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Accueil du site > Actualités > Politique > Bonnets rouges et bonnets phrygiens

Bonnets rouges et bonnets phrygiens

 J’avais imaginé François II en bonnet phrygien. C’était pour rire un peu. Aujourd’hui, ce sont les bonnets rouges qui font leur réapparition. Hegel ayant dit quelque part que l’histoire se répète, Marx le corrigea quelque peu en écrivant qu’elle se répète « la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. » »[1] : François II le Débonnaire fera-t-il une allocution sur la « farce tranquille »  ?

Il est possible aussi de parler de récupération. Mais ne peut être récupéré que ce qui est récupérable.

Le mystère breton

La Bretagne est une terre de légendes. Elle a longtemps été soumise à l’ankou et au goupillon, mais jamais à la gabelle. C’est pour cela que l’on peut déguster son beurre salé avec des huîtres ou dans du caramel. De la même façon, on a pu déduire des traités d’union la gratuité des routes à deux voies, qu’on appelle d’ailleurs « voies expresses » et non pas « autoroutes ». Mais une autre légende dit que cette gratuité serait la volonté expresse du général de Gaulle, qui aimait les Bretons, et ceux de l’île de Sein en particulier, et dont le tonton homonyme s’était improvisé barde breton sous nle nom de Charlez a Vro C'hall.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_de_Gaulle_(%C3%A9crivain)

La légende la plus connue reste celle de la Table Ronde que se partagent la Grande et le Petite Bretagne (Britain and Britanny). Ses adaptations les plus célèbres sont, chronologiquement, celles de Chrestien de Troyes, des Monthy Pythons et d’Alexandre Astier : la recherche du Graal et l’union nécessaire, des tribus, des nations et des égos, pour y parvenir.

L’histoire de la Bretagne[i] a aussi ses épopées et ses légendes. La France a Roland, Saint Louis, Jeanne d’Arc et le général de Gaulle. La Bretagne a Leiz Breiz, Noménoe, les Bonnets Rouges et le marquis de Poncallec. La France a sa Guerre de Cent ans, sa résistance à l’occupant, anglais, puis allemand. La Bretagne a ses victoires contre les Francs, ses défaites dans l’honneur et aussi sa résistance. Sa résistance à l’occupant, Anglais et Français, pendant la Guerre de Cent ans ; Allemand, pendant la Deuxième Guerre mondiale. Mais aussi sa résistance à la République. Les chouans sont passés à l’histoire comme des opposants à la gueuse issue des Lumières. Ils avaient les cheveux longs, mais déjà les idées courtes : ils défendaient l’Eglise et la monarchie, le roi, les prêtres et « not’bon maître ». L’enseignement catholique est toujours dominant en Bretagne (dans certaines communes, l’enseignement public est même très minoritaire). D’ailleurs, traditionnellement, on n’y oppose pas le public au privé, mais « l’école libre » à « l’école laïque », c’est-à-dire anticléricale, et qui pu être un temps presque synonyme de soviétique.

Pourtant, depuis une trentaine d’année, comme le montrent Emmanuel Todd et Hervé Le Bras dans Le mystère français, la Bretagne est passée du légitimisme catholique et gaulliste au légitimisme européiste et socialiste.

http://www.slate.fr/story/74653/elections-territoire-mystere-francais-le-bras-todd

 

Et en 2013, c’est le symbole d’une résistance à la monarchie française qui a fait sa réapparition : les bonnets rouges. Emmanuel Todd le formule un peu autrement : « on pourrait dire que la Bretagne des producteurs, ouvriers et patrons, affronte le Paris des prédateurs, les banques et l'Etat, banques et Etat étant désormais contrôlés par les mêmes inspecteurs des finances. »

http://www.marianne.net/Emmanuel-Todd-Les-bonnets-rouges-une-chance-pour-la-France_a233812.html

 

Eco -nomie -logie -taxe -mouv -manie

Remarquable l’écho de cette racine grecque qui renvoie à « la maison », à « la famille », à « la vie domestique ». Le mot économie est entré dans la langue française au Moyen Age[ii], emprunté au latin oeconomia qui l’avait lui-même emprunté au grec ancien « οἰκονομία / oikonomía, mot formé par l’association des mots οἶκος, oîkos (« maison ») et νόμος, nómos (« loi »).

A l’origine, donc, il s’agit d’administrer, de gérer sa maison. Puis, l’ économie s’est présentée comme une science, avant d’apparaître comme une idéologie et une technique de domination.

Le mot écologie, lui, est entré dans la langue française en 1910, emprunté à l’allemand Ökologie ( éco- et -logie), terme forgé en 1866 par le zoologiste et biologiste allemand Ernst Haeckel (1834-1919). La langue anglaise semble l’avoir repris dès 1873 sous la forme œcology.

Dans son ouvrage Morphologie générale des organismes, le darwiniste allemand désignait par Ökologie  « la science des relations des organismes avec le monde environnant, c'est-à-dire, dans un sens large, la science des conditions d'existence. »

Wikiped rappelle que : « Un écologue est un spécialiste de l'écologie. Le terme est souvent confondu avec la dénomination écologiste. » Ce dernier terme désignant le militant , puis le bureaucrate, qui font dans l’idéologie.

En revanche, en économie, on appelle « économe » le gestionnaire des finances d’une école ; et « économistes », les professeurs qui y enseignent l’ économie.

Le premier candidat écologiste à la présidentielle avait été René Dumont en 1974. Puis la triplette Bové, Cohn-Bendit, Joly avait connu un beau succès en 2009, notamment en Bretagne où la liste menée par Jadot devançait celle du PS). Quand on considère le tandem Duflot-Placé, on peut y voir la relève d’une belle jeunesse ou les manœuvres de bureaucrates aux dents longues et à la langue de vipère , déjà ministres ou sénateurs, en train d’essayer de construire un parti de type bolchevique[iii].

Mais il faut se souvenir que les premier écologistes militants se sont fait un nom dans l’étude des désastres[iv]. En revanche, à l’exception des économistes critiques, atterrés ou marxistes, la plupart des écoles de la « science économique » se sont fait une religion : nul désastre ne peut intervenir qui ne sera réparé par la croissance économique, l’ingéniosité et l’innovation. Ainsi le développement durable prend un autre sens quand de tels « penseurs » s’avisent de penser et de panser l’avenir : des solutions seront trouvées, disent-ils, afin de fiabiliser l’enfouissement des déchets radioactifs pendant les prochains millénaires ; de sécuriser l’extraction des gaz de schiste dans les prochaines années ; et de colmater les fuites dans les prochains jours à Fukushima. Rien de nouveau sous le soleil : les experts et les dominants qui les emploient ont toujours pensé qu’ils sont les plus qualifiés pour régler les problèmes qu’ils ont produits ; pour réparer les dégâts qu’ils ont provoqués ; pour gérer les nuisances qu’ils ont créés. Le capitalisme n’est-il pas le seul système humain qui se corrige lui-même par le truchement de la destruction créatrice (ou de la création destructrice) ?

 

Des révoltes, rébellions et révolutions dans l’hexagone

François Furet a réuni sous la titre La Révolution l’histoire de France de 1770 à 1880[v]. C’est-à-dire qu’il y réunit les « révolutions » qui se sont succédées :  La « grande » Révolution française, la révolution de juillet (1830), la révolution de 1848 et la commune de Paris.[vi]

Auparavant, l’histoire de France fait état de jacqueries dans les campagnes et de rébellions dans des provinces récemment asservies. Une rébellion, une révolte, mérite une attention particulière et porte un nom qui fait rêver : la Fronde. C’est principalement un mouvement des élites. Gondi la racontera dans ses Mémoires. Mais ce mouvement de notables issus du haut clergé et de la noblesse (d’épée et de robe) est moins dirigé contre l’absolutisme naissant que contre celui qui exerce le pouvoir depuis quelques années : le cardinal Mazarin. D’ailleurs, c’est sur la défaite de la Fronde que Louis XIV établira son pouvoir absolu.

C’est sous son règne que se déroulera quelques années plus tard la révolte des Bonnets Rouges (1675). Cent trente ans plus tard, la Bretagne sera le lieu d’une autre rébellion : la Chouannerie (1793). Mais elle sera dirigée, non plus contre l’arbitraire d’un roi, mais contre les innovations, jugées impies, d’une République naissante.

Une remarque de vocabulaire : à partir de la chute de l'Ancien Régime, on parle beaucoup de "révolution" ; pas seulement des "révolutions politiques" qui ont eu lieu, mais des "révolutions" qu'on a envisagées : "révolution prolétarienne", "révolution nationale", "révolution libérale", "révolution technologique", "révolution écologique", "révolution fiscale".

 

Des unions et des fronts, de circonstance ou non

Ces Bonnets Rouges avaient été oubliés pendant près de trois siècles. Ils étaient réapparus dans la seconde moitié du siècle dernier, avec l’agitation bretonnante, la guerre du lait et la grève du Joint Français.

Au siècle précédent, on avait vu Chateaubriand, puis Louis Napoléon Bonaparte, se lancer dans la mode celtisante. La Bretagne était à la mode comme terre restée celtique de l’ancienne Gaule, d’une part, et comme terre de la religion catholique, d’autre part. Il y avait beaucoup de confusion dans ce mouvement, mais il était essentiellement conservateur, voire réactionnaire. Ce mouvement breton qui pouvait aller jusqu’au nationalisme et au séparatisme a connu son sommet et sa chute avec le l’occupation allemande. Les plus réactionnaires se sont reconnus dans le fascisme et ont fait le choix de la collaboration active.

Les mouvements autonomistes, discrédités après la guerre , sont réapparus dans les années soixante. Le plus célèbre alors était le Front de libération de la Bretagne, plus connu son sigle FLB. Il avait attiré dans ses rangs quelques prêtres et avait ému le général de Gaulle. A la même époque, mais avec moins de publicité, avait été fondée l’Union démocratique bretonne (UDB), qui mettait en avant la question sociale, la défense des travailleurs bretons, et non plus la défense de l’Eglise bretonne.

L’évolution générale de la Bretagne , de la droite catholique au socialisme modéré , avait été soulignée par Le Bras et Todd. L’évolution particulière de la mouvance autonomiste n’est pas moins remarquable.

Fondé en 1957, le Mouvement pour l’organisation de la Bretagne (MOB), regroupait des régionalistes, des nationalistes et des gaullistes, qui ne voulaient pas se situer sur l’échiquier gauche-droite. En 1963, quelques militants quittèrent le MOB pour fonder l’UDB qui se situait résolument à gauche. En 1972, les militants « nationalistes » fondèrent Strollad ar Vro (« Parti du Pays » en breton).

Les deux petits parti se disputèrent donc le « vote autonomiste » et leur point commun était de jouer "l'Europe des régions" contre "l'Etat jacobin".

Malgré son origine droitière, Strollad ar Vro appela à voter Mitterrand en 1974, ce qui entraîna scissions et dissolutions[vii]. Quant à L'UDB, elle était proche, à ses débuts, du PCF centraliste, et comptait même dans ses rangs des éléments "gauchistes". Elle se rapprocha ensuite du PS et s'inséra dans l'union de la gauche (programme commun) des années soixante dix. Après 1978 et l'échec de l'union de la gauche, l'UDB glissera progressivement vers la mouvance écologiste. Elle ralliera des déçus « centristes » de Strollad ar Vro. En 2009, elle présentera des candidats sur la liste Europe Écologie menée par Yannick Jado. Cette liste arrivera deuxième, derrière celle de l'UMP, mais devançant de quelques dixièmes de points celle du Parti Socialiste. 

http://europeennes2009.letelegramme.fr/europeennes-2009/elections-europeennes-les-verts-deuxiemes-en-bretagne-07-06-2009-414594.php

Elle a obtenu son premier député en 2012 avec Paul Molac qui a mis fin à un règne séculaire de la droite à Ploërmel. Il est libellé « divers gauche, Apparenté UDB », .et membre du groupe écologiste.

Le Front National Breton (Adsav) peut évidemment faire cause commune avec le Front National Français repeint en Bleu Marine. Ils y mettront un peu de gwen ha du pour faire l’union sacrée. Mais la majorité des Bretons a glissé vers un centre gauche qui marchait jusqu’alors sur deux jambes : l’Europe et l’écologie.

Cependant ces deux jambes idéologiques ont piétiné depuis vingt ans dans le productivisme agricole, les subventions de Bruxelles et les terres gorgées d'azote. Le vert dominant en Bretagne, désormais, ce n’est plus celui des partis écolos, mais celui des algues sur les plages. Les partis de gouvernement, en dépit de leurs divergences affichées, vont tenter une union sacrée pour défendre une Union Européenne qu’ils ont massacrée. Ils ont réussi la prouesse de rendre en Bretagne la méfiance envers Bruxelles encore plus grande que la méfiance envers Paris ; à y rendre détestable les idées d’Europe et d’écologie.

Emmanuel Todd le dit autrement : « Cette région lancée sur les rails de l'européisme est aujourd'hui touchée de plein fouet par la logique européenne du jeu sur le coût du travail, sous contrainte de l'euro. »

 

Fanch ha ar Bonedoù Ruz

« Quant à Hollande, il semble moins président de la République française que vice-chancelier du système allemand. »

 

François II mérite-t-il cette remarque humiliante que fait à son sujet Emmanuel Todd ?

http://www.marianne.net/Emmanuel-Todd-Les-bonnets-rouges-une-chance-pour-la-France_a233812.html

Certes, il n’irait pas disputer à Jean Luc Melenchon le port du bonnet phrygien. Mais Emmanuel Todd n’est pas plus tendre avec le leader du Front de Gauche :

« Cet homme se gargarise du mot « révolution » mais traite des révoltés porteurs de bonnets rouges d'« esclaves », il est insensible à la symbolique du rouge et du bonnet dans un contexte français et non seulement breton. Il semble d'ailleurs dépourvu d'une culture révolutionnaire minimale : les révolutions naissent toujours dans l'ambiguïté. La Révolution française a commencé par une révolte des parlements au nom d'une idéologie qui n'avait rien de progressiste. Quant à son discours anticlérical, c'est l'élément stable de sa doctrine, puisqu'il rejette aussi la révolte tibétaine au nom de l'anticléricalisme... Loin d'être un révolutionnaire, Mélenchon est un petit-bourgeois radical-socialiste qui n'aime pas le désordre. Avec lui, la gauche de la gauche est vraiment mal barrée. »

Il est encore plus expéditif avec la droite : «  Ce que montre paradoxalement la révolte bretonne, c'est à quel point le FN, parce qu'il divise les Français, est une aide au système, fait partie du système. Quand le FN n'existe pas, la société a la cohésion nécessaire à la révolte. (…) Le FN sert le statu quo : Marine Le Pen et l'UMPS, même combat. »

 

Sur le mouvement des Bonnets Rouges, il expédie un peu vite sa composante autonomiste, cette mouvance bretonne qui a évolué vers un fédéralisme et un écologisme européen[viii].

Comme à son habitude, Emmanuel Todd a certainement énervé plus d'un. Le plus proche de lui, cependant, serait le sans-culotte Mélenchon avec qui il a en commun un patriotisme français et une absence de perspective politique à court terme. Le patriotisme de Mélenchon est agitation de symboles (bonnets phrygiens contre bonnets rouges). Quant il veut corriger sa bourde d'avoir traité d'esclaves les manifestants de Quimper, il entreprend doctement un leçon d'histoire républicaine. Il raconte que les députés de Bretagne s'étaient réunis en 1789 dans un Club Breton qui deviendra plus tard le club des Jacobins. Mais les fondateurs de ce club ont eu une destinée moins conforme à l'idéologie professée par le leader du Parti de Gauche. Certes, Le Chapelier a été victime de la Terreur en 1794, mais il est surtout connu pour avoir laissé son nom à une loi "interdisant les corporations, le compagnonnage, les coalitions ouvrières et le droit de grève". Quant à Lanjuinais, il poursuivit sa carrière comme sénateur d'Empire et comme pair sous la Restauration. Mélenchon, lui, a déjà été sénateur et voudrait rester le leader d'un Front de Gauche qui n'existe que par la bienveillance d'un Parti Communiste, qui ne se maintient lui-même que par les calculs du pouvoir socialiste.

Le patriotisme de Todd n'est pas celui de Mélenchon. Il n'est ni hystérique ni boursouflé. Mais son absence de perspective politique à court terme n'est pas moins grande. Avec quelques économistes critiques (Lordon, Sapir ou Piketty), il tente de construire à gauche un pôle envisageant sérieusement la fin de l'euro. Mais seul le Front National manifeste bruyamment son intention de s'emparer de cette stratégie et d'attirer dans ses rangs des intellectuels qui lui manquent si cruellement. La construction d’une véritable alternative de gauche devrait articuler considérations économiques et considérations écologiques, surtout dans une Bretagne que les européistes ont sidérée.

Il confesse lui-même qu’il n’a pas la fibre écologique, alors que Mélenchon la revendique avec emphase. Mais s'il moque un peu la mouvance bretonne, il a certainement lu, lui, quelques auteurs qui ont analysé avec subtilité la particularité bretonne, comme Mona Ozouf et sa Composition Française. Il en a peut-être lu d'autres qui ont étudié plus spécifiquement les campagnes[ix] et les Bonnets Rouges[x].

 

Les commentateurs avisés ont remarqué que la première révolte des Bonnets Rouges, en, 1675, avait été provoquée par l’annonce de nouvelles taxes qui devaient financer la guerre de Hollande.

Lors du rassemblement de Carhaix, le 30 novembre, Christian Troadec, leader du collectif "Vivre, décider et travailler en Bretagne", a déclaré :"J'invite aujourd'hui le président de la République, François Hollande - qui, pour le moment, n'a pas dit un mot sur ce qui se passe en Bretagne -, à venir entendre ce que nous avons à lui dire ».

http://www.mediapart.fr/journal/france/011213/les-bonnets-rouges-font-leur-festival-carhaix

 

Instruit des remarques d’Hervé le Bras et d’Emmanuel Todd sur le catholicisme zombie, François II a-t-il percé « le mystère breton » ? Mais gardant son sang-froid légendaire, regarde-t-il les défilés des Bonnets rouges comme un cortège de morts-vivants dans les films d’épouvante ?

 

Un début de réponse pourra percer lors des prochaines consultations électorales. Le Front National Français réussira-t-il à s’implanter en cette terre bretonne qui l’a toujours dédaigné, sauf à la Trinité ?



[i] J’avais imaginé François II en bonnet phrygien. C’était pour rire un peu. Aujourd’hui, ce sont les bonnets rouges qui font leur réapparition. Hegel ayant dit quelque part que l’histoire se répète, Marx le corrigea quelque peu en écrivant qu’elle se répète « la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. » »[i] : François II le Débonnaire fera-t-il une allocution sur la « farce tranquille »  ?

Il est possible aussi de parler de récupération. Mais ne peut être récupéré que ce qui est récupérable.

Je livre ici une Brève histoire de la Bretagne à l'attention de ceux qui ne la connaissent pas. Ceux qui pensent la connaître trouveront mon exposé succinct et incomplet, voire même partial s'ils sont partisans résolus de l'école "bretonne" ou de l'école "française".

Je passerai rapidement sur la période néolithique. C’est fait. Pendant la période où l’Empire Romain dominait le monde connu, la péninsule était nommée Gaule Armorique. Ce sont les Bretons venus de l’île britannique vers l’an 400 qui lui ont donné son nom.

Vers 500, première entité bretonne : la Domnonée (au nord de la péninsule). Puis l’ Armorique prend le nom de Bretagne quand son réunis en un royaume Domnonée, Cornouaille et Bro Waroch (pays de Vannes). Succession de rois bretons (Morvan Lez-Breiz, Nominoé, Erispoé, Salomon, Alan) et de conflits avec les Francs. Domination normande au 10ème siècle jusqu’en 939. Succession d’une liste de comtes puis de ducs des maisons de Nantes, de Rennes, de Cornouaille, de Penthièvre.

Participation des Bretons à la bataille de Hasting puis débuts de la politique d’équilibre des ducs bretons entre les rois de France et d’Angleterre (un peu comme les rois d’Ecosse). Pendant la guerre de cent ans, guerre dynastique d’une vingtaine d’année en Bretagne entre deux maisons, l’une soutenue par la France, l’autre par l’Angleterre. Le candidat des Anglais, Jean de Montfort, finira par l’emporter sur Charles de Blois à la bataille d’Auray, mais il sera contraint de prêter hommage au roi de France, Charles V.

Mais malgré son allégeance au roi de France, Jean de Montfort devenu duc sous le nom de Jean IV, fait appel aux Anglais quand les hostilités reprennent entre les deux royaumes. Les Bretons sont à nouveau divisés et, parmi les partisans du roi de France,

Bertrand du Guesclin, qui est à son service et deviendra son connétable en 1370.

Jean IV est contraint à se réfugier en Angleterre. Mais quand Charles V veut annexer le duché à son royaume, les Bretons déjà se révoltent et le duc exilé est accueilli en libérateur à Dinard. Ce retour triomphal est illustré par le chant de guerre An Alarc’h, compilé dans le Barzaz Breizh et popularisé par Alan Stivell et Gilles Servat.

http://www.youtube.com/watch?v=G1LMRBW5ZFk

http://www.youtube.com/watch?v=XzmTcNZ1_Y4

La Bretagne conservera pendant toute la durée de la Guerre de Cent ans et même au-delà une politique qu’on pourrait qualifier de neutralité ou d’équilibrisme entre la France et l’Angleterre. Invité par le roi de France à se rendre en tant que pair de France à Montargis pour le procès du duc d'Alençon, Arthur de Richemont, qui a sa statue équestre à Vannes, le plus francophile des princes bretons, connétable et devenu duc de Bretagne pour quelques mois (septembre 1457- décembre 1458) sera contraint de décliner l’invitation : « J'ai de tout temps servi Charles et son royaume ; je suis connétable, et comme tel je suis tenu de me rendre aux ordres du roi, mais non comme duc de Bretagne. Je ne suis point pair de France, attendu que mon duché n'a jamais fait partie du royaume, et qu'il n'en est point un démembrement ; et, pour ne pas compromettre l'indépendance de mes sujets, je ne comparaîtrai ni à Montargis ni ailleurs ».

Il faudra attendre Louis XI pour voir reprendre avec succès la politique d’annexion. Il considérera le duc de Bretagne comme qu’il doit soumettre. Anne, duchesse de Bretagne depuis 1488, finira par épouser le fils Louis XI, Charles VIII et à devenir ainsi reine de France. A la mort de Charles VIII, son cousin lui succédera sous le nom de Louis XII sur le trône et dans le lit. Anne devient donc une seconde fois reine de France, mais en conservant ses prérogatives de duchesse de Bretagne. Mais Claude de France, fille d’Anne de Bretagne et de Louis XII, ne sera jamais duchesse de Bretagne. Elle épousera le futur François 1er et sera reine de France.

Il est convenu que leur fils aîné et dauphin, François, héritera du duché. Claude meurt en 1524. Son fils lui succède comme duc sous le nom de François III. En 1532, François 1er, son père, fait une visite officielle dans le vieux duché breton dont il entend faire une province française. Les Etats de Bretagne sollicitent l’union. François III meurt en 1536. Son frère Henri devient dauphin et duc de Bretagne sans être couronné. A la mort de François 1er, il devient roi sous le nom de Henri II. 

Désormais les ducs de Bretagne ne seront plus souverains. La Bretagne sera une province particulière du royaume de France.

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:G%C3%A9n%C3%A9ralit%C3%A9s_in_1789.jpeg

Elle sera un de ces « pays d’Etats », et une de ces provinces dispensés de la gabelle. Son parlement pourra encore, en 1649, prononcer l’interdiction à qui que ce soit de prendre dans la province le titre et la fonction d’intendant.

http://asso-moulinduprat.fr/spip.php?article28

La Bretagne sera assez discrète pendant les Guerres de Religion, puis pendant la Fronde. Elle passera pourtant pour une terre frondeuse et religieuse. Elle restera longtemps célèbre pour de drôle d'oiseaux, ses chouans qui défendaient la religion contre les mécréants de la République (« les bleus ») en 1793. C’est oublier qu’en 1789 le « club breton » se sera montré radical dans la dénonciation des privilèges. Et depuis peu on se souvient qu’en 1675 se déroulera la révolte des bonnets rouges.  Elle sera sévèrement réprimée par les troupes du roi Louis XIV, mais à cette époque la population bretonne atteignait presque 10% de la population du royaume.

Je passe rapidement pour cette fois sur Georges Cadoudal, Jean Marie Déguignet, et Bécassine ; la Première Guerre Mondiale et ses poilus bretons ; la Seconde, ses gaullistes bretons et ses séparatistes bretons. C'est fait.

Les années soixante, ce sera le développement économique de la région, bastion gaulliste, avec des ministres bretons et Saint Cyr installé pour de bon à Coëtquidan. Ce sera aussi le retour d'un mouvement autonomiste qui sera de gauche cette fois. Paol Keineg écrira pour le théâtre Le printemps des bonnets rouges.

 

[ii] Étymol. et Hist. 1. 1370-72 yconomie « gestion intérieure d'une maison, d'une famille » (N. Oresme, Ethiques, éd. A. D. Menut, livre 5, chap. 14, glose 20 : yconomie est gouvernement de hotel) ; 1546 economie (Estienne, Dictionarium latinogallicum multo locupletus, s.v. oeconomia), réputé ,,vieilli`` ds DG ; 2. fin xve-xvies. (?) « ordre par lequel les choses sont administrées » (Petit traicté d'Alchymie, 832 ds Rose, éd. Méon, t. 4, p. 236) ; 1615 (H. de Montchrestien, Traicté de l'economie politique ds Cioranescu 16e, 16011) ; 3. 1665 [éd.] « épargne dans la dépense » (La Rochefoucault, Réflexions ou sentences, CLXVII ds Œuvres, éd. D. L. Gilbert, t. 1, p. 98). Empr. au lat. class.oeconomia (gr. ο ι ̓ κ ο ν ο μ ι ́ α) « organisation, disposition (dans une œuvre littéraire) » ; le sens 1 directement empr. au grec.

http://circe.atilf.fr/etymologie/%C3%A9conomie//1

 

[iii] Bien sûr, d'aucuns s'offusqueront de l'emploi que je fais du mot "bolchevik", surtout s'ils défendent (ou croient défendre) la pureté de la pensée de Lénine. Mais ce n'est pas la pensée de Vladimir Ilitch que je vise ici, c'est son type de management, sa pratique bureaucratique. Duflot et Placé ne partagent pas l'idéologie de Lénine et, malgré leurs efforts, ils laisseront dans l'histoire une place bien plus minuscule que lui. Mais ils ont déjà éliminé les écologistes historiques, alors qu'ils ne font que partager les miettes d'un pouvoir d'Etat. Le parti de Lénine, lui, aura dû attendre l'arrivée de Staline pour voir l'élimination des "bolcheviks historiques".

[iv] En revanche l’étude des astres est l’objet deux de discipline : l’astronomie et l’astrologie. Mais les praticiens sont nommés respectivement astronomes (et non pas astronomistes) et astrologues (et non pas astrologistes).

 

[v] Hachette 1988

[vi] On notera que la commune de Paris ne mérite pas le titre de révolution dans tous les livres. Pour les uns, c’est la première révolution prolétarienne, la fête révolutionnaire ou la première occurrence de la dictature du prolétariat ; pour les autres, les plus nombreux, c’est la révolution de trop, car il ne faut pas exagérer, l’occasion d’avoir exilé les gueux et les mal-pensants et l’opportunité de bâtir Notre Dame de Paris.

 

[vii] D’abord, scissions entre des tendances fédéralistes et autogestionnaires (Comités d'Action Bretons, Front socialiste autogestionnaire breton) et des tendances « nationalistes » (Parti pour l'Organisation de la Bretagne Libre). Puis dissolution du Front socialiste autogestionnaire breton en 1979. Enfin nouvelle scission du Parti « nationaliste » en 2000 avec la fondation du très droitier Adsav (en breton « relèvement », « renaissance »), la « sensibilité démocrate-chrétien » ayant déjà fait liste commune avec l’UBD aux élections régionales de 1992.

 

[viii] "L'interprétation de la révolte en termes d'autonomisme breton, malgré l'omniprésence du gwenn ha du, le drapeau blanc et noir breton, est absurde. La réalité profonde du mouvement n'est pas dans Christian Troadec, maire bretonnant de Carhaix, mais dans le fond rouge de sa région qui ne relève effectivement pas d'un type socialiste banal. L'identité bretonne combine, sans contradiction, fidélité à la Bretagne et loyauté envers la France."

 

[ix] Ronan LE COADIC, Ronan, 1991. Campagnes rouges de Bretagne. Morlaix : Skol Vreizh. ISBN 2903313407. http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/87/23/87/PDF/Campagnes_rouges_de_Bretagne.pdf

 

 


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13 réactions à cet article    


  • claude-michel claude-michel 14 décembre 2013 12:46

    Les bretons sont gangrénés par les nitrates et les algues vertes.. !

    Les quelques bonnets rouges ne font pas dispaître la pollution de ce département...c’est d’ailleurs dommage...avec un peu plus d’honnêteté ce mouvement aurait pu prendre de l’ampleur.. ?

    • vesjem vesjem 14 décembre 2013 22:45

      @claude michel
      toujours le même simplisme : des travailleurs et leurs patrons au bord du dépôt de bilan , se font « évaluer » par des commentateurs laxistes bien lovés dans leur canapé ;
      les algues vertes ne sont pas produites par les paysans , mais par les décideurs soudoyés par monsanto et consorts qui forcent le productivisme et son corolaire : la concurence 


    • claude-michel claude-michel 15 décembre 2013 08:12

      Par vesjem....La Bretagne à reçu depuis des années des dizaines de milliards (de l’UE et des gouvernements).pour se moderniser...sauf que ces milliards sont allés dans les poches des patrons sans rien faire...Ils étaient prévenus depuis longtemps...mais son restés dans leur merde sans rien faire...et sans toujours rien changer ils veulent encore des milliards...Des bouffons incompétents !


    • bernard29 bernard29 14 décembre 2013 16:48

      En tout cas, une des réussites des Bonnets Rouges est au moins d’avoir levé les lièvres sur les modalités imbéciles de l’écotaxe.

      Nous savions déjà que l’écotaxe était une usine à gaz en raison de ses modalités d’application., mais voici que l’on a une confirmation d’un système gravement attentatoire aux libertés. 

      http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2013/12/11/les-portiques-ecotaxe-un-systeme-orwellien-qui-photographie-tout-le-monde-mais-ne-sert-a-rien/ 

      Portique ECOTAXE un système orwellien qui ne sert à rien. Leur objectif n’étant pas de calculer ni de facturer la redevance, mais de repérer les éventuels fraudeurs, révèle aujourd’hui le Canard Enchaîné, qui titre :  « Officiel : l’écotaxe n’a pas besoin des portiques ! » . Les commissaires de la CNIL s’ étonnaient dans leur délibération de la CNIL portant sur la création du fichier associé à l’écotaxe, parue au JO le 9 juillet dernier, de découvrir que "tous les véhicules sont photographiés par le dispositif de contrôle automatique, qu’ils soient ou non assujettis à la taxe (notamment les véhicules légers) et qu’ils circulent sur le réseau taxable ou non taxable (pour les portiques installés aux frontières)".

      Interrogé sur ce que la CNIL avait alors qualifié de "collecte d’une grande quantité d’information non justifiée par rapport à la finalité poursuivie", le ministère avait alors indiqué qu’"il n’était plus, à ce stade, possible de modifier le dispositif technique et qu’il n’était pas techniquement envisageable de déclencher le dispositif de reconnaissance de forme avant la prise de photographies." …. la CNIL écrivait dès lors ne pouvoir "que regretter que la contrainte d’une solution technique permettant d’éviter la collecte d’une grande quantité de données non pertinentes n’ait pas été introduite par le ministère au stade de la conception du système« . Ces portiques étaient »totalement inutiles« , dixit Ecomouv . De même, Mediapart dans un de ses articles révélait en effet récemment que "les membres du consortium Ecomouv’ auraient insisté sur le fait que ces portiques étaient totalement inutiles pour la perception de l’écotaxe" .

      Ainsi grâce aux « nigauds et esclaves », et leur combat même violent contre les portiques, on se rend compte qu’ils ne sont pas si « benêts » que cela.

      Qu’en pense le « Super benêt » Mélenchon, grand inquisiteur à l’écharpe rouge. ??


      • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 14 décembre 2013 18:58

        Quel méli-mélo...

        C’est plus simple ça, les euro-régions sont destinées à faire disparaître les Etats et les Nations européennes, à exploser tous les pays européens en morceaux, pour mieux les dominer.

        Voici une des multiples cartes qui montrent le résultat : «  Les euro-régions »

        Les Etats européens sont en train de vivre leurs dernières années. Ils sont menacés par en haut par les accords transatlantiques, et par en bas par les eurorégions.

        « Les euro-régions, allons-nous laisser détruire les Nations ? »


        • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 14 décembre 2013 19:08

          L’auteur se trompe sur Mélenchon, il est européiste fédéraliste +++, je me demande bien d’où vous sortez l’idée qu’il est patriote.... Il traite ceux qui veulent sortir de l’ UE de « maréchaliste », et oublie systématiquement de dire que le Venezuela est un pays indépendant et souverain...

          Compère Mélenchon, et Commère Le Pen

          Le FDG, pas plus que le FN ne demandent à sortir de l’ UE et de l’euro, ils veulent renégocier les Traités, pas en sortir !


          • CASS. CASS. 14 décembre 2013 21:11

            ouai et que (Perse Iran)est souverain et indépendant et souhaite qu’il en soit ainsi, malgré toutes les multiples agressions mensonges crimes contre l’humanité etc etc de la mafia et dictature impérialo sionistes qui régnent sur cette dite UE et etc


          • Jean Marie Thiboult Jean Marie Thiboult 14 décembre 2013 19:10

            Koc’h ki gwen. En v’là un autre qui cause des bonnets rouges.


            « La grève du Joint Français, c’est d’abord de l’image de deux amis se retrouvant face à face, l’un parmi les grévistes, l’autre parmi les CRS.

            http://www.letelegramme.fr/ig/dossiers/image_histoire/le-joint-francais-deux-copains-face-a-face-29-07-2010-1003629.php

            La guerre du lait, on se souvient de cette chanson :

            C’est en Bretagne au mois de mai
            Oui en Bretagne au mois de mai
            Y’a pas qu’des fleurs dans les pommiers
            Y’a aussi du lait dans les fossés.

            (Faut que ça bosse. Collectif)


            • Tipol 14 décembre 2013 19:13

              Il faut arrêter de dire « GOUIVERNEMENT MONDIAL », mais plutôt le REGNE DE MALFAITEURS", une minorité maléfique en réunions, très armés, organisés qui font font régner leur loi par la terreur, les assassinats, les accidents commandés, les suicides provoqués, les charniers, l’esclavage, la pauvreté organisée, les procès dilatoires, la spoliation, le vol généralisé, et toutes les forfaitures imaginables.
              On peut appeler ça aussi le « GOUVERNEMENT DU DIABLE », je sais pas bien, j’ai du mal à faire la différence.
              Mon bonnet rouge avec la quenelle Dieudonné


              • CASS. CASS. 14 décembre 2013 21:27

                bien dit Tipol. Par ailleurs concernant le bonnet phrygien , Les plus anciens vestiges de ce bonnet appartiennent à Mithra, la divinité iranienne du Soleil, de l’amitié, du serment et des contrats. mithraisme qui fut révisé par zoroastre ( bref le premier monothéisme à vocation universelle, comme fut l’empire perse le premier empire à vocation universelle ) d’où la naissance de la philosophie etc etc etc , le proto indo européen doù l’ancien grècque le latin le celte etc issus du persan ou sanskrit . le tout repris et transmis en Gréce sous alexandre le grand,


                  • bertin 15 décembre 2013 10:15

                    Pour faire une bonne révolution, il ne faut pas se disperser à 18 heures ; il faut occuper le terrain pendant des semaines, comme en Egypte, en Ukraine, en Thailande.

                     

                    http://forumfra.forumactif.org/t361-il-faut-liberer-les-otages-du-mind-control

                    http://forumfra.forumactif.org/t361-il-faut-liberer-les-otages-du-mind-control


                    • claude bonhomme claude bonhomme 16 décembre 2013 13:26

                      Pauvre Jules Elysard !

                      Vous écrivez donc pour n’être pas compris. Des textes trop longs avec trop de second degré. Vous attirez donc des fâcheux qui déposent leur fiel sans vous avoir lu.

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