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Accueil du site > Actualités > Politique > Bernard Kouchner à Bagdad - Rompre avec le passé, réconcilier (...)

Bernard Kouchner à Bagdad - Rompre avec le passé, réconcilier l’avenir

19 août 2007, Bagdad. - « Les Américains ont commis erreur sur erreur. Il est impossible de refaire l’Histoire. Il s’agit maintenant de tourner la page », déclare Bernard Kouchner, un homme qui ne laisse rien au hasard.

19 août 2003, Bagdad.
- Le Brésilien Sergio Vieira de Mello, représentant du secrétaire général de l’ONU, et ami du ministre, était victime d’un attentat contre le quartier général des Nations unies, attentat qui coûta la vie à une vingtaine de personnes. Bernard Kouchner est également l’homme des formules : « devoir d’ingérence » et « devoir d’ouverture ». N’est-il pas l’homme qui déclarait il y a moins d’un an : « La France n’est elle-même que lorsqu’elle parle au-delà de l’horizon ». Il est venu à Bagdad pour « écouter, essayer de comprendre ce qui pour certains paraît une direction positive et qui, vu de l’extérieur, nous semble une situation horrible ».

Avec cette visite à Bagdad, les États-Unis voient en Bernard Kouchner un « exemple de plus de la volonté croissante de la communauté internationale d’aider l’Irak à devenir un État stable et sûr  ». En quête d’oxygène, la Maison-Blanche s’autorise à entrevoir, dans ce sombre horizon, des éclaircies pour une solution au problème actuel de l’Irak : « le renforcement du mandat de la mission de l’ONU en Irak, les récentes conférences avec les voisins de l’Irak et la décision de l’Arabie saoudite d’ouvrir une ambassade à Bagdad et d’annuler la dette de l’époque de Saddam Hussein » sont des signes annonciateurs lancés par le ministre français qui sont bienvenus.

Bernard Kouchner, en quête d’une identité propre au sein du gouvernement de Nicolas Sarkozy, marque ainsi, par sa présence à Bagdad, la première visite officielle d’un responsable français de ce rang depuis l’intervention militaire américaine de mars 2003. Pour le ministre, les Nations unies doivent prendre la relève : « les forces étrangères stationnées en Irak n’ont pas vocation à rester et qu’un horizon de retrait devra être défini par les Irakiens eux-mêmes ». Déclaration qui a effet d’une brise par temps de grande canicule pour Georges W. Bush, passablement écorché au cours de la dernière année. Les États-Unis pourraient ainsi se retirer sans coup férir du théâtre des opérations irakien et occuper davantage de terrain du côté de l’insondable ennemi qu’est l’Iran.

La légendaire non-ingérence mais non-indifférence française revient au premier plan de l’actualité avec ce « devoir d’ouverture » de Bernard Kouchner qui a déclaré à la radio française : « Avant, il y avait une attitude qui consistait à dire "circulez, y a rien à voir, c’est tellement compliqué, c’est tellement fichu d’avance qu’il ne faut plus s’en occuper", eh bien ce n’est pas l’attitude de la France actuelle ». C’est pourquoi aujourd’hui, le ministre des Affaires étrangères croit venu le moment de tourner la page au comportement passé des États-Unis et de la Grande-Bretagne qui traitaient, il y a peu encore, les Nations unies avec mépris : « Tout le monde sait que les Américains ne pourront pas sortir ce pays de la difficulté tout seuls. Plus les Irakiens demanderont l’intervention de l’ONU, plus la France les y aidera », déclare le plus simplement l’ex French Doctor.

Pour cela, il conviendrait de rappeler au ministre Kouchner ses propres écrits en février 2003. Il cosignait, avec Antoine Veil, un billet dans le quotidien Le Monde. Il écrivait entre autres choses : «  L’épreuve de force diplomatique opposant les États-Unis au couple franco-allemand permet de passer sous silence la réalité des conditions de vie atroces des Irakiens et conforte Saddam Hussein. Lorsque les responsables européens interrogeaient nos alliés américains sur leurs certitudes quant à la possession d’armes de destruction massive par l’armée irakienne, lorsqu’ils leur demandaient de passer par le Conseil de sécurité, ils se montraient convaincants. Nous n’en sommes plus là. Le seul bénéficiaire des échanges acides entre "vieux Européens" et Donald Rumsfeld, c’est le dictateur de Bagdad ».

Il est intéressant de mettre en parallèle cette vision de Bernard Kouchner, à l’époque, avec celle que proposait Kofi Annan devant le « World Affairs Council », de Los Angeles, le 3 décembre 2003 : « Le monde est prêt à accepter le leadership des États-Unis, mais je pense aussi que ce leadership suscitera davantage d’admiration et moins de ressentiment, et sera en fait plus efficace, s’il s’exerce dans un cadre multilatéral, repose sur le dialogue et l’instauration progressive d’alliances par la diplomatie et s’il contribue à renforcer la primauté du droit dans les relations internationales ».

Est-ce pour éviter de heurter la grande majorité du peuple français, acquise au président Sarkozy, que le ministre Kouchner a mis un bémol aux critiques qui s’élèvent de plus en plus en Europe et ailleurs dans le monde, sur sa visite à Bagdad : « Nous nous sommes distingués très clairement de la politique américaine et nous n’avons pas été partisans de l’intervention américaine et je crois que nous avions raison  », a-t-il redit lors d’un entretien téléphonique sur RTL depuis Bagdad ?

Y a-t-il lieu de poser la question : mais que veulent donc exactement les Irakiens ? Le gouvernement est éclaté, des ministres ont démissionné, des représentants américains souhaitent la dissolution du gouvernement du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki qualifié d’incompétent. La coalition de Maliki, dont les États-Unis attendent vainement la réconciliation, semble imploser par la défection d’une partie d’entre elle, notamment les membres du principal groupe parlementaire sunnite et les chiites fidèles à l’imam radical Moktada Sadr.

Pendant que Washington accuse la Syrie de laxisme aux frontières et l’Iran de saboter le processus de paix en Irak, Nouri al-Maliki et le Premier ministre syrien, Mohammad Naji Otri, appellent tous les deux à l’établissement d’un calendrier de retrait des troupes étrangères d’Irak, leur faisant porter la responsabilité des troubles : « Nous avons trouvé en Syrie un soutien au processus politique, à la réconciliation nationale et aux efforts déployés par les forces irakiennes pour stabiliser le pays », déclare tout bonnement le Premier ministre irakien. Washington a toutes les raisons d’exprimer sa frustration : les États-Unis ont porté cette année de 130 000 à plus de 160 000 le nombre de « boys » pour faciliter la tâche à Maliki. Et pour indisposer davantage les américains, le président syrien a appelé, à son tour, à « créer un climat propice pour parvenir à la réconciliation nationale entre les différentes composantes du peuple irakien, susceptible de garantir l’unité et l’indépendance de l’Irak », rapporte l’agence officielle Sana.

Comme s’il avait réponse à toutes ces questions, Bernard Kouchner multiplie les appels du pied : «  L’Europe doit jouer un rôle et j’espère qu’il y aura d’autres ministres des Affaires étrangères (de l’UE) qui viendront visiter l’Irak », a-t-il ajouté dans cette même interview accordée à RTL. Pour René Backmann, rédacteur en chef du service Monde du Nouvel Observateur  : «  Ce qui n’aide pas Bernard Kouchner dans cette affaire, c’est le fait que son voyage intervienne juste après la rencontre amicale entre Nicolas Sarkozy et George Bush. D’autant plus qu’avant cette rencontre, et avant même d’être élu, Nicolas Sarkozy avait exprimé des distances claires - voire formulé des critiques - à l’égard de la position adoptée par Paris sur la guerre en Irak et face aux relations franco-américaines en général  », analyse René Backmann. [...] «  Même s’il est souhaité par certains Irakiens, et réclamé par des factions armées, un retrait de l’armée américaine ne déboucherait probablement pas sur une période d’apaisement, mais peut-être, au contraire, sur un chaos plus épouvantable encore. Vu de Washington - en pleine précampagne présidentielle -, et du reste du monde, un tel retrait serait inévitablement considéré comme une fuite  ».

Que peut Bernard Kouchner, réputé pour son écoute, si les trois principales communautés irakiennes - sunnites, chiites et kurdes - refusent de dialoguer ? Que peut Bernard Kouchner, qui ne prétend pas être porteur d’une solution, pour réconcilier, sur les 40 ministres du gouvernement irakien, les 17 qui ont déjà quitté leurs fonctions ou décidé de boycotter les travaux du gouvernement ? Nonobstant le fait que Bernard Kouchner se dit « inquiet » de l’évolution de la situation dans le pays et qu’il estime que la France doit être présente puisque le pays a un rôle particulier dans cette région, quelles solutions proposent-ils aux Irakiens ? Une fois les nobles intentions formulées : « Je crois vraiment qu’en fonction de ce qui va se jouer ici, le monde sera changé... et nous devons en être », que restera-t-il de cette visite ?

Le ministre des Affaires étrangères n’est pas sans savoir que la résolution 1770 des Nations unies est prudente et qu’elle demande à la Mission d’assistance de l’ONU en Irak (Manui) d’apporter «  conseil, soutien et assistance  » au gouvernement irakien dans de nombreux domaines, «  si les circonstances le permettent  ». Ce n’est que dans un cadre diplomatique multilatéral que la France pourrait jouer d’influence et s’octroyer un rôle. Mais lequel ? Le Quai d’Orsay est très vague sur cette question. Le ministre également. L’heure semble aux visites flamboyantes, aux déclarations d’amitié, aux réconciliations franco-américaines, aux appels au devoir d’ouverture et à une certaine rupture avec le passé querelleur de la France.

M. Kouchner appelle à la réconciliation des factions en Irak et au rétablissement du gouvernement irakien dans ses pleins pouvoirs. Il n’hésite pas toutefois à vilipender vertement toute critique qui le met en cause, notamment celle du socialiste Jean-Pierre Chevènement qui avait qualifié d’inopportune cette visite à Bagdad : « Jean-Pierre Chevènement a été l’un des soutiens les plus affichés au dictateur sanglant Saddam Hussein, alors !  » Bien évidemment, M. Kouchner omet de dire qu’il fut, lui-même, l’une des voix divergentes françaises à l’heure de l’invasion américaine de l’Irak en 2003, dont il reconnaît aujourd’hui les erreurs. Le ministre a bien raison : « Il est impossible de refaire l’Histoire ».

Selon Ria Novosti, en terminant, et comme l’a écrit le San Francisco Chronicle, «  le rapprochement des positions de Paris et de Washington sur la question irakienne est sans doute pour beaucoup le résultat de la décision des Etats-Unis de partager les dividendes pétroliers de leur campagne en Irak avec leurs partenaires en Europe, et ce, en échange d’un soutien à la politique américaine au Proche-Orient. Un peu plus d’une semaine après cela, le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner était déjà accueilli à sa descente d’avion à Bagdad  ». Ria Novosti poursuit : «  il est tout à fait évident que les négociations de M. Kouchner à Bagdad constituent une nouvelle preuve explicite du rapprochement entre Washington et Paris. Il est tout aussi évident que l’Irak n’y perd rien, car plus il y aura de forces extérieures intervenant à partir de positions uniques à l’égard de ce pays, mieux cela vaudra pour lui. Quant à la France, y gagnera-t-elle ? Qui vivra verra ».


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41 réactions à cet article    


  • La mouche du coche La mouche du coche 22 août 2007 12:54

    Il est sympa Bernard Kouchner. smiley (excusez pour le smiley, je suis en vacances )


    • Abstention 2007 22 août 2007 18:58

      Kouchner est un bon exécutant des intérêts de la grande finance mondiale.


    • Voltaire Voltaire 22 août 2007 13:04

      La situation en Irak est entrée dans un processus d’autodestruction irreversible. La radicalisation des différentes parties semble inconciliable avec l’émergence d’un état souverrain et démocratique.

      Dans ces conditions, plutôt que d’empiler les emplâtres sur une jambe de bois, on peut se demander si l’unique solution viable ne serait pas à terme une partition de l’Irak entre les trois communautés.

      Certes, cette partition n’est pas sans poser de sérieux problèmes à court terme :

      - la partie Chiite, au sud, passerait sous contrôle d’un régime religieux inféodé à l’Iran, largement critiqué pour ses dérives et son soutien à des entreprises terroristes. Mais il faut se rendre compte que la théocratie iranienne est à bout de souffle. L’echec économique du président actuel amène même les religieux à se poser des questions, et l’avenir est dans les mains d’une jeunesse dans ce pays où 70% des habitants ont moins de 30 ans.

      - La partie centrale, sunnite, serait sans doute tiraillée entre fondamentalistes liés à Al-Quaida et anciens du parti Baas, soutenus par la Syrie. On peut penser que ces derniers reprendraient le dessus, ce qui renforcerait la Syrie, mais là aussi seulement à court terme. Ce pays doit en effet faire face à un affaiblissement du parti Baas en interne, et à ses difficultés au Liban.

      Quant à la partie nord, dominée par les Kurdes, le principal problème viendrait alors de la Turquie, qui redoute un Kurdistan indépendant à sa frontière, synonyme de troubles et de revendications autonomistes de la part de sa propre population Kurde. L’UE aurait alors un rôle crucial à jouer, en ouvrant plus largement ses portes à la Turquie (et en lui offrant donc une perspective d’intégration vers l’ouest) en échange de son accord. Un second problème résiderait dans le partage des ressources pétrolières du sous-sol, sitiées à la limite de la partie Kurde et de la partie sunnite, mais on peut sans doute imaginer une intervention occidentale pour résoudre ce problème.

      Il va de soit qu’une telle partition ne pourrait se dérouler que sous contrôle international, en présence de l’armée américaine. Cette partition entraînerait en effet sans doute des mouvements de population non négligeables, qui seraient vulnérables à des attaques terroristes inter-confessionelles (comme ce fut le cas lors de l’indépendance de l’Inde). Néanmoins, cette solution semble pourtant la plus stable à long terme, et ouvrirait une porte de sortie honorable aux troupes américaines.


      • Pierre R. Chantelois Pierre R. - Montréal 22 août 2007 13:24

        @ Voltaire

        L’idée de la partition circule dans les cercles de Washington. Mais voilà. Qui voudra prendre cette hypothèse sous le bras et la proposer, avec toutes les conséquences que cela suppose, aux Irakiens ? Essayons d’imaginer un instant que cette partition donne aux Kurdes un territoire qui leur serait en propre et qu’il pourrait gérer. Vous voyez d’ici les affrontements majeurs ?

        Viendrait-il à la France ou à Bernard Kouchner de se voir investi d’une telle mission, dut-elle venir des Nations-Unies ? À défaut d’un tel rôle, à quoi s’attend Bernard Kouchner ? Et jusqu’où le peuple français va suivre dans cette voie ?

        Pierre R.


      • Pierre R. Chantelois Pierre R. - Montréal 22 août 2007 13:28

        @ Lerma

        Une fois qu’on a dit cela, monsieur, on fait quoi ? Que fait la France une fois qu’elle aura investi la place ? Elle observe ? Elle dialogue ? Elle se joint aux forces d’occupation ? Lisez le commentaire de Voltaire et vous verrez que rien n’est simple. Il ne suffit pas d’arriver les mains pour engranger les dividendes du pétrole, si tant est qu’un jour le parlement irakien vote cette loi tant réclamée par les américains. Croyez-vous que dans la division actuelle, ce parlement va voter quoi que ce soit ? Allons, monsieur, proposez puisque vous êtes convaincu qu’une page nouvelle vient de se tourner.

        Pierre R.


      • Voltaire Voltaire 22 août 2007 13:34

        @l’auteur

        Le problème est que la situation actuelle mène à une impasse. Il n’est pas impossible que la menace même d’une partition, et un plan crédible, aide les communautés à se rassembler, mais j’en doute.

        Les Nations Unies semblent être le seul organisme à pouvoir proposer une telle issue, mais celle-ci serait de toute façon discutée en coulisses en amont. Au point où nous en sommes, il me semble que l’hypothèse mérite au moins d’être étudiée soigneusement. Un calendrier et des procédures pourraient être proposés si la situation de division actuelle ne s’arrange pas (comme la majorité Chiite y serait sans doute opposée, en raison de laperte de la majorité des gisements prétroliers, cela pourrait d’ailleurs les mener à plus de concessions).

        Quant aux réactions des français, je pense que ceux-ci seraient favorable à toute solution permettant de briser le status quo actuel, même s’ils ne sont pas aussi impliqués que les pays ayant des troupes en Irak.


      • marc 27 août 2007 23:02

        voltaire

        Permettez moi de trouver pour le moins curieux qu’un étranger propose froidement la partition d’un pays théoriquement souverain. A ce que je sache, aucun groupe Irakien ne propose une telle solution qui laisserait d’ailleurs toute la partie centrale de l’Iraq, sunnite , sans aucun revenu.


      • tvargentine.com lerma 22 août 2007 13:08

        La visite de Bernard Kouchner en Irak est une nouvelle page de l’histoire du monde qui vient de setourner.

        L’echec de la guerre menée par les américains aura couté très chère aux contribuables américains pour un résultat désastreux.

        Devons nous laisser les américains seules dans la région ?

        Non et c’est ici que la France peut jouer un nouveau rôle avec une démarche qui pourrait rassembler toutes les parties irakiennes afin d’établir une véritable paix durable comme d’ailleurs avait su le faire Bernard Kouchner en ex-Yougoslavie

        La France se s’aligne pas sur les Etats Unis,mais ce sont les Etats Unis,qui à terme rejoindront le point de vue de la France sur cette guerre qui n’aurait pas du être pour chasser un dictateur qui aurait pu être chassé autrement qu’en tuant des milliers de civils innoncents et en transformant ce pays millénaire ,chargé d’histoire en territoire du terrorisme internationnal.


        • LE CHAT LE CHAT 22 août 2007 13:30

          Bernard Kouchner , contrairement à la quasi totalité des français étatit pour l’intervention américaine en 2003 . Qu’il aille sur les ordres de son nouveau maitre pro bush proposer les services de la république n’est point étonnant.Ce que vont en penser les français très majoritairement hostiles , on vera bien .....


          • Philippe Vassé Philippe Vassé 22 août 2007 14:20

            Pierre,

            Excusez ce titre qui, en raccourci, synthétise ma réflexion sur le sujet.

            Votre article aborde très bien les questions de fond. Et Ria Novosti le complète à sa façon par sa question finale pertinente sur ce que la France pourrait gagner par une implication accrue dans une situation aussi sanglante que chaotique- situation créée par l’intervention américaine, chose que le Ministre français omet de dire clairement.

            Pour autant que je puisse en juger, sur une éventuelle implication française en Irak, forcément militaire et financière, Nicolas Sarkozy n’a pas de majorité derrière lui dans son pays. Pire encore pour lui, au sein de l’Union européenne, il est isolé sur ce dossier.

            La réaction russe de Ria Novosti est indicative de beaucoup de choses, mais surtout du fait que Moscou ne verrait pas que des inconvénients pour ses objectifs propres (en Asie Centrale, dans le Caucase, en Arctique, dans les pays baltes) à ce que le monde regarde vers l’Irak et l’Iran : les dirigeants russes auraient tous les bénéfices pour leurs buts actueks d’une crise UE-Etats-Unis, d’une crise interne à l’UE, d’un échec prévisible de toute implication « européenne » ou « française » en Irak, d’une perte accrie de l’influence française dans le monde arabe.

            D’où ses encouragements formels et insidieux sous forme ironique préventive...

            Bernard Kouchner, qui vient de voir son vieil objectif au Kosovo être annéanti par Moscou voici à peine deux semaines, est-il devenu aveugle au point de ne pas constater que la Russie renoue ses liens avec les pays arabes, notamment la Syrie -mais pas seulement- et peut jouer, à sa guise, les cartes qui sont les plus profitables à ses propres intérêts en Irak ?

            Comme aider à la fin de la crise en Irak, en concertation tant avec la Syrie qu’avec l’Iran puisque Moscou a de bonnes relations avec les régimes de ces deux pays. Ou bien mettre de l’huile sur le feu des deux côtés à la fois.

            Il me semble donc ici que le pays qui pourrait aujourd’hui le plus, objectivement du fait de ses liens restaurés et positions passées (voir en 2003), aider à la pacification de l’Irak n’est pas la France, mais bien la Russie. Si elle le voulait bien sûr...

            Et que, en sens opposé, elle a tous les moyens pour faire échec à toute autre orientation, d’où qu’elle vienne.

            On appelle cela avoir les bonnes cartes en main, cartes que Bernard Kouchner n’a pas.

            D’autant qu’en Russie, nombreux sont ceux qui le détestent pour sa guerre contre la Serbie sous alibi « humanitaire » et son fameux « droit d’intervention » sous ce prétexte. C’est un rappel utile que l’intéressé ne devrait pas négliger, à mon sens.

            Quant au devenir public et politique de Bernard Kouchner, je pressens que son Président, lui-même ami du Président Bush, va le « mouiller » dans ce dossier, l’utiliser et probablement, quand l’échec sera patent ou que l’opinion française fera bloc massivement contre ses positions interventionnsites baptisées « immixtion », le désavouer.

            Bernard Kouchner joue le rôle dangereux du fusible exposé. Et l’Irak est un pays électrique et volatile...Et Sarkozy est assez habile pour le mettre en première ligne sans trop se mouiller lui-même.

            Servir le maître de son maître dans un tel contexte me paraît donc très risqué pour ce Ministre qui s’est fait tant d’ennemis partout et ne compte, dans ce dossier, que peu, très peu d’amis !

            Bien amicalement à vous,


          • Pierre R. Chantelois Pierre R. - Montréal 22 août 2007 14:52

            @ Philippe

            Merci pour cette analyse. Effectivement. La Russie qui a des intérêts dans la région et qui entretient de bonnes relations avec l’ensemble de ses partenaires au Proche-Orient pourrait être un médiateur intéressant. Toutefois, il ne faut pas oublier la Tchétchénie(l’islam sunnite d’obédience soufie) qui pourrait s’élever comme un obstacle à la crédibilité de Moscou dans la région. D’autres intérêts à protéger pourraient restreindre Moscou si tant est que Vladimir Poutine voulait sortir du bourbier son ami Georges W.

            Pierre R.


          • Philippe Vassé Philippe Vassé 23 août 2007 04:10

            Pierre,

            Votre remarque sur la Tchétchénie et la Russie est pertinente, mais ce qui a été fait et continue à se faire dans ce pays caucasien ravagé a-t-il un écho suffisant pour nuire aux intérêts russes dans la région, y commris avec les forces sunnites ? Cela est une autre question.

            Votre dernière phrase me plaît beaucoup : j’avoue avec humour- voir les articles que je vous ai envoyés ce matin- heure de Taipei- sur le renouveau de l’aviation russe, militaire et civile ainsi que sur les menaces russes sur le Géorgie, que je doute que Vladimir Poutine veille « aider » G W Bush dans le sens communément donné au verbe « aider ».

            Ou alors, son « aide » va être moralement très « subtile » et totalement « désintéressée » : Poutine est un « pacifiste » très convaincu au Proche et Moyen-Orient vis à vis des Etats-Unis, mais si conflit il y a, nul doute qu’il déplorera la chose, la condamnera fortement, en appellera aux grands principes démocratiques via son Ministre des Affaires Etrangères... et s’occupera aussitôt pendant ce temps de SES « affaires » en Arctique, en Géorgie, en Asie Centrale et, même, avec plus de finesse, avec les pays baltes.

            Au passage, sur ce dernier sujet, l’Union européenne est bien silencieuse sur le réarmement russe, et jusque sur les vélléités, pour l’heure douces et calmes, vis à vis des Etats baltes membres de l’UE. Serait-elle aphone et aveugle ? Ou n’existe-t-elle plus que pour la forme économique en perte de vitesse ?

            Bien amicalement vôtre,


          • Pierre R. Chantelois Pierre R. - Montréal 22 août 2007 13:59

            @ Voltaire

            Merci de vos précisions. Il est intéressant de lire sur la partition le point de vue de Michael E. O’Hanlon, Senior Fellow au Foreign Policy Studies. Vous pouvez télécharger son article au complet en cliquant sur ce lien - il est en format PDF.

            Comme vous le savez, par ailleurs, il est de plus en plus question que Mahmoud Ahmadinejad se rende bientôt à Bagdad par suite de l’invitation du premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, un chiite dont le gouvernement entretient des liens étroits avec Téhéran. L’Irak et l’Iran partagent une frontière commune de 1280 kilomètres. Depuis la guerre déclenchée par Hussein qui dura huit ans, aucun accord de paix n’a depuis été signé. Il faudra surveiller cette visite de près.

            Pierre R.


            • Voltaire Voltaire 22 août 2007 14:38

              Merci pour cete référence que je ne connaissais pas, mais qui rejoint assez bien ma propre analyse.

              Quant à la visite du président iranien, elle ne peut en ce moment que pousser à une radicalisation des sunnites et des kurdes...


            • ZEN ZEN 22 août 2007 14:16

              Ne sachant comment sortir du bourbier, l’équipe de la Maison blanche, ou plutôt ce qu’il en reste, fait feu de tous bois...Pures gesticulations, hélas !..

              http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=25146


              • ZEN ZEN 22 août 2007 14:19

                Au fait, merci Pierre pour ce nouvel éclairage...


              • Pierre R. Chantelois Pierre R. - Montréal 23 août 2007 06:31

                @ Zen

                Il est remarquable de noter la longue descente aux enfers des États-Unis dans le cercle des « pays influents » dans le monde. Un observateur commentait ce fait hier matin sur les ondes de Radio-Canada. Des sondages indiquent clairement une perte de confiance majeure dans le rôle et l’influence que peuvent jouer, dans le monde, les États-Unis. Il qualifiait la situation de « déclin de l’hyper-puissance ».

                Pierre R.


              • ZEN ZEN 23 août 2007 08:18

                bonjour Pierre

                Cela semble confirmer les analyses déjà anciennes de Emmanuel Todd, dans « Après l’empire » et celles ,plus actuelles ,de JI Immarigeon dans « American Parano », intervenant parfois ici.


              • La Taverne des Poètes 22 août 2007 14:16

                Salut Pierre. Ainsi Bernard Kouchner continue de se croire ministre des affaires étrangères ? smiley


                • LT 22 août 2007 14:32

                  interessant et informé tout ca...

                  il me vient juste en tete un article du FT recement , qui relatait comment la partition « baclée » de l inde ( avec le le pakistant d’aujourdhui) a couté... 1 millions de vies... il y a 60 ans, au grand dam de gandhi qui n en voulait pas vraiment. simplement en nettoyages ethniques et autres « relocation »...

                  (car on imagine mal un sunni rester chez les chiites, etc ... ) et pour etres honnetes, je ne suis pas sur que L ONU puisse y faire grand chose ( dans le sens d un tampon militaire, s entend) ( argument simpliste : si l armée americaine, ( qu on l aime ou pas) ne sait pas s interposer, je vois pas qui d autres le ferait...))


                  • stephanemot stephanemot 22 août 2007 15:03

                    Je ne crois pas un instant au scénario pétrolier. Tout le monde travaille déjà à l’étape suivante et la question est : Téhéran sera-t-elle rasée parce que Sarko a Kouchner avec Bush ?

                    Au conseil de sécurité de l’ONU, la France remplace le Royaume-Uni dans la future coalition of the willing. Chine et Russie joueront les weasels défendant l’Iran. Et je vois mal David Milliband jouer aux Villepin à la tribune des nations.

                    Heureusement, j’ai les pieds plats.


                    • LE CHAT LE CHAT 22 août 2007 15:18

                      Le french Doctor pourra toujours faire la pub pour eurocopter , les engins us sont pas solides , ils viennent d’en perdre un + 14 GI aujourd’hui


                      • TSS 22 août 2007 15:32

                        l’ennui avec B.Kouchner c’est que dès qu’il aperçoit une camera il est aimanté et à l’instar de J.Lang il est pret à dire tout est son contraire pour qu’on le voit. selon le vieil adage

                         :« En bien ou en mal mais qu’on parle de moi !! »


                        • dan54 22 août 2007 19:28

                          Bien dit TSS. Allez au Kosovo et demandez ce qu’on pense de notre french doctor.


                          • marc 27 août 2007 23:17

                            Dan 54

                            Etes-vous allé vous-même au Kosovo poser cette question et d’ailleurs à qui ? Tout ce que Kouchner a réussi au Kosovo, c’est de mettre à la tête de cette province une mafia abominable qqui alimente les réseaus de prostitution en jeunes albanaises trompées et terrorisées partout dans le monde occidental et qui pratique, ironie de l’histoire l’épuration ethnique.


                          • fouadraiden fouadraiden 22 août 2007 19:51

                            quelqu’un ici proposait pour résoudre(theoriquement) cet imbroglio irakien la solution de la partition(qui est stupide) . ni les Saoudiens,très discrets mais influents auprès de la maison balnche, ni l’Iran chiite n’autoriseront pareil partage, sans parler du refus Turque.

                            je pense, néanmoins ,qu’il est faux de dire que les USA ont commis erreur sur erreur ,car que pouvaient-ils faire d’autres après avoir délibérement choisi l’invasion ?


                            • Plus robert que Redford 22 août 2007 21:49

                              Mon cher Pierre, je vous cite :

                              « Est-ce pour éviter de heurter la grande majorité du peuple français, acquise au président Sarkozy, que le ministre Kouchner a mis un bémol aux critiques ... »

                              Pensez- vous que 54% de Sarkophiles parmi les suffrages exprimés (autour de 80%, je crois), puissent constituer « UNE GRANDE MAJORITE DU PEUPLE FRANCAIS » ? Pour moi, la réponse est NON : une petite moitié tout au plus...

                              Quand aux résultats des sondages, (qui ne sont d’ailleurs commandés par personne !) sur le taux d’approbation du peuple français aux manifestation d’allégeance Sarkozienne à un Bush en dégringolade tous azimuts, je persiste à penser que sur l’irak comme sur la politique étrangère de l’actuelle administration US, mes concitoyens risqueraient fort de tackler sévèrement le « président » ! Il est attendu surtout sur le degré de réalisation de ses promesses électorales, faites pendant une campagne au cours de laquelle aucun des deux derniers candidats n’a exprimé une éventuelle ligne de conduite sur sa future politique extérieure !

                              Quoi qu’il en soit, je souscris tout à fait à votre vision des choses et j’adhère aussi aux propos exprimés par Philippe Vassé dans son commentaire...

                              N’oubliez-pas qu’ici, Kouchner est vu par beaucoup comme un traitre à son camp socialiste originel, doublé d’un mégalomane amoureux des paillettes, qui a reconnu qu’à son âge, il était plus que temps de briller en politique et a saisi avidement la perche tendue par Sarkozy, même s’il lui faudra avaler quelques couleuvres.

                              J’ajouterai par ailleurs, pour avoir parmi mes connaissances un gendarme effectuant un service au Kosovo, depuis plusieurs années, dans le cadre des troupes de l’ONU, que la situation là bas est rien moins qu’explosive tant sont grandes les tensions qui y persistent ! Alors de là à qualifier de succès l’intervention du flamboyant Kouchner dans ce dossier, il y a grand euphémisme !


                              • Pierre R. Chantelois Pierre R. - Montréal 23 août 2007 06:25

                                @ Plus robert que Redford

                                Merci pour ces précisions sur les sondages. Ne croyez-vous pas cependant qu’ils peuvent être interprétés différemment, selon le côté d’où on se place ou selon les allégeances politiques auxquelles nous adhérons ? Ah... ces sondages.

                                Pierre R.


                              • IAMES IAMES 22 août 2007 22:48

                                Bernard Kouchner fidèle à lui même, sur le tarmac, le portable à l’oreille me rappelle le Bernard Kouchner débarquant en Somalie avec son sac de riz sur le dos. Tout pour la com et rien que pour la com. Comment une personne peut-elle dire tout et son contraire sur l’Irak ? Oublie ou feint-il d’oublier que nous sommes l’époque d’internet et que rien ne se perd ? Tout ce qui se dit aujourd’hui, sera lisible demain et après demain, et après, après.... Alors, M. Kouchner, arrêtez de prendre les pour des ...


                                • bernard29 candidat 007 23 août 2007 01:55

                                  La visite de Mr Kouchner en Irak a été une trés bonne initiative. Et Mr Jalal Talabani, président de l’Irak, lors de son entretien au Monde, la considère comme historique, à juste raison.

                                  http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3210,36-946375@51-767621,0.html

                                  Et je crois, contrairement aux commentateurs de ce fil que la grande majorité des français approuvent cette visite et les diverses déclarations de Kouchner à cette occasion.


                                  • Pierre R. Chantelois Pierre R. - Montréal 23 août 2007 06:27

                                    @ candidat 007

                                    Voilà un point de vue différent qui enrichit le débat. Merci.

                                    Pierre R.


                                  • ZEN ZEN 23 août 2007 08:05

                                    La Maison Blanche passerait-elle aux aveux ?

                                    http://www.liberation.fr/actualite/monde/273726.FR.php


                                    • frédéric lyon 23 août 2007 08:15

                                      « Les Américains ont commis erreur sur erreur. Il est impossible de refaire l’Histoire. Il s’agit maintenant de tourner la page », déclare Bernard Kouchner, un homme qui ne laisse rien au hasard"

                                      ...............

                                      Qu’en termes élégants ces choses là sont dites !

                                      Les américains ont remporté une grande victoire en Irak et modifié sensiblement la donne géopolitique dans l’ensemble du Moyen-Orient, ce qui devrait faciliter la solution du problème de la palestine arabe dans un avenir qui se rapproche, après que Tsahal ait offert la tête de Bachir al Assad au Roi d’Arabie Saoudite.

                                      Il est temps que la France en tire les conséquences.

                                      Elle doit faire ce qu’il faut pour faire oublier le soutien qu’elle a accordé aux sunnites en Irak, en dehors du contrôle démocratique (Y-a-t-il eu un vote au Parlement français, concernant la politique de soutien du dictateur sanglant Saddam Hussein ?).

                                      Apparemment, les grandes entreprises françaises servent d’éclaireurs dans ce virage diplomatique à 180° :

                                      Total vient de s’associer aux américains de Chevron, pour remporter le contrat de mise en production du plus important gisement de pétrole et de gaz en Irak, à Majnoun.

                                      La visite de Kouchner fait suite à cet important succès industriel et commercial.

                                      Quant à la question de la partition éventuelle de l’Irak, ce n’est pas notre affaire, ce n’est même pas l’affaire des américains qui s’en contrefichent, au fond de leur coeur. Les bases que les américains sont en train de construire en Irak leur permettront de surveiller la région.

                                      L’attention doit maintenant se porter sur l’Iran :

                                      Les kurdes Iraniens sont entrés en rebellion et les Peshmergas attaquent les éléments de l’armée perse qui occupent leur province.

                                      De même que la résistance des arabes du Khouzistan est en train de se soulever, dans une province qui est arabe, et non perse, et qui renferme la quasi totalité des réserves pétrolières et gazières de l’Iran.

                                      Les Turcs azéris se soulèveront également contre les perses, au premier signe positif que donnera la CIA.

                                      L’heure est à la libération des peuples qui croupissent sous le joug des perses en Iran, après la libération des kurdes et des chiites en Irak.


                                      • forum123 23 août 2007 10:49

                                        Sarko-Kouchner s’aligne sur les USA-Israel :

                                        Il y a bien longtemps que Bernard Kouchner a troqué les sacs de riz contre les armes,les caméras sont elles toujours là. Dernièrement c’était des missiles qu’il livrait sur son dos au colonel démocrate. Pendant la guerre du golfe il fut avec certaines personnalitées Françaises, pour la guerre en Irak 2 : Elie Weisel(prix nobel paix), Madelin, Enrico Macias(chanteur pour la paix) !

                                        Depuis la colonisation, le sud est le terrain de jeu de l’occident, aujourdhui l’ont nomme cela ingérence.

                                        Divisé pour mieux régner les USA-Israel l’ont appliqué en Irak/palestine avec succés :
                                        - En Irak les manipulations des USA ont fait explosé l’alliançe chiites/sunnites
                                        - en Palestine ce sont les dollars US qui servent de carburant au fatah pour contrer le Hamas élu démocratiquement !

                                        Derniérement les USA ont livrés des armes à l’égypte et à l’Arabie Saoudite ! Prochain sur la liste l’Iran, livraison différente ! Voilà la méthode USA-Israel pour démocratiser le moyen orient : non respect du suffrage universelle, distribution d’armes.

                                        Aujourdhui Sarko-Kouchner qui sont notoirement pro USA-Israel servent les Bushs qui ne savent plus quoi faire de l’Irak et qui voudraient bien refiler la patate chaude à l’ONU !


                                        • Reinette Reinette 23 août 2007 16:54

                                          EMPLÂTRE HUMANITAIRE SUR CASQUE COLONIAL

                                          Personnalité politique souvent en tête des opinions favorables, Bernard KOUCHNER, le nouveau locataire du Quai d’Orsay, a démarré ses aventures en 1969, en pleine guerre du Biafra. Depuis, il a toujours su garder la pose et le faux-nez humanitaires.

                                          (EN 1969, LE TERRITOIRE BIAFRAIS, province sécessionniste du Nigeria, est au coeur de gigantesques gisements pétroliers. La situation de guerre civile donne des idées à Jacques Foccart, le stratège du général De Gaulle, qui soutient déjà matériellement les indépendantistes. Son but est simple : encourager la partition du Nigeria et ouvrir un boulevard au groupe pétrolier français Elf [1]. Mercenaires, fonds secrets, agitation diplomatique, toute la panoplie des réseaux de la Françafrique est déployée pour soutenir l’effort de guerre. Reste à bluffer l’opinion publique. Le colonel Maurice Robert, alors responsable Afrique du SDECE, s’est laissé aller à quelques confidences : « Ce que tout le monde ne sait pas [sic], c’est que le terme de “génocide” appliqué à cette affaire du Biafra a été lancé par les services [secrets]. Nous voulions un mot choc pour sensibiliser l’opinion. » [2].)

                                          C’EST LA que l’ancien étudiant communiste Bernard Kouchner, venu sur place à l’appel de la Croix-Rouge et du Secours médical français, va initier sa légende médiatique en créant le « Comité de lutte contre le génocide du Biafra », au sein duquel il enrôle nombre d’intellos. Les images des enfants biafrais faméliques bouleversent les téléspectateurs. Le Biafra devient cause nationale. L’aide afflue, à deux détails près : dans les cargaisons de la Croix-Rouge on trouve aussi des armes [3].

                                          UN MILLION de morts plus tard, le soutien militaire français aura prolongé de manière criminelle un conflit perdu d’avance.

                                          KOUCHNER, le french doctor, quant à lui, devient un des pionniers de l’urgence humanitaire et participe l’année suivante à la fondation de Médecins sans frontières. « Il n’y a pas de bons et de mauvais morts » devient l’antienne imparable de la bonne conscience occidentale, sans que se pose jamais la question de « qui arme qui ? ».

                                          [1] F-X.Verschave, La Françafrique, Stock, 1998, chap. 4, « Biafra pétrolo-humanitaire ».

                                          [2] Ministre de l’Afrique, entretiens avec André Renault, Éd. Seuil, p.180.

                                          [3] La Françafrique, op. cit. pp. 149-150.


                                          • Reinette Reinette 23 août 2007 16:59

                                            EMPLÂTRE HUMANITAIRE SUR CASQUE COLONIAL (suite)

                                            1994. L’État français est alors le soutien essentiel du Hutu Power qui massacre méthodiquement un million de Tutsi au Rwanda. Le 9 mai, en plein génocide, Rwabalinda, un haut responsable militaire du gouvernement intérimaire rwandais rencontre en France le chef de la Mission militaire de coopération. Au menu notamment : l’amélioration de l’image du régime génocidaire...

                                            OR, VOILA ce que rapporte le général Dallaire, dirigeant de la force onusienne, à propos de la visite de KOUCHNER au Rwanda 3 jours plus tard comme émissaire de l’Élysée : « Il m’a annoncé que le public français était en état de choc devant l’horreur du génocide au Rwanda et qu’il exigeait des actions concrètes. Je lui ai exposé ma position : pas question d’exporter des enfants [et de] s’en servir comme porte-enseigne pour quelques Français bien-pensants. J’ai détesté l’argument de Kouchner qui estimait que ce genre d’action serait une excellente publicité pour le gouvernement intérimaire. [...] Je n’aimais déjà pas l’idée de faire sortir du pays des enfants rwandais, mais se servir de ce geste pour montrer une meilleure image des extrémistes me donnait la nausée. » [4]

                                            L’opération capote, mais KOUCHNER revient à la charge, pose devant les caméras un orphelin dans les bras, et demande l’autorisation auprès de Dallaire de faire intervenir l’armée française à Kigali, ce qui mènerait vers la partition du pays. Nouveau refus du général onusien, mais l’idée est là : faire intervenir la France au nom de l’humanitaire, alors que 90 % des victimes tutsi sont déjà exterminées.

                                            L’opération Turquoise organisera finalement le retrait et la protection des forces du génocide. Aujourd’hui, KOUCHNER fustige « l’aveuglement criminel » de Mitterrand, comme si l’ancien Président était mal informé.

                                            Au sujet de l’implication française, il y va parfois au culot : « L’armée française n’a pas plus organisé le massacre qu’elle n’a participé directement au génocide » [5], alors qu’on connaît aujourd’hui le rôle logistique des militaires français dans la machine d’extermination [6].

                                            [4] Roméo Dallaire, J’ai serré la main du diable, Libre expression, 2004.

                                            [5] Ouvrage collectif, Rwanda : pour un dialogue des mémoires, Albin Michel, 2007.

                                            [6] La nuit rwandaise, n°1, 2007, pp. 129-141 et 157-171.


                                          • Reinette Reinette 23 août 2007 17:04

                                            EMPLÂTRE HUMANITAIRE SUR CASQUE COLONIAL (suite)

                                            DANS le privé, le « fils spirituel de l’Abbé Pierre » autoproclamé sait varier ses missions. En mars 2003, KOUCHNER monnaye son expertise à TOTAL pour 25 000 euros.

                                            La firme TOTAL est alors accusée d’avoir recours au travail forcé en BIRMANIE, mais le mercenaire du coeur la blanchit au terme d’une brève enquête médico-sociale, dont quatre jours sur place.

                                            Notre homme sait aussi trouver le temps de rendre quelques menus services aux dictateurs chouchous de la Françafrique, Omar Bongo et Denis Sassou N’Guesso, pour des « consultations » sur la création éventuelle d’une... Sécurité sociale. Au cas où l’envie de cesser le pillage de leur propre peuple les démangerait ?

                                            Mais le plus important, c’est que l’humanitaire à la sauce KOUCHNER, dans des moments-clés de l’histoire, peut être un élément déterminant pour une propagande d’État à des fins de guerres secrètes.

                                            Le gluant Alain Duhamel a récemment dépeint le nouveau ministre des Affaires étrangères comme un « animal politique complètement atypique », incarnant « une forme de générosité, d’engagement, d’intrépidité antitotalitaire profondément novatrice, [...] transgressant tous les usages diplomatiques pour la bonne cause. » [7]

                                            Toujours la cause ! La cause toujours !

                                            [7] Libération, 23 mai 2007


                                          • ZEN ZEN 23 août 2007 17:37

                                            Le french dostor ne manque pas d’humour.Au retour de Bagdad, il a fait cette déclaration d’une profondeur insondable :

                                            « Notre but était modeste, donc il a été atteint » (Le Monde)

                                            Le but était sans doute... le déplacement...


                                            • Reinette Reinette 24 août 2007 15:52

                                              CHARITABLES

                                              LE 8/01/2005, Thierry Ardisson recevait Bernard KOUCHNER . Entre une tranche de vedette comique et une garniture de mannequin, le Monsieur « Je-suis-trop-bon » du PS était venu intercaler un cœur gros comme ça en faveur des populations asiatiques frappées par le tsunami.

                                              N’oubliez pas, a-t-il sermonné les téléspectateurs qui auraient hésité encore, n’oubliez surtout pas d’envoyer un SMS à 1 euro au Secours catholique.

                                              Les principaux ingrédients de la marmelade humanitaire servie depuis le 26 décembre se trouvaient réunis dans cette prestation : le plateau de télé, le divertissement compassionnel, les opérateurs de téléphonie mobile, la charité d’autant mieux ordonnée qu’elle ne s’encombre ni de justice ni de pudeur, et puis KOUCHNER l’ancien ministre des bonnes causes (celui-là même qui voici un an se faisait payer par TOTAL un rapport de complaisance sur la BIRMANIE).

                                              (À noter que TOTAL a engrangé en 2004 un bénéfice net de 9 milliards d’euros : de quoi envoyer 24 millions de SMS chaque jour pendant un an...)

                                              KOUCHNER sait d’expérience tout le bénéfice que l’on peut tirer d’une grande émotion suscitée par une grande catastrophe.

                                              (Les entreprises le savent aussi. Par ex., le groupe CARREFOUR a ainsi annoncé qu’il avait débloqué 300 000 euros pour venir en aide aux sinistrés, soit 0,018 % de son dernier bénéfice annuel connu (1,6 milliard en 2003). Encore ce pourboire n’est-il réservé qu’à la Thaïlande, la Malaisie et l’Indonésie, au motif que le n°2 mondial de la distribution compte dans ces 3 pays 45 magasins et plus de 16 000 salariés. Pas un sou, en revanche, pour le Sri Lanka, pays infréquentable puisque dépourvu d’hypermarchés Carrefour. Sanofi-Aventis, BNP-Paribas, Suez, Véolia, Bistrot Romain, tous y sont allés de leur aumône, largement inférieure, en proportion de leurs revenus...)

                                              De leur côté, les médias n’aiment rien tant que les Grosses larmes et les bons sentiments, quand tout le monde il est triste, tout le monde il est gentil. La question des rapports Nord/Sud, de la non-redistribution des richesses, des millions de mort de faim et du sida, des ravages de l’industrie touristique, des conditions à remplir pour assurer une vie décente à tous les habitants de la planète, toutes ces urgences que le tsunami faisait remonter à la surface sont évacuées au profit du « grand livre rempli de petites histoires », pour reprendre une formule de France Info (06/01/2005).

                                              Bien sûr qu’il faut être solidaire. Bien sûr que les gens ne sont pas des salauds et que leur envie de « faire quelque chose » mérite mieux que le kitsch répugnant du charity-bizness. Bien sûr qu’il ne faut pas s’étonner si l’aide humanitaire suit la pente du consumérisme et des intérêts dominants. Il en va de la solidarité comme de toute action humaine : la manière de faire détermine la nature de ce qui est fait.

                                              Plutôt que d’envoyer des SMS à Bouygues ou des colis sur la frégate Jeanne d’Arc, on préférera donc, si on le peut, filer la main aux petites organisations locales.

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