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Calais

Calais - quelle issue possible et quand ?

On demande où va Calais, comme si ce petit épiphénomène importait plus que la chicane d’un PC de compagnie dans les Ifoghas ou la peinture de la grille d’un consulat à Tegucigalpa.

Le gouvernement a démontré son désintérêt pour une enclave extraterritorialisée de quelques milliers d’humains de nationalités et allégeances indéterminées, minuscule en comparaison avec les milliers de zones de droit non-français (imposé à des citoyens français) de dizaines ou centaines de milliers d’habitants chacune, qui parsèment maintenant le territoire national et ceinturent même certaines métropoles majeures. Il y accepte l’application d’un autre droit, que ce soit en matière de mouvement, propriété et occupation, habitat, normes sanitaires, bromatologie, taxes (personne ne s’imagine que la direction des camps laisse ouvrir des restaurants et commerces sans les taxer), statuts des personnes et relations interpersonnelles, détention d’armes etc. et finalement le principal scandale administratif est qu’il y déverse des milliers d’allocations de présence illégale à des personnes dont il ne cherche pas à connaître l’identité, et qui n’ont aucune vocation à revenir sur le territoire français administré. Il y a immobilisé le dixième des forces de maintien de l’ordre de deuxième catégorie françaises (pour une simple contention à distance sans vélléité de restauration de l’ordre), ce qui n’est évidemment tenable que tant qu’il ne se produit pas le moindre petit événement ailleurs, sacrifice peut-être consenti pour éviter une réaction populaire des Calaisiens, le temps que les quartiers les plus proches du chancre se vident de leurs habitants, dans l’acceptation semble-t-il de l’usurpation et la ré-allocation des maisons abandonnées à la nouvelle population, par des organisations subversives que le préfet du Pas-de-Calais Fabienne Buccio et le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve ont nommément désignées sans pour autant fermer leurs comptes bancaires d’approvisionnement indéterminé ou inculper leurs dirigeants.

On ignore si les coûteuses mesures d’éloignement physique pour moins de cinq jours dénoncées par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (Adeline Hazan) et le non gouvernemental Comité inter-mouvements auprès des évacués (CIMADE) visent des agitateurs déterminés ou simplement un pourcentage aléatoire de surnuméraires volontaires pour un tourisme de haut vol de quelques jours dans d’autres régions, puisque ces mesures de rétention administrative sont systématiquement annulées au bout de quelques jours et les procédures de décision d’obligation de quitter le territoire français (obligatoires pour détourner l’usage des Centres de rétention administrative) abandonnées... peut-être justement parce que la préfecture du Pas-de-Calais considère le retour immédiat des intéressés à la Nouvelle Jungle comme une sortie du territoire sous souveraineté française, ou parce qu’elle n’a aucun moyen d’obtenir le nom et la nationalité de personnes pratiquement toutes sans papiers d’identité, bien que récipiendaires des allocations de présence illégale en espèces, en plus de la nourriture en excès qui, elle, est servie en nature.

Ce qui est certain, c’est que si le gouvernement envisageait une réduction à terme de la colonie il interdirait l’arrivée de nouveaux colons, ce qui ne doit pas être techniquement insurmontable s’agissant de quelques dizaines d’hectares en une seule emprise facilement isolable par quelque enceinte grillagée, et s’il envisageait une intégration à terme il y réintroduirait les lois françaises, en commençant par arrêter et présenter à la justice, à titre éducatif, d’abord les chefs et membres des commandos effectuant des opérations à l’extérieur de l’enclave (recherche de femmes, pillage de commerces, abordage de camions, intrusion dans les installations binationales et maintenant capture de bateaux), puis les membres du service de sécurité périmétrique de l’enclave, puis les professionnels des métiers illégaux (consultants en clandestinité, entraîneurs paramilitaires, trafiquants d’armes, extorteurs) ou pratiqués illégalement (restauration, commerce), au lieu de se limiter à tenter d’empêcher les seules actions hors enclave qui sont de nature à nuire aux relations avec le Royaume-Uni, objet de plus d’attention que la population du Calaisis.

Or l’Etat feint la passivité, en particulier par l’absence de réponse au téléphone (préfecture comme services centraux du ministère de l’Intérieur) chaque fois qu’un commandant d’unité sur le terrain demande des instructions face à une situation qu’on considèrerait ailleurs comme anormale, obligeant les officiers de gendarmerie mobile et cadres de companies républicaines de sécurité à prendre leurs propres décisions, à savoir retraite, défense ferme ou contre-attaque et interpellations, et introduisant ainsi un élément de subjectivité qui, loin d’être un aléa ou une incertitude, permet aux commandants d’unité adverses (qui sont européens voire français, que leurs troupes soient érythréennes ou afghanes) d’établir des profils psychologiques afin de savoir à quelle réaction s’attendre selon quelle CRS ou quel escadron de gendarmerie est de service à telle heure dans telle zone. Mais, simultanément, le gouvernement laisse entreprendre tous les travaux de pérennisation et durcissement des camps, de la viabilisation à l’installation d’administrations non étatiques (ou du moins non françaises) en passant par la construction d’installations sanitaires et de confort en dur, et laisse passer les opérations d’intimidation visant à chasser la population calaisienne afin d’étendre l’enclave vers des quartiers ex-résidentiels en cours d’abandon.

Tout cela signifie que le gouvernement n’a l’intention ni de prendre subitement ou résorber progressivement l’enclave, ni de la normaliser pour la réintégrer dans le tissu régional souverainement administré. Il la laisse prospérer, s’endurcir et croître, sachant évidemment que son objectif est de prendre le contrôle, à terme, des terminaux transmanches d’où seule une opération militaire sanglante (évidemment exclue) permettrait ensuite de la repousser. La timide contention semble donc n’avoir pour objet que de retarder (et présenter comme inéluctable) l’issue apparemment déjà acceptée, la chute des installations côtières et l’accès à la mer de la zone d’extraterritorialité qui cessera ainsi d’être une enclave et pourra donc se transformer en une sorte de capitainerie de Bodrum (du nom de la plus célèbre base turque d’assaut vers la Grèce).

Si l’issue semble certaine, puisque permise, on peut s’interroger sur sa date. On ne voit qu’une raison pour laquelle le gouvernement français, si impérieux envers d’autres peuples (y compris les siens), veuille ménager ceux de Grande-Bretagne, c’est pour éviter d’influencer négativement le referendum sur le rétablissement de la souveraineté britannique. Si le referendum se tient le 16 juin, les installations portuaires, routières et côtières pourront être abandonnées (ou « tomber » malencontreusement) dès le lendemain.

La question de la reconnaissance de la sécession d’une portion de territoire déjà de facto indépendante est traitée dans le Septième Scénario, la question de l’abandon ou de la violation par l’exécutif des textes votés par le législatif est traitée dans la Huitième Plaie. La France va mal parce que son régime fait mal.


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7 réactions à cet article    


  • Abou Antoun Abou Antoun 25 janvier 12:21

    Calais, le futur visage de la France (entière)....
    La France est en cours de libanisation, on y observe les mêmes symptômes, communautarisme, libre circulation des armes de guerre, zones de non droit qui se multiplient et s’étendent.
    Pendant ce temps là la France va faire la guerre en Afrique et au M.O. décimant avec quelques terroristes les populations locales qui n’y sont pour rien.


    • mmbbb 25 janvier 12:46

      @Abou Antoun c’est l’evidence meme les lendemains seront noir en Europe et cela risque de finir en eau de boudin Tout ceci est previsible mais comme nous rappelle l’histoire c’est la lachete des politiques qui precipite les pays dans le chaos Quoi qu il en soit je suis content de ce qui se passe en Allemagne La mere Merkel a ete pris a son propre jeux


    • fred.foyn Le p’tit Charles 25 janvier 12:24
      Tous ces envahisseurs à Calais, veulent aller en Angleterre, mais comble de l’incompétence nos gouvernants l:es bloquent dans la boue ayant signé des accords avec le gouvernement Britannique pour empêcher ces envahisseurs de passer.. ?
      Violation de libre circulation pour ces gens et surtout les laisser démunis dans cette ville... ?
      Nos bouseux de l’élysée et du PS font du Pétain... !

      • Abou Antoun Abou Antoun 25 janvier 13:19

        @Le p’tit Charles
        Tous ces envahisseurs à Calais, veulent aller en Angleterre
        Pas si sûr ! Pour certains ce n’est qu’un prétexte.


      • fred.foyn Le p’tit Charles 25 janvier 16:08

        @Abou Antoun...FAUX...les rares pris en charge pour rester chez nous et logés en France en province, sont tous revenus à Calais pour aller chez Cameron..


        • JL JL 25 janvier 15:32

          Est-ce que l’instauration de l’état d’urgence permanent ne serait pas l’acte qui entérine la capitulation de l’Etat de droit ?

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