Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Politique > Allocation de rentrée universitaire : la mesure de rattrapage du (...)

Allocation de rentrée universitaire : la mesure de rattrapage du gouvernement ?

Le gouvernement vient d’annoncer une allocation de rentrée universitaire dont bénéficieront 500 000 étudiants. Une allocation donc de plus, dans le maquis très dense des revenus versés par notre Etat-providence à la générosité sans fin. Avec des finances usées jusqu’à la corde. De la politique ? Non, cela s’appelle de l’électoralisme, surtout à moins d’un an d’une élection majeure.

Ce que l’on subodorait a été confirmé par le président Jacques Chirac dans son intervention du 14 juillet dernier. Il ne faut pas en effet s’y tromper. Si Jacques Chirac a dit qu’il était favorable à l’allocation étudiante, elle devrait sans aucun doute entrer en vigueur dès la rentrée prochaine. Une mesure qui devrait s’appliquer à 500 000 étudiants boursiers, ou issus de classes moyennes modestes exclus du système des bourses. De 50 à 60 millions d’euros auraient déjà été provisionnés sur le budget.

Cette décision ressemble à s’y méprendre à une mesure de rattrapage, ou pour emprunter au lexique du football, à une compensation, de la part du gouvernement envers les jeunes. Un rattrapage afin de faire oublier le terrible échec, disons même le fiasco retentissant, du contrat première embauche au début de cette année. Le gouvernement a besoin de redorer son blason auprès de la jeunesse. A moins d’un an des élections présidentielles et des élections législatives, le gouvernement se doit de mener une offensive de charme envers les jeunes, et de ne pas laisser ses adversaires bénéficier de l’amertume, voire de la rancœur, née du CPE. C’est chose faite. Ou, en tous cas, c’est un premier pas.

Voilà une décision qui rappelle étrangement celle du candidat Jacques Chirac en 1995, quand il avait mis fin au service militaire obligatoire. A l’époque, cette décision s’était avérée payante d’un point de vue électoral, puisque les jeunes avaient voté en majorité pour le leader du feu RPR (Rassemblement pour la République, ancêtre de l’UMP). En ira-t-il de même pour l’actuel gouvernement ? En particulier pour le premier d’entre eux, Dominique de Villepin ? Rien n’est moins sûr. Les temps changent. Les électeurs aussi. Comme dans tout pari, on est soit gagnant, soit perdant.

Ceux et celles qui croient que le Premier ministre a renoncé à ses desseins présidentiels se leurrent. D’où cette initiative à l’intention des jeunes, en espérant les faire revenir sur le bon chemin. Et donc les convaincre de faire le bon choix le moment venu. En d’autres termes, qu’ils se rappellent cette généreuse attention.

Certes, l’éducation est un droit universel. C’est par conséquent inadmissible que des jeunes talentueux, au fort potentiel, soient exclus du système, interdits d’études supérieures pour des raisons exclusivement financières. L’argent ne devrait pas être discriminatoire. Dans ce sens, il est impératif de la part de l’État-providence de venir en aide aux plus démunis. L’éducation, faut-il rappeler, fait partie des missions régaliennes de l’État.

Cependant, cette mesure est discutable. Car l’État va au plus facile. Au plus simple. Et ses initiateurs comptent en tirer les dividendes électoraux. Or, une fois de plus, au plus haut de l’État, on fait les choses à moitié. Dans le même temps, en effet, il faudrait accompagner cette mesure de réformes visant à une refonte du système éducatif, lui permettant, par exemple, une meilleure adéquation entre les formations et les besoins des entreprises, ou encore d’une réflexion sur le statut des universités, véritable serpent de mer depuis des lustres.

Une nécessité absolue, en ces temps de concurrence acharnée que se livrent les nations pour attirer les meilleurs éléments. Car tous les experts le disent, l’affirment haut et fort et le répètent, l’efficacité du système éducatif et la qualité de la formation deviennent des éléments décisifs dans la compétitivité des nations, et donc dans leur capacité à jouer un rôle moteur dans l’innovation et dans la maîtrise des enjeux économiques d’aujourd’hui et de demain.

D’où cette désagréable impression d’électoralisme, surtout à un an d’élections majeures (présidentielle et législatives), et non de politique. Privilégier le court terme sur le long terme : un mal bien inhérent à notre classe politique. Et dont a priori elle ne semble pas encore prête à s’immuniser.

C’est regrettable, car, au bout du compte, c’est de la perte de temps.


Moyenne des avis sur cet article :  4.17/5   (101 votes)




Réagissez à l'article

9 réactions à cet article    


  • Bouli (---.---.248.74) 17 juillet 2006 14:09

    En effet, c’est une fausse mesure. Certes, pour nous étudiant, c’est déjà ça de pris mais ce n’est pas LA solution. Il faudrait penser à réformer le système des bourses car elles s’adressent surtout aux très pauvres ; les familles modestes sont exclues et pourtant, on en aurait bien besoin ! Je peux en témoigner... Le gouvernement continue à nous prendre pour des cons...


    • Rage Rage 17 juillet 2006 17:34

      Je suis en parfait accord avec cet article.

      Il s’agit en effet d’une mesurette (une de plus) dans le maquis des aides déjà existantes.

      La démago « facile » consiste toujours à faire des cadeaux de quelques euros envers les plus pauvres. Cependant personne ne cherche à comprendre les mécanismes et à essayer de trouver les effets pervers d’une aide.

      En l’occurence, c’est l’ensemble du système d’attribution des bourses, et même carrément la référence à la sacro sainte feuille d’imposition qu’il faut revoir. Pourquoi ? Parce que le système est biaisé du début à la fin, parce que le système des bourses fait la part belle aux grandes familles et non aux situations réelles (barèmes), parce qu’il vaut mieux 1 parent qui bosse et l’autre qui chôme, même en ayant plus d’euros à la fin, que 2 qui bossent (effet gavage des familles « cathos » à 4 enfants et avec mère au foyer). Mais aussi parce que la déclaration d’impôt est loin d’être parole d’évangile (année de référence N-2, abattements diverses et variés, black...) donc loin d’être fiable : il suffit de voir le terrain pour comprendre qu’un enfant d’artisan, perché sur une barraque + piscine réussissant à avoir une bourse de rang 5 (3500€/an) ça sent l’entourloupe et l’absence de contrôle...

      Et quant à l’organisation administrative, elle est défaillante depuis longtemps : Les CROUS croulent sous les demandes et n’ont pas le personnel nécessaire. Par ailleurs, pourquoi centraliser un organisme qui fonctionnerait bien mieux au sein de l’université par un effet de croisement des données incription-revenu-cours suivi-présence-revenus ?

      Ah ! J’en ai vu des collègues avec des 200 à 300€/mois se faire plaisir à zoner à la fac alors qu’ils avaient, si ce n’est plus que moi, au moins la même chose niveau « argent à disposition ». J’en ai vu aussi s’inscrire à la fac et ne jamais y venir pour compléter leurs fins de mois (quid encore du contrôle et de la sanction).

      Allez ! Une mesurette de plus alors qu’il est grand temps de remettre les choses à plat et de proposer une aide proportionnelle, y compris pour les classes moyennes, raisonnée par le statut réel de l’étudiant et non uniquement par le revenu de ses parents et son nombre de frères et soeur.

      Pour exemple, mieux vaut être enfant de divorcé avec 3 frères et soeur dans le supérieur et tous à la maison (soit environ rang 3 X 4 soit environ 3000€x4 + exonérations d’inscription + réductions TC et autres, soit globalement une aide de 15 000€ net d’impôts pour le foyer) plutôt que fils unique à 500 km de chez soit avec 2 parents à smic x 1,3 (soit 25 000€ en déclaration annuelle) car pas de bourse... Allez savoir celui qui va en chier le plus dans l’histoire... et donc celui qui mériterait le plus d’être aidé...


      • Gil (---.---.93.79) 17 juillet 2006 20:49

        Tiens donc, je croyais que la dette de l’état s’élevait à 110 milliards d’euros ! Il resterait donc de l’argent pour acheter la paix sociale avec les étudiants... après les avoir bien remontés avec cette .....(BIIIP !) de CPE.

        Avec ce gouvernement, on est plus à une incohérence prêt visiblement. A moins que... les étudiants étant en âge de voter pour les Présidentielles....


        • Rage Rage 18 juillet 2006 11:56

          Exactement 1100 milliards de dette de l’Etat. 900 milliards à provisionner pour les retraites. Un déficit mécanique de 50 milliards par an (20% et 3% édulcoré à la sauce deficit/PIB = 3%). Une dette de plusieurs milliards envers des garants de paiement exclu des comptabilités budgétaires. 10 milliards de dette par an pour la SECU. Encore quelques dizaines de milliards pour les collectivités territoriales. 42 milliards pour les organismes ferroviaires (RFF and co)

          Soit, globalement et franchement environ 150% du PIB bien pesés (PIB = 1500 milliards).

          Vous avez dit Argentine ?


          • Kazar (---.---.54.94) 18 juillet 2006 17:45

            En ce qui concerne le déficit de la sécu, c’est plus de 21 MILLIARDS d’euros sur 2005-2006 et une dette de la CADES de plus de 100 MILLIARDS d’euros. Mais tout va bien...


            • anne (---.---.154.185) 16 août 2006 13:11

              Je viens de lire l’article sur l’allocation de rentrée scolaire qui laisse supposer que cette mesure rentrerait en vigueur à la rentrée universitaire 2006 qu’en est -il actuellement de cette décision, les Caf ne semblant pas être au courant ... Comment faire alors ?


              • sawsan (---.---.14.164) 23 août 2006 10:01

                Effectivement une decision interessante .. on prend ce qu’on peut !! Mais nous n’avons aucunes informations sur comment obtenir cette aide !!


                • aurel (---.---.54.124) 23 août 2006 16:15

                  cette allocation sera-t-elle versée par la CAF ? je ne peux pas percevoir l’APL car le logement que j’occupe m’est loué par un membre de ma famille ! qui sait comment contourner cela ? aurais-je quand même droit à cette nouvelle allocation ?


                  • nyssa (---.---.102.41) 25 septembre 2006 11:20

                    Dire que la France est un Etat providence en terme d’éducation nationale, c’est ne pas connaître le quotidien d’un étudiant ! généreux, l’état ? oui, pour les plus démunis, avec des bourses sur critéres sociaux, et pour les plus aisés, avec des abaissements fiscaux. cependant, pour la classe moyenne, c’est le néant. Nous sommes exclus du systéme opaque boursier ; j’ai travaillé 4ans pendant mon cursus universitaire, faisant des semaines a 40h entre cours et boulot, pour avoir un revenu. Si j’ai besoin de bosser, c’est que mes parents ne peuvent subvenir a mes besoins, malgré ce qu’en pense le systéme boursier. Et la, m’appretant a quitter le foyer familiale, je pensais que l’allocation de rentrée inaugurer par De villepin pourait m’être attribuer. Et bien non. Il faut être boursier, avoir moins de 20ans.. bref, il faut faire partie des 3,2% d’étudiants. Donc pas d"allocation pour moi, la généroisité de l’Etat, connait pas. Ce n’est pas de la la générosité qu’on demande, mais de la logique.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès