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Après le sacre du printemps socialiste, le changement conservateur dans un long hiver européen

 En 2011 le monde a connu le printemps arabe, un an plus tard, la France a vécu son printemps socialiste. Quel rapport me direz-vous ? Eh bien, au risque d’égarer le lecteur, je dirais que c’est la même chose. Du moins si l’on considère les ressorts sociaux et le résultat. En Tunisie et en Egypte, une instabilité sociale s’est dessinée, puis exprimée, amplifiée et la vague a fini par emporter les deux dirigeants controversés, amenant de ce fait un nouveau régime dans ces pays. Enfin, quand on évoque un nouveau régime, il faut être prudent. En Tunisie, les anciens de Ben Ali ont encore des places tactiques notables, alors qu’en Egypte, l’armée tient encore le pouvoir, contenant les velléités contestataires. Ce qui a amené ces deux « révolutions », c’est une crise sociale et politique traduite par une instabilité et un mécontentement profond de populations se sentant privés de l’accès à une existence décente, un travail, un revenu et pour quelques uns la liberté d’expression. C’est donc une « coalition » très hétéroclite qui a poussé les deux régimes vers la chute. Islamistes modérés, libéraux, conservateurs, extrémistes, salafistes, tentent de canaliser le mécontentement et de gérer la suite de l’histoire. En France, l’élection présidentielle de 2012 a marqué un mécontentement qui bien évidemment, a été canalisé par des mouvances politiques diverses. Quatre partis politiques hétéroclites (PS, FN, FG, C) ont incarné dans les urnes l’alternance face au régime sarkozyste. La France est aussi éclatée du point de vue idéologique que la Tunisie. On comprend ainsi l’utilité de la démocratie comme moyen permettant aux gens de s’exprimer et de déposer un régime sans aller dans la rue, risquer sa mort et surfer sur le chaos. La transition est douce après une campagne âpre. Et pour les socialistes, un printemps tant attendu, qui n’a rien d’une espérance ni d’une révolution. C’est même l’inverse comme on verra. Toujours est-il que pour bien des Français de gauche, l’élection de François Hollande a été un soulagement mais aucunement un signe d’espoir de vie meilleure. Les heureux vainqueurs du 6 mai ont fêté une victoire de match plutôt que célébré une espérance à venir. Rien de commun avec 1981. Le pulsionnel du jeu et de la bataille l’a emporté sur le sentiment religieux envers le progrès. Le match est joué. La transition sera calme et normale. Les journalistes sont toujours aussi peu inspirés, inventant une présidence hypernormale, sorte d’oxymore aussi insensé que la lessive lavant plus blanc que blanc.

 François Hollande est le second président socialiste de la cinquième république et se prépare pour un quatrième quinquennat de gouvernement à gauche. En effet, la France a connu deux législatures de gauche ayant duré cinq ans, pendant les deux septennats de Mitterrand, marqués aussi par deux cohabitations avec la droite ayant duré deux ans. Puis, le gouvernement Jospin est resté cinq ans pour une paisible cohabitation avec Jacques Chirac et après 2002, nada, la droite tenant les pouvoirs à l’Elysée et à l’Assemblée. Il ne faut pas se leurrer, le gouvernement qui se dessine sous l’autorité de Jean-Marc Ayrault proposera un quatrième type de socialisme. Les époques changent et les gouvernements sont obligés de s’adapter, à la fois aux évolutions sociales, économiques et techniques. Le premier socialisme, celui de 1981, fut un moment d’espérance sur fond de changements sociaux hérités de mai 68 et de la nouvelle société promise par Chaban. Le second socialisme, celui d’après 1988, fut un socialiste pragmatique, de gestion, de confirmation, incarné par Michel Rocard, avec une crise sociale déjà plombante et une fin de mandat assez calamiteuse pour Mitterrand. Bref, le temps de la décadence et du déclin était arrivé, comme pour toute œuvre historique. Par la suite, le socialisme de Lionel Jospin a constitué un troisième type qu’on désignera par socialisme en trompe-l’œil, ou bien socialisme de transition et de flottement. Les 35 heures n’ont pas été une réussite. Signe que le socialisme n’avait plus grand-chose à proposer en cette fin de siècle marqué par la mélancolie européenne et l’ensorcellement par les nouvelles technologies.

 Et en 2012, de quel socialisme François Hollande est-il le représentant ? A première vue, ce socialisme se veut rassembleur, apaisant, sorte de virage républicain permettant de sortir de l’agitation du précédent quinquennat avec ses réformes stupides et ses ministres de pacotille. En fait, le socialisme qui vient n’a rien d’une révolution et encore moins d’une parousie spirituelle et républicaine. Ce socialisme semble répondre à la notion de changement conservateur. François Hollande cherchant à réconcilier le vivre ensemble autour des valeurs républicaines. Que de symboles dans cet hommage rendu à Jules Ferry et Marie Curie, deux figures emblématiques de la troisième république. Il eut suffit d’ajouter Renan, Zola et Berthelot et le tableau eut été complet. Encore une douzaine de héros de cette époque et nous aurions eu une réplique de l’école d’Athènes de Raphaël, une fresque qui aurait pu s’intituler le Panthéon républicain. François Hollande envoie des signes au pays et ces symboles montrent un attachement à l’histoire récente de la France. A travers Ferry, c’est la république et l’instruction pour tous qui sont célébrés. Luc Ferry a été mal inspiré en lançant une polémique, surtout qu’il a raté l’essentiel, à savoir le Ferry remonté contre l’Allemagne de Bismarck et qui voyait dans l’éducation populaire le moyen de prendre une revanche sur ce pays en pleine ascension technique et économique. Quant à Marie Curie, on y verra plus le symbole de la science positiviste de la troisième république que la célébration d’une victoire féministe. Finalement, ces symboles sonnent creux, comme s’ils étaient dépourvus du souffle de l’esprit permettant de leur conférer une efficace pour l’avenir. Ce voudrait être de l’histoire monumentale mais ce n’est qu’un morceau d’histoire traditionnelle que nous sert Hollande, nous dirait Nietzsche. Espérons que Hollande ne sera pas un président passéiste, emprunt de nostalgie républicaine. Le choix de célébrer une figure de la science positive ne laisse pas augurer une bonne approche de la crise de société que nous vivons. La science positive n’est plus la solution mais un des problèmes. L’affaire Servier n’est que la partie émergée d’un vaste égarement où l’on entrevoit les manquements moraux de la médecine et l’acharnement technologique et chimique dans nombre de pathologies incurables. Alors que les gadgets technologiques ne cessent d’ensorceler les cadres et autres professions bien rémunérées, des individus bavant sur des joujoux sophistiqués, prêts à s’octroyer des augmentations alors que des tas de gens sont déposés sur la route et finissent par crever dans la pauvreté. Le progrès technologique est souvent une drogue et la drogue, c’est de la merde. Parfois, il saut savoir dire merde au progrès technique et à la croissance.

 Le printemps socialiste annonce un long hiver européen, sans espoir de solution. Opposer partisans de la croissance aux chantres de la rigueur ne donne qu’une vision falsifiée des enjeux qui attendent l’Europe. Il ne faut pas plus de croissance mais une croissance autre, quitte à ce qu’elle soit nulle. Les possibilités de changements sociaux sont présentes et ne dépendent pas de la croissance. L’Europe a des moyens, il suffit qu’elle les canalise dans le sens d’un intérêt public et non pas de la voracité des clans, lobbys et autres secteurs préférentiels. Les débats idéologiques présents dans les médias et alimentés par des éditocrates suiveurs et sans imagination ne laissent pas augurer de grands changements. A tout prendre, le changement conservateur est la seule solution mais c’est une solution par défaut.


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7 réactions à cet article    


  • Agor&Acri Agor&Acri 15 mai 2012 13:09

    "En fait, le socialisme qui vient n’a rien d’une révolution et encore moins d’une parousie spirituelle et républicaine. Ce socialisme semble répondre à la notion de changement conservateur. François Hollande cherchant à réconcilier le vivre ensemble autour des valeurs républicaines« 

    @ Bernard,
    Je pense que ce passage de votre article résume très bien la situation.

    Il existe cependant un facteur exogène pouvant bousculer le conservatisme
    = la volonté de certaines élites de ne pas »lâcher le morceau« et de faire avancer leur plan coûte que coûte vers l’avènement de leur si cher »nouvel ordre mondial".
    Et ce plan passe par l’étape d’un abandon de souveraineté des Nations européennes au profit d’un Fédéralisme qui donnera corps au bloc EUROPE tel que conceptualisé par les adeptes de la Trilatérale.
     
    Hollande, l’européiste, adhère-t-il aux thèses des apprentis-sorciers ?
    Sinon, cédera-t-il quand-même aux pressions qui ne manqueront pas de s’exercer sur lui ?

    Le billet posté ce matin par l’auteur du forum
    LE SILENCE DES LOUPS (Décryptage d’un monde interdit aux moins de 16 dents)
    même s’il arrache quelques sourires,
    n’incite guère à l’optimisme
    MESSAGE N° 47  : LE LOUP, LE RENARD ET LES BELETTES


    • Marc P 15 mai 2012 13:52

      Hollande depuis le début indique des orientations, dit ce qu’il ne fera pas...
      Conscient de l’hostilité que cela lui aurait attiré, il n’a pas dit ce qu’il ferait, en tous cas pas très précisément, hormis les 60000 postes, la taxation à 75% etc.. :
      Il est espérons le plus réformateur qu’il ne le laisse supposer... et moins conciliant avec les ultra libéraux que certains ne le pense...
      Let’s wait and see pour l’instant...
      En effet, l’époque n’est pas forcément aux grands chamboulements.... mais plutôt à une remise sur les rails de l’économie aussi bien que des esprits.... comme il dit les jeunes et la justice sociale d’abord...

      http://translate.google.fr/translate?hl=fr&sl=en&tl=fr&u=http%3A%2F%2Fwww.independent.co.uk%2F&anno=2


        • Clavdio 15 mai 2012 16:49
          La Corrèze et Tulle ?
          Deux grands personnages issus de cette contrée ont défrayés l’actualité nationale voire internationale au moment des faits, un siècle de différence entre chacun.
          1816, sous la restauration Hugues Duroy de Chaumareys un officier imbu de lui même, de son rang et des prérogatives usurpées à d’autres. Royaliste immigré en Angleterre il rentre en France dans l’équipe de louis XVIII, et se voit(à la place d’un autre) obtenir le commandement de l’escadre se rendant au Sénégal pour y prendre la relève des Anglais. Incapable de commander et ne faisant pas confiance à ses officiers, Pour faire le point et vérifier la route il s’en remet à un passager(sois disant pilote aux Comores), les ordres de ce type, (jamais contredits) dirigent l’escadre en droite ligne sur les hauts fonds du banc D’Argun, et ce, malgré les protestations des officiers du bord, entre autre le second. Heureusement la frégate Echo n’obéit pas aux ordre, la nuit venue elle s’esquive des parages dangereux. Elle sera sauvée.
          Au cours du voyage, ce sale type laissera périr un mousse de 12 ans tombé à la mer alors qu’il lavait son linge au sabord. Ne donnant les ordres que trop tardivement et encore sous la pression des passagers outrés de son inaction, qui déjà, perdaient de vue le bras tendu du gamin, le commandant lui, répétant qu’il n’avait pas de temps à perdre, comme s’il s’attendait à voir le gamin revenir à la nage. 
          Au cours de la traversée il perdra le contact avec deux autres frégates de son escadre sans chercher le ralliement. Il passera un savon au commandant de l’Echo qui a perdu une nuit pour retrouver un membre de son équipage accidentellement tomber à l’eau. Lors de l’échouage de son navire il se sauvera le premier laissant les passagers et l’équipage se débrouiller seuls. Plus tard il ne se rendra même pas à l’hôpital pour rendre visite aux rescapés. Bilan 160 morts de folie ou affamés, 137 partis à la dérive sur un radeau, une poignée de survivants seulement. Cet événement a bouleversé le monde entier, un gouvernement a été renversé et les affrontements à la chambre ont perduré sur plus d’un siècle sous le nom du « radeau de la méduse ».
          Ce capitaine de frégate après quelques temps de prison n’a pas compris son renvoi chez lui près de Tulle, n’a pas digéré sa dégradation, encore moins d’être rayé de l’ordre de SAINT LOUIS. N’ayant rien compris il passera le reste de son temps à vouloir être réhabilité et dépensera à ce titre le peu de fortune qui lui restait, puis il hypothéquera jusqu’a son château et se ruinera. Son fils apprenant la vérité se suicidera.
          1916, un même genre d’individu, celui pour qui les honneurs passent avant les relations humaines et considérait ses hommes de troupes comme l’on considère son chien. Le général Nivelle dit « le boucher ». En 1916, ce beau parleur se met en avant et prône d’arrêter la guerre statique de Joffre au profit d’attaques offensives et décisives. Une prouesse toute relative (plutôt due au général Mangin) lui vaudra le titre de commandant en chef. Il vente ses nouveaux plans dans tous les endroits, au point que, le jour de la dite attaque, les Allemands savaient.... L’offensive Nivelle est un échec cuisant notamment en pertes humaines 350 000 tués ou blessés pour quelques insignifiants arpents gagnés à l’ennemi. Début des mutineries, ce chef disgracié que la république ne sais quoi faire, sera expédié en Algérie. Il meurt en 1824 et grâce à ces connaissances politiques fera son entrée aux Invalides avec l’assentiment du président socialiste Alexandre Millerand(déjà).
          2012, bientôt un siècle de plus, je me demande bien quel sera le troisième individu qui prendra la relève de ces mécréants ?
          Entre temps nous avons eu la bande dessinée « les bidochon » de Christian Binet originaire lui aussi de Tulle, vous connaissez ?
          Robert Eugène Louis Bidochon : le héros. Gros, fainéant, « pleutre, lâche, vaniteux et borné » être immonde qui impose ses règles, il est l’archétype du Français moyen bête, mais peut avoir quelquefois des éclairs de génie.

          • bo bo 15 mai 2012 23:57

            il n’est pas plus grand que l’exprésident....un nain remplace un nain


            • ykpaiha ykpaiha 16 mai 2012 00:31

              La seule chose que je lui souhaite (et a nous en l’occurence) c’est d’avoir l’échine tres souple.
              Car en fait il est comme nous, il est dans le vide.

              Porté par les ponsifs loudingues du ps, et son lot de mini-sarkosistes sur le retour (vals, aubry, fabius...) avides de fauteuils et de lambris, pour faire comme les autres et qui n’ont rien de plus a dire qu’un présentateur de JT.
              Il se doit donc de former un premier gouvernement ; qui tiendra bien entendu compte de l’interet général, je veux dire leur capacité de maitres chanteur (la dessus les verts ont le pompon 2% des voix mais au moins 30 deputés et 2 ministres !!)

              Puis viendra la réalité froide et inexorable des tempetes a venir ; euro, Us ; grece, espagne, dette, etc...Bien plus qu’un maigrichon programme du PS et son lot de ventards (qui pue qui fouette), il aura besoin d’etre un président a part entiere et non comme le précedent un sous ministre de la finance internationale.

              Et la pas question de lambiner sur la culotte du voisin ou des états d"ames des soubrettes, sauras tu Francois etre président ou bien te contentras tu de lucet et pernod dans ton staff ? Par ce que pour l’instant c’est du gateau ; mais demain .....


              • Old Dan Old Dan 16 mai 2012 03:47

                La France n’a pas trop voté Hollande,
                elle a surtout viré Sarkosi !
                (C’est déjà ça...)

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