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Armée ivoirienne : enjeux et défis de la reconstruction post-conflit

Les revendications corporatistes affichées par le premier visage des mutins le 19 septembre 2002, le sergent Tuo Fozié, ont débouché sur une rébellion qui a opposé les insurgés à l’armée régulière, les Forces de défense et de sécurité (FDS). Après les combats, les frères d’armes tentent aujourd’hui de se rapprocher. Entre temps, de nouveaux défis sécuritaires s’annoncent, avec en filigrane de nombreuses interrogations.

Du refus du déclassement à la contestation corporatiste

La grande muette ivoirienne est sortie de sa réserve depuis quelques années. La période post-houphouétiste a fonctionné comme une boîte de pandore ouverte par l’armée. Le coup d’Etat du 24 décembre 1999 qui s’est déroulé, aux dires de ses instigateurs, sans effusion de sang a fait des émules. Trois ans plus tard, en septembre 2002, d’autres soldats prennent d’assaut les sites stratégiques des grandes villes de Côte d’Ivoire pour revendiquer l’amélioration sinon la clarification de leur situation professionnelle. En effet, ces soldats nommés zinzins et bahéfouès sont des anciennes recrues de la brigade rouge, forces spéciales créées par l’ancien président, le général Guéï Robert, pour lutter contre le grand banditisme. Dissoute en 2000 après l’élection du président Laurent Gbagbo, les éléments de cette unité sont regroupés dans des casernes à Abidjan et dans d’autres villes de l’intérieur. Ils avaient été contingentés en attendant les conclusions de l’étude de leur dossier qui devait se solder par deux options : le retour au métier des armes ou l’insertion professionnelle dans la vie civile. Le cas zinzins et bahéfouès était d’autant plus délicat qu’il concernait des hommes rompus aux techniques commando. Du reste, ils sortaient tout droit de la machine à forger l’élite militaire de l’armée ivoirienne : le centre de formation commando d’Akandjé. Certains sont des transfuges de la Force d’intervention rapide parachutiste commando (FIRPAC). D’autres sont regardés avec circonspection parce qu’ils seraient proches des groupes armés qui ont commis des exactions à l’encontre de la population pendant la période de la transition militaire de 1999.

Mais en attendant d’être situés sur leur sort, ces soldats sont transformés en vagabonds qui flânent sans objectif précis dans les casernes. Privés de leur solde, ils se contentent du soutien de leurs proches. Exaspérés par une longue attente qui n’en finissait pas, ces soldats prennent les armes. Ce qui était censé être une simple revendication corporatiste se mue en rébellion qui prend le nom de Forces armées des forces nouvelles (FAFN). Les Forces nouvelles (FN) dirigée par Soro Kigbafori Guillaume constituent l’aile politique - et dirigeante - de cette rébellion. Selon lui, le président Gbagbo n’a pas travaillé à la réconciliation au sein de l’armée.

Pendant ce temps les Forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire (FDS-CI) se réorganisent dans la zone gouvernementale. Plus de 3000 nouvelles recrues renforcent les rangs de l’armée régulière.

La longue marche vers la reconstruction de l’armée. Refonder pour reconstruire ?

L’un des points d’achoppement à l’application des accords de Ouagadougou est la reconstruction de l’armée ivoirienne. Les avancées dans ce secteur hautement sensible et stratégique sont telles que certains observateurs de la vie socio-politique ivoirienne parlent de blocage du processus de sortie de crise. C’est pour mettre fin à ces conjectures que le gouvernement a mis sur pied un groupe de travail sur la reconstruction et la refondation de l’armée (GTRRA) le mercredi 10 mars 2008 à la Primature par le décret n° 2007-645 du 20 décembre 2007 portant création, attribution, composition et fonctionnement du groupe de travail « restructuration et refondation  » de l’armée. C’est un organe de réflexion ayant pour mission de proposer un cadre général d’organisation, de composition et de fonctionnement des nouvelles Forces de défense et de sécurité. Il est chargé de soumettre aux partenaires une stratégie globale de restructuration et de refondation de l’armée. Le comité de pilotage de cet organe est présidé par le Premier ministre lui-même et comprend un représentant du président Gbagbo, un représentant du facilitateur, des ministres du gouvernement (les ministres du Plan et du Développement, de la Défense, de l’Intérieur, de l’Economie et des Finances), les chefs d’état-major des deux armées ivoiriennes (FDS-CI et FAFN) et les commandants des forces impartiales (l’Opération des Nations-Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) et la Force Licorne). L’installation du groupe de travail est une exécution du chapitre 3 de l’accord politique de Ouagadougou relatif aux Forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire (FDS-CI).

Le GTRRA est la énième solution trouvée par le président Gbagbo et son Premier ministre Soro Guillaume pour vider la question de l’armée. En dépit du démantèlement des derniers fronts, les deux parties accordent difficilement leurs violons sur la reconstruction de l’armée. La question des grades des ex-rebelles n’a toujours pas été tranchée. Le facilitateur, le président Blaise Compaoré à qui les parties ont confié la gestion de ce dossier, ne s’est pas toujours prononcé sur cette question. Le sujet est d’autant plus délicat qu’il impose des concessions difficiles. Certains problèmes de fond comme l’insertion des nombreux combattants des deux camps n’invite pas à la collaboration. Les quotas proposés par les uns et les autres et les difficultés matérielles cachent mal la volonté de conserver une parcelle d’une souveraineté matérialisée par le contrôle d’un territoire par ses hommes. D’autre part la réunification des caisses de l’Etat qui, a priori, passe pour être une question d’ordre économique masque en réalité une stratégie militaire. Les structures financières (commerce, transport, agriculture, les richesses minières, etc.), robinets d’alimentation de l’industrie de l’armement et des réseaux de diffusion des idéologies politiques, ne se cèdent pas aussi facilement. A ce sujet, les accords de Ouagadougou prévoient la restauration de l’autorité de l’Etat par le recouvrement des taxes et des impôts sur toute l’étendue du territoire. Un comité a été mis en place pour suivre l’application de cette clause.

Les défis de la nouvelle armée. Il faut sauver le soldat éburnéen.

Les violences engendrées par la guerre ne se limitent pas aux heures d’affrontement entre les groupes armés en présence entre 2002 et 2003. Le conflit a entraîné une crise sécuritaire qui revêt plusieurs formes. L’armée est traversée par des tensions qui se traduisent par des fautes de comportement et des fautes contre l’honneur militaire. Se prononçant sur la radiation de 900 recrues entre 2004 et 2008, le chef d’état-major des FDS-CI estime que «  ces soldats de rangs qui ont été radiés font la honte de l’institution militaire, en ce qu’ils sapent ses fondements, son honneur et bafouent ses principes de base qui s’appuient sur le socle de la discipline. Ils ne sont pas dignes d’être militaires. D’où leur radiation de l’outil de défense et de sécurité  ». Cette mesure intervient au moment où des violences orchestrées par des militaires loyalistes ont éclaté à Guiglo, Blolequin, Duékoué et Guiglo, des localités de l’ouest de la Côte d’Ivoire, la semaine dernière. Le décès de l’un des leurs à la suite d’une agression a réveillé les vieux démons de la revendication corporatiste. Il s’agit, pour les soldats, de revenir occuper les corridors, ils ont exigé le départ du gouverneur militaire, le colonel major Guié Globo, et l’organisation de patrouilles dans les villes où ils sont regroupés. Ils ont surtout dénoncé leurs conditions de vie depuis le regroupement des soldats auparavant déployés sur la ligne de front. Cela renforce la brutalisation des champs politique et militaire ivoiriens.

La nouvelle armée ivoirienne devra également faire face à une monté en puissance de la criminalité. Les agressions ne visent plus seulement les domiciles des citoyens anonymes. Elles concernent aussi les entreprises et souvent même des institutions de la République telles que le Conseil économique et social qui a été cambriolé il y a quelques mois. Le mode opératoire s’est affiné dans la mesure où se sont des armes de guerre qui sont mobilisées (kalachnikovs). Les enlèvements suivis de demandes de rançon, les prises d’otages et le trafic transfrontalier des enfants voire des adultes rappellent ironiquement les films hollywoodiens. Les yahoo boys et yahoo girls qui se promènent sur la toile se livrent de plus en plus à la confection de faux documents administratifs et à des siphonnages de fonds bancaires. La télévision ivoirienne a exhibé plusieurs faussaires arrêtés par les éléments du Centre de coordination des opérations de sécurité (CECOS). Mais la situation sécuritaire de la Côte d’Ivoire n’est pas désespérante. Le mercredi 26 mars 2008, l’ONUCI a annoncé au cours de son point de presse hebdomadaire la baisse du niveau de sécurité. Les régions de Bouaké, Séguéla (au centre), Korhogo (au nord), Man et Guiglo (à l’ouest) passent de 4 à 3 et le reste du territoire ivoirien de la phase 3 à la phase 2. Mais en dépit de cette baisse sensible de l’indice de sécurité, les défis qui attendent la nouvelle armée de Côte d’Ivoire sont énormes. Ils nécessitent une véritable prise en main du territoire nationale par l’armée dès le retour de la paix.

Une restructuration militaire post-conflit est une activité sensible. Elle peut être porteuse de menaces susceptibles de déboucher sur une escalade du conflit. L’introduction de cessez-le-feu, d’accords de paix ou même les interventions discrètes visant le désarmement de belligérants ne garantit pas toujours une amélioration tangible de l’indice de sécurité. Les situations post-conflit sont souvent le théâtre de massacres, de règlements de comptes parce que les victimes d’hier peuvent s’en prendre à leurs bourreaux et leurs alliés. La réinsertion des ex-combattants doit faire l’objet d’une vigilance particulière. Un soldat démobilisé qui n’est pas convenablement réinséré dans le tissu social avec un revenu suffisant peut verser dans la délinquance en approvisionnant les cohortes de bandits qui exercent avec usage d’armes de guerre ou en s’enrôlant dans une opposition politique armée.

La nouvelle armée de Côte d’Ivoire se construira avec une intégration des éléments des FDS-CI et des FAFN. Ce processus est capital pour la réconciliation nationale et pour la restauration de l’autorité de l’Etat. Or il faut craindre que les interventions des différents partenaires impliqués dans le processus grèvent les efforts de paix. Les organismes internationaux (banque mondiale, PNUD, ONU, etc.) peuvent se lasser de blocages supposés ou réels de l’une ou l’autre des parties et délaisser le conflit en allégeant leur soutien. On pourrait alors se retrouver dans un schéma de conflit des Papous. La prudence de l’ONUCI, que d’aucuns assimilent à un manque de volonté ou une indolence, révèle la prudence de la communauté internationale qui ne tient pas à être accusée de réarmer d’anciens combattants.

Afin de relever les défis que doivent affronter les femmes et les jeunes filles soldats en période post-conflit, les plans de démobilisation devront identifier les besoins spécifiques des combattants des deux sexes et comprendre qu’une seule stratégie ne pourra pas s’appliquer à tous. Contrairement aux hommes, les femmes doivent bénéficier de programmes spéciaux qui tiennent compte des adaptés à leur statut.


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2 réactions à cet article    


  • faxtronic faxtronic 1er avril 2008 13:18

    Au debut, je me suis dit :" N’y a t il pas mieux et plus uregnt en CI qui de reorganiser l’armée ?" mais il est vrai qu’un coup d’etat militaire est vite arrivé. Il est vari que c’est a la CI de s’occuper de cela, car c’est delicat, et si jamais il y a des problemes il y aura des problemes), c’est plus sure pour la communauté internationale de se desengaer de ces manouevre politico-miltaire, si frequente en Afrique.

     


    • faxtronic faxtronic 2 avril 2008 13:26

      Et dire qu ’il y a un gus sur un autre thread qui n’offusquait du peu d’entrain sur les threads concernant l’afrique. Ici c’est le desert. meme l’auteur a deserté.

      Question pour l’auteur :

      J’ai l’impression qu’une didctature militaire est en fait la seule voie de sortie pour l’afrique. Qu’en pensez vous ?

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