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Accueil du site > Actualités > Politique > « Bisounours », « idéologue », et autres noms d’oiseaux

« Bisounours », « idéologue », et autres noms d’oiseaux

« Bisounours ! », « Chevalier du Bien ! », « Idéologue ! », « Égoïste ! », « Défaitiste ! », « Inquisiteur ! », « Poseur ! ». Ce sont les noms d'oiseaux qui me viennent le plus facilement à la bouche. Quelles pourraient être leurs définitions précises ?

 Bisounours : Le bisounours ignore, ou bien sous-estime, la cruauté du monde. Il ignore ou sous-estime notamment, le fait que certaines personnes peuvent avoir un comportement « méchant ». Ou bien il ignore ou sous-estime, le fait que la nature ne fait pas de cadeaux aux hommes : maladies, froid, pluie, catastrophes, faim, bêtes féroces, etc... Ou encore, il ignore le fait que c'est la nature qui a mis le faible à la merci du fort.

 Chevalier du Bien : Contrairement au bisounours, le chevalier du Bien n'ignore pas, et ne sous-estime pas, toutes les formes de cruauté du monde, mais comme le bisounours il ignore la plus raffinée d'entre elles. Les hommes peuvent parfois être placés dans des situations cruelles, où il leur faut choisir entre leur propre bien être et celui d'autrui, sans qu'il soit possible de choisir les deux à la fois. Dans un cas moins extrême et plus courant espérons-le, il leur faut trouver un compromis entre leur propre bien-être et celui d'autrui, sans qu'il soit possible de satisfaire simultanément tout le monde le mieux possible. C'est ce conflit entre les intérêts divergents qui donne une bonne part de son sens au débat politique, qui devient la recherche d'un compromis entre ces intérêts. Mais le chevalier du Bien ignore cette possible conflictualité des intérêts. Il existe toujours à ses yeux un choix collectif optimisant le bien-être de tous. L'espace politique, qui devrait être un lieu de compréhension et de négociation, devient alors aux yeux du chevalier du Bien un champ de bataille opposant deux camps : le camp du Bien auquel il appartient, camp des tenants du choix collectif optimal pour le bien-être de tous à ses yeux, et le camp du Mal qu'il combat, camp des gens qui ne veulent pas de ce choix collectif.

 Idéologue : L'idéologue est celui qui juge moralement les objets qui se présentent à lui, autrement qu'à l'aune du bonheur ou du malheur que ces objets peuvent apporter. Tout système de pensée permettant de juger moralement un objet, autrement qu'à l'aune du bonheur ou du malheur que cet objet apporte, peut être appelé une « idéologie ». Le courant de pensée « utilitariste », de Jeremy Bentham et John Stuart Mill, qui se voit comme un courant « épicurien », s'oppose aux idéologues, puisque son principe fondamental est de juger les objets à l'aune du bonheur ou du malheur qu'ils apportent. Le jugement utilitariste est un raisonnement qui lie par des chaines de cause à effet, l'objet jugé aux conditions réelles du bonheur en société. Ce jugement utilise donc la raison, et il met en jeu une compréhension de la réalité, et notamment une réflexion sur les conditions réelles du bonheur en société, par exemple ses conditions économiques comme le plein emploi, la productivité et la répartition des richesses, ou encore les conditions sociales du bonheur en société, comme le fait de ne pas être seul et d'avoir confiance en les gens qui nous entourent, le fait d'être libre et égal en dignité aux autres, ou le fait de jouir de la culture. Contrairement au jugement utilitariste, le jugement idéologique peut n'avoir recours ni à un raisonnement, ni à une compréhension de la réalité, ni a fortiori à une réflexion sur les conditions réelles du bonheur en société. Comme le chevalier du Bien, l'idéologue pourra parfois avoir une vision manichéenne de l'espace de débat : le camp du Bien auquel il appartient, étant cette fois celui des gens qui adhèrent à son idéologie, et le camp du Mal étant celui de ceux qui n'y adhèrent pas.

 Égoïste : Contrairement au chevalier du Bien, l'égoïste a peut-être conscience de la possible conflictualité des intérêts. Et contrairement à l'idéologue, il juge peut-être les objets qui se présentent à lui, à l'aune du bonheur ou du malheur qu'ils peuvent apporter. Mais plutôt que de chercher un compromis, éventuellement « juste », entre son propre bien être et celui d'autrui, il cherche toujours à optimiser son propre bien-être, quoi qu'il en coûte à autrui. Et il ne perçoit d'un objet que le bonheur ou le malheur que cet objet peut lui apporter à lui, sans s'intéresser au bonheur ou au malheur que cet objet peut apporter aux autres.

 Défaitiste : A l'inverse de l'idéologue, du chevalier du Bien et du bisounours, le défaitiste est peut-être trop réaliste et rationnel. Au vu de la réalité, il lui paraît bien improbable, en toute objectivité, que les conditions du bonheur en société pourront un jour être réalisées. Si on ne considère quand même pas que la réalisation de ces conditions est impossible, on peut essayer de les faire se réaliser, en faisant simplement le pari incertain qu'on y parviendra. Si on gagne ce pari on « gagne tout », c'est à dire le bonheur. Et si on perd ce pari on ne « perd rien », puisqu'en ne tentant rien on resterait dans la même situation de malheur que celle dans laquelle on resterait aussi en perdant ce pari. Mais le défaitiste ne fait pas ce genre de paris « pascaliens ».

 Inquisiteur : L'inquisiteur peut être un chevalier du Bien ou un idéologue. Il a en tout cas un système de pensée qui lui permet de décomposer l'espace de débat en camp du Bien et en camp du Mal, et il utilise ce système de pensée comme un instrument de pouvoir. Ceux qui s'opposent à lui font dit-il partie du camp du Mal, ce qui lui permet de légitimer une punition à leur encontre, ou tout au moins une mise à l'écart.

 Poseur : Le poseur a un regard idéologique sur ses propres actes, pourrait-on dire. Il ne juge pas ses propres actes à l'aune des effets qu'ils ont sur le bonheur et le malheur des gens, ce qui l'intéresse c'est plutôt la pose qu'il prend, et le jugement favorable qu'elle lui attire, des autres idéologues qui comme lui ne jugent pas un acte à l'aune de ses effets sur le bonheur des gens.


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3 réactions à cet article    


  • Strawman Strawman 20 mai 2011 11:17

    Il me souvient, étant enfant, d’une réplique des bisounours qui m’avait perturbé par son message (oui, j’étais précoce) et qui illustre parfaitement pourquoi cette dénomination va à ravir à nombre de nos contemporains :
    « Bonjour *nom d’enfant que j’ai oublié* ! Nous sommes venus t’aider !
    - C’est vrai ? Vous allez empêcher mes parents de divorcer/déménager ?
    - Euh... non. Mais nous pouvons t’aider à oublier tes soucis ! »

    Et c’est exactement ce que font les bisounours du 21ème siècle : ils ne résolvent rien, et ne peuvent que détourner l’attention des problèmes. Hélas, depuis quelques années, les spectacles d’arcs-en-ciel (« touche pas à mon pote ») ont laissé la place à des méthodes plus coercitives (censure, procès...).


    • FRK44 FRK44 20 mai 2011 17:09

      Je me pose aussi cette question de définition sur des expressions très à la mode. exemple :

      pensée unique Se dit de celui qui n’a qu’un neurone pour penser.
      On imagine pas qu’il peut s’agir d’un complot pour lobotomiser le peuple ( sauf pour celui qui n’a qu’un neurone ) car personne ne peut contrôler la pensée des êtres humains.

      bien pensance Pensée en bien. Avoir de bons sentiments envers son prochain.
      Il se développe l’idée, que pensée en bien... c’est mal, que vouloir s’entraider c’est pas bon pour le portefeuille.


      • samuel_ 20 mai 2011 17:37


         Avec mes mots, je dirais que le bien-pensant est quelqu’un qui pense quelque chose d’obligé.

         Cette pensée obligée est peut-être souvent une pensée de bisounours, de chevalier du Bien, ou d’idéologue.

         Mais celui qui dit du mal de la bien-pensance peut parfois être un égoïste ou un défaitiste, qui se déguise en détracteur de la bien-pensance, ou des bisounours, ou des chevaliers du Bien, ou des idéologues.

         Mais parfois peut-être aussi, des gens qui disent du mal de la bien-pensance, ou des bisounours, chevaliers du Bien ou idéologues, ne sont pas pour autant des égoïstes ou des défaitistes.

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