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Accueil du site > Actualités > Politique > Campagne présidentielle et mythe de l’union nationale

Campagne présidentielle et mythe de l’union nationale

Les élections présidentielles approchent, et le langage invoquant l’union nationale sous des formes diverses est à la mode, à l’UMP comme à l’UDF, au Parti socialiste et ailleurs. Des dirigeants connus de ces trois formations politiques participent en ce moment à l’Université du MEDEF consacrée tout particulièrement aux élections présidentielles et à l’Europe. Plusieurs centrales syndicales sont également représentées dans cette réunion. L’écologie, la mondialisation... fournissent d’autres sujets générateurs d’appels à l’union nationale. Mais en quoi consiste vraiment cette solution miracle, qui paraît tout sauf nouvelle dans l’histoire de la France depuis la Libération ? Et quel bilan peut-on en dresser ? Si on va au fond des choses, a-t-on connu autre chose que des politiques prétendument d’union nationale, depuis les années 1980 ?

Au moment même de l’anniversaire de la Libération de Paris, on voit passer un peu partout des références ouvertes ou indirectes à l’union nationale. Et, surtout, on observe une pratique affichée qui relève très largement de ce type de politique.

A l’Université d’été du Medef, aux côtés du président de la Commission européenne José Manuel Barroso qui se dit "modéré, réformateur et anti-étatiste", des dirigeants des plus influents partis politiques de "droite" comme de "gauche" sont invités : UMP, PS, UDF. Ceux de plusieurs centrales syndicales, également : CFDT, FO, CFTC, CGC. Parmi les conférenciers se trouvent François Bayrou, Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn, de même que François Chérèque, Jean-Claude Mailly, Jacques Voisin et Bernard Van Craeneyst. Le ministre de l’Economie Thierry Breton est également intervenu, et le président de la Région Ile-de-France Jean-Paul Huchon a "fait le déplacement".

D’après Laurence Parisot, il s’agit notamment de "décrypter les programmes politiques pour y déceler toute trace de démagogie". Le Medef se propose de publier un Livre blanc en novembre, afin d’apporter sa "contribution à la nécessaire réflexion que les Français doivent avoir avant l’élection présidentielle", de ne laisser passer "aucune approche qui serait dangereuse pour l’économie de notre pays" et de dénoncer "tous ceux qui crient haro sur les chefs d’entreprise sans distinction". Il s’agirait également d’inclure le "droit de négociation sociale" dans la Constitution. Le Medef n’admet pas que "l’Etat cherche à mettre sous tutelle le dialogue social". Il réclame des syndicats forts et "raisonnables", et souhaite pouvoir s’entendre "en privé" avec eux. Un discours parfaitement en phase avec celui de François Chérèque, qui vient d’écrire un point de vue intitulé : "Créons un espace de dialogue social, vite ! ", diffusé par Le Monde mardi 29 août. Même si elle a décliné l’invitation du Medef, Ségolène Royal n’est pas d’un avis différent lorsqu’elle parle de créer un "syndicalisme de masse" suivant l’exemple de "l’Europe du Nord" et rendant l’adhésion obligatoire : "Dans certains pays, l’adhésion est quasi obligatoire, au sens où elle est couplée avec l’assurance-chômage ou l’assurance sur les accidents du travail. C’est ainsi qu’en Suède, le taux de syndicalisation est de 80 %".

Où veulent en venir le Medef, ses alliés et ceux qui, d’une manière ou d’une autre, convergent vers cette stratégie ? Un autre politique invité, Jean-Pierre Raffarin, a souligné, évoquant la crise du CPE : "Il n’y a pas de réforme sans alliés. Nous avons récemment pu vérifier ce théorème par l’absurde". L’ancien premier ministre semble avoir oublié que tous les alliés du centre, de gauche et syndicalistes ne lui ont pas permis d’obtenir l’approbation du projet de Traité constitutionnel européen lors du référendum de mai 2005. Mais sa déclaration reflète sans doute fort bien la stratégie du Medef. D’autant plus qu’il faudra bien pouvoir compter sur quelques "gauches" et "directions syndicales" pour faire passer la potion qu’on nous prépare avec le "marché mondial de la main-d’oeuvre", les délocalisations, la généralisation du dumping social, et bien d’autres "avancées".

Un autre exemple, même plus explicite, d’appel à l’union nationale est celui de Corinne Lepage, déjà évoqué dans un article du 29 août. Cette ancienne ministre d’Alain Juppé en appelle ouvertement à un "gouvernement d’union nationale" au nom de l’écologie, de l’Europe et des "enjeux mondiaux". Sur les deux derniers points, elle coïncide avec Laurence Parisot pour qui "les Français ont compris que barrer la route à la mondialisation est impossible"... conviction affichée qui n’est peut-être qu’un élément de l’hypnose collective que la présidente du Medef voudrait opérer. Quant aux campagnes pour la "décroissance", celle de notre pouvoir d’achat et de nos acquis sociaux est déjà en cours, et le Medef ne semble pas s’en plaindre.

Pour l’écologiste que dit être Corinne Lepage, la lutte des classes et ce genre de choses sont dépassés. Mais personne ne semble avoir envie d’évoquer, par exemple, la question du rapport qu’il peut y avoir entre la propriété privée du logement, l’anarchie de son marché locatif... et l’énorme gaspillage quotidien archipolluant, lorsque beaucoup de salariés doivent effectuer de longs déplacements pour se rendre sur leur lieu de travail. Ou l’absurdité de l’importation de produits alimentaires et industriels de l’autre bout du monde dans le seul but d’exploiter une main-d’oeuvre moins chère. Plus la spéculation que ces situations génèrent, etc. Pour ne pas parler de l’affaire de l’Erika et de ces multinationales qui font ce que bon leur semble.

A propos de l’union nationale, il va de soi qu’avec un recul de soixante-deux ans, rien ne peut paraître parfait. Mais cette circonstance ne doit pas nous empêcher d’analyser le passé avec la perspective que nous fournit l’expérience historique dont ne pouvaient pas disposer ceux qui ont vécu les événements. C’est particulièrement vrai des principaux textes et discours des personnages politiques qui ont le plus marqué leur temps.

Le 25 août 1944, Paris est libéré et le général de Gaulle y établit le siège de la présidence du gouvernement. Plus tard, il se rend à l’Hôtel de Ville, où il prononce ce discours improvisé devenu légendaire :

" Pourquoi voulez-vous que nous dissimulions l’émotion qui nous étreint tous, hommes et femmes, qui sommes ici, qui sommes ici chez nous, dans Paris, levé, debout pour se libérer et qui a su le faire de ses mains. Non ! nous ne dissimulerons pas cette émotion profonde et sacrée. Il y a là des minutes qui, nous le sentons tous, dépassent chacune de nos pauvres vies.

Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l’appui et le concours de la France tout entière, c’est-à-dire de la France qui se bat, c’est-à-dire de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle.

Eh bien ! Puisque Paris est libre, puisque l’ennemi qui tenait Paris a capitulé dans nos mains, la France rentre à Paris, chez elle. Elle y rentre sanglante, mais elle y rentre bien résolue. Elle y rentre, éclairée par l’immense leçon, mais plus certaine que jamais de ses devoirs et de ses droits.

Je dis d’abord de ses devoirs, et je les résumerai tous en disant que, pour le moment, il s’agit de devoirs de guerre. L’ennemi chancelle mais il n’est pas encore battu. Il en reste sur notre sol. Il ne suffira même pas que nous l’ayons, avec le concours de nos chers et admirables alliés, chassé de chez nous pour que nous nous tenions pour satisfaits après ce qui s’est passé. Nous voulons entrer sur son territoire comme il se doit, en vainqueurs. C’est pour cela que l’avant-garde française est entrée à Paris à coups de canon. C’est pour cela que la grande armée française d’Italie a débarqué dans le Midi ! Et remonte rapidement la vallée du Rhône. C’est pour cela que nos braves et chères forces de l’intérieur vont devenir des unités modernes [s’armer d’armes modernes]. C’est pour cette revanche, cette vengeance et en même temps cette justice, que nous continuerons de nous battre jusqu’au dernier jour, jusqu’au jour de la victoire totale et complète, la seule qui puisse nous satisfaire. Ce devoir de guerre, tous les hommes qui sont ici et tous ceux qui nous entendent en France savent bien qu’il comporte d’autres devoirs dont le principal s’appelle l’unité nationale [qu’il exige l’unité nationale].

La nation n’admettrait pas, dans la situation où elle se trouve, que cette unité soit rompue. La nation sait bien qu’il lui faut, pour vaincre, pour se reconstruire, pour être grande, qu’il lui faut avoir avec elle tous ses enfants. La nation sait bien que ses fils et filles, tous ses fils et toutes ses filles - hormis quelques malheureux traîtres qui se sont livrés à l’ennemi ou lui ont livré les autres et qui connaissent ou connaîtront la rigueur des lois, hormis ceux-là - , tous les fils et toutes les filles de la France marchent et marcheront fraternellement pour les (mot inaudible) [vers les buts] de la France, fraternellement la main dans la main.

[Nous autres, qui aurons vécu les plus grandes heures de notre Histoire, nous n’avons pas à vouloir autre chose que de nous montrer, jusqu’à la fin, dignes de la France.] Vive la France ! "

Les parties soulignées sont celles supprimées dans des versions écrites de diffusion récente, où celles entre crochets ont souvent été ajoutées. Le texte publié dans les Mémoires de guerre de Charles de Gaulle, Plon 1956, est proche de la version complète donnée ici à quelques corrections près, de style pour la plupart.

Pour quelqu’un qui a étudié l’histoire de la Seconde Guerre mondiale dans des ouvrages de l’après-guerre, le langage du général de Gaulle peut comporter un certain nombre de surprises. Par exemple, qui est "l’ennemi" ? Compte tenu de la manière dont il est question de "territoire", de "vengeance"... on dirait que cet ennemi désigné est l’Allemagne. Dans les ouvrages d’histoire et les discours politiques plus récents, la Seconde Guerre mondiale est présentée comme une guerre contre le fascisme et le nazisme. Mais le discours du général de Gaulle du 25 août 1944 ne comporte aucune référence antifasciste, aucune évocation de la défense de la démocratie. La seule liberté clairement évoquée est celle de la nation et de sa capitale. Un grand absent : le mot république. Le discours évoque la "France éternelle", mais pas un mot pour les étrangers qui se sont battus dans la Résistance. On ne trouve, non plus, dans cette allocution, aucune mention des victimes du nazisme, du fascisme et de la collaboration. Certes, Auschwitz ne sera libéré par l’Armée Rouge que le 27 janvier 1945. Mais en août 1944, les dirigeants des puissances alliées disposaient déjà de beaucoup d’informations.

Des laissés-pour-compte, il y en a eu. La responsabilité de la France et de ses entités publiques dans les faits découlant de la période de Pétain, la réparation des préjudices causés, fait encore à ce jour l’objet d’incroyables rebondissements, dont témoigne l’affaire Lipietz. En même temps, l’ouvrage La main droite de Dieu, d’Emmanuel Faux, Thomas Legrand et Gilles Perez, Seuil 1994, évoque la manière dont des anciens de Vichy semblent avoir excessivement bénéficié de la politique d’union nationale. La France d’après la Libération a également pratiqué la répression dans les colonies et livré des guerres coloniales jusqu’au début des années 1960. Plus tard, c’est au nom de l’unité nationale que la réhabilitation totale des responsables du putsch d’Alger sera demandée et, finalement, promise (le 4 avril 1981, avant le deuxième tour des présidentielles) et accordée (loi 82-1021 du 3 décembre 1982) par François Mitterrand. Ce dernier l’invoquera tacitement, à l’automne 1982 ("Il ne faut pas rouvrir ces vieilles blessures") lorsqu’il tentera de s’opposer à la demande d’extradition de Klaus Barbie réclamée par Claude Cheysson (source : La main droite de Dieu). L’union nationale aura également bon dos à l’occasion des mesures dites de "rigueur" et d’ "austérité" des années 1980.

Un autre exemple : l’affaire du Rainbow Warrior, où "droite" et "gauche" seront solidaires jusqu’à la condamnation du comportement de la France par l’arbitrage international du 30 avril 1990. Plus les retombées des essais nucléaires, Tchernobyl, l’amiante... Ou les plates-formes "transversales" que fournissent les divers cercles d’influence rassemblant "droite", "gauche", financiers, PDG, patrons de la presse... Et globalement, dans l’histoire législative de la France depuis 1984 environ, les lois récentes de gouvernements précédents ont rarement été désavouées par un gouvernement en fonction du "bord politique opposé". Une véritable politique d’ "union nationale" de fait, avec un seul exclu : la grande majorité des Français. Et c’est parce que ces derniers rejettent de plus en plus clairement une telle union des "élites" à leur détriment, qu’il y a à présent un "réel problème", vu par les "gestionnaires" du pays.

Que va-t-il donc se passer, après les élections de 2007 ? La potion est déjà prête. Sur la fiole, le prospectus, l’emballage... on discute. Mais la balle ne reste-t-elle pas, pour une fois, dans le camp des citoyens ?


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24 réactions à cet article    


  • jeantho (---.---.23.86) 31 août 2006 10:53

    On pourrait aussi intituler cet article : « Du mauvais usage de l’union nationale ».

    Dans les années 1940, l’union nationale se justifiait par la nécessité de combattre le nazisme d’abord et, ensuite, de reconstruire une état indépendant des puissances US et britannique. Mais cette politique au départ légitime a vite été détournée de ses objectifs et vidée de son contenu.

    A présent, on ne voit pas quelle « union nationale » il pourrait y avoir entre la grande majorité des Français qui se retrouvent de plus en plus dans la précarité et la détresse, et la minorité qui fait d’excellents bénéfices en entreprise ou en Bourse, ou qui accède à un nombre croissant d’avantages en tant que « gestionnaire ».


    • Voltaire (---.---.65.37) 31 août 2006 10:58

      Que de contre-vérités ou de caricatures dans ce texte ! Si effectivement un gouvernement d’union nationale ne peut s’imaginer qu’en cas de crise majeure (en est-on là en ce moment, le débat est ouvert mais je n’irai pas jusque là), ce que préconisent un certain nombre de responsables, François Bayrou en tête, est bien de dépasser les clivages partisants sur un certains nombre de sujets prioritaires afin de pouvoir agir, en invitant au dialogue l’ensemble des acteurs concernés (syndicats, associations, citoyens et responsables politiques) pour définir des solutions, quitte à trancher par référendum si besoin.

      Cela me semble bien éloigné des divers épisodes que vous relatez, et n’ont rien d’union nationale mais illustrent plutôt le cynisme ordinaire pratiqué par nos anciens responsables.

      Quant au discours de De Gaulle, il faut bien sûr le replacer dans son contexte historique ; à l’occasion de la libération de Paris, il n’allait pas faire un discours de 4 heures sur l’ensemble des causes et problèmes liés à la guerre ou sur la démocratie ! l’urgence était de remobiliser et d’unir le peuple français de façon à montrer aux alliés que la France pouvait parler d’une seule voix et retrouver sa place parmis les grandes nations tout en evitant les réglements de comptes aveugles qui commençaient.


      • CP (---.---.163.250) 31 août 2006 11:25

        Je ne sais pas si vous connaissez la biographie et l’oeuvre de Voltaire, qui était franchement antisémite, détenait des actions dans une compagnie esclavagiste et disait que le « bas peuple » n’a pas à se mêler de politique...

        Mais, pour ce qui est de François Bayrou, je rappelle (source : Wikipédia) :

        "En 1993, après la victoire du centre-droite, il est nommé ministre de l’Éducation nationale dans le gouvernement de cohabitation d’Édouard Balladur. Bien qu’il ait soutenu Édouard Balladur lors de l’élection présidentielle de 1995, et qu’il se soit opposé au projet de référendum sur l’éducation proposé par le candidat Jacques Chirac, il obtient dans le premier gouvernement d’Alain Juppé un portefeuille élargi à l’enseignement supérieur, à la recherche et à la formation professionnelle. Il perd cette dernière attribution dans le deuxième gouvernement Juppé...

        il se lance en 2002 dans la campagne présidentielle et arrive, malgré des débuts difficiles, notamment des sondages longtemps très faibles le créditant de moins de 5%, en quatrième position, avec 6,84% des voix, devant Jean-Pierre Chevènement du Pôle Républicain et Arlette Laguiller de Lutte Ouvrière auxquels les sondages attribuaient le rôle de « troisième homme » du scrutin. Mais, de nombreux élus et cadres de l’UDF refusent de le suivre dans cette aventure, qui à leurs yeux nuit à l’unité de la droite. Ainsi, lorsque Jacques Chirac et Alain Juppé lancent l’Union pour la majorité présidentielle après le premier tour des élections législatives, ce sont plus de la moitié des Parlementaires UDF qui choisissent de quitter le mouvement. L’UDF ne compte plus que 30 députés, durant la XIIème législature (2002-2007)).

        Affirmant son opposition à l’UMP et désireux de mieux faire entendre sa voix, François Bayrou démissionne de son poste de Député européen pour pouvoir revenir à l’Assemblée Nationale où il est élu lors des élections législatives de mai 2002..."

        (fin de citation)

        Autrement dit, Bayrou a été un gentil ministre de droite et ensuite a montré « trop d’ambitions présidentielles », raison pour laquelle Chirac lui a fait éclater en morceaux son UMP. Depuis cette date, il joue à l’ « opposition » et au « centre qui rassemble ». C’est une autre version de l’union nationale, si on va au fond des choses. Avec le « centre raisonnable qui arbitre ».

        Ces jours-ci, il se faisait de belles photos avec Mme. Parisot, et demain il ira serrer la pince aux dirigeants de la CGT, et après-demain...


      • Antoine (---.---.25.164) 31 août 2006 11:40

        « Chirac lui a fait éclater en morceaux son UMP »

        Vous voulez dire son UDF ! Que voulez-vous, le « jeune homme » avait les dents trop longues pour le goût de la chiraquie.

        Le « centrisme » s’explique précisément du fait qu’il n’était pas de la « famille » des proches du Chi, il fallait donc qu’il se trouve un autre créneau.

        Pour le reste... Bayrou a fait partie des invités du Siècle pour la première fois en 1993. C’est un autre vendeur de la « politique unique ».


      • Voltaire (---.---.192.14) 31 août 2006 11:44

        @CP

        Je ne vois pas le rapport entre les actions de Voltaire et ce commentaire, vous m’expliquerez... Voltaire était un philosophe dont certaines idées sont, me semblent-il, toujours d’actualité ; quant à sa conduite personnelle, elle est bien sûr influencée par son temps et sans doute pas toute blanche, mais il ne s’est pas moins démarqué à bien des égards de sa société contemporaine.

        Quant à Bayrou, mon propos n’était pas d’en faire une éloge particulière mais de revenir sur son projet de rupture actuelle. Nul doute que celui-ci est aussi lié à des considérations politiques, mais il n’en demeure pas moins un homme qui a du fonds dans ses propositions, et plus de courage politique que beaucoups.

        Votre remarque sur sa participation à l’université d’été du MEDEF illustre un sectarisme qu’il s’efforce de combattre avec d’autres responsables : l’autre est forcemment l’ennemi, et je refuse de lui parler parce qu’il à tort, quoi qu’il dise... Avec ce genre de raisonnement, vive l’immobilisme ! Je trouve au contraire utile et nécessaire qu’un reponsable politique parle aussi bien au MEDEF qu’à la CGT ; chacun défend les intérêts de ses adhérents mais expose aussi des problématiques réelles qu’ils revient au politique d’analyser avant de proposer des lois pour l’intérêt général.


      • Mizo (---.---.84.138) 31 août 2006 11:53

        « à l’occasion de la libération de Paris, il n’allait pas faire un discours de 4 heures sur l’ensemble des causes et problèmes... »

        De Gaulle savait très bien qu’il y avait eu plein de déportations, et ce dont le régime nazi était capable. Ce n’était pas un « détail ».


      • Antoine (---.---.27.123) 31 août 2006 21:36

        « Voltaire était un philosophe dont certaines idées sont, me semblent-il, toujours d’actualité »

        Voltaire était l’un des maîtres à penser de la franc-maçonnerie de l’époque, un milieu où se rencontraient aristos éclairés et bourgeois riches, qui était tous des protestants et des catholiques « avancés ». Les juifs ont été empêchés d’en faire partie jusqu’à la révolution française.

        Comme il y a eu aux Etats-Unis (un pays très largement gouverné par la franc-maçonnerie protestante) des « quotas de juifs » dans les universités huppées avant la deuxième guerre mondiale.

        L’antisémitisme de Voltaire ne fut donc pas une question de comportement personnel, il refletait bien le milieu qu’il fréquentait.

        Il en est de même de son mépris du « bas peuple ». Qu’est-ce que les grands aristos et bourgeois avaient à cirer du peuple au XVIII siècle ?


      • Antoine (---.---.27.123) 31 août 2006 21:44

        « Quant à Bayrou, mon propos n’était pas d’en faire une éloge particulière mais de revenir sur son projet de rupture actuelle. »

        Quel projet de rupture ? En 2003-2005, Bayrou était un membre notoire de la Trilatérale, et on en trouve encore des traces sur la Toile. Voir, par exemple :

        http://www.lookingglassnews.org/viewstory.php?storyid=592

        http://www.illuminati-news.com/tc-members.htm


      • Antoine (---.---.25.164) 31 août 2006 11:34

        Tous les politiques nous vendent depuis longtemps l’union nationale. Même Madelin dans son baratin appelant tous les Français à soutenir les « patrons héros, createurs d’emplois » dans une « France qui joue son avenir », etc...


        • Gil (---.---.93.79) 31 août 2006 11:57

          La première chose qu’un nouveau président déclare en arrivant ? « Je serai le président de TOUS les français ». La première chose qu’il fait ? La politique de son camps, évidemment, du clientèlisme...

          Et que fait un gouvernement l’année qui précède les élections : il prend des mesures pour tous les « oubliés » de la mandature, pour tenter de réduire le nombre des mécontents, mécontents qui se font toujours plus et mieux entendre durant les campagnes, que ceux qui n’ont eu à se plaindre de bénéficier du système en place... A l’approche des élections, on cherche toujours à « réduire des fractures » qu’on a eu de cesse d’aggraver durant la mandature : sociale, sécuritaire, etc...

          Bref, l’union nationale, à l’intérieur, n’existe pas.

          Existe-t-elle davantage vis-à-vis de l’extérieur ? On en sait pas grand chose, ceci étant la chasse gardée des présidents, qui décident d’abord, et ne portent éventuellement leurs choix qu’après, au niveau du débat national. On vient encore de le voir avec le Liban : on décide d’abord d’envoyer des troupes, puis on organisera un débat à l’Assemblée Nationale ensuite. Les français en étaient-ils d’accord ? Peut-être que oui, ou peut-être que non, mais on s’en fiche... c’est déjà fait.

          Unité nationale enfin dans le cadre de la politique migratoire de ces 30 dernières années, particulièrement marquée nous dit-on, par l’échec de l’intégration des immigrés non seulement primo-arrivant, mais même de seconde, voire de troisième génération ! Là encore, les gouvernants ont décidé sans consulter le peuple d’ouvrir les frontières. C’est sûr, ça ne facilite pas les choses ensuite pour faire croire que tous les français que l’on s’est bien gardé de consulter étaient d’accord !

          Et puis, il y a l’Europe et la mondialisation dont on nous dit qu’elles sont plus fortes que l’état-nation, et qu’on ne pourrait rien là-contre, que ce sera bien pour tout le monde quand ce n’est bien que pour quelques-uns...

          Mais la Présidentielle, c’est l’élection « nationale » par excellence, et il faut donc retrouver ce qui sera le temps de se faire élire, le ciment de l’unité « nationale ». Pas facile quand le reste du temps, on disperse aux quatres vents, les divers éléments qui la composent. D’élection en élection, il faut trouver un ciment toujours plus élastique et toujours plus prompt, ciment qui devra se désagrèger au lendemain même de l’élection. Ca devient toujours plus compliqué pour le maçon on dirait...

          Avant que de recréer, même fantasmatiquement, l’Union Nationale, il faudrait déjà oeuvrer à redonner une cohérence à la nation... dans les faits !


          • Mizo (---.---.84.138) 31 août 2006 11:59

            Ce qui a changé entre 1944 et maintenant, c’est qu’à l’époque l’union nationale signfiait le rassemblement de composantes politiquement vraiement divergentes, voire antagonistes. Il y avait là un véritable effort d’union.

            A présent, avec la pensée unique et les « élites » inamovibles, on fait la même chose tout naturellement et sans effort car les antagonismes politiques de fond ont cessé d’exister entre les « grands partis ». Il ne reste plus, dans le panorama politique dominant, que des questions de chapelle et de carrière à régler. A la limite, de tactique.


            • Gwendal JL (---.---.73.200) 10 janvier 2007 14:02

              Bien vu,MIZO. Avez-vous lu sur Agoravox, l’article intitulé changer la donne ?

              http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=17542

              Je vous invite à y lire également mon commentaire : par Gwendal L (IP:xxx.x9.73.200) le 10 janvier 2007 à 12H10 smiley


            • (---.---.66.192) 31 août 2006 12:31

              Pour le jugement rendu sur l’affaire Lipietz, voir le site du TA de Toulouse :

              http://www.ta-toulouse.juradm.fr/ta/toulouse/index_ta_ac.shtml


              • Ingrid (---.---.66.192) 31 août 2006 12:34

                Il me semble que la question est : pourquoi cette affaire n’a-t-elle pas été réglée à la Libération, comme d’ailleurs bien d’autres ?

                Même si l’Etat français évitait de reconnaître une quelconque responsabilité pour la période de Pétain, il pouvait appliquer le principe de subsidiarité et réparer à ce titre ce type de préjudice, faute d’autre partie institutionnelle pouvant le faire.


              • jeantho (---.---.3.181) 31 août 2006 12:50

                C’est, justement, toute l’ambiguïté de l’usage qui a été fait de l’union nationale. Lire aussi « La main droite de Dieu » que cite l’auteur.


              • C.D.MAB (---.---.100.19) 31 août 2006 12:45

                Permettez-moi de vous dire mon point de vue sur le sujet que vous abordez.

                Il est des circonstances et des hommes qui en se croisant (le hasard !) donnent un résultat étonnant : De Gaulle. Comment, en 5 ans, passer de l’inaudible à la gloire, sans croire un peu être un roi de droit divin ? Fort de cette légitimité historique, quand il revient aux affaires, porté par des putschistes qu’il méprisait, il se sent à nouveau roi des français. Je suis certain qu’il aurait voulu que Mendès prenne la tête du gouvernement, mais l’autre n’a pas voulu par principe et il a peut être fait une erreur historique.

                Tout cela pour dire, à temps héroïques, alliances nationales inhabituelles.

                Pour les temps ordinaires, je veux dire sans guerres, la situation est tout autre. Il y a des gens pour qui la situation qui est faite à beaucoup n’est pas jugée acceptable et qui veulent la modifier. Il y en a d’autres qui pensent qui faut laisser faire et que chacun doit sauver sa peau. Les premiers sont à gauche, les seconds sont à droite.

                Chaque camp a ses contradictions, ses frontières un peu floues, ses gens raisonnables, ses fous, ses cons, ses intelligents, mais chaque camp a peu de prophètes.

                Longtemps beaucoup de gens y compris à gauche, ont pensé que la droite devait diriger et que la gauche devait critiquer, ça été jusqu’à la caricature, puis la gauche est venue au pouvoir, le monde ne s’est pas écroulé et la droite, un peu sonnée, a vite su être critique.

                Cà a été moins bien quand il a fallu cohabiter dans la confusion des rôles, ce qui me fait penser que les l’alliance gauche/droite ou droite/gauche ne peuvent pas marcher en France, même si j’ai parfois de la sympathie pour Bayrou dont les idées sont aux antipodes des miennes.


                • (---.---.3.181) 31 août 2006 12:48

                  Incontestablement, on a abusé dans l’après-guerre des appels ouverts ou tacites à des formes d’union nationale.

                  D’ailleurs, on a fait en son nom des guerres coloniales qui n’ont rien apporté. Mieux aurait valu décoloniser dès la Libération, mais même Thorez ne voulait pas en entendre parler.


                • Ingrid (---.---.65.84) 31 août 2006 13:08

                  A propos des déclarations de Ségolène Royal, une chose est certaine : c’est beaucoup plus facile de demander des « sacrifices raisonnés » à un syndicalisme fonctionnant comme celui de la Suède. En France, il y a trop d’empêcheurs de tourner en rond que les politiques aimeraient pouvoir isoler ou « diluer ».

                  Un « bon » monopole syndical social-démocrate ferait l’affaire de patrons et « gestionnaires ».


                  • (---.---.179.13) 31 août 2006 13:28

                    L’idée comme quoi « au lieu de se chamailler, il faut qu’ils se mettent tous ensemble » est très répandue, et on la voit passer dans les sondages. Tous ensemble, avec un « centre » à la Bayrou pour faire la part des choses, quoi...

                    Une belle arnaque, car en réalité ces gens se rencontrent et se concertent, et font tous pour l’essentiel la même politique qui est celle que souhaitent les banques et les multinationales.


                    • Monique (---.---.50.232) 31 août 2006 15:28

                      C’est le discours : « un tel est bon pour telle chose, tel autre est bon pour telle autre, mettons-les ensemble »... C’est un baratin de récupération particulièrement dangereux.

                      D’ailleurs, le soir du deuxième tour des législatives de 1986, Jacques Séguéla avait lancé cette proposition à la télé pour voir si le PS pouvait rester au gouvernement. Peu après, Chirac a proposé la cohabitation de Mitterrand avec un gouvernement formé par lui. Dans les vingt ans qui ont suivi, on a bien vu que les uns « valent » les autres".


                    • www.jean-brice.fr (---.---.110.53) 31 août 2006 19:40

                      C’est bien beau de proner l’UNION NATIONALE, mais dans l’état actuel de la Constitution, c’est IMPOSSIBLE. Pourquoi ? parce que M. Giscard d’estaing, par sa loi du 18/6/76 a redonné le pouvoir aux PARTIS ! Pour en savoir plus, allez sur www.jean-brice.fr


                      • Mizo (---.---.87.27) 1er septembre 2006 10:40

                        A l’Université d’été des jeunes de l’UDF, Rocard et Barnier sont invités. En même temps, dans Aujourd’hui en France du 31 août, Marielle de Sarnez s’en prend à la « pensée unique »... Pardon, mais comme ça a été rappelé plus haut, François Bayrou, qui a été un grad défenseur du OUI à la Consitution Européenne avec l’UMP et le PS, ne s’est pas privé de fréquenter des cercles comme le Siècle et la Trilatérale.

                        Que propose Bayrou ? Lui, président, et un gouvernement « de centre » où participeraient des ministres des actuelles « gauche » et « droite », des notions d’après lui dépassées et qui doivent céder la place à ce « centre » qu’il présente comme une grande trouvaille. Ce n’est qu’une version très classique, et vieillotte, des apparences que peut prendre l’ « union nationale » des « élites ».


                        • Niveleur (---.---.112.184) 1er septembre 2006 12:31

                          Outre ses appartenances au Siècle et à la Trilatérale, Bayrou « oublie » qu’il a été ministre avec Balladur d’abord, Juppé ensuite.

                          Etant ministre, il s’est caractérisé par une gestion particulièrement opportuniste et carrièriste, soutenant systématiquement les hiérarchies et les lobbys professionnels influents. C’est donc normal qu’il soit devenu copain avec les apparatchiks du PS qui étaient très influents dans les administrations au moment de son arrivée.

                          Lors qu’il était au gouvernement, Bayrou n’a jamais résolu un seul problème épineux, et surtout pas au bénéfice des plus faibles. Il se rangeait toujours du côté du plus fort.

                          La belle « rupture » qu’il nous prépare...


                        • (---.---.117.239) 3 septembre 2006 21:24

                          Maintenant, chez Bayrou, c’est le gouvernement d’entente nationale... Innovant comme tout.

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