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Accueil du site > Actualités > Politique > Après l’A-Démocratie ? Rassurer Emmanuel Todd

Après l’A-Démocratie ? Rassurer Emmanuel Todd

 «  La Démocratie en péril  » titre Paul Villach dans un article récent. « Emmanuel Todd le pense et il n’est pas le seul ». Qui sont ces « effrayés », pourquoi le sont ils ? Est il possible de les rassurer ? Que nous révèlent ses derniers ouvrages sur lui et ceux qui partagent ses inquiétudes.

Emmanuel Todd ? Un grand chercheur !

Anthropologue ? Démographe ? Economiste ? Politologue ? Ses amis politiques et collègues, traitent Emmanuel Todd dans son dos de bibliothécaire de l’Ined (Institut d’étude démographique, ce qu’il est en effet.

Lui préfère se qualifier de grand chercheur. Et il a raison.

Ses thèses sont toujours extrêmement stimulantes et souvent prédictives.

La chute finale, son livre sur l’URSS,basé sur des variations d’indicateurs démographiques, reste la meilleure explication des évolutions du système socialiste soviétique et du féodalisme oligarchique nationaliste en lequel celui-ci s’est recyclé après sa « chute finale ».

 Sa typologie des modèles familiaux, leurs valeurs, et les choix politiques tendanciels qu’ils déterminent donnent des explications à des phénomènes qui restaient mystérieux. Corrélation historique des votes socialistes et monarchistes. Vote communiste majoritairement chez des ruraux « anomiques ». Absence de travailleurs parmi les dirigeants, voir les militants des partis de gauche. Bretons qui cessent d’être catholiques et se prennent pour des celtes en votant Ségolène.

Ses corrélations entre dates, causes et conséquences de l’alphabétisation tombent souvent juste. L’alphabétisation de 50% des hommes jeunes crée des révolutions. La généralisation de l’enseignement primaire secondaire, le développement de sentiments égalitaires. Le passage de 30 % de la population à l’enseignement supérieur de l’élitisme.. La baisse du sentiment d’égalité, entraînerait la hausse des inégalités matérielles, conséquence et non cause.

Sa pensée constitue peut être la seule réelle tentative réussie d’actualiser les idéologies de gauche depuis Marx. Il réintroduit un rôle clef de « superstructures idéologiques » dans les déterminismes sociaux. Mais tout cela reste raisonnablement « marxien » puisque les déterminismes collectifs demeurent au moins aussi importants que la liberté individuelle.

 Quand il part de l’observation et en déroule les conséquences avec la distance du chercheur, Todd est, certainement, un grand chercheur.

Mais dans ses trois derniers ouvrages, il devient moins chercheur et plus« trouveur ».

Sur l’Amérique il est peut être moins convainquant que d’habitude. Déclin ? Rôle déstabilisateur face à une Russie désormais plus « adulte » ?

Sur l’enseignement supérieur et l’inégalité, il reste allusif. Pourquoi ? Pourquoi arriver au bac rendrait-il égalitaire et à bac plus 3 ou 4 inégalitaire ? On ne le saura pas. Et puis, de qui parle-t-on ?

Surtout, sur la base de ses modèles, il avait prédit et daté, la chute de l’URSS, l’échec du oui au referendum de Maastricht, et.... l’inéluctable échec de Sarkozy notamment du fait de la difficulté d’un report des voix FN.....

Son dernier ouvrage constitue une tentative de compréhension de son erreur.

Emmanuel Todd un grand trouveur ?

Il semble de plus en plus partir d’une intuition qu’il démontre avec aisance et brio en ignorant ce qui pourrait contredire sa thèse. De plus en plus souvent, il contredit dans ses conclusions les résultats de ses propres analyses

Dans trois livres récents, on voit s’accroître la part de résultats à priori qu’il cherche à démontrer, de commentaires auto élogieux, de règlements de compte et de leçons de morale au détriment de la recherche.

Sur la santé mentale, il « trouve » de plus en plus

Ainsi dans « l’illusion » il s’interroge sur la santé mentale d’un chef d’entreprise qui a un milliard et cherche à en gagner un second, pas sur celle d’un peintre qui à produit un chef d’œuvre et continue à peindre ou d’un chercheur qui à déjà écrit de nombreux livres remarquables et continue à écrire.

Dans « Après l’empire », il est forcé de constater l’extrême médiocrité de l’ensemble des élites américaines.

Dans « Après la démocratie », Il passe beaucoup de temps, au début, à répéter que Sarkozy est nul, et surtout « fou et méchant » - un des oxymores de la gauche moderne pour qualifier ses adversaires - en une sorte de règlement de compte très personnel, avant de conclure que ce n’est pas le plus important. Sarkozy serait le reflet du pays.

Todd trouve de plus en plus de nuls, fous et méchants autour de lui.

En matière de « recherche » en revanche, on constate une sorte d’affaissement qualitatif.

Sur l’Amérique il ne va pas chercher bien loin.

Armand Lafférère dans « l’Amérique est elle un danger pour le monde » a fait justice de ses nombreuses approximations. Ainsi, Todd invente un nouveau concept en sciences sociales, le « mécanisme mystérieux ». Les rapaces élites ultralibérales mondialisées, accumuleraient à force de travail, une épargne qu’elles iraient régulièrement et volontairement détruire aux Etats-Unis....

Mais sa thèse qui plaît en ce moment, c’est le déclin. Enfin ! « Ils » se cassent la figure comme une vulgaire Urss. La preuve ? Une baisse du niveau éducatif moyen !

Pourquoi pas ? Cependant, dans sa démonstration, il ne semble pas qu’il fasse mention d’un facteur clef et pourtant démographique. Les Etats-Unis sont le premier pays d’immigration au monde. En 2008 pratiquement un enfant sur deux de moins de 5 ans appartient à une « minorité ». Les seuls mexicains représentent 16% des naissances en 2003. Imaginons le système scolaire français confronté à un tel afflux d’enfant dont les parents n’auraient pas le français comme langue maternelle, un niveau scolaire moyen à priori inférieur à celui du pays d’accueil ou de lourds handicaps sociaux..

Mais, depuis peu, une politique sélective fait que les migrants récents sont, en moyenne, plus diplômés que la population locale ! Il n’est pas impossible que les migrations puissent expliquer à elles seules, une légère baisse de niveau depuis 20 ans et expliquent dans les 20 ans qui viennent au contraire une nette hausse...On ne doute pas que notre « trouveur » saura l’expliquer

Sur le front national et le peuple il n’a toujours pas compris qu’ils ont moins voté pour Sarkozy que contre les gens comme lui. Est-ce le peuple qui ne comprend pas Todd ou Todd qui ne comprend pas le peuple ?

Dans un de ses premiers livres, juste après les premiers bons résultats du FN, force arguments « scientifiques » à l’appui , il concluait au caractère absolument éphémère du phénomène. 20 ans après, et les Présidentielles 2002, c’est avec le même brio et les mêmes types d’argument qu’il explique pourquoi cela a duré.

Dans son système, l’électorat frontiste important, caractérise des zones anthropologiquement attachées à la liberté et à l’égalité. Un vote donc éminemment républicain.. Comme un électeur sur trois du FN vient de l’abstention, il devrait « se réjouir en son cœur » de cette montée en puissance démocratique, participative et républicaine. Il finit par conclure comme tant d’autre que tout cela sent mauvais. Le bon peuple serait trompé. Premier indice qu’il ne le tient pas en grande estime, alors même qu’il est touché par l’alphabétisation égalisante, selon lui, l’éducation secondaire.

Mais il va plus loin. Quand ce « peuple » vote Le Pen, il est trompé par un dirigeant pourtant médiocre. Quand il vote contre Maastricht, il est plus lucide que ses élites les plus brillantes.....

Cela tendrait à laisser penser que le peuple est intelligent quand il pense comme Todd.

Quel est ce « peuple » qui a trompé les attentes anti sarkozienne de Todd ?

Vers un nouveau concept sociologique pour segmenter le peuple et les « lettrés » : fais ce que je dis, pas ce que je fais, ou fait ce que je fais, pas ce que je dis !?

Qui épouse qui ?

Todd voit très bien que les émigrés notamment maghrébins, s’intègrent extrêmement vite, par mariage. Les beurs du 93 seraient plus exogamiques que les juifs New Yorkais. La rapidité de cette intégration était, dans ses thèses précédentes, une des origines du traumatisme et des malaises sociaux dont il attribue désormais la parenté à Sarkozy.

On était dans l’anthropologie, on tombe dans la recherche d’un bouc émissaire.....

Comme en première approximation scientifique, on peut dire que l’on épouse des gens que l’on connaît, il y fort à parier que les artisans de cette exogamie, côtés autochtones sont ceux qui cohabitent avec des migrants.

En caricaturant, l’électorat naturel du FN participe sans doute très largement à une intégration de l’immigration « par le lit ».

Il ne se demande pas pourquoi ces anti racistes concrets, adoptent en apparence des discours essentiellement antinomiques de ceux des antiracistes de salon qui leur donnent des leçon de morale sur les joies de la cohabitation dans la multicuturalité. On lui conseillera le film, « la crise, de Coline Sereault »

Au contraire l’intelligentsia à statut favorable au multiculturalisme, semble marquée par une étroite endogamie, voir les couples enseignants par exemple. Une chercheuse de gauche vient même de publier une recherche sur la difficulté spécifique des gens de gauche à épouser des compatriotes qui n’ont pas les mêmes idées politiques...Quand on sait que le refus de l’inter mariage est la pierre de touche du vrai racisme...

Qui va dans quelle école ?

Todd voit sans doute qu’une des principales revendications des électeurs FN est un accès facilité à l’enseignement privé. Pas que cela constitue une remise en cause des modèles socio culturels de la population des lettrés de gauche. Pourtant c’est bien eux qui à coup de carte scolaire étaient parvenus à exclure leurs enfants d’un accès à l’égalité des chances au nom d’une « mixité sociale « pour les autres ». Rappelons que 40% des enfants d’enseignants échappaient à la carte scolaire en région parisienne.

Au Etats Unis aussi, les fermiers du middle west protestants évangéliques, spécialistes de la génétique bovine, font mine d’adhérer à un créationnisme qui a surtout pour mérite d’irriter les intellectuels de gauche qui leur donnent des leçons

Les nouvelles formes d’engagement politique semblent présenter deux caractéristiques. Elles touchent des « moins favorisés », des moins diplômés. Elles prennent l’exact contre-pied jusqu’à l’absurde des idées défendues par ceux qui souvent se reconnaissent dans les conclusions de Todd.

Mais en pratique, elles font le contraire de ce qu’elles disent, là ou les élites de gauche semblent souvent dirent le contraire de ce qu’elles font.

Pourquoi ? Pourquoi pour reprendre le titre du livre de Thomas Frank les pauvres votent ils alors à droite ? Pourquoi l’électorat frontiste a-t-il choisit Sarkozy au grand étonnement de Todd ? Et surtout, pourquoi cela a-t-il étonné Todd ?

Le fond de sa réponse consiste on l’a vu à dire qu’ils sont aussi nuls, fous et méchants que leur président.

Pourtant, candidat « judéo étranger, bling bling vulgaire », sans parler du fait qu’il est , nul, fou et méchant, et qu’il représentait les sortant, il n’avait rien pour séduire, non seulement les frontistes, mais surtout l’électorat de droite traditionnel.

Entre les 19% de Chirac au premier tour en 2002 et les 37% de l’ensemble de la gauche au premier tour en 2006, il devrait lui apparaître clairement que le « populo » à moins voté pour la droite ou Sarkozy que contre la gauche traditionnelle.

Pourquoi Todd a-t-il génialement prévu la fin de l’Urss, mais pas que le « prolo » français allait donner une grande claque à Jospin puis à Ségolène, candidats de la gauche fonctionnarisée à statut ?

Il traite la question en la niant. Les cadres du privé seraient désormais, il le signale, au même risque que leurs employés face à la mondialisation, au chômage, mais, de façon pour le coup très peu marxiste, se sentiraient « culturellement » plus solidaires des cadres A de la fonction publique. Les employés du privé seraient mariés à ceux du public créant une solidarité organique. Peut-être. Reste les plus modestes. L’hypothèse d’un bac moins quatre FN marié à une bac plus trois instit. alter mondialiste ne peut être exclue. Mais si il y a des poissons volants, ce n’est pas la majorité de l’espèce surtout compte tenu de ce que l’on a vu plus haut sur l’intermariage.

La bac plus trois qui n’est jamais sortie de l’école, peut croire qu’un postier est un « travailleur ». Le vrai travailleur qui a au moins BEPC plus quelque chose comprend lui, de qui se moquent les Deschiens et qui s’en moque pour reprendre un exemple du « trouveur ».

Oui, l’électorat FN a moins voté pour NS que contre. Contre ceux qui sont sociologiquement, culturellement proches de Todd. ?

Sur les gens dont Todd est représentatif et la diminution du « désir d’égalité ».

Dans ses trois derniers ouvrages il semble, comme tous les marxistes, néo marxistes et autres marxiens, passer complètement à côté d’un facteur clef d’explication des mécanismes sociaux. Les convictions, moeurs et comportements des gens comme lui. De SA classe sociale. Certes, l’élite de l’intelligentsia universitaire, médiatique, etc.. de gauche ne pèse démographiquement pas lourd, mais qui niera son poids dans le domaine des idées ?

Mais de qui parle-t-on ?

Sur les classes sociales porteuses d’un nouvel inégalitarisme.

Ce qu’il ne fait qu’effleurer, c’est qu’en réalité le phénomène de tentation in-égalitariste touche essentiellement les gens comme lui. Dans le livre sur l’Amérique, à titre d’indice, il signale que beaucoup d’ouvrages universitaires ou journalistiques remettent en cause l’égalité sur le fond avant même qu’elle ne le soit dans les faits.

 Mais les auteurs, universitaires et journalistes, en Amérique comme en France sont majoritairement des « liberals » au sens américain, c’est à dire culturellement, des gens de gauche au sens français. En France, depuis 30 ans, le plus grand nombre de postes de cadres diplômés, ceux qui renonceraient en ce moment à l’égalité, a été crée dans la fonction publique. Des gens comme lui.

Cela ne veut pas dire que les chefs d’entreprise, ou les gens de droite en Amérique ou en France en pensent nécessairement autant. La preuve, quand les universitaires défendaient l’égalité à tout crin, on ne sache pas qu’ils leur aient emboîté le pas en pensée ou en action et on ne voit pas ce qui les auraient rendus plus influençables.

 L’inverse en revanche est peut être vrai. Si on retient l’hypothèse d’école que les affreux capitalistes sont naturellement « fous et méchants » et anti égalitaires par nature, la nouveauté serait au contraire que les « bons » intellectuels adhèreraient désormais à leurs idées.

 Que les enseignants socialistes français fuient les établissements de banlieue et les élèves à difficultés dans le même temps où ils développent le concept « d’égalitarisme élitiste », semble étrangement bien illustrer ces thèses. Que les inégalités hommes femmes à statut sociologique égal aient remplacé assez largement les inégalités entre classes sur les sites Internet de gauche également.

Une certaine intelligentsia de gauche française, à peut être incomplètement formalisé intellectuellement son in-égalitarisme par ce qu’elle est comme toujours, comme en 68, à la traîne de l’Amérique, mais elle irait dans le bon sens...

 Pour aller plus dans le détail, dans « l’illusion économique », il constate que les lettrés de la classe moyenne ont des discours de plus en plus méprisants sur le peuple. Ce ne sont pas les « élites bourgeoises », mais les journalistes, qui « voient des nains intellectuels partout », des illettrés. Todd parle des bac plus deux ou trois du centre parisien qui mépriseraient les prolétaires.

Vous ! Vous en connaissez combien des bac plus deux qui peuvent payer un loyer dans le quartier latin ? Non, c’est bien de ses pairs qu’il parle en réalité.

Quand les Enarques vinrent à manquer !

Todd lui-même offre paradoxalement une illustration du phénomène dont il a conscience et qu’il dénonce. Et là, on frôle la schizophrénie. Son principal jugement de valeur pour illustrer la médiocrité de l’actuel gouvernement est qu’il est composé de gens pas particulièrement diplômés ! Il y a très peu d’Enarques signale-t-il notamment ! Et Sarkozy ne fût pas un étudiant très brillant ! Que de non dits dans ces appréciations...

Sur de tels critères, Bush, qui est le plus diplômé des présidents américains devrait donc être une référence. Mais ici aussi ses conclusions sont en contradiction avec ses analyses....

Mais pourquoi ces catégories de moins en moins attachées à l’égalité, se sentant de plus en plus supérieures, donnent-elles l’impression de tellement souffrir d’inégalités ?

Il y a peut être un élément d’explication dans « La guerre des deux France » de Jacques Marseilles dans ce qu’il appelle la revanche des épiciers. Contrairement à ce que dit Todd, la hiérarchie des « gros salaires » correspondrait de moins en moins à celle des « grands diplômes ».

 C’est à se demander si le sentiment d’injustice dont souffrent les élites diplômées de gauche ne vient pas plus du fait que de non diplômés se soient enrichis plus qu’eux que d’une réelle augmentation de l’ensemble des inégalités dans la société.

D’ailleurs, les Strauss Kahniens, les plus compétents en économie, sont arrivés à la conclusion que l’on n’arrivait pas à mesurer, à objectiver, les fameuses hausses des inégalités de revenu en France. Pour rester dans la vulgate, ils ont conclu que cela signifiait qu’elles étaient devenues qualitatives !!!??? (Voir leur site à gauche en Europe).

« Epiciers » qui s’en sortent mieux ou fonctionnaires à statut qui tiennent le haut du pavé ? Deux modèles de société ?

Cela ne vous rappelle rien sur la carte du monde ?

Sur un éventuel parallélisme avec la Russie

 La remarquable étude de Todd sur l’évolution des élites bureaucratiques Brejnéviennes et de leur conscience de classe, ne le conduit nullement à conclure que les mêmes causes pouvant produire les mêmes effets sur les mêmes types de populations, la gauche arrivée française puisse connaître une tentation « oligarchico étatisto nationaliste, - éventuellement mystique en tant que de besoin-. Exaspérée par la montée des « épiciers » sous Eltsine, l’élite des moyens fonctionnaires soviétiques a finit par reprendre en main le système. Pour l’anecdote, signalons aussi qu’ils se sont mis à acheter des montres de luxe...

Ségolène Poutine même combat ?

 Une autre partie de l’intelligentsia de gauche est, elle, régulièrement à la traîne de la Russie. Elle n’a pas encore intégré complètement le renouveau nationaliste assortie d’orthodoxie néo chrétienne de façade comme succédané à la lutte de classe, mais le fleurissement de bleu blanc rouge et de références chrétiennes dans les meetings désir d’avenir est néanmoins prometteur. La nouvelle défense de la nation par Todd également. Sur tous les blogs, on peut voir une gauche de gauche qui s’enthousiasme pour un rapprochement avec la »démocratie » Russe contre le totalitarisme mou américain ! Pour les Chinovniks (fonctionnaires à statut russes) contre les épiciers (ultralibéraux mondialisés, américains) !

Sur la Russie stabilisante et le protectionnisme :

Todd va un peu dans ce sens

Le régime Poutinien, extrêmement étatiste, nationaliste, interventionniste en interne et à l’international, adepte d’un contrôle social fort et des vérités officielles lui semble être un facteur de stabilité régionale et internationale.

 On ne comprends pas bien pourquoi la cohabitation de la transition démographique albanaise face à la maturité démographique serbe fut un facteur de déstabilisation quand la régression russe confrontée au dynamisme tatar, tchétchène etc.... serait stabilisante, mais on voit bien que Poutine est ouvertement protectionniste.

 On n’entrera pas dans le détail de ses thèses sur les avantages et les inconvénients du libre échange et de ses degrés. Il en ressort que Todd sait mieux que l’ensemble des élites dégénérées et égoïstes d’occident ce qui est bon pour elles même et pour le pays.

 

On prendra acte que de la part d’un fonctionnaire, il y a là une incontestable forme de générosité. Il serait en effet touché par les conséquences de la mondialisation après les ouvriers et les chefs d’entreprise.

« Protégeons les comme nous sommes protégés » ? Malgré eux si il le faut ?

Pourquoi pas à nouveau, mais il semble y avoir aussi un parti pris.

Du bon et du mauvais protectionnisme

Compte tenu de la place du commerce extérieur dans l’économie, des importations et exportations, des personnes touchées par les délocalisations, il semble y avoir un problème quantitativement au moins aussi important dont il ne parle pas.

 On serait curieux de connaître sa position en matière de main d’œuvre importée ? La fonction publique étant un îlot de préférence nationale, est-ce que le « maintient du pouvoir d’achat du « peuple » face à la concurrence de la main d’oeuvre à bas prix » passe par l’élargissement au privé de la protection dont bénéficie le public en la matière ou au contraire par l’ouverture de la fonction publique aux étrangers pour faire baisser la pression sur le marché du travail peu qualifié privé ?

Le fait pour les émigrés d’être interdit de 33% du marché de l’emploi, sous la pression des syndicats, est il plus ou moins que les propos de Sarkozy à l’origine de leur malaise socio économique ? On pourrait poser la question autrement. Est il vraiment indispensable de détenir une licence d’histoire et d’avoir la nationalité française pour mettre une lettre dans une boîte de temps en temps et pour le reste assurer les RP d’un parti ? Que peut penser l’ouvrier auquel un fonctionnaire explique qu’il a un devoir d’accueil de l’étranger ? Sans doute la même chose que ce qu’il pense de l’enseignant qui lui explique les beauté de la carte scolaire et dont les enfants étudient ailleurs.

Ces questions sont directement liées au protectionnisme. Si on cesse d’acheter aux « pauvres » ce qu’ils produisent chez eux, leur tentation de travailler « chez nous » devrait se renforcer. Si le but est réellement de sauver le pouvoir d’achat de « nos pauvres » qu’est ce que l’on fait ?

Les perspectives tracées par Todd, même quand il ne les pousse pas jusqu’à leurs ultimes conséquences, semblent bien aller dans le sens d’un rapprochement d’avec les thèses du FN ! Mais sans cesser de traiter implicitement ses électeurs de demeurés.

La fin de la démocratie ou la fin de l’A-démocratie ?

Quand on entre dans le détail des inquiétudes de gauche en matière de démocratie, que découvre-t-on ? Les publics concernés considèrent comme une menace pour la démocratie, tous ce qui est en réalité une reprise en main de l’appareil d’Etat par le politique au nom du peuple.

Un exemple dans le secteur de Todd.

Les chercheurs de l’Ined, Institut national d’étude démographique, se veulent très indépendants de tout pouvoir. Ils ont toujours refusé de réaliser des recherches tenant comptes des origines des gens au nom de leurs convictions antiracistes.

Mais pour l’état, si on considère qu’il existe des problèmes sociaux spécifiques à certaines populations migrantes, il est indispensable de quantifier le phénomène pour pouvoir prendre les mesures nécessaires, et les chiffrer.

Peu leur importe, leurs convictions sont plus importantes. Si leur Ministre leur demande des chiffres, ils entrent en « résistance ».

On peut généraliser cet exemple

 Cela est vrai dans tous les bastions des intelligents de gauche. Les élus, ne doivent pas se prononcer en matière d’école, de culture, de TV etc...Pas assez objectifs ! Pas assez compétents ! Pas assez diplômés ?

En revanche, l’état doit financer et de préférence à guichets ouverts les « compétents ».
Pas étonnant que Ségolène soit parvenue à les mobiliser sur un slogan : Moi ! Politique ! Je ne vais rien faire ou décider ! Je vais vous demander, à vous, les « forces vives », ce que vous voulez !

Elle appelle cela la participation.

On devine qu’il y aura des conditions de diplômes et de compétences, et on n’est pas sur qu’un militant UMP, ou un frontiste même diplômés, pourront être réellement admis à participer.

 On voit aussi au passage, que le fait d’être « à gauche » ne sauve pas les élus du peuple car Todd a sensiblement la même estime pour Ségolène que pour Sarkozy.....

En définitive, tous ce qui lui semble être une sortie de la démocratie, est peut être bien en réalité une sortie de l’A-démocratie.

C’est le « système français » ou une oligarchie des idées, forte de ses bastions dans l’appareil d’état, imposait ses choix idéologique au mépris des élections.

 La dépense publique finance en France 33% des emplois avec 52% du PIB. Les frais de fonctionnement (salaires des fonctionnaires) croissent pendant que l’investissement diminue. Le système de redistribution le plus coûteux de l’OCDE, 1 euro de coût pour 1 euro redistribué, se traduit à dire d’expert par un grand brassage d’argent au sein de la classe moyenne qui bénéficie surtout à ceux qui en ont le moins besoin.

Compte tenu des mariages, des pesanteurs familiales, des exceptions et des 70% de fonctionnaires qui voteraient à gauche, on serait tenté de se dire :

Qu’avec 37 % des voix au premier tour des présidentielles, la gauche se rapproche dangereusement de son cœur sociologique et qu’elle est devenu un parti de classe.

Que si Todd a raison, ils sont de plus en plus condescendant avec le reste de la population et que celle-ci le sait.

Qu’il n’est pas très étonnant que ces populations sociologiquement de gauche ressentent comme un « danger démocratique » un gouvernement qui leur dit qu’on ne financera plus sans contrôle des élus.

Qu’il est plus étonnant qu’ils s’étonnent que l’électorat populaire frontiste ait choisi NS dont le Programme consiste à dire que vu ce qu’il nous coûte, on va essayer de remettre l’état au service de l’ensemble des citoyens

 Vrai peur d’une sortie de la démocratie ou peur de la vraie démocratie ?

Dans sa vraie peur d’une sortie de la démocratie telle qu’elle la conçoit- le bon peuple nous écoute et paye-, nous nous occupons du reste, il faut reconnaître une peur de la vraie démocratie.

La démocratie, ne réside pas en effet dans 2% en plus ou en moins de PIB en impôts et services publics, ni même dans l’association des agents en charge à leur gestion, mais dans le fait que ce soit le peuple à travers le politique qui en décide.

Depuis au moins 30 ans, il y a eu des majorités pour un peu plus ou un peu moins d’Etat. Mais jamais le politique, quand il était élu pour diminuer la ponction fiscale ou réformer l’Etat, n’est parvenu à l’imposer à ses « employés ». Ils « résistent ». D’ailleurs, que d’appel à la résistance n’entend on pas en ce moment !

Ici, clairement, il y a un vrai déni de démocratie.

Nous sortons d’une période ou l’on pouvait voter pour un programme de nationalisation d’entreprises privées, même sans prévoir de demander l’avis « participatif » des employés, mais ou on ne pouvait voter pour un programme de réforme d’une administration avec l’espoir qu’il soit vraiment mis en œuvre, même et surtout en demandant l’avis de ses salariés.

 D’un point de vue strictement marxiste, le fait que Todd, et beaucoup d’autres qui, comme lui disent leur peur que le politique leur demande des comptes, soient justement, majoritairement, des employés du secteur public, se comprend parfaitement.

 On parle de leurs revenus, de leurs intérêts. Cela ne signifie pas que la démocratie soit menacée. Mais on comprend bien leur intérêt objectif à prétendre le contraire.

Ce n’est pas nouveau, ils nous ont déjà fait le coup.

Quand de Gaulle est revenu au pouvoir avec le dessein de remettre l’état au service du pays au lieu de le laisser s’hypertrophier en roue libre, certains ont parlé de coup d’état permanent.

En définitive, en caricaturant au maximum, on pourrait résumer les choses de la façon suivante.

Emmanuel Todd, comme beaucoup d’autres moins brillants, est employé et salarié par l’état dans un institut qui a vocation à produire des statistiques démographiques, notamment pour aider celui-ci à mettre en oeuvre les politiques publiques.

Résultat ? Il écrit beaucoup de livres souvent passionnant mais qui de plus en plus expliquent que le peuple et les élus ne sont pas au niveau. On n’a pas connaissance du fait qu’il reverserait ses droits d’auteur aux contribuables.

 Dans le même temps, l’Ined produit des évaluations statistiques dans lesquelles il a pu compter l’ensemble des pieds noirs et arméniens comme musulmans. Le critère choisi à l’époque pour évaluer leur nombre en France était en effet d’avoir au moins un parent né dans un pays ou l’islam est considéré comme dominant…..

Plus modestement sans doute, Villach a passé 34 ans au service d’un système scolaire qui a de plus en plus exclu les enfants d’ouvriers au profit des enfants d’enseignants (50% des X) avec un doublement des moyens en monnaie constante par enfant, mais il a, lui aussi, trouvé le temps d’écrire quelques livres et de présider quelques associations et de protester contre la montée des inégalités.

 On comprend que les idées de mettre en œuvre des politiques d’évaluation de la fonction publique, de la rémunérer au mérite et de la réformer paraissent extrêmement agressives à des Todd et Villach.

Mais qu’ils se rassurent ! Elles sont parfaitement démocratiques.

Les services publics sont le patrimoine des moins favorisés. Ils coûtent de plus en plus cher avec des personnels de plus en plus nombreux. Et quant aux services qu’ils rendent, la gauche elle-même confirme leur dégradation continue « faute de moyens et personnels ».

L’électorat populaire a donc voté pour une réforme qualitative de l’Etat d’une part et contre ceux de ses agents qui pensent que la détention d’un diplôme est une condition d’exercice de la démocratie d’autre part.


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34 réactions à cet article    


  • JL JL 6 janvier 2009 11:36

    Bonjour, votre article est long, et j’ai décroché rapidement, ne voyant pas où vous voulez en venir. Si vous voulez passer une idée, pouvez-vous en dire deux mots dans un commentaire ?


    • eric 6 janvier 2009 12:45

      A JL résumé : Todd est souvent génial, mais il a tendance à aller de plus en plus vite au détriment de la rigeur du chercheur. Dans ses trois derniers ouvrages, il laisse se dévellepper sa tendance à baiser ses propres résultats en fonction de présupposés idéologiques. Sur l’économie, l’amérique, la russie et la montée d’un complexe de supèriorité de certaines catégories sociales, ses conclusions vont à l’inverse de ses démonstrations.

      Il ne voit pas que la monté d’un complexe de supèriorité si elle existe, touche avant tout les gens qui lui sont semblables. La fonction publique à statut de gauche.

      C’est pour cela qu’il ne voit pas que l’électorat du FN a voté non pour Sarkozy, mais malgré Sarkozy, pour la réforme de l’Etat et contre son appropriationpar la catégorie sociale que lui même représente.

      Comme au terme de ses propres thèses, l’électorat Fn est dominant dans les régions à tendances égalitaires et libertaires, qu’il est populaire et qu’il vient de l’abstention pour un tiers, tous cela relfète contrairement à ses thèses une forte poussée démocratique.

      La mise en oeuvre du programme de NS, essentiellement une réforme de l’état, suite à sa très large élection avec une très forte participation par rapport aux habitudes française constitue un renforcement de notre démocratie.

      Les appels à la "résistance", de la part de publics qui sont de façon écrasantes employés de l’état et qui s’opposent à toute évolution de leur situation, contre les élus et au nom de leur compétence supposée, constitue au contraire un déni de démocratie qui est bien cohérent pour le coup, avec sa dernière découverte, certains dans notre république se sentiraient plus égaux que d’autres. Mais ce ne sont pas ceux qu’il croit....


    • JL JL 6 janvier 2009 14:36

      @ éric, merci de ce résumé.


    • Antoine Diederick 6 janvier 2009 11:51

      Doit faire très froid en Russie pour le moment... smiley


      • Antoine Diederick 6 janvier 2009 11:53

        Doit faire très froid en Russie pour le moment... smiley


        • eric 6 janvier 2009 12:48

          Moins qu’à Paris http://www.rambler.ru/ ( à droite)


        • dup 6 janvier 2009 13:18

          article ininteressant dont le but est de détruire E.Todd . Je connais pas particulèrement ce monsieur ,mais j’ai pas non plus l’impression qu’il dit des conneries. C’est enfoncer une porte ouverte que de dire que la démocratie est un abus de language comme les démocratie populaires qui ne sont ni l’un ni l’autre. C’est une évidence que nous allons dans le mauvais sens


          • JL JL 6 janvier 2009 14:44

            @ Léon, merci pour cet avis qui conforte mon opinion. Je n’ai pas eu le courage de tout lire, mais le peu que j’en ai lu (un bon tiers tout de même) et le résumé qu’en a fait l’auteur à ma demande, m’a suffit.

            Puisque l’auteur écrit que "le fait d’être fonctionnaire interdit de penser", je lui dédie spécialement cette formule de Cornélius Castoriadis, célèbre philosophe et économiste :

            " la doctrine néolibérale, cette " non-pensée intégrale "


          • eric 6 janvier 2009 17:01

            Il me que vous n’ayez pas lu les livres en question et mon article non plus. Je ne dis nul part qu’être fonctionnaire empêche de penser. En revanche,Todd prétend bien que l’accés de 25 à 30% de la population à l’enseignement supèrieur entraîne une baisse du sentiment de l’égalité, et il omet de signaler qu’en France, l’essentiel des postes de cadres bac plus 3 ou 4 créés dans les 30 dernières années l’on été dans la fonction publique et qu’elle vote à gauche. La conclusion s’impose d’elle même et elle est cohérente avec l’hypothèse de Todd. Cela d’autant plus que dans ses typologies familliales, le vote socialiste caractèrise déjà au départ.des zones peu attachées à l’égallité
            D’autre part, si le fait de se livrer à des attaques personelles est un signe de "dérangement" pour reprendre votre terme, alors vous avez du saisir l’essentiel de l’idée que je présente puisqu’elle vous conduit à des idées assez arrétées sur qui je suis et ce que je fais...... J’en dirai d’ailleurs autant de Todd au sujet de Sarkozy.


          • bobbygre bobbygre 6 janvier 2009 21:37

            J’ai moi aussi décroché au bout de la moitié pourtant le sujet m’interessait et je n’etais absolument pas d’accord mais votre raisonnement est interessant. Il est entaché d’erreurs à mon avis mais je sais que beaucoup de gens de droite ont un raisonnement comme le votre.

            Ex de desaccords :

            Ainsi dans "l’illusion" il s’interroge sur la santé mentale d’un chef d’entreprise qui a un milliard et cherche à en gagner un second, pas sur celle d’un peintre qui à produit un chef d’œuvre et continue à peindre ou d’un chercheur qui à déjà écrit de nombreux livres remarquables et continue à écrire.
            Moi, je partage l’inquiétude de Todd sur ce point et je trouve que les exemles ne sont en rien comparable. De l’argent, ce n’est rien, ce n’est que du potentiel. Tant qu’il n’est pas depensé ce n’est absolument rien. Ce qui compte c’est comment il va dépenser cet argent. Et quand on voit comment se porte le marché du luxe aujourd’hui, et bien on se dit que nos milliardaires d’aujourd’hui, ils doivent avoir un problème dans leur tête, ces 1% de richards, à en vouloir encore plus alors que la moitié du monde crève de faim et l’autre moitié se crève au travail. Doivent pas etre tout net dans leut tete, ou alors ce sont des ET ou des adorateurs de satan, des fois ça me parait plus crédible que de penser qu’ils sont humains...

            Ce ne sont pas les « élites bourgeoises », mais les journalistes, qui « voient des nains intellectuels partout », des illettrés. Todd parle des bac plus deux ou trois du centre parisien qui mépriseraient les prolétaires.

            Vous ! Vous en connaissez combien des bac plus deux qui peuvent payer un loyer dans le quartier latin ? Non, c’est bien de ses pairs qu’il parle en réalité

            Bah, non, il doit vraiment parler des journalistes, ça transpire dans tous leurs articles. "y a qu’à voir comment ils nous parlent"

            * je ne retrouve plus dans l’article mais vous dites que Todd avait prédit la victoire du non au référendum. Il ne l’a pas prédit, il le soutenait. Et vous auriez voulu qu’il se taise ? Alors que tous les intellectuels, spécialistes et autres journalistes ont fait honteusement campagne pour cette constitution LIBERALE (vous savez le système en train de nous sauter à la figure).

            *Etonnant que vous ne soyez pas d’accord avec son livre sur les Etats-Unis, j’imagine qu’il ne faut y voir là nulle marque de parti-pris.

            Il est facile d’accuser quelqu’un de parti-pris lorsque l’on connait ses positions politiques. Sont-ce ses réflexions de chercheur qui l’ont amené à avoir des opinions politiques ou ces opinions politiques qui ont influencé son travail de chercheur. La question restera toujours posé pour Todd. Alors que pour des gens comme BHL ou Val, on ne se les pose plus depuis longtemps.

            J’arrete là mais au moins votre article pointe sur une chose juste, son dernier livre ressemble plus à un plaidoyer politique qu’un travail de recherche pur.


          • eric 6 janvier 2009 23:09

            A bobbygre. Dans un de ses ouvrages, il a effectivement annoncé par avance que lors d’un prochain scrutin sur l’europe, il y aurait une majorité de non et même en datant le tournant.

            Sur les Etats unis, je me suis jeté sur le livre avec gourmandise fort du précédent sur l’Urss, et puis je me suis dit qu’il y avait quelque chose qui avait l’air de clocher. Notamment le concept de mécanisme mystèrieux. L’explication de Laférère est plus raisonnable.
            Sur le niveau d’étude, comme ni les guerres ni les crises n’ont jamais fait baisser le niveau, j’ais été voir les statistiques démographiques américaines. Todd parle d’une variation faible. Il est le spécialiste de corrélations linéaires. Je me suis demandé ce qui avait pu changer et j’ai constaté l’ampleur de l’immigration récente (2,5 fois plus en 91 que lors des pics des années 1900).

            Sur les partis pris, Todd était quelqu’un de très indépendant ; d’aprés son prof d’histoire qui rendait hommage à son courage il était étudiant communiste à une époque ou ce n’était pas à la mode (68). Quant il à écrit la chute finale, il était à peu prêt seul à défendre son idée sur l’urss qui s’est avérée la seule juste à tout point de vue. Dans ses ouvrages sur les typologies familliales, il avait toujour une distance extrêmement rafraichissante avec toutes les idées reçues.

            A partir de l’illusion économmique, il me donne l’impression d’avoir changé.

            Je le répéte, on ne peut pas dire à la fois qu’un électorat populaire est asssez intelligent pour rester imperméable à la pression médiatique de l’ensemble de ses élites contre Maastricht et prétendre qu’il se laisse odieusement manipuler par la petite moitiée la moins brillante, de droite, quand il vote Le Pen ou Sarkozy ; dans les deux cas, ce sont les mêmes électeurs qui ont fait la différence. c’est un pur problème de logique.




          • Traroth Traroth 7 janvier 2009 00:50

            Pourtant, quand on relit "Après l’Empire" maintenant, on ne peut que s’étonner de la clairvoyance de Todd, justement. Il a prévu l’embourbement des guerres étasuniennes contre de petits pays (le livre a été publié fin 2002, à un moment où la guerre en Irak était sinon inéluctable, du moins probable), la crise économique actuelle, le retour de la Russie, l’immobilisme européen (bon, ça ce n’était pas très dur, malheureusement) et le déclin des Etats-Unis (sujet principal du livre). Il s’est trompé sur la Chine, qu’il voyait comme quantité négligeable, mais il rectifie le tir dans "Après la démocratie".


          • bobbygre bobbygre 8 janvier 2009 08:04

            Merci pour les reponses argumentées ! A propos du declin de l’empire americain, je vous suis sur la demographie mais vous oubliez quand meme qu’il avait prevu la chute prochaine des Etats-Unis. Or, on est peut-être en train d’y assister. Todd disait notamment que la faiblesse des Etats-Unis, c’etait les deficits de son budget et de sa balance commerciale. Tout cela, il l’associe à une politique libérale de libre-échange qui a mal tourné, rejoignant en cela nombre de chercheurs, economistes et autres "penseurs".

            Par contre, là je ne vous suis plus :
            Je le répéte, on ne peut pas dire à la fois qu’un électorat populaire est asssez intelligent pour rester imperméable à la pression médiatique de l’ensemble de ses élites contre Maastricht et prétendre qu’il se laisse odieusement manipuler par la petite moitiée la moins brillante, de droite, quand il vote Le Pen ou Sarkozy.
            Ce ne sont pas les memes !!! Ceux qui ont fait gagner le non au referendum ce sont les gens qui habituellement ne votent pas ou votent extreme-gauche ou ecolo. Je doute que ceux-là ont fait gagner Sarkozy, serieusement... Sarkozy a été élu pour son libéralisme, la constitution a été rejeté pour les mêmes raisons. Impossible d’y voir là une continuité, je partage l’avis de Todd. Et l’electorat populaire, comme votre commentaire le sous-entend n’a pas voté que Le Pen ou Sarkozy.


          • eric 8 janvier 2009 10:54

             bobygre. Mon raisonnement est bien sur un raisonnement "à la marge".
            Pour Maastrisht, comme pour les présidentielles, c’est bien au moins une partie de l’électorat FN, caractérisé en moyenne par une forte composante populaire, (les chercheurs parlent de "peu diplômés") qui fait la différence.
            Il y a des surement de vrais ouvriers communistes, en cherchant bien, on en trouverait sans doute de socialistes peut être même un ou deux d’écolo. Il est vraisemblable qu’une partie de l’électorat populaire de gauche ait contribué la victoire du non à Maastricht. Sans le vote Lepeniste il n’y aurait pas eu victoire.

            Aux présidentielles c’est encore plus flagrant. Dans les scores de Ségolène, il y a évidement des gens appartenant à des couches sociales moins favorisées, mais ce sont ceux qui votent habituellement à gauche. Le fait nouveau, important, c’est le vote radicalement anti gauche de l’électorat Lepeniste. Dans toutes les élections précédentes, il n’avait jamais hésité : à confirmer son choix en 2002 au second tour, à faire chuter la droite aux municipales et législatives. Il est difficile de croire qu’il ait pu s’identifier à Sarkozy plus par exemple qu’à Chirac.


          • bobbygre bobbygre 9 janvier 2009 13:13

            Pour Maastrisht, comme pour les présidentielles, c’est bien au moins une partie de l’électorat FN, caractérisé en moyenne par une forte composante populaire, (les chercheurs parlent de "peu diplômés") qui fait la différence.
            Il y a des surement de vrais ouvriers communistes, en cherchant bien, on en trouverait sans doute de socialistes peut être même un ou deux d’écolo. Il est vraisemblable qu’une partie de l’électorat populaire de gauche ait contribué la victoire du non à Maastricht. Sans le vote Lepeniste il n’y aurait pas eu victoire.


            Je n’ai pas la meme analyse, en particulier pour le dernier referendum où le non l’a emporté :
            Pour Maastricht, je suis d’accord avec vous, le FN anti-européen par nature, a largement oeuvré pour le non (avec Devilliers et Pasqua si je me souviens bien). En ce sens, on peut dire que le non de Maastricht (environ 49%) était clairement nationaliste.
            Pour le dernier referendum sur l’Europe, les electeurs du FN ont aussi voté non, comme d’habitude. Ce n’est pas une surprise ni un élement nouveau. Le FN a toujours été anti-européen. Par contre, ce qui a changé par rapport à Maastricht, c’est que les alters, l’extreme gauche et les "independants" ont appelé à voter non (Besancenot, Arlette, journaux indépendants, ATTAC) mais ce non là n’a rien à voir. Ca n’est pas un non nationaliste mais un non anti-libéral. Et pour avoir assisté à plusieurs débats publics, je peux t’assurer que ça n’était pas à la marge. Les journaux de 20h montrait les débats publics organisés dans les campagnes aussi bien que dans les villes. Les débatteurs à la télé ne débattaient quasiment que du libéralisme de la constitution car c’était LE sujet qui a fait pencher la balance.
            Et effectivement, ce sont les gens de gauche qui ont voté non qui ont fait la différence ce jour-là puisque ce sont les quelques pourcents qui sont venus s’ajouter aux votes traditionnellement anti-européens.

            Pour Sarkozy, on a retrouvé ce même débat sur le libéralisme sauf que cette fois, Sarko a su mettre de son coté les électeurs du FN.
            Donc, je persiste et signe, ceux qui ont élu Sarko (les électeurs de droite libéraux + le FN) ne sont pas ceux qui ont fait pencher la balance du non lors du referendum (extreme-gauche et alters en gros)


          • eric 6 janvier 2009 23:23

            Cher le furtif, c’est un privilège des gens qui votent à droite d’arriver assez facilement à distinguer les individus des collectifs, les idées des personnes et les personnes des classes sociales. J’entretiens donc les meilleures relations du monde avec nombre de "fonctionnaires de gauche à statut", ne serais ce que dans ma propre famille. 
            En revanche, la gauche fontionnarisée à statut étant la seule chose qui ressemble un tant soit peu à ce que Marx à appellé des classes sociales( intérêt, culture, agirs, choix politiques, discours légitimant leurs intérêts etc... commun) il me parait assez légitime de l’étudier en tant que telle.

            Comme ces agents publics sont payés à niveau égal en moyenne 18% de plus que leurs homologues du privé avec d’innombrables avantages que ceci n’ont pas et que c’est avec notamment avec mon argent, c’est bien la moindre des choses que j’espère que le chauffeur de bus public me conduise à l’hopital public ou je peu espérer être soigné. 

            Maintenant, c’est à nouveau la gauche elle même qui constate la dégradation générale du service public avec une part croissante d’un PIB croissant et des agents toujours plus nombreux.( je vous renvoie à tous les sites syndicaux.)


          • herbe herbe 6 janvier 2009 19:35

            Je ne vais pas faire l’erreur (à mon sens) de vous en vouloir pour mettre à mal une espèce d’icône (qui a produit une oeuvre que j’aime bien...)

            Les idées d’Emmanuel Todd sont des idées et on peut essayer de dépersonnaliser le débat.

            Pour alimenter ce débat j’aimerais reciter l’article de Thierry Crouzet qui questionne aussi Emmanuel Todd, ne croyant pas au protectionnisme :
            http://cozop.com/thierry_crouzet/lettre_emmanuel_todd

            J’aimerais aussi reciter un article qui pose aussi le débats sur l’élitisme pour apporter de l’eau au moulin concernant l’inégalitarisme : y en aurait’il un de vertueux ? :
            http://www.volle.com/opinion/elitisme.htm

            Sinon j’ai apprécié quand vous dites que comme vous mettez en cause les idées d’
            Emmanuel Todd, vous en auriez à dire autant sur celles du président actuel, j’aurais secrètement préféré que vous commenciez par là smiley


            • eric 6 janvier 2009 22:41

              A herbe, merci pour ces liens. J’ai lu 2 fois le dernier Todd et de nombreuses fois tous les autres, mais je ne les ai pas sous la main car je suis en déplacement.

              A la base, je suis un fan de Todd. Mais j’ai commencé à me poser des questions avec ses trois derniers ouvrages.

              Son attaque de Sarkozy sur le thème, "il a mis le feu aux banlieues en traitant les jeunes de racailles", est du niveau d’un sous libération, surtout compte tenu de la complexité des problèmes liés à l’immigration, de l’excellente connaissance qu’il en a, et de la réalité de cet épisode. c’est de l’argument politicien pour trotskiste de base, un peu comme d’accuser NS quand une infirmière se trompe de médicament.

              C’est une attaque personelle.

              Sur le déclin des croyances collectives et notamment des religions, que je n’ai pas abordé, je pense qu’il se trompe aussi. Il a une approche trop institutionelle traditionelle, monolithique,française. Beaucoup de facteurs montrent au contraire une croissance de l’engagement tous azimut mais dans des formes moins institutionnalisées, , plus insaisissables, moins controlables par des "clergés" au sens le plus large. Moins légitimes aussi aux yeux des élites du verbe peut être justement parce que moins sous leur coupe. Plus à l’américaine, car, dans ce domaine aussi, celui de l’engagement, des formes du liens social, nous suivons l’amérique.

              Nous n’avons jamais eu autant d’associations ( 1901) . Le vote FN à nouveau, provient d’aprés Perrineaud pour un tiers de l’abstention. Des gens, souvent modestes, qui ne votaient pas se sont remis à s’engager politiquement. Que l’on soit d’accord ou pas avec leurs idées, on ne peut nier qu’il s’agit d’un engagment démocratique. Le teleton refuse du monde. L’église réformée de France, le protestantisme traditionel français est moribond oui ( 40 000 familles cotisantes) mais les églises marginales compteraient 600 000 adultes baptisés cotisants assistant aux culte. les verts sont 8000 adhérent à jour de leurs cotisations, oui. Mais les époux Pincon Charlot au CNRS ont fait une étude sur la chasse a courre. 400 000 pratiquants réguliers en croissance constante, qui s’intéressent moins à la chasse qu’à ce qu’ils décrivent comme une communion dans la mixité sociale et la nature, un "fait social total" (et pourtant, ces chercheurs viennent, je crois du trotskisme..). Il y a des milliers d’exemples. Dans mon village de 1 000 habitants, il y a presque autant de présidents d’assoc que de citoyens, là ou autrefois, il y avait essentiellement deux églises et quatre partis.

              Les engagements sont éclaté, multiples, parfois contradictoires. Ils sont réels. Les 2 chercheurs du CNRS cite un syndicaliste trotskiste parmis les officionado de la chasse. Un autre auteur parle d’un enseignant qui défile le jour contre NS pour maintenir ses liens sociaux avec ses collègues, et colle la nuit pour Sarkozy par conviction. Dans le film de Coline sereault que je cite. Le SDF FN s’affirme raciste mais vit chez sa mère adoptive arabe.

              Les dernières présidentielles avec une participation massive, des positions très tranchées, des aggresivités que l’on avait plus vu depuis longtemps et des résultats couperet, ne donnent en aucun cas le sentiment d’une vague tièdeure semi consensuelle et dés-idéologisée. Il y a bien eu un choix entre une approche quantitative et une approche qualitative de l’Etat.

              "Aux yeux de l’historien et du sociologue, ils ne sont que les symptômes complémentaires d’une situation globale de vide idéologique" dit Todd.

              Il me semble effectivement que c’est aux yeux du sociologue qu’il y a vide.








            • Traroth Traroth 7 janvier 2009 00:54

              "Son attaque de Sarkozy sur le thème, "il a mis le feu aux banlieues en traitant les jeunes de racailles", est du niveau d’un sous libération" : Pourtant, c’est très exactement ce qui s’est passé. Et la situation lui a échappé à tel point que le dossier des émeutes a été repris par le premier ministre, Villepin, qui a finit par reprendre la situation en main.


            • herbe herbe 7 janvier 2009 21:53

              Effectivement il y a contradiction et c’est pour cela que je trouve votre débat intéressant. Vous avez bien lu Todd et vote critique tombe assez juste sur pas mal de points. Je continue à souhaiter que vous fassiez une critique aussi pertinente d’idées concurrentes. Car il s’agit d’une concurrence voire d’une guerre, ceci peut d’ailleurs expliquer la contradiction pointée, car quand on perd une bataille d’idée au niveau politique, on peut être tenté de reprendre l’avantage en désignant un vide supposé dans le camp opposé et feindre de s’étonner de la victoire du vide...

              J’aime bien la fin du commentaire suivant de jeanclaude qui parle entre autre de Morin.
              J’ai déjà dit combien il faudrait prendre en compte son concept de politique de civilisation.
              Si l’impression du commentateur Jeanclaude me semble juste à savoir qu’il est un peu mis de coté par une certaine gauche, il me semble qu’il n’est pas forcement mieux d’être détouné ou trahi par d’autre qui semble récupérer le concept...

              Le score de votre article n’est pas juste de mon point de vue parce qu’il est intéressant mais il traduit sûrement dans ce cas le désaccord de certains ...


            • bernard29 bernard29 6 janvier 2009 22:32

              Votre article est trés long, mais j’y ai trouvé des critiques trés intéressantes. Et je suis tout à fait d’accord avec cette phrase.

              "Vraie peur d’une sortie de la démocratie ou peur de la vraie démocratie ?"

              parce qu’en refermant le livre de Todd, c’est exactement la pensée que j’ai eue.

              il n’en reste pas moins vrai que l’essai de Todd est enrichissant.


              • eric 6 janvier 2009 23:31

                A Bernard merci pour ce seul commentaire encourageant ! Je suis d’accord avec vous, Todd est toujours enrichissant. Il parait qu’il va se consacrer à une recherche sur l’origine des types de familles.

                Au cours d’une conversation sur ce sujet il y a très longtemps, je lui avait dit qu’à mon sens, il fallait regarder dansles livres de René Girard, qui peuvent expliquer l’espèce de puzzle structural des types familliaux et valeurs à partir de hasard et de nécessités, sur la base des conditions nécessaires à la survie d’une collectivité.
                J’attend avec impatience ses ouvrages suivants. Surtout si il reste dans le domaine de la recherche et non dans le médiatico people. Alors, d’une certaine manière, on pourrait dire "qu’après la démocratie" aura été son "moment Sarkozien", son passage à vide.


              • jeanclaude 7 janvier 2009 10:58

                @ eric - analyse travaillée d’un ouvrage et d’un auteur que je ne connais pas. J’ai relu l’article de PV. Les réactions à ces deux articles sont symptomatiques.

                PV : c’est un oui, mais. PV est du même bord qu’ET, c’est une critique d’ami. Les amis de ces deux amis, intervenant sur AV, restent bons amis.
                Vous, c’est un non pour cet ouvrage. Les lecteurs les plus assidus sont d’ailleurs rapidement indisposés qu’on ose aller si loin dans la critique d’un de leurs auteurs favoris. Ils vous battent rapidement dans le style pamphlétaire qui s’amplifie vers la fin de votre article.

                Sur le fond - mais ce sont les inconvénients d’une démonstration - vous êtes un peu trop catégorique et simplificatuer dans la description de la classe sociale - au sens marxiste - des fonctionnaires, ayant intérêt à maintenir un état fort, garantie de leur perduration. Les 30% de fonctionnaires qui ne votent pas à gauche sont là aussi (et pas tous des demeurés ; tous les enfants de fonctionnaires ne deviennent pas fonctionnaires. Le démographe ET pourrait là faire une analyse utile : enfants de fonctionnaire-métier-positionnement politique).

                Vous avez touché là où çà fait mal. Normal que les réactions soient fortes.

                Nous nous trouvons dans la même impasse que dans la bande de Gaza. Suite à des élections démocratiques, le Hamas sort majoritaire. Suite à des élection nationales, une droite "nouvelle", au sens de moins attachée à une retenue historiquement "radicale" y va carrément. Dans les 2 cas, le peuple aurait mal voté.

                Ces réactions trop vives sont une autoprotection des citoyens convaincus de gauche contre le vertige, entrevu le temps de vous lire, qu’une des bases de leurs convictions est peut-être fragile.
                Explication :

                1. En logique, "A =juste" n’exclut pas "B =f aux". A, c’est NS, sa volonté de toucher à la république administrée à la française, son parti-pris libéral, sa tendance à contrôler les médias, son impudeur de riche,... B, c’est l’auto-conscience et toute la compréhension historique de la gauche, de sa doctrine, qui est maintenant décalée, donc incapable de comprendre correctement les mécanismes actuels de la société (c’est très hégélien). Donc à reprendre.
                  Ceci expliquerait la sensibilité amicale et excessive de certains pour ET, un des seuls intellectuels à pouvoir reprendre du marxisme comme élément essentiel de compréhension de l’actuel.
                2. La gauche française a toujours été fondamentalement jacobine, au sens de "il y a une élite qui sait comment faire le bonheur du peuple", à éclairer (et former les consciences). Hors de ces lumières, point de salut. Cette gauche a en fait repris en la légitimant la place de l’Eglise catholique de France, qui sous l’ancien régime, guidait les consciences, la main dans la main avec le pouvoir civil.
                  (Comme pour moi, votre commune d’origine comptait 2 églises, donc 2 sensibilités, donc une ouverture à la différence, à la relativité). Cet héritage (les enfants battus reprennent aussi hélas souvent un comportement violent) est à oculter. C’est probablement une des raisons pour laquelle la gauche française ne peut se permettre de se dégluer de son socle historique et de se rapprocher de la vision qu’on les autres gauches européennes.
                Ce qui me choque le plus, c’est cette capacité d’ET à trouver que les français sont tombés bas et méritent le président qu’ils ont (ou la présidente qu’ils n’ont pas choisi). C’est très prétentieux. C’est exactement parallèle aux accusations répétées de manipulation de l’opinion, cause pour de nombreux militants de gauche de l’inertie, de la passivité, voir du masochisme d’une majorité de français devant les réformes de NS.

                Moi, vous et une majorité de concitoyens pensent que des réformes profondes et rapides sont nécessaires, Acceptent qu’elles soient faites malgré tous les défauts de la majorité au pouvoir. Comme cette France a voté contre SR plus que pour NS (devant se contenter du choix des partis), elle fait à juste titre la somme algébrique des avantages et des inconvénients du gouvernement en cours. Somme largement positive au long terme et au regard de ses intérêts passant avant l’idéologie.

                Et là je vous rejoins. Ce ne sont pas les catégories sociaux-professionnelles protégées - fonctionnaires et agents publics de l’état - qui ont besoin de ces réformes, ce sont tous les autres libéraux et salariés du privé. Ils voient bien (il faut vraiment avoir des oeillères) que si tout simplement leur niveau de vie, l’avenir de leurs enfants, doit des chances de ne pas s’étioler, la France doit faire sa mue. Mue = changer de peau, ce qui n’est pas tout changer.

                La faiblesse intellectuelle d’ET, c’est aussi de trop privilégier un seul angle d’analyse. Il est prisonnier de ses "succès" passés. C’est comme la doctrine de gauche française. Nous décelons là le caractère profondément statique (et ancien régime) de la pensée des Lumières. Par opposition à une vision dynamique de l’Histoire (Hegel, marxisme, postmarxisme, déconstructionisme, pragmatistes anglo-saxons). Ceci expliquerait aussi pourquoi des gens comme René Girard ou Edgar Morin, deux exemples pris au hasard, dont la pensée aurait pu contribuer à renouveller les doctrines socialistes, soient mis de côté par la "gauche officielle". Qu’ils dérangent.

                • Thucydide Thucydide 7 janvier 2009 17:50

                  Amalgamer la création artistique pour faire une oeuvre et le désir insatiable de possession pour toujours plus "faire de fric", c’est nouveau, ça vient de sortir.

                  Infliger ce galimatias approximatif et platement superficiel pour nous dire qu’il ne faut pas aimer les intellectuels de gauche (dont l’archétype haïssable est, comme chacun sait, l’enseignant du service public) c’est plutôt léger, on frôle le delirium très mince  smiley
                  On sent bien que l’auteur est plutôt du genre cancre revanchard, il a dû survoler le travail d’Emmanuel Todd en skate board, et référer son analyse critique aux posts des forums du Figaro...

                  Eric : à partir de quel seuil sortez-vous le revolver ?


                  • eric 7 janvier 2009 19:00

                    A Thucydide.
                    Vous ne faites pas honneur à votre pseudo..... ;

                    Il ne s’agit pas d’aimer ou de ne pas aimer les intello de gauche, mais d’essayer de comprendre pourquoi ils se sont pris une telle volée électorale face à un sortant, bling bling, en pèriode de revendication sociales montantes.
                     
                    On peut se contenter de croire que c’est la faute de TF1 et de l’inculture du peuple, mais comme la tv giscardienne était encore plus aux ordres et que cela n’a pas empéché Miterrand de la battre, c’est qu’il y a autre chose, d’autant qu’en 30 ans, le "niveau intellectuel de la population française à monté au dire même de Todd.

                    Quand on est battu, on peut se dire que c’est parce que les autres sont bêtes et méchant, mais on peut aussi se demander quelle part de responsabilité on a ; C’est ce que fît Thucydide.

                    Une part de l’échec est peu être du à cette incapacité que vous illustrez, à comprendre qu’un entrepreneur peut créer et développer une entreprise pour d’autres raisons qu’un amour immodéré de l’argent.....


                  • Thucydide Thucydide 8 janvier 2009 20:22

                    Une part de l’échec est peu être du à cette incapacité que vous illustrez, à comprendre qu’un entrepreneur peut créer et développer une entreprise pour d’autres raisons qu’un amour immodéré de l’argent.....

                    Exact, on peut créer et développer une entreprise comme vous le dites, mais ce n’est pas du tout ce que Todd dénonce, et votre analyse ne tient plus, parce qu’à côté de la plaque : c’est bien ce que je pensais, vous ne lisez pas soigneusement...
                    Ce qui se vérifie à votre conclusion hâtive sur la Guerre du Péloponnèse : Thucydide ne se pose aucune question sur sa responsabilité ni sur celle d’Athènes, du reste : il installe son propos sur un terreau beaucoup plus profond.


                    D’où diable sortez-vous cette idée de mon opinion gauchisante et revancharde ? De nulle part mais cela arrange sans doute vos pré-requis, car vous me semblez particulièrement prédisposé à ce genre de mécanique.


                  • Joshua 8 janvier 2009 04:57

                    Je trouve cette critique intéressante, notamment en ce qui concerne l’élitisme des intelletuels de gauche qui a tendance à s’oublier.

                    Nénamoins, que l’analyse des origines, du présent et du future de la situation tende à pêcher chez Todd par certains côtés aventureux (au sens de "politiques" du terme, pour un intellectuel soumis aux rêgles de la recherche), il n’en demeure pas moins qu’il se base sur des évidences qu’on aimerait bien que tout le monde reconnaisse.

                    Dire que c’est la possibilité que la société devienne plus démocratique avec l’esprit néolibéral actuel qui ferait peur à Todd est une abération qui laisse pantoi. On n’a pas besoin, effectivement, d’avoir bac+5 ou plus pour voir que la démocratie est menacée.

                    Quel est donc alors ce mal qui frappe l’esprit d’Eric, si ce n’est pas un pb de niveau d’étude ?
                    Le jeanfoutisme à l’égard des nouveaux criminalisés, des nouveaux paupérisés, des nouveaux asservis, des nouveaux oppressés, d’une classe de fiers à bras qui, parce qu’ils s’en sortent, se croit plus malin que les autres ?

                    Et ce n’est que la version humaniste de base. On pourrait faire un tableau plus complet de la déconstrution juridique et sociale et du pourissement géopolitique et environnemental que l’idéologie dominante provoque...


                    • eric 8 janvier 2009 08:28

                       A joshua.

                      Idéologie dominante dites vous ? Bon an mal an, environ 70% des gens appartenant à des professions ayant un "rôle idéologique" dans la société sont un peu, beaucoup, ou passionnément ,hostiles à ce qu’ils appellent une idéologie néo libérale, dont on a souvent l’impression qu’elle n’existe que dans leur esprit.
                      C’est le cas de l’enseignement, de la recherche, de la culture, de l’information, de la communication, de l’édition, de l’animation socio cul. et d’une bonne partie des professions de justice.

                      Au journal le Monde en 2002, lors d’une simulation interne, Besancenot est le candidat arrivé en tête (Le Monde tel qu’il est ) ! Même au Figaro, individuellement, les journalistes sont massivement à Gauche même si il écrivent pour leur lectorat. FOG a notamment recruté beaucoup de gens.
                      Sondage (contesté il est vrai) de Marianne, 80% de journalistes à gauche.
                      Dans l’enseignement, 72% des personnels ont voté à gauche en 2002.
                      Chez les intermittents du spectacle, essayez de trouver un néo libéral. Idem dans les Drac, les théâtres, le cinéma. A l’université, il y a eu un scandal il y a quelques années parceque UN candidat à l’Agrèg a voulu défendre une thèse sur un économiste libéral.

                      Dans tous ce que l’on peut apeller les "ministères de la parole", les professionnels sont, nettement plus à gauche que le reste de la société.

                      On peut penser qu’étant "plus intelligent" ils voient mieux les "évidences" dont vous parlez. On peut penser au contraire qu’ils vivent dans des bulles médiatiques, des isolats sociologiques d’où ils percoivent mal le "réel" comme ils disent.

                      Il est un indice qui irait dans le sens de la seconde proposition.

                      Il y a un paradoxe certain à les entendre dénoncer en coeur la dominance d’un discour unique médiatique néo libéral alors qu’ils sont eux même les principaux relais d’information et y sont hostiles et ne se rpive pas de le dire.

                      Pour en revenir à Todd, c’est le même paradoxe qu’il y a quand il dénonce le mépris croissant des très diplômés pour les moins diplômés et juge le gouvernemetn actuel, même pas tant au nombre de diplômes mais aux notes obtenues à diplôme donné. Sarkozy certes est avocat, mais il n’était pas parmis les mieux noté... !








                    • Joshua 8 janvier 2009 21:28

                      Impossible de répondre


                      • Joshua 8 janvier 2009 21:33
                        C’est vrai qu’il peut sembler paradoxal que tant d’intellectuels paraissent de gauche et laissent aller le système comme il va.
                        Personnellement j’attribuerai ça à un phénomène d’impuissance militante dû plus ou moins à :
                        une fascination face au rouleau compresseur néolibréal, dont la puissance affabulatrice, déconstructrice et libératrice de flux et d’énergies est saisissante,
                        une peur face à un ordre hiérarchique qui tend à s’étirer et à ne plus faire de quartier,
                        une torpeur suite à des décennies de progrès social,
                        et enfin un sauve-qui-peut insufflé par les conditions individualistes qui ont été créées.
                        Car le néolibéralisme nous prend de cours, pourrait-on dire.
                        On parlait de parfaire ce qu’on appelle l’Etat providence, on s’opposait, on se déchirait, quand tout à coup vient (des USA particulièrement) un raz de marée qui veut faire table rase, remettre tout les systèmes sociaux à plat, mais certainement pas pour laisser se reconstruire une société plus juste.
                        Cette libération d’énergie n’est que le produit de la décomposition des structures sociales acquises au fil des siècles. Elle est impressionnante, mais nous ne devons pas nous y tromper : elle ne durera que le temps d’une régression que nous allons payer très cher. C’est du pur moyen terme qui va nous laisser sur le pavé d’un nouveau monde féodal.
                        (Les prédateurs financiers du Venezuela se réjouissent d’avance des profits qu’ils vont pouvoir tirer - dans sa décomposition qu’ils sont sûrs de bientôt obtenir – de cet Etat social bien structuré et riche d’organisations participatives. Ils espèrent le vider bientôt de sa substance et le ramener à des conditions « normales » d’exploitation. C’est comme ça que ça se passe chez Mac Donald.)
                        Le mépris des haut-diplômés incite les moins diplômés à voter pour un populiste comme Sarko. C’est ce que j’ai cru comprendre chez Todd. Qu’y a-t-il de paradoxal ?

                        • energieverte 20 janvier 2009 22:41

                          Bonjour, Je suis globalement d’accord avec votre analyse. J’ai beaucoup lu et admiré les livres passés d’E.Todd ( le destin des immigrés, etc..) et suis consterné par Après la Démocratie qui traduit le désarroi de la gauche qui cherche en invectivant Sarkozy ou l’Amérique à se trouver un ennemi refondateur. Je suis particulièrement étonné par ce mépris de Mr Todd, premier de la classe fonctionnaire pour l’étudiant moyen qu’était Sarkozy. Nous sommes tous des étudiants moyens, Mr Todd et maintenant que nous sommes nombreux à avoir fait des études, nous ne sommes plus d’accord pour choisir nos élites parmis les premier de la classe parce que ce sont ces élites (de gauche comme de droite) qui ont perdu leur légitimité. Les Français ont voté Sarkozy parce que c’était la seule solution qui pouvait faire évoluer positivement la société Française qui se sclérose à petit feu grace à des Chirac à gauche et des Ségolène à droite ( c’est caricatural de voir que Villepin est le seul qui l’écoute et à qui Mr Todd rend grace). L’idéologie est morte d’avoir promis le paradis sur terre la ou les religions plus intelligentes offraient l’au-dela. Le marxisme a fait couler assez de sang pour qu’on n’y fasse référence qu’avec prudence. Enfin avant d’étrangler le libre-échange, rappellez vous comment le protectionnisme des années 30 a conduit à la guerre et à une forteresse Europe bâtie autour de l’industrie Allemande, idéal d’organisation pour Emmanule Todd. Non honnêtement, réinventer la gauche avant de mépriser la droite ou rester à l’échelon local.


                          • eric 21 janvier 2009 17:41

                            Merci pour votre commentaire. Je suis moi aussi globalement d’accord avec vous. Un petit bémol peut être, quand vous dite que Sarkozy étati la seule solution. Cela, je ne le croit pas. Elle est à mon avis préférable, mais si la gauche avait été élue, je pense qu’elle aurait elle aussi tenté d’apporter des réponses réelles aux problèmes existant. Même Jospin a privatisé, et même Ségolène à compris que la carte scolaire était une machine à exclure les pauvres.
                            Elle aurait agit peut être moins vite, moins bien, mais surement avec bonne volonté. je veux sortir du manichéisme qu’elle nous impose. Nous ne menons pas le combat du bien contre le mauvais, de l’efficace contre le nul, mais nous discutons d’un rythme plus ou moins rapide de réformes nécessairres et de l’affectation prioritaire de un ou deux points de PIB soit aux administrations soit aux ménageset entreprises.


                          • dauphiné 22 janvier 2009 22:23

                            Bonjour,

                            Une question un peu hors sujet : seriez-vous le mystérieux rédacteur de la newsletter T&B ??

                            Sinon votre analyse du dernier livre d’E Todd est intéressante... hum... oui il y a sans doute qqchose de vrai aussi dans votre critique.

                            Cependant ce n’est pas là l’essentiel de sa thèse qui est plutôt centrée sur l’émergence d’une nouvelle classe socio-économique - éduquée et exploitée - qu’il pressent comme possible ferment d’une remise en cause comparable à celle de la révolution Française.

                            D’autre part j’aime bcp votre explication de la plus grande tolérance des fonctionnaires pour la globalisation et la compétition mondiale. C’est bien vu.

                            Mais en fin de compte, à part un protectionnisme européen (à 15 ou à 27) quelle autre voie pour maintenir une industrie en Europe et en France et donc des salaires "normaux" s’offre à nous ?


                            • eric 23 janvier 2009 15:26

                              Merci

                              T&B ? Connait pas

                              Sur une classe sociale potentiellement révolutionnaire, de dipômés frustrés dans leurs attentes, je trouve au contraire qu’il ne développe pas. Dans plusieurs ouvrages, il parle de l’alphabétisation des hommes jeunes comme origine de toutes les révolutions, mais ce modèle ne rend pas compte du Nazisme, dans un pays largement et depuis longtemps alphabétisé.

                              D’un point de vue démographique et sociologique, les forces vives du Nazisme furent très exactement ce dont nous parlons. Hitler, comme Himmler, comme la moitié des écrivains Nazi les plus populaires, sont des enfants de fonctionnaires, trompés dans les attentes de stabilité et de visibilité de l’avenir inculquées par leurs parents. (voir je crois, histoire d’un allemand de Sebastain Haffner qui lui s’en sor parcquil vient d’un milieu chrétien et ne peut pas croire à ce qu’on lui raconte sur les juifs)

                              La principale différence entre les révolutions un peu Nihiliste type Nazis ou Chiites iraniens et positivistes type bolcheviques réside moins dans les catégories sociales concernées qui sont les même, comme le montre Todd, que dans la situation de leur société.
                              Les russes malgré la guerre sortaient de la période Stolypine, plus forte période de croissance de longue durée connue en occident, et, pour leur catégorie sociale plustot positive. Ils n’ont commencé à complètement délirer que suite aux résultats de leurs propres politiques. Les allemands eux sortaient d’une pèriode de paupérisation et avaient dès le départ un vision sombre des choses.

                              Personellement, en écoutant les alter trotsko quelque chose et leur profond pessimisme ( "la mondialisation voulue par l’élite ultralibérale mondialisée est inéluctable, le combat est déjà perdu, une autre vie est possible mais malheureusement trop de force du mal s’y opposent" etc.... voir leurs sites), je pense que si révolution il devait y avoir, elle serait résolument nihiliste et de type fachisante, même si l’étiquette du moment devait être "progressiste".

                              En ce qui concerne leur tolérance à la mondialisation, je suppose qu’il faut segmenter entre le haut du panier, les fonctionnaires de ce que j’appelle la gauche arrivée, mieux payés, souvent socialistes, qui profitent de tous les avantages du système, y compris des prix bas sur les produits importés et des femmes de ménages pas cher, et les petits employés publics, parapublics ou financés sur fonds publics, plus extême gauche, moins protégés par des statuts (intermittents du spectacle animateurs socio cul) etc.. car pour eux la mondialisation à des conséquences directes.

                              Comme pour faire face, il faut être efficace, on est en pèriode de tentative de contrôle des dépenses publiques. Ils sont donc directement visés. ils sont ce que j’appelle l’arrière garde du prolétaria ; ceux que la gauche arrivé est prête à sacrifier pour sauver l’essentiel, ses statuts à elle.

                              Quand au protectionnisme, c’est un vaste débat. En tant que libéral, je ne suis ni pour ni contre par principe. Entre paysqui respectent certaines règles du jeu, l’ouverture est sans doute la meilleure solution. Ponctuellement, si un pays joue les passager clandestin, par exemple si les communistes Chinois esclavagisent leur population pour maintenir des coûts particulièrement bas, il peut être possible au coup par coup de faire pression. Sur le fond, ethique, chaque fois que plus de liberté est possible c’est mieux, dans la pratique le libéralisme est pragmatique, il plannifie en tant de guerre, il nationalise quand c’est inéluctable, privatise quand il le peut, protège en tant que de besoin ses industrie ou s’ouvre quand il en à l’opportunité.

                              Je trouve philosophiquement un peu inquiétant un parti pris à priori pour le protectionnisme qui me paraît plus idéologique qu’économique.


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