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Accueil du site > Actualités > Politique > Avis de recherche : mais où est passé le centre ?

Avis de recherche : mais où est passé le centre ?

     Il y a dix ans, le centre incarné par François Bayrou s’apprêtait à créer la surprise lors de la course à la présidentielle et à porter le candidat UDF aux portes du second tour. Alors que la droite et la gauche de gouvernement sortent exsangues des deux dernières législatures, le centre a disparu des radars.

      En finir avec la démagogie et les ribambelles de promesses non tenues. Assainir drastiquement les finances publiques d’un État ruiné. Prouver aussi qu’il existe une troisième voie malgré la bipolarisation de la vie politique française. En 2007, les ambitions de François Bayrou étaient raisonnables. Du bon sens, une certaine cohérence, de la perspicacité. Face à lui, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy devaient incarner à la fois le renouveau et l’espoir de la « politique autrement » dans leur camp respectif. Le Béarnais percevait bien l’essoufflement à terme des formations de gouvernement mais, hélas, les électeurs voulaient croire encore un peu en leurs partis traditionnels. C’était aussi l’époque où le FN connaissait un relatif tassement, causé par le discours sécuritaire de l’UMP et « l’ordre juste » prôné par la candidate socialiste. En 2012, trop sûr d'eux-mêmes sans doute, auréolés des lauriers fanés de la précédente campagne (18,57 % , plus qu’un beau score !), François Bayrou et le MoDem se sont pris les pieds dans le tapis. Pari manqué et parti en crise. Ces dernières années, le centre évolue à l’état de spectre. 

 

Le centre pulvérisé par les lignes mouvantes des quinquennats Sarkozy-Hollande

 Chacun à leur manière, les présidents Sarkozy et Hollande auront dévasté le pré-carré du centre. À travers sa politique d’ouverture, le premier a noyauté plusieurs figures du centre, MoDem ou non (Hervé Morin, Michel Mercier ou André Santini), en les associant à sa politique. Il a de surcroît condamné d’avance toute velléité d’émancipation d’une force alternative comme le Nouveau Centre de Morin ou l’UDI, partis-liges s’il en est. Le quinquennat Hollande aura été plus néfaste encore aux partis du centre, alors que son échec aurait dû au contraire confirmer les intuitions du Bayrou de 2007. En provoquant de force l’évolution des lignes politiques pour coincer la droite (la fameuse « triangulation »), François Hollande a littéralement englouti le centre puisque la jonction PS-LR est désormais faite : les débats sur la loi travail, la déchéance de nationalité, la lutte antiterroriste ou l’Islam de France consacrent la droitisation du Parti Socialiste, acculant LR au recul vers l’extrême droite. Et écrasant au passage un centre dont le programme ne parle plus suffisamment aux Français d’aujourd’hui : pas d’alternative économique identifiable, un européanisme toujours revendiqué, un manque d’inspiration sur les questions de sécurité, de laïcité, d’identité.

 

Bayrou : une candidature de sauvetage

 L’homme aux trois candidatures éprouve une lassitude visible. Le centriste qui rêvait de refaire le coup de Giscard aux gaullistes en 1974 a désormais conditionné sa participation à l’élection présidentielle 2017 au résultat de la primaire LR. On ne reverra François Bayrou en lice que pour empêcher l’élection de Nicolas Sarkozy, c’est dit. En creux, Bayrou fait le constat de l’inexistence d’un espace politique pour le centre en cas de désignation d’Alain Juppé voire de François Fillon. UDI et Nouveau Centre étant restés au stade embryonnaire, seul le MoDem peut encore incarner un centre de contingence, réactivable uniquement si le candidat de la droite de gouvernement est perçu comme trop à droite. Un Bayrou relégué au rang de simple sauveur des idées du centre lorsque le potentiel candidat de la droite ne peut s’en porter garant est un Bayrou qui reconnaît que la fameuse troisième voie autonome n’existe plus.

 

Lassalle : une candidature de témoignage

 La gestion du MoDem par François Bayrou n’est pas étrangère à l’effondrement du centre et au plafonnement de sa base militante (1). Manque de moyens, petites tactiques mal digérées (l’appel, sans le dire, à voter Hollande en 2012, puis la désillusion de la législative qui suivit) et dérives autoritaires lui sont reprochés. À telle enseigne que le sympathique Jean Lassalle - connu pour ses chants du sud-ouest et ses balades sur les sentiers du pays à la rencontre des Français - a décidé de présenter une candidature dissidente à l’élection présidentielle de 2017. Mais de son propre aveu, il n’a pas un radis (2) et s’apprête donc à assurer ce qu'il faut bien nommer une « candidature de témoignage ». Un coup à 3 %, dans le meilleur des cas.

 

Macron : le centre non-revendiqué

 Enfin libéré de ses obligations ministérielles, l’inénarrable Emmanuel Macron s’inscrit dans une stratégie du « ni-droite, ni gauche » qui peut rappeler celle de Bayrou, à la différence qu’il n’entend pas faire émerger une tripolarisation ni ne se revendique centriste. Le jeune et dynamique énarque, non-encarté, se voit plutôt comme un point de convergence des bonnes volontés qui entendent pousser la société sur la voie de l’innovation et de l’autonomie. Il est le nouveau visage de ce qu’Alain Minc nommerait la mondialisation heureuse (3). Pour ne rien gâcher, les médias lui ouvrent (pour l'instant) grand leurs bras. Sa ligne de crête est cependant particulièrement instable : devenir aux yeux des électeurs un antisystème tout en en étant issu et tout en conservant les préconçus intellectuels de la classe politique des trente dernières années. Emmanuel Macron est, de facto, centriste. Mais qu'il ne se l'avoue pas est pleinement révélateur de la dépréciation de l'image de marque du centrisme. Son électorat potentiel, à vue de nez libéral (patrons, cadres, une partie de la jeunesse), grignotera modérément sur les candidatures socialiste et LR, celles-là même qui ont piétiné le centre en long et en large depuis dix ans.

 À huit mois d’une nouvelle présidentielle, il ne faut plus chercher davantage le centre. L’encre coule déjà sur son acte de décès. Ce n’était pas un égaré, pas un oublié. C’est un défunt.

 

Notes :

(1) En avril 2016, ils n’étaient que 14 000 encartés au MoDem. Le parti ne bénéficie aucunement de la chute libre des effectifs de LR et surtout du PS (voir « Militantisme : les partis à l’agonie », leparisien.fr, 23 avril 2016).

(2) Le candidat Lassalle, faute de moyens, est obligé de faire campagne à l’économie, misant sur la bonne volonté de ses partisans (voir Éric BÉLY, « Élysée 2017 : Jean Lassalle ou comment faire campagne ‘‘sans un radis’’ », La République des Pyrénées, 24 août 2016).

(3) Alain MINC, La Mondialisation heureuse, Pocket, 1999, 208 pages.


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24 réactions à cet article    


  • berry 3 septembre 09:52

    Le Centre se trouvait mercredi dernier dans un magasin de bricolage de Vélizy ou le vice-président du Modem Robert Rochefort a été trouvé en train de se masturber dans les rayons.

    Il a expliqué aux enquêteurs qu’il ressentait le « besoin de se masturber lorsqu’il est en situation de stress ».

    Ah bon, c’est stressant de faire ses courses à Castorama ?


    http://www.huffingtonpost.fr/2016/09/02/vice-president-modem-robert-rochefort-interpelle-exhibition-sexuelle-rtl_n_11835638.html


    • berry 3 septembre 10:13

      L’information a été censurée à la télé, comme il se doit dans un pays totalitaire.


    • Pierre 3 septembre 12:50

      @berry
      Voilà le résultat quand on interdit d’aller aux putes !


    • zygzornifle zygzornifle 3 septembre 14:16

      @berry
       le vice-président du Modem Robert Rochefort a été trouvé en train de se masturber dans les rayons......c’est le président du vice et non le vice président ....Au moins quand il est stressé Hollande va chez Gaillet pour ça ou s’il est en Allemagne la chancelière Algélatineuse est la .....


    • Le421 Le421 4 septembre 14:47

      @zygzornifle
      Il se présentait comme le « membre viril » du Modem...


    • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 4 septembre 15:30

      @berry

      oui, mais ça, Beyrou, il s’en branle !

    • zygzornifle zygzornifle 4 septembre 18:34

      @Jeussey de Sourcesûre


       la seule fois ou Bayrou a été en tete c’est quand il était spermatozoïde, il a coiffé tous ses concurrents sur le poteau ....

    • fred.foyn fred.foyn 3 septembre 09:53

      Lieu où sont rassemblées des personnes : Ouvrir un centre d’hébergement pour les sinistrés.... !


      • Spartacus Spartacus 3 septembre 10:39

        Le centre a surtout eu pendant 40 ans un épouvantail, un nuisible, Bayrou. 


        Un type incapable qui s’est toujours accroché comme un mollusque a la gamelle de la politique.

        Personne ne lui a dit qu’il devrait dégager et passer son tour.

        Il a mis en faillite « Force démocrate. »
        Il a mis en faillite le CDS
        Il a mis en faillite l’UDI
        Il a favorisé l’élection de Hollande le pire des abrutis à la présidence
        Il a perdu, perdu, et encore perdu....
        Un peu comme un fou qui se tape les murs en croyant que sa tête est une perceuse et qu’il continuerait...
        Malheureusement personne ne suit les fous.

        • mmbbb 4 septembre 18:04

          @Spartacus et il n’a pas fait grand chose lorsqu il etait ministre de l education nationale hormis d’occuper les medias


        • Alren Alren 3 septembre 11:19

          Bayrou est au centre de cette droite qui va du pseudo-PS au FN qui approuve la loi El Khomri, le retard progressif de l’âge légal de la retraie, l’accroissement des inégalités, et les traités européens.
          Ses amis voteront à Bruxelles le nouveau traité qui sera négocié après les élections françaises et allemandes et qui n’en doutons-pas aggravera la situation des travailleurs français et européens.
          Voilà pourquoi il est « invisible » : il n’a rien à dire de différent des autres droites.


          • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 3 septembre 12:36

            @auteur


            Vous avez sans doute raté mon explication à ce sujet. 

            Suite à l’échec de la république, suite à l’arrêt du Pendule Gauche-Droite et surtout suite au réveil de la conscience nationale, le « Centre politique » de « l’Activité politique » qui s’intéresse sérieusement aux problèmes réels du peuple français s’appelle « LE CENTRE DES PRÉOCCUPATIONS NATIONALES » et son véritable chef n’est pas le Paysan Béarnais...

            Même quand il n y a plus de cohésion sociale, plus de rassemblement national, plus aucune volonté collective, il demeure toujours un noyau dans le creuset originel qui rappelle les consciences. 

            Ce « CENTRE... » peut-être en ce moment « partout et nulle part » mais il apparaîtra en temps voulu. 

             Pierre-Henri Paulet, Restez bon observateur, soyez un fin sociologue et respectueux du droit public. 



            • zak5 zak5 3 septembre 12:56

              @Mohammed MADJOUR

              Ce centre apparatra en temps voulu.

              Vous attendez le Marhdi ?


            • zak5 zak5 3 septembre 13:00

              @zak5 J ai dit Mahdi


            • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 3 septembre 18:36

              @zak5


              Le « Mahdi », vous voulez dire dans vos rêveries en solitaire et collectives ? Non, je n’attends personne !

            • Laconique Laconique 3 septembre 12:40

              François Bayrou gouvernera.


              • Taverne Taverne 3 septembre 13:16

                @Laconique

                Et non, le pauvre, le destin s’acharne sur lui. L’affaire Robert Rochefort, hélas ! Mais qu’est-ce qu’il a fait au bon dieu, Bayrou ? Dieu n’aime pas les bègues ?


              • Pyrathome Pyrathome 3 septembre 13:46
                Avis de recherche : mais où est passé le centre ?

                .

                Dans les supermarchés à se masturber devant les petites filles ?? smiley

                Tout un symbole pour qualifier la classe politique :

                Des malades mentaux qui s’en branlent.....


                • zygzornifle zygzornifle 3 septembre 14:11

                  Bayrou c’est l’extrême centre .....


                  • mmbbb 4 septembre 12:41

                    nous le trouverons au salon de l agriculture au printemps avec DSK au rayon « trayeuse automatisée » avec lavage automatique du pis non du vit


                    • Le421 Le421 4 septembre 14:41

                      Le Centre ?? Genre UDI ou Modem ??
                      Ben, ils sont dans une belle merde.

                      Depuis qu’ils se sont rendu compte qu’ils étaient plus à gauche que ceux qui se présentent comme la gauche tout en ne voulant pas se déclarer de gauche (vous me suivez ?), ils ne savent plus où se mettre !!

                      De gauche à droite...
                      LO, NPA, FdG, PC, Modem, UDI, PS, LR et enfin FN.
                      Avec un clivage droite/gauche (et encore) entre le PC et le Modem...

                      Et vous verrez qu’en pensant comme cela, vous comprendrez plein de choses !!

                      J’ai passé EELV car ils survolent un peu tout ça sans savoir vraiment où ils se situent.
                      A gauche avec le FdG ou bien à droite avec le PS. Suivant les circonstances.
                      C’est un parti « F-14 », à géométrie variable... Ce qui explique leur peu d’existence.


                      • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 4 septembre 15:29

                        Parler de gauche, de droite et de centre en 2016 a à peu près autant de sens que de parler de girondins, jacobins et montagnards pour analyser la structure politique de la troisième république.


                        Aujourd’hui, les catégories mises en place les siècles précédents ont explosé avec la perte de réalité des états-nations. Le jeu politique apparent n’est qu’une façade qui masque les véritables structures transnationales. La classe sociale dirigeante est apatride. La gauche, la droite et le centre ne sont que des trompe l’œil d’une perspective de scène de théâtre à l’italienne : la comedia del arte.

                        Le mieux serait de parler de « cour » pour l’assemblée nationale, de « jardin » pour le sénat et de « scène » pour le gouvernement. 

                        • sleeping-zombie 5 septembre 07:36

                          Où est le centre ?

                          C’est marrant, je me posais la même question avant-hier. Puis je me suis rappelé que ce qui caractérisait le centre, c’est d’être « ni de gauche, ni de gauche ». Du coup, j’imagine qu’il est toujours là, mais bien caché derrière le PS actuel.

                          Peut-être qu’on le reverra après la fusion PS-UMP...

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