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Accueil du site > Actualités > Politique > Analyse stratégique, mode business, de l’élection présidentielle (...)

Analyse stratégique, mode business, de l’élection présidentielle 2007

L’article se décline en trois parties : le marché, les stratégies génériques et le positionnement des acteurs.

A) Le marché : la France.

Difficile, même avec les bons chiffres, de comprendre ce marché. Reprenons les analyses de nos présidents récents, qui ont la preuve d’une compréhension réussie dans leur temps étant donné leur succès :
- un pays de classe moyenne importante, deux français sur trois de Giscard des années soixante-dix.
- un pays qui voulait changer avec "la force tranquille" de Mitterrand des années 1980
- et un pays en "rupture sociale" en 1995 avec Chirac (analyse d’Emmanuel Todd), avec l’émergence d’ "exclus", et de ceux qui se sentent exclus d’une société qu’ils ne comprennent plus.

Depuis ? La classe moyenne est toujours là, mais amoindrie car la "rupture sociale" s’est aggravée. En 2005, plus de la moitié de la population a voté non au référendum, au mépris de l’appel de l’ensemble des partis de gouvernement (à l’exception notoire de Fabius).


B) L’offre s’organise autour de trois stratégies « génériques » .

a) Les stratégies populistes. Stratégie simple, fédérer sur des solutions apparemment aussi faciles qu’inopérantes les exclus, en trouvant des boucs émissaires responsables de leur exclusion, réelle ou ressentie ; hier, chômage = immigration, aujourd’hui, insécurité = racaille. Et en décrédibilisant au passage les politiques en place.

b) Les solutions de type communiste, stratégie ancienne, réunir les « exploités », salariés et chômeurs, en leur promettant une plus grosse part de gâteau. Tactique du mieux offrant, du coup de pouce au Smic, à la révolution des travailleuses et des travailleurs. Ça ne marche plus fort : Mitterrand est passé par là, la fin du mur... mais le potentiel reste important, du salarié momentanément exploité à l’exclu de longue durée.

c) Les modèles sociaux-démocrates. Stratégie de « changement dans la continuité », offre de solutions économiquement pertinentes et socialement acceptable. Tactique : apporter les meilleures idées possibles pour séduire les Français moyens. Mais la mise en œuvre de cette stratégie est difficile : exposer des idées intelligentes dans des émissions grand public n’est pas une chose facile. De plus, la plupart des politiques optent pour cette stratégie, car c’est la seule « gouvernable ». Alors, la nature humaine est faible, ils utilisent parfois les coups sous la ceinture pour se départager. Résultat, un double effet désastreux d’enrichissement des deux stratégies, populiste et union de la gauche, en adoptant leurs outils de « petites phrases », et destruction de la machine à idées que la confrontation saine fait naître. Le clivage droite-gauche dans cette stratégie n’est pas pertinent, en effet, suivant la situation, la meilleure idée pourra être d’aspiration plutôt sociale, comme le plan de Borloo, ou de renforcement de la compétitivité, comme les efforts de DSK en 1998 pour réformer le Ministère des finances. Ce qui prime, c’est la bonne idée et la bonne méthode pour la mettre en œuvre.

Comment se positionnent les partis politiques face à ces stratégies ?

1) Les partis extrêmes font leur miel du développement de l’exclusion :
- A l’extrême droite, le Front national, stratégie populiste, cela fait vingt-cinq ans que le parti grossit. Facile, l’objectif n’est pas de gouverner, mais de casser. Et même s’il arrive au pouvoir, de toute façon, c’est pour casser, donc pas besoin de réfléchir.
- A l’extrême gauche, sur les stratégies communistes, Arlette Laguiller et Olivier Besancenot n’ont que leur passation de pouvoir à gérer, sur une population grandissante.

2) Le PS et l’UMP sont tiraillés entre les différentes stratégies : rester sur la stratégie social-démocrate ou tenter une stratégie populiste ou communiste. Pour le PS , entre l’union de la gauche (Fabius), la social-démocratie (Strauss-Kahn) et le populisme « bon ton » de Royal. Pour l’UMP, entre populiste (Sarkozy) / social-démocrate (de Villepin). Il ne s’agit pas de conflit d’hommes mais bien de divergences stratégiques profondes : va-t-on se battre au centre avec la social-démocratie, ou sur les deux autres stratégies pour tenter de rallier plus largement ?

Comment les choses peuvent-elles tourner pour eux ? Pour l’UMP, le chef Sarkozy veut mener la bataille sur une stratégie populiste. Peine perdue, pensent une bonne partie des parlementaires de droite, qui font remarquer que les stratégies du populisme « light » ne fonctionnent pas, de Villiers et Pasqua en sont la preuve. Pourquoi, en effet, un électeur de Le pen, qui ne veut que crier son désespoir et/ou sa haine, irait-il voter pour un membre du gouvernement ? La scission est profonde et irrémédiable : Sarkozy « tient » l’appareil UMP et les sociaux-démocrates « de droite » ne le suivront pas. Les voix de l’UMP seront éparpillées s’il y a deux candidats, Sarkozy et un autre, Chirac ou un de ses lieutenants, mais aussi si Sarkozy se présente seul, car les voix des sociaux-démocrates de droite iront vers le candidat le plus social-démocrate.

Pour le PS, le processus « démocratique » de désignation du candidat ne résout pas la question stratégique. Si les candidats Royal ou Strauss-Kahn sont investis, alors les électeurs de gauche « communisante » ne voteront pas plus pour eux qu’ils n’ont voté oui au dernier référendum. Fabius le sait, comme les autres petits partis de gauche, comme Chevènement ou autre, qui s’engouffreront devant l’opportunité, si Fabius ne le fait pas.

3) L’UDF a une stratégie social-démocrate claire : ni gauche, ni droite, et la vie pas facile : comment faire entendre la voix de la social-démocratie, si le débat s’organise entre les deux « grands » partis ? Mais le très proche avenir pourrait lui ouvrir un boulevard, s’il réussit à convaincre les électeurs sociaux-démocrates français de tous les partis. Et si l’UDF réussit à se structurer pour y répondre.

Les scénarios possibles de rencontre entre l’offre et la demande : prochain épisode.


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7 réactions à cet article    


  • Olive (---.---.248.20) 15 novembre 2006 18:36

    Trois remarques :

    1/ Doctrine politique et mode d’expression politique sont deux choses différentes. On peut être populiste ET communiste, populiste ET libéral, populiste ET social-démocrate (ah ! ah ! le beau profil !).

    Bref, vous etes un consultant en stratégie qui a perdu une belle occasion de faire une matrice.

    2/ La sociale-démocratie, c’est quand même une histoire politique précise. Je comprends que ce genre de subtilités vous ennuient, comme elles ennuient 90% du corps électoral, mais cela ne vous autorise pas à coller sur le dos de cette famille politique nos spécimens bien français de navigateurs idéologiques opportunistes (Villepin et Bayrou). Et pourquoi pas Chirac ? (par pitié, ne me citez pas les bonnes vannes de Schröder à ce sujet).

    3/ Vous défendriez mieux Bayrou (c’est l’objectif de l’article, non ?) en lui inventant une étiquette toute neuve plutôt qu’en chipant celle du voisin, qui souffre en plus d’un déficit de notoriété et de promesse produit flagrants.


    • olivier dekindt 18 novembre 2006 20:46

      Merci de tes commentaires pour cet article, la confrontation des idées nous fait avancer, c’est une des bonnes idées de ce site.

      Quelques éléments pour alimenter les réflexions.

      Je pense que populisme est un mode de gouvernement : séduire une partie de la population pour pour lui apporter ce qu’elle attend, au détriment du bien de l’ensemble, et donc à terme nuire à tout le monde. La social-démocratie, qui m’intéresse particulièrement (comme bien plus que 10% de la population j’espère ; ) ) essaye au contraire de bâtir un mode de gouvernement bon pour l’ensemble. C’est possible si les citoyens pensent que leur bien personnel passe par le bien de la communauté, ce qui n’est pas gagné aujourd’hui.

      Ma question sur l’UDF porte sur les modalités de travail entre personnes d’horizons politiques différents, ce que propose Bayrou. Il faudrait aller voir du côté de l’Allemagne ou de l’Italie ? ce sujet reste - encore - à débatre.


    • rosay guy (---.---.237.50) 16 novembre 2006 06:34

      Bien sur ! Rater la désignation de Laurent Fabius en qualité de candidat à la Présidentielle pour le parti Socialiste serait pardonnez moi l’expression « Une grosse connerie Socialiste » et de surcroît une aberration telle que le Oui au TCE par un référendum interne dont la moralité atoujours laissé pantois bon nombre de socialistes au vu du résultat public.

      Salut et Fraternité


      • www.jean-brice.fr (---.---.147.47) 16 novembre 2006 20:14

        NE PAS CONFONDRE LE COMMERCIAL ET LE POLITIQUE !!!


        • olivier dekindt 18 novembre 2006 20:50

          Les entreprises ne sont pas des partis politiques, ni des armées. Mais les parallèles sont intéressants... alors pourquoi s’en priver ? la stratégie militaire alimente par exemple des livres de stratégie des entreprises.


        • Maxime Verner Maxime Verner 18 novembre 2006 16:43

          La politique est tellement irrationnel et inexplicable que la comparer à une économie de marché me paraît peu utile. Mais tu t’y connais dans ton domaine, et il serait peut-être plus intéressant de nous concocter un article sur les effets économiques en cas d’élection de tel ou telle candidat ou candidate.


          • olivier dekindt 18 novembre 2006 20:53

            Malheureusement ( ?) dans la vie économique tout comme en politique, tout n’est pas forcément très rationnel...

            Merci de ta proposition d’article sur les effets / programmes économiques. Je suis entièrement d’accord avec toi sur le manque d’analyse dans ce domaine. Je suis consultant pour des entreprises, non économiste, j’interviens à un niveau micro économique et non macro. Mais même à ce niveau je pense qu’un petit boulot pourrait être fait effectivement...

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