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Accueil du site > Actualités > Politique > Borloo victime collatérale de la crise contemporaine

Borloo victime collatérale de la crise contemporaine

C’est solennellement, un soir de dimanche de JT, que Jean-Louis Borloo a annoncé qu’il ne serait pas candidat à la présidentielle. Saluons cet éclaircissement mais au fond, qu’est-ce qu’on s’en déduit ? Il s’est retiré par souci de la France ou par la crainte d’un échec ? Après tout, on s’en fout peut-être, du moins quand on est citoyen et qu’on ne veut plus entendre parler de politique politicienne. Et ça profite à qui ? Les journalistes y vont de leurs analyses, toutes se réclamant de la science politique mais est-ce vraiment scientifique comme démarche ? Il faudrait pour cela des sondages mais ce n’est pas facile d’aller pêcher les quelques sympathisants de Borloo pour en faire un panel assez grand pour être interrogé sur les reports de voix. Sondages qui aussitôt balayés par les critiques. Cela dit, rien n’interdit aux médias de transgresser les règles scientifiques. On ne demande pas aux journalistes d’être rationnels mais d’être intéressant, ou du moins de faire les intéressants en commentant le petit théâtre de la vie politique. Ils doivent faire de l’audience. Et donc rivaliser d’imagination pour commenter ce qui paraît être un coup de théâtre mais ils sont rodés et comme pour DSK, ils peuvent tenir des minutes à s’interroger sur le pourquoi et le à qui ça profite et remplir les journaux avec les commentaires des autres ténors de la politique.

Peut-être que la vérité n’est pas là où elle se loge le plus simplement. C’est une question de cadrage. Le photographe apprend à l’école ce classique de la prise de vue dirigée de bas en haut, livrant l’impression d’un dictateur à la tribune. Pour les analyses, c’est à peu près la même chose. En focalisant sur la vie politique, les observateurs ont suspecté quelques arrangements entre Borloo et Sarkozy pour 2012. Thèse contredite sur un autre plateau par un autre observateur faisant valoir que Borloo ne pouvait pas vraiment revenir et soutenir Sarkozy après l’avoir éconduit. D’autres voix susurrent qu’il y aurait eu des menaces lancées discrètement par le clan Sarkozy mais quelle menace sinon celle d’être écarté des postes après 2012 en cas de succès or, Borloo ne reviendra pas dans de telles conditions. Le raisonnement est contradictoire. On ne fait pas pression en promettant d’écarter un type d’un poste qu’il ne convoite pas. Seule possibilité envisageable, que Borloo ait eu la promesse de Matignon. Et si c’était vrai, que faire de Fillon et surtout de Juppé ? Mais si Juppé était candidat, alors allez savoir, Sarkozy pourrait prendre Matignon en s’inspirant de Poutine et puis zut, tout ça s’emberlificote et n’a plus de sens. La plus plausible des hypothèses, c’est celle de Apathie pour qui la partie de Borloo vient de résonner avec le jingle du game is over. Un peu comme Delors en 1994. Fin de partie. Retrait de la vie politique.

Sans doute sommes-nous aiguillé vers la bonne piste. Delors avait déclaré en 1994 au JT de la même chaîne qu’il ne serait pas candidat en raison du manque de leviers disponibles pour conduire la politique qu’il souhaitait pour la France. Cette justification est d’une éclatante légitimité, même si elle laisse beaucoup de zones d’ombre sur ces leviers absents ou peut-être, de forces contraires s’ajoutant à l’absence de ressorts qui pourraient être logés dans la société civile mais aussi parmi des confrères politiques solides. Bref, quand les vents de la mondialisation sont contraires, qu’il n’y a pas d’enthousiasme populaire et que les alliés font défaut, eh bien on se casse et c’est ce que fit Borloo, accompagnant sa décision d’une sibylline formule sur une dynamique du centre qu’il n’a pas captée.

En élargissant la vie politique française au contexte global, on peut supposer que le contexte de crise a impacté l’élan de Borloo. Il ne faut pas s’y tromper, les Français sont en majorité inquiets pour l’avenir, assez résignés face au cours des choses et pas mal déterminés à sauver ce qu’ils ont. C’est un contexte socio-politique mou qui pourrait expliquer un manque de dynamique et pas seulement au centre. Et ce déficit de dynamique, il est fatal à un centre qui pour exister, doit bénéficier d’un souffle populaire puissant, avec que le ballon des voix puisse repousser les tensions de part et d’autre émanant des autres ballons en compétition, ceux de la droite et de la gauche. A ce manque de dynamique, d’élan populaire, s’ajoute un contexte de crise défavorable à la mise en place d’une politique du bond en avant. Le bateau France tangue mais peine à avancer. Deux barreurs se disputent le gouvernail. Virage confirmé à droite ou virage affirmé à gauche. Dans un contexte de crise, il faut décider, or, le centre donne l’impression d’être volontariste mais dans l’indécision, d’où le sentiment de flou qui du reste, se dégage de François Bayrou mais aussi, des primaires PS alors que l’UMP se cherche un programme introuvable. Il reste la crise qui elle, impose d’orienter le gouvernail avec une franche détermination. En Allemagne, les libéraux centristes se sont pris une veste. Aux States, GW Bush l’avait bien vu grâce à son conseiller Rove, une élection ne se gagne pas au centre. Obama a appliqué ce précepte, avec des marqueurs politiques bien nets affichés lors de sa campagne. En 2012, vu la crise, les Français devront choisir entre gauche et droite. Le centre n’a rien à faire dans cette histoire. Les Français attendent surtout des marqueurs politique et c’est ce qui fait sans doute défaut au PS. Il faut de l’idéologie pour barrer la crise. Sinon, c’est elle qui imposera sa loi mais sans idéologie, donc sans justice, la loi de la jungle.


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3 réactions à cet article    


  • De la hauteur 4 octobre 2011 15:03

    Borloo victime de son appétence, où on attend que Bayrou de faire de même ainsi que la Marine, c’est comme même plus honnête de le faire après le vote du premier tour.


    • HELIOS HELIOS 4 octobre 2011 20:05

      Dans notre cartographie politique si le chef de l’etat actuel veut etre au minimum au second tour, et mieux (pour lui) elu, il ne lui faut aucune concurrence a droite !!

      Quand Borloo a pretendu se presenter tout le monde savait que c’etait du pipo, du ramasse voix, bref du bruit.

      On en a la preuve maintenant, Sarkozy sera seul a droite, il n’y a aucun candidat qui a les c... de se presenter contre lui. Ce Sarkozy est un vrai dictateur, il est toxique... et le pire c’est qu’il n’est pas necessaire pour lui de demander a Borloo de se retirer, il le fait lui même, une sorte d’auto censure.

      C’en est fini des espoirs de ceux qui croient en une droite moderne, respectueuse, républicaine... si ce n’est en allant voter en masse pour le FN, seul vrai representant des valeurs non collectivistes...

      Vous voulez 5 ans d’une gauche caviar a la place d’une droite corrompue ? pas de probleme si vous ne votez pas pour Marine le Pen, vous allez les avoir !!!


      • resistance 5 octobre 2011 00:54

        Il me semble qu’il y a beaucoup de flou dans l’article : 

        - Sur quoi donc repose cette assimilation : idéologie-justice ?
        - Et êtes-vous sûr de ne pas confondre : aptitude à décider et absence de nuances dans la pensée ou refus de tenir les deux bouts de la chaîne ? On peut être un centriste et savoir s’opposer aux solutions extrêmes et illusoires mais avoir assez de détermination pour mettre en oeuvre une politique réaliste.

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