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Burundi : bienvenue dans la jungle burundaise

Burundi, un pays autrefois connu pour ses rivalités ethniques entre deux communautés Hutu et Tutsi ; une réalité déjà révolue où toutes les deux ethnies, essayent de lutter contre un ennemi commun : des armes légères qui pullulent dans toute l’étendue du pays et chargées de régler des comptes sur fond d’assassinats crapuleux dans une sous-région qui voit s’éloigner un modèle de démocratie burundaise jugée réussie alors que ce n’était que le début d’une marche sans fin.

Il ne se passe aucune journée sans entendre les coups de feu dans la capitale Bujumbura. Depuis les élections législatives et présidentielles survenues au courant de l’année 2005 ayant vu la victoire de la majorité hutue du CNDD (Conseil national pour la défense de la démocratie) amenée par Pierre Nkurunziza, actuel président de la République, les choses ont tendance à s’empirer. L’année 2005 fut une année d’espoir de la majorité des Burundais ; pour la plupart des hutus, 80 % de la population et ethnie majoritaire du pays ; mais aussi beaucoup de tutsi, population minoritaire, qui se sont aussi reconnus dans ce président. Ce président que ses fans appelaient Peter, prononcez « Pita », pour donner un peu de sensualité à ce personnage, fut considéré comme un messie ; seul capable et en mesure de réconcilier les deux communautés. Et les atouts, il en avait : chrétien convaincu et convaincant ; ses apparitions dans les églises chrétiennes de la capitale furent remarquées et appréciées par une grande partie de l’élite tutsie vouée à Jésus-Christ. Il ne se passait aucun jour sans attendre que "Pita", était dans telle ou telle église pour la prière. Un atout majeur dans un pays sorti de la guerre civile avec des implications sociales remarquées au niveau de la vie des gens.

L’ancien chef rebelle, devenu ministre d’Etat, puis élu comme président au suffrage universel par une grande majorité des Burundais, se trouve confronté à une dure réalité du pays : la prolifération des armes dans une grande majorité de la population toutes ethnies confondues et dont on se sert selon les circonstances et les humeurs du jour. Les armes distribuées d’abord, par l’ancienne armée à majorité tutsie, aux tutsis afin de se protéger contre ce qu’ils qualifiaient de préparation de génocide tutsi par les rebelles hutus. C’était en 1993 quand Melchior Ndadaye, le feu président hutu démocratiquement ou ethniquement élu, comme aiment le dire certains, fut assassiné et remplacé successivement par l’éphémère Cyprien Ntagyamira assassiné avec l’ancien président du Rwanda Juvénal Habyarimana, puis Ndibandunganya, l’emblématique Pierre Buyoya et le gourou Domitien Ndayizeye dont le règne avait pris fin avec les sanctions des urnes. La crise du Rwanda en 1994, disposant d’une composante ethnique semblable à celle du Burundi, n’a pas été étrangère à cette peur qui hantait la minorité tutsie à la recherche permanente de protection.

C’est pour cette raison que, pendant la période cette crise politico-ethnique, une cohorte des civils tutsis se dirigeaient vers les camps militaires pour apprendre le maniement des armes. De l’autre côté aussi, les rebelles hutus ne sont pas restés à l’écart de cette réalité : des familles entières des hutus envoyèrent leurs enfants en Tanzanie, en République centrafricaine, en RD Congo pour apprendre le service militaire. Pendant cette période, les armes furent distribuées en grande quantité dans les quartiers à majorité hutue par les responsables de cette ethnie pour se défendre contre ce qu’ils qualifiaient des massacres à grande échelle de l’armée tutsie contre les populations civiles hutues.

En fin de compte, après les élections, les brassages militaires furent entrepris ; mais, comme tout le monde ne pouvait pas devenir militaire, certains combattants se sont retrouvés dans la vie civile. Ceux qui avaient combattu du côté des tutsis comme celui de hutus, à défaut de se retrouver dans la nouvelle armée nationale, ont continué à garder leurs armes chez eux.

Une politique de désarmement, bien que soulevée par des organisations non gouvernementales, ne fut jamais totalement mise en exécution. Le vent démocratique souhaité par tout le monde avait plongé ce pays dans une nouvelle ère : armée nationale représentée par toutes les composantes ethniques, nouvelles institutions et nouveau président de la République.

Aujourd’hui, le pays est rattrapé par la réalité. L’exercice du pouvoir étant distinct de la gestion de la rébellion, la lutte du pouvoir au sein de la majorité hutue n’a pas tardé à se manifester au grand jour et un des leaders du parti au pouvoir, en la personne de Hussein Rajabu, éminence grise du parti, fut arrêté et emprisonné pour atteinte à la sécurité publique. Viendra aussi une grande lenteur dans les réformes économiques tant attendues par la population qui espérait trouver du travail et sortir de la pauvreté. A la place, furent mises au grand jour les malversations économiques et détournements de fonds des amis proches du pouvoir, le parachutage. Les promesses non tenues pendant les élections cédèrent la place aux grèves dans la fonction publique et les hausses de salaires promises par le gouvernement élu ne furent que du leurre, comme aimait dire l’ancien président français Jacques Chirac : « les promesses n’engagent que ceux qui y croient ». Les Burundais y ont cru et constatent présentement qu’ils se seraient trompés de leurs dirigeants ; la faute à qui ? A la communauté internationale qui n’a pas respecté la totalité de ses engagements promis pour relancer la machine économique, aux dirigeants néophytes et avares du pouvoir ? Le Burundi, un beau pays, mais peut-être pas sans enjeux stratégiques aux yeux de l’Occident, très enclavé, sans pétrole ni de matière précieuse hormis le café et du thé, produits dont les prix fluctuent régulièrement sur le marché international.

Ce pays qui a connu plus de dix ans de guerre civile, et dont les infrastructures économiques et sociales furent sérieusement endommagées, avait grandement besoin de l’assistance massive de la communauté internationale pour le désarmement et la relance économique. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. De la déception d’une grande majorité de la population, viendra encore un élément plus troublant : la rébellion du FNL (Front national de libération) parti politico-militaire, jugé extrémiste par le gouvernement et les pays de la région. Les négociations furent entamées, mais ce fut un jeu du chat et de la souris. Le cessez-le-feu traîne à venir et est toujours violé par l’une des parties en conflit et ce groupe jugé extrémiste tire profit du mécontentement de la population sur la gestion du pouvoir actuel. La combinaison de tous ces éléments ne font qu’affaiblir davantage la position du gouvernement. Désormais avec une crise économique sans précédent où les prix des denrées de base comme les haricots, le pain, le riz et les loyers ne font que grimper, la population devient déboussolée. Enfin, tous les moyens deviennent bons pour survivre. L’arme constitue un recours ultime pour assouvir la soif.

Les Nations unies estiment que de dizaines de milliers d’armes circulent dans les mains de la population. Une économie exsangue et fragile ne peut que profiter d’abord aux dirigeants qui ne cessent de se partager le gâteau aussi minime soit-il. Le détournement des fonds publics est devenu monnaie courante dans le pays. Les rebelles d’hier devenus dirigeants aujourd’hui cherchent toujours à se servir. Dans un pays où les sources des richesses personnelles sont difficilement explicables, le commun de mortel sait que c’est l’Etat qui enrichit par la corruption présente dans tous les services publics.

Dans ce pays où les pouvoirs sont refaits et défaits comme un château des cartes, les premiers arrivants aux postes de pouvoir ne rechignent pas à se servir pour assurer le lendemain incertain. Un enseignant d’hier peut devenir facilement ministre aujourd’hui, le copain de bistrot d’aujourd’hui, un directeur de société publique demain par le militantisme ou des connivences tribales et régionalistes. Des phénomènes qui créent des envieux et des frustrés. Eh bien, il ne reste que les armes pour régler les comptes par des assassinats des patrons de bar, des propriétaires de bus ou camions, des voisins mal vus, des amis d’hier et rien ne semble arrêter ce mouvement de violences généralisées et gratuites parmi les populations qui restent convaincus que le seul soucis de leurs dirigeants est, comme aiment le dire les Burundais, le ventre.

Source : Kilosho Barthélémy

Covalence Genève


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1 réactions à cet article    


  • Babalas 25 février 2008 23:15

    Les déplacement le soir sont devenus extrêmement dangereux dans la plupart de Bujumbura...

    Quant au dernier paragraphe : ca peut être utile. J’ai le témoignage de quelqu’un qui se fait faire des rabais sur les restos enc riant : "Comment, vous ne savez pas qui je suis, moi, un membre du cabinet..."  smiley

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