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Accueil du site > Actualités > Politique > Aménagement numérique du territoire : un enjeu politique structurant

Aménagement numérique du territoire : un enjeu politique structurant

A l’occasion de la préparation du prochain Congrès du Modem, j’ai eu l’occasion de partager mon expérience (cofondateur d’un opérateur alternatif, consultant en économétrie des réseaux numériques) sur un sujet qui mériterait qu’on s’y intéresse plus. Parce que l’aménagement numérique du territoire (ANT) est aussi vital en 2010 que l’a été l’électrification dans les années 1930.

Le « Très Haut Débit » (THD) est une infrastructure à haut rendement économique social et environnemental. Parce qu’il permet l’accès à la société digitale avec un débit illimité, c’est un enjeu majeur, générateur de contenus, d’activité économique, de croissance, d’emplois et de revenus fiscaux. On ne parle pas de technologie (même si la fibre optique est l’outil THD principal pour l’instant), mais de la politique d’aménagement du pays.
 
La condition de la croissance
 
La compétitivité numérique est aujourd’hui la condition sine qua non de la croissance. Grâce à Internet, entreprises, administrations et citoyens ont de nouveaux moyens d’innover, de travailler, de changer, d’évoluer. Depuis l’Ile-de-France jusqu’au bocage normand et à l’Outremer, ces TIC permettent de répondre mieux et moins cher aux besoins en matière de facilité et de gains de temps (télédéclarations, ebanque, commerce en ligne), de formation et emploi (télé-enseignement, autoformation, accès aux connaissances), de santé (transferts de documents médicaux, télémédecine, maintien des personnes âgées à domicile), de sécurité (appels d’urgence, météorologie, circulation, transactions financières), de loisirs et culture (télévision, jeux en ligne, musique), communication et liens sociaux (blogs, SMS, projets collectifs, forums) ou d’environnement durable (réduction des distances). Prendre du retard dans le déploiement des réseaux sur lesquels se développe l’économie numérique, c’est perdre du terrain.
 
L’exemple des Hauts-de-Seine
 
Le conseil général des Hauts-de-Seine l’a bien compris en décidant dès 2005 de réaliser une infrastructure de télécommunication à très haut débit (THD) en fibre optique : THD 92. En investissant plus de 50 millions d’euros pour assurer la péréquation numérique entre le quartier de La défense et Marne-La-Coquette, les élus du département où l’on trouve déjà 14% des « emplois numériques » du pays démontrent ainsi leur conviction que ce THD est une « formidable opportunité ». Paradoxal ? Non, simplement efficace : les Hauts-de-Seine est le département le plus riche de France et entend bien le reste – grâce à THD 92.
 
La puissance publique doit donner l’impulsion – ou agir
 
Parce que rien n’est possible sans des réseaux performants et pérennes, à la mesure des applications qui y « circulent », le déploiement d’infrastructures de télécommunication doit être une donnée structurante de l’aménagement du territoire – comme cela a été le cas pour le réseau autoroutier pendant les « 30 Glorieuses ». Il n’est sans doute pas utile que partout l’Etat ou les collectivités territoriales construisent les réseaux à leurs frais – mais souvenons nous des efforts déployés pour obtenir un accès (presque) équitable à l’ADSL sur le territoire. C’est pourquoi l’initiative privée doit être épaulée là où c’est nécessaire (comme la loi le permet) pour connecter l’ensemble des foyers, des entreprises et des administrations de France – et pas uniquement dans les zones rentables pour les opérateurs télécoms.
 
Le « socle » de la société de l’information
 
L’aménagement numérique efficace de notre territoire sera le cadre solide et pérenne pour les éléments pivots d’une vision forte de la société de l’information :
  • Le développement de l’écosystème des logiciels libres : un marché avec un fort potentiel d’emplois à haute valeur ajoutée, avec des retombées à « tous les autres étages » du numérique en France ;
  • L’innovation sur les technologies et les usages : « cloud computing », réseaux sociaux, jeux vidéos, domotique et robotique – des points forts français ;
  • Le développement de la santé numérique : information, prévention, aide au maintien à domicile, télédiagnostic, accompagnements, pour améliorer la santé des Français et faire des économies
  • Le développement de l’administration en ligne, mais sans déshumanisation avec des guichets de « cyber-assistance » pourront aider ceux qui en ont besoin proche de chez eux ;
  • L’avènement d’une démocratie plus fluide à laquelle participerait l’ensemble des citoyens grâce aux outils en ligne.

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1 réactions à cet article    


  • alex75 29 octobre 2009 12:24

    Remarquablement juste, synthétique et complet.


    Il est toujours étonnant de constater à quel point les français ne maîtrisent pas ce sujet.
    Sociologiquement et politiquement, une analyse peut être tentée :

    - une classe politique très âgée, coupée de la vie réelle et du monde de l’entreprise, de la technologie, de la jeunesse également, culturellement tournée vers le passé (la décolonisation, le gaulisme, blabla...) et peu investie dans le présent, sans notions des défis du futur (technologie, écologie, équilibre social).
    Les politiques préfèrent développer la télévision et la radio numérique de façon accélérée car c’est un média centralisé et fermé que l’on peut contrôler très facilement pour manipuler les masses, en particulier toute une partie de la population qui est soumise et passive.

    - les français en général ont une vision déformée de la place et de l’importance de la France dans le monde, vision fondée sur une prétendue supériorité culturelle et sur une grande subjectivité (châteaux, vins, paysages, littérature + Airbus, c’est un peu juste pour affronter l’Amérique et l’Asie).
     Ils ont également une tendance à faire les choses au minimum qui s’entend dans les expressions du quotidien, trop souvent utilisées : c’est pas la peine, ça ira bien comme ça, à quoi ça sert, ça ne marchera jamais, c’est cher etc.

    La France est en train de prendre un retard catastrophique dans ce domaine qui se traduira par une perte de compétitivité (beaucoup plus qu’avec les fameuses « charges »), une augmentation du chômage, un déclin économique déjà bien entamé et un appauvrissement général des populations à l’exception des « élites » qui arriveront toujours à s’en sortir (d’où probablement leur manque d’intérêt pour ces technologies).



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