L’affaire des 500 signatures agitée par Marine Le Pen depuis quelques jours n’est que la traduction d’une stratégie mise en place de puis longtemps dans l’entourage du non-candidat Sarkozy.
On feint de découvrir que les récents propos de Claude Guéant sur les civilisations sont la marque soudaine d’un tournant à droite de l’UMP pour les présidentielles, alors que le quinquennat de Nicolas Sarkozy aura été émaillé depuis son début de saillies du même genre de la part de membres du gouvernement ou de députés de la « droite populaire ».
Courtiser le F.N., tel aura été le leitmotiv pendant cette période avec la volonté affichée d’attirer son électorat, en particulier l’électorat ouvrier délaissé par le P.S.
Le problème c’est que ça n’a pas marché, d’une part en raison de la dynamique impulsée par la candidate du F.N. auprès des ouvriers et, d’autre part par le travail crédible du front de gauche et de la personnalité de son candidat qui a su se faire une place auprès de cet électorat courtisé.
Cela n’a pas marché non plus pour des raisons propres à la personnalité du candidat sortant, sa versatilité et sa politique à géométrie variable.
Le résultat est là, les sondages concernant le candidat sortant sont calamiteux, au point de craindre en haut lieu le spectre du 21 avril à l’envers, avec un second tour Hollande/Le Pen.
L’opération racolage n’a donc pas fonctionné et il faut désormais passer à la vitesse supérieure, c'est-à-dire en éliminant la concurrence Le Pen et en pariant sur un report important des voix des électeurs F.N. sur N. Sarkozy au premier tour.
Plutôt que de risquer l’élimination dès le premier tour, avec l’éclatement de l’UMP qui irait avec, ou bien de figurer en (mauvaise) seconde place derrière Hollande, avec l’interrogation majeure du second tour, il semble que l’entourage de N. Sarkozy privilégie une stratégie en deux temps :
1 – la non qualification de M. Le Pen aux présidentielles par l’intimidation des parrains
2 – le racolage de l’électorat frontiste par quelques mesures destinées à donner au F.N. des compensations marquantes dès les prochaines législatives, voire même à nommer à quelques postes importants des personnalités marquées à la droite de la droite sans pour autant trop indisposer les centristes (lesquels trouveront toujours une bonne raison de rester dans la majorité).
Cette dernière mesure serait accompagnée de promesses d’introduction d’une dose de proportionnelle pour les futurs scrutins législatifs, ce qui intéresserait également le Modem qui cherche une tribune au Parlement pour continuer d’exister.
Ainsi calmé, l’électorat frontiste devrait alors se reporter plus massivement sur Sarkozy au premier tour et éventuellement passer la ligne en tête devant Hollande et toute velléité de matraquage des sortants UMP dans leurs circonscriptions lors de législatives serait écartée.
Même chose en ce qui concerne l’électorat centriste qui se reportera plus facilement sur le candidat UMP au second tour, en se pinçant légèrement le nez.
Ce scénario est tout, sauf improvisé, et s’il fallait le conforter, on remarquera la confiance donnée par Nicolas Sarkozy à Patrick Buisson, analyste politique venu de l’extrême droite ainsi que le retour en grâce récent d’Emmanuelle Mignon intégrée dans l’équipe de campagne de l’UMP.
Ne feignons donc pas de découvrir l’affaire des signatures manquantes de la candidate du F. N. qui a sans doute fait preuve de naïveté dans cette affaire, et attendons les bruissements de couloirs, les visiteurs du soir et les indiscrétions qui conforteront dans les prochaines semaines cette hypothèse de la barre à droite toute.
Et le P.S., me direz-vous ? Attend-il l’arme au pied sa défaite annoncée, ou bien envisage-t-il d’aider en sous main la candidature de Marine Le Pen en apportant les signatures nécessaires ?
Cette hypothèse n’est pas inenvisageable : Mitterrand, en son temps n’avait-il pas su instrumentaliser l’extrême droite pour diminuer l’audience de la droite et conforter ainsi son pouvoir ?
Loin des idées et des débats de société, de la rencontre d’un candidat avec le peuple, nous sommes davantage dans l’arrière cuisine électorale dont le but essentiel est de garder ou de conquérir le pouvoir à tout prix et pour des raisons qui n’ont pas grand chose à voir avec la gouvernance d’un pays.

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