insuffisantes pour comprendre le système et les nouvelles dominations. Avec la figure de l’autocrate et de l’oligarque, c’est une critique anthropologique qui se dessine. On ne peut la dissocier d’une critique « technicologique » qui se penche sur la place des technologies sans lesquelles ces nouveaux pouvoirs et leurs figures incarnées ne pourraient être efficients. C’est bien grâce aux techniques de communication, de transmission, d’informatisation, de robotisation, que les profits financiers ont été démultipliés alors que les médias ont ouvert la voie vers les attitudes narcissiques qui souvent, sous-tendent les manœuvres autocrates. Dans le même ordre d’idée, l’oligarque traduirait une déviance humaine bien connue, la cupidité, pour ne pas dire la vénalité.

La critique technicologique devrait mettre à jour l’avènement d’un dispositif de savoirs, d’un espace épistémologique traversé par les savoirs-faires du management et de la gouvernance, avec un objet épistémologique qui, comme le gène issu des analyses génétiques, émane des analyses sociologiques et politiques. Cet objet, c’est l’homme objet, devenu une matière qu’on exploite, asservit, utilise, numérise pour le faire entrer dans les programmes statistiques permettant d’évaluer les expériences sociales conduites par les maîtres du système. Tous les critères quantitatifs humains sont bon à prendre, résultats scolaires, données sanitaires, consommation, fichage généralisé. L’homme-objet du 21ème siècle est au système hyperindustriel ce que l’esclave était au système citoyen athénien. Les maîtres du système font ce qu’ils veulent, en accordant quelques concessions aux populations qui consentent le plus souvent à se faire asservir, du moins dans les pays très industrialisés où les sources de divertissements ne manquent pas, tout comme les sources d’ensorcellement et de manipulation par les grands manitous de la pub. Ni les richesses pour soutenir les plus démunis par les aides publiques et calmer la rue. La démocratie s’effrite. On croit que ce sont les dictateurs et les systèmes totalitaires qui portent atteinte à la démocratie. Par contre, l’idée d’un système démocratie qui perd sa démocratie paraît insensée et pourtant, c’est bien le cas. La démocratie se meurt sous l’effet de toutes les composantes sociales du système, puissants et dominés oeuvrant en synergie.

Rousseau faisait un pari anthropologique dans ses utopies de volonté générale et de voix céleste guidant la raison publique. Maintenant, le pari est un problème, avec les autocrates et oligarques agissant avec la déraison publique. On en reparlera

Ah ça ira ça ira ça ira, les élitocrates on les aura

Ah ça ira ça ira ça ira, les élitocrates on les pendra


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4 réactions à cet article    


  • Kalki Kalki 29 septembre 2011 11:22

    rira bien qui rira ... ...

    mangez des pommes, 50 euro de matériel pour produire votre nourriture


    • jef88 jef88 29 septembre 2011 12:35

      Mieux vaudrait se préserver d’un provincialisme de Cocagne

      Les provinciaux apprécient ...


      • bigglop bigglop 30 septembre 2011 01:43

        Bonjour,

        Et si nous revenions aux fondamentaux :
        Constitution de l’AN I, du 24 juin 1793 qui stipulait :

        "Quand le gouvernement viole les lois du Peuple, l’insurrection est, pour le Peuple et pour chaque portion du Peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs."

        C’est ca la Révolution !

        http://www.aidh.org/Biblio/Text_fondat/FR_04.htm


        • NON ILS NE VALENT PAS LA CORDE POUR LES PENDRE(dicton populaire québecquois..)


          MAIS ENVOYONS LES AU BAGNE DE CAYENNE...FAUDRA PREVOIR TRES GRAND...POUR
           
          . MINISTRES...SENATEURS ET DEPUTES DES CLUBS D ’ INFLUENCE ET LEURS AMIS BANQUIERS........
           
           ET MARCHANDS D ARMES....

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