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Accueil du site > Actualités > Politique > Bayrou, perdu à jamais ?

Bayrou, perdu à jamais ?

Bayrou n’aura jamais réussi à dépasser quelques idées fixes et quelques paradoxes qu’il a minimisé ; sans doute a-t-il cru trouver finalement des fidèles prêts à le suivre vers un horizon pour lequel eux n’étaient pas prédestinés. Mais ils sont bien trop peu à lui faire confiance aussi aveuglément.

Bayrou voudrait incarner une synthèse des sociaux-libéraux de centre-gauche et de centre-droit pour formaliser l’association idéale qui permettrait d’engendrer la sociale-démocratie à la française. Mais Bayrou est resté prisonnier d’un autre modèle lui aussi plus épanoui un peu plus à l’Est et au Nord : c’est la démocratie chrétienne, dont il est issu. Finalement, 2007 n’aura été qu’une vaine parenthèse, leurrant – surtout pour l’intéressé lui-même – que tout pouvait devenir possible, alors que Bayrou était un simple capteur mais aussi le fossoyeur même pas flamboyant du centrisme made in France… Aujourd’hui, la carte électorale révèle un retour aux publics traditionnels, soit le petit cercle des centristes historiques (sur-représenté dans les formations mais bien plus transparent dans la population civile) et, comble cruel, des zones les plus marquées par l’emprise catholique.

Simple étape dans une quête globale et multiple d’Alternative ?

Depuis la chute des vieux schémas, avec l’inaptitude des gauches à « changer la vie » et l’inhibition des droites, les électeurs cherchent une alternative. Le déclic a eu lieu à la fin des 90s, sous l’ère Chirac, après que Tapie ait incarnée une gauche forte qui ressemblait à une nouvelle droite nihiliste, et que les souverainistes soient réduit à l’animation folklorique autour d’un DeVilliers incapable de joindre deux bouts peu compatibles, c’est-à-dire le bloc RPR/UDF et le FN, tandem improbable dont il était une sorte d’enfant poli et sournois, mais à chaque fois réduit au silence, à genoux les mains dans le dos.

Le désir d’alternative a porté vers Bayrou en 2007 ; mais cet arrivage massif avait déjà migré en 2009 pour faciliter le triomphe d’Europe Ecologie, avant de se réfugier à nouveau dans l’abstention, le vote blanc ou la recomposition du vote FN et, dans une autre mesure, du Front de Gauche.

Derrière les scores intéressants de Mélenchon et Marine Le Pen (exactement 29% des suffrages), il y a ce désir de radicalité et de rupture que le réformisme serein mais exigeant de Bayrou refroidit. Si de telles postures n’ont pas été un problème auparavant, au moment ou le basculement vers des lendemains de restriction et d’incertitudes économiques est concret, imminent et surtout intégré, cette volonté de jouer l’apaisement dresse un mur car elle est inadéquate.

Bayrou n’avait qu’à simuler l’absence d’urgence, éviter d’évoquer le problème de la dette que les Français devront résoudre de force ; alors peut-être aurait-il pu supplanter Hollande. Mais il faut beaucoup de chance ou un entourage significatif, or Douste-Blazy est un symbole déplorable, car il valide jusque dans sa silhouette l’amalgame entre centrisme et néant, entre modération et confusion, entre prudence et conservatisme. Et puis il aurait fallu que l’homme à remplacer cumule les erreurs stratégiques ; or celui-là s’appelle Nicolas Sarkozy et non pas François Hollande. Malheureusement, Bayrou ne peut reprendre le flambeau de cette droite qu’il s’est borné à réprouver ; il veut incarner ce centrisme vaguement gauchisant qu’aujourd’hui des plus forts s’approprient.

Ce que ne veux pas admettre Bayrou, c’est qu’une large proportion des Français a compris les menaces qui pèsent sur leur avenir, mais que ceux-là, pour la plupart, ne sont pas décidés soit à se sacrifier, soit à se résigner. Les temps qui courent n’inspirent pas des aspirations consensuelles, mais plutôt une révolte brutale ou bien au minimum une soumission passive-agressive. Les deux candidats-leaders l’ont saisi : c’est pour cela que François Hollande joue à celui qui ”renégociera” le Pacte de Stabilité afin de mieux faire croire aux français qu’ils limitent les dégâts, alors qu’ils s’apprêteront à applaudir le couperet. Les marchés l’ont écrit : le SMIC sera réduit drastiquement, le CDI sera balayé afin de précariser l’ensemble des travailleurs.

La raison de Bayrou ressemble à une incantation de politicards privilégié qui inviterait la plèbe à sagement courber l’échine en attendant la fin des intempéries. Or dans la lumière il n’y a pas d’horizon salvateur qui compenserait ; dans l’ombre, il y a des individus qui partout réalisent que les conditions d’un soulèvement de masse, mais peut-être tardif, sont réunies. Difficile alors de susciter l’espoir, surtout si les diagnostics débouchent sur la plus violente des prescriptions, c’est-à-dire européisme accéléré, technocratie accrue et rigueur intransigeante. Quand bien même un guérisseur affable nous expliquerait qu’il faut rester positif, on perd confiance.

Bayrou, trop précoce ?

Resurgit alors cette éternelle interrogation : et si Bayrou avait ratée sa chance historique… en 2007 ? Peut-être serait-il devenu le Hollande amélioré d’aujourd’hui, capable de créer des ponts entre les socialistes d’étiquette et les socialistes ”libéraux”, les socialistes dogmatiques et les socialistes de principes, tous prêts, par stratégie, par entrisme ou par reconversion, à se ranger dans le sillage de la nouvelle Gauche, celle que Mélenchon conspue (avec raison – c’est la base-même de sa légitimité). Bayrou aurait pu se passer de ces compagnons de route essentiels mais un peu gênants que sont les Raffarin, Morin et Cavada, pour se précipiter dans les bras de ses nouveaux compagnons (“socialistes” donc) en les associant à ses collègues intimes (les “démocrates”) et devenir le père fondateur de cette famille recomposée qui dans un futur antérieur, constituait une projection tellement fascinante… Mais ce n’est pas parce qu’une vision ne s’est pas concrétisée qu’elle n’a pas eu le temps de basculer vers la désuétude ; en somme, Bayrou serait passé d’un immobilisme à un autre. Sa cécité devant le malaise de civilisation l’aurait protégé de cette cruelle révélation : en dépit de tous ses efforts et de sa compréhension plus globale que celle de ses petits camarades, François Bayrou est toujours le défenseur d’une arrière-garde, réformée seulement sur le papier.

L’autre possibilité, pas moins lointaine mais plus cohérente et simple, c’est la reformation d’une sorte d’UDF. Si l’UMP implose ou que ses lieutenants gravitent de plus en plus clairement autour d’un rassemblement orchestré par Marine Le Pen, les centristes, les « modérés » et les « humanistes » de l’UMP, ainsi que l’aile libérale, pourraient se tourner vers le MoDem. Rama Yade et Jean-Louis Borloo joueront les hôtesses lors de ces retrouvailles, on évoquera l’incroyable popularité de François Bayrou (candidat le plus apprécié pendant la campagne 2012), peut-être d’ailleurs pour que le destin de ce dernier lui soit volé par une nouvelle génération, celle de Rama Yade et de Franck Riester. Pour l’anecdote, il sera intéressant de voir, dans une telle situation, ou se faufilera l’anguille Copé. 

Un tel mouvement se trouverait alors au milieu du bloc PS/EELV et du rassemblement nouveau autour de feu le FN ; il pourrait être une sorte de chape de sécurité séparant l’échiquier politique de ce dernier, tout en allant quelquefois y piocher quelques thématiques qu’il s’agirait de reformuler dans un esprit de tolérance, d’harmonie et de paix… Cette formation aura la responsabilité de toujours contenir cette droite offensive et surtout de ne jamais le rejoindre ; simuler des ouvertures ”idéologiques” ponctuelles tout en raillant la candeur délicieuse du bloc de gauche modérée permettra alors à cette droite réfnovée et new look d’incarner la raison, synthèse de modernité et de tempérance. Il s’agira en quelque sorte de centristes validant les dogmes de la droite atlantiste tout en annexant les postures sociétales de la gauche américaine. Bayrou deviendra alors peut-être un vieux sage inaudible, omniprésent mais finalement transparent, qui ne trouverait sa valeur qu’une fois disparu. 


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1 réactions à cet article    


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 28 avril 2012 10:22

    Bayrou ne parviendra à s’imposer politiquement que le jour où il élaborera un programme socio-économique ambitieux et réaliste capable de rallier une majorité d’électeurs de droite, du centre et de gauche.
    Cette année, il aurait pu atteindre ce but s’il avait mis en avant le Refondation du Capitalisme prônée par Jean Peyrelevade, un de ses tout proches conseillers qu’il a ignoré.

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