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Accueil du site > Actualités > Politique > Avec quelle sauce voulez-vous être mangés ?

Avec quelle sauce voulez-vous être mangés ?

D’après le « Times », le ministre du travail britannique Ian Dunkan Smith demande que l’âge de la retraite atteigne progressivement les soixante-dix ans. 

Il vient de présenter un projet de loi proposant de passer de 65 à 66 ans l’âge légal de la retraite en 2016, à 68 d’ici 2046, et à 70 ans un peu plus tard, « si l’espérance de vie augmente entre temps ». Fils de militaire, Ian Dunkan Smith, eurosceptique de naissance, chouchou de Margaret Thatcher, restera aux annales comme le chef de parti à avoir été démis de ses fonctions avant des élections générales, faute de charisme et pour cause de sombritude.

Il avait résolu son propre problème de retraite en se mariant avec Elisabeth Frementie, fille du 5e baron de Cottelsloe.

Les retraites étant ce qu’elles sont en Grande Bretagne, les salariés devront cotiser aussi bien pour leur système d’Etat que pour renflouer celles, privées, de leurs employeurs dévastées par les fonds de pension durant la crise financière. Une telle situation ne peut être comparée qu’à celle de l’effondrement de la caisse de sécurité sociale de l’Argentine, mise en place et systématiquement pillée pendant 70 ans par le pouvoir mafieux péroniste. C’est peu dire que nous assistons à une « tiers-mondialisation » des systèmes sociaux un peu partout en Europe, sous le dénominateur commun baptisé « réforme pour la sauvegarde des retraites ». Il n’existe pas de signe plus criard indiquant la fin d’un monde, celui mis en place dans l’après guerre, et qui était sous-tendu par deux éléments : la peur du communisme et la prospérité industrielle de l’après guerre.

Fille de la financiarisation de l’économie, qui voit ainsi apparaître un acteur fondamental dans le partage inégalitaire des richesses, celui de l’actionnaire, parallèlement à l’effacement des structures de protection étatiques, la crise actuelle reflète avant tout une réalité amère : la mondialisation qui remplace les années coloniales et post coloniales renverse « les flux d’exploitation et de plus-values » et participe à la paupérisation de l’Europe. Sans pour autant profiter aux énormes masses populaires du Tiers Monde, faute d’Etat de droit et de démocratie.

La finance et les cleptocrates - dictateurs et autres dirigeants restant les seuls vrais profiteurs. Quant aux classes moyennes et les nouveau riches issus de ces pays, ils émergent au sein de sociétés qui ne conçoivent pas la notion même de sécurité sociale, prenant en charge individuellement la plus part des services : éducation, santé, retraites, etc. L’Etat, débarrassé de ce « fardeau », devient un acteur fondamental du jeu financier, comme l’étaient jadis uniquement les pays du Golfe, créant des structures étatiques-privées, étatiques en ce qui concerne la gestion du pouvoir interne, privées en ce qui concerne leur rôle dans l’économie mondiale. 

Il ne faut pas chercher midi à quatorze heures : à moyen terme, la politique du toit, de l’éducation, de la santé suivront celle des retraites. Désormais, le modèle de développement et d’échanges tendra à rassembler au moins donnant, à la Chine ou l’Inde et visera la mise en place d’une classe moyenne « autonome » n’exigeant rien de l’Etat.

L’individu sera tenu comme « « responsable du tout » et lui sera donné la fiction du pouvoir quelle que soit sa position sociale. Il sera « enfermé » dans ce statut, « isolé » de tous les autres : tout le monde sera « chef » de quelque chose, garant de lui-même et surtout pas des autres. Après la mort de la solidarité nationale, vient celle de la solidarité tout court.

Le premier ministre britannique, David Cameron et Nick Klegg, vice premier ministre, viennent d’envoyer une lettre à six millions de fonctionnaires en leur demandant de proposer des idées pour résoudre le déficit national. Faisant l’impasse du fait qu’ils n’y sont pour rien, on leur demande de choisir avec quelle sauce ils seront mangés.

 

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6 réactions à cet article    


  • Yvance77 25 juin 2010 10:40

    Salut,

    Post édifiant, cela en est incroyable.

    C’est un peu comme demander au futur pendu s’il préfère la corde en nylon, ou la véritable ou encore celle des alpinistes.

    Mais que faut il faire pour mettre à terre ce système, cela devient invivable ...

    A peluche


    • leypanou 25 juin 2010 10:43

      "C’est peu dire que nous assistons à une « tiers – mondialisation » des systèmes sociaux un peu partout en Europe«  : exactement. Quand les pensions de base seront tellement faibles que les retraités seront obligés de travailler pour pouvoir vivre décemment. Il ne faut pas se leurrer : quand une loi a été votée pour pouvoir travailler tout en étant pensionné, officiellement, c’était pour enlever  »les freins« au travail, mais réellement, c’est une obligation pour ceux qui ont une pension faible. Et cela est valable pour tous les »perdants«  obligés de faire des »petits boulots« pour survivre. A l’autre bout de la chaîne, les gagnants ne s’arrêtent de »prospérer". Il n’y a qu’à comparer l’évolution des richesses des plus pauvres et des plus riches depuis les 20-30 dernières années.


      • Leviathan Leviathan 25 juin 2010 10:46

        La revue de presse économique de Pierre Jovanovic du 23/06/2010, sur « Radio Ici & Maintenant ».
        http://www.megaupload.com/?d=IQ2KEWX6


        • Alpo47 Alpo47 25 juin 2010 11:15

          Il y a plusieurs « techniques de communication » pour faire passer auprès des masses, des mesures à priori impopulaires :

          Une première consiste à les annoncer, mais exécutables ... plus tard. Largement employée actuellement, où on nous dit que ceci se fera en 2013-2015.. ou plus. Beaucoup de gens se disent : « on verra bien... d’ici là,les choses auront changé... ». Il n’en est rien et le calendrier continue de courir. La mesure est intégrée.

          Une autre, consistera à faire des annonces de « mesurettes », attendre qu’elles soient acceptées, puis en annoncer une autre qui complète ... attendre... ainsi de suite. On le voit également actuellement pour les retraites. On y est amené depuis un an et plus.

          Encore, on annonce, par exemple pour GDF un augmentation du prix du gaz de 8%... On attend l’inévitable réaction de refus... pour annoncer que, finalement, l’augmentation ne serait que de 3,5%. Comparativement à la première annonce, la deuxième parait acceptable. Cela tombe bien, c’est cela qui était attendu.
          Il est bien possible que cette annonce, totalement irréaliste de 70 ans, rentre dans cette troisième catégorie. On pousse à l’extrême... pour faire accepter un age inférieur, 65-66 .... Sans cette première annonce, la vraie annonce aurait été rejetée d’emblée.

          On constate tout de même que la plupart des gens ont intégré que ces mesures étaient profondément injustes, dans la mesure où elle s’adressaient à ceux qui travaillaient, et quasi pas du tout au revenu du capital ou aux plus hauts revenus.

          La colère monte, jusqu’où ira t-elle ?


          • rastapopulo rastapopulo 25 juin 2010 22:24

            le marché transatlantique (fusion USA-Europe) voté par l’UE en 2003 incluait implicitement un nivellement pas le bas au niveau sociaux des USA.

            Le découvrir maintenant est aberrant.

            Ouvrir le plus grand marché (nous) sans aucun protectionisme social nivelle par le bas. Quelle évidence ! 

            Mais la fée financière avait promis que la société postindustrielle existait avec le délire écolo de type anglosaxon pour fanatiser la jeunesse (besoin de doubler un réseaux électrique bon pour encore 30 ans et auto-suffisant avec des énergies non fiable, non ajustable et non rentable ?).

            Je vois pas comment fédèrer pour obtenir un protectionisme sur base de minima sociaux et même environnementaux (mais bizarrement la branche anglosaxonne d’écologie n’en veut pas).

             tiens tiens l’histoire de Malthus recommence


            • Reinette Reinette 27 juin 2010 12:52

              Les retraites étant ce qu’elles sont en Grande Bretagne, les salariés devront cotiser aussi bien pour leur système d’Etat que pour renflouer celles, privées, de leurs employeurs...

              encore faudrait-il qu’il y est du travail pour tout le monde !

              chômage dans l’union européenne, d’après l’Insee : http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=98&ref_id=CMPTEF03309

              dans son ouvrage, Les Mal-Aimés en entreprise : jeunes et seniors, Gérard Régnault, spécialiste en gestion des ressources humaines, écrit :
              « nous avons constaté que ce sont d’abord les jeunes et les seniors qui souffrent le plus de la hausse du chômage. »

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