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Centres d’examens de santé : check-up dans le ketchup

Le bilan de santé est un droit inscrit généreusement dans le code de la Sécurité Sociale depuis ses ordonnances fondatrices de 1945. Héritage emblématique de l’assurance « sociale » (rebaptisée « solidaire » selon la sémantique « politiquement correcte » d’aujourd’hui), le check-up proposé, entièrement gratis, par l’assurance maladie était offert tous les 5 ans jusqu’à 60 ans (au-delà de cet âge -canonique pour l’époque- la prévention était considérée comme inutile).
Depuis toujours, les centres d’examens de santé, chasse gardée des caisses d’assurance maladie, créés dans l’euphorie de 1945, ont fait l’objet d’assauts répétés des pouvoirs publics.

La raison ? « Après plus d’un demi-siècle d’existence, les centres d’examens de santé peinent à convaincre de leur utilité », c’est en tout cas ce qu’affirme sans ménagement la Cour des Comptes dans son rapport annuel de 2009 sur la sécurité sociale.
 
Les examens de santé, urgence de l’après guerre, devaient répondre aux priorités sanitaires de l’époque : tuberculose, syphilis, maladies carentielles de toutes sortes ou au contraire, comme le disait Coluche, les maladies alcooliques dues au mauvais pinard de la victoire. Ajoutons aussi, comme le souligne Pascal Gilbert médecin rédacteur d’un brûlot sur « les mensonges de la médecine », un contexte sous-médicalisé et un recours aux soins infinitésimal.Or, malgré les efforts d’homogénéisation des bilans médicaux par Jean Marty, patron du service médical de la CNAMTS dans les années 80, aujourd’hui disparu, pour justifier l’existence des centres en leur confiant un pseudo rôle d’observatoire de l’épidémiologie française, la CNAMTS laisse fleurir les centres d’examens de santé alors que tout le monde sait qu’ils ne servent plus à rien. Rien !… Sauf à rassurer 600 000 privilégiés annuels dont la grande majorité (c’est ce que disent plusieurs études sérieuses) sont en dehors de la cible. À 222 euros le bilan en moyenne, l’hypocondrie coûte cher !

Quelle cible ? Il fallait bien en trouver une, on détourne bien le Yang Tsé ! Sans toucher à la sacrosainte liberté de 1945, un arrêté du 20 juillet 1992, adopté donc par un gouvernement de gauche, oblige les centres à donner la priorité aux populations « précaires ».

Et voilà les centres d’examens de santé requinqués dans leur irrésistible capacité de reproduction : 21 centres en 1970, 67 en 1990, 89 au 1er janvier 2009, malgré les coups de semonce de la Cour en 1999 et de l’IGAS en 2003.Tout le monde s’interroge sur la raison de cette mansuétude exceptionnelle dont bénéficient les centres d’examens de santé et de la relative inertie du patron de la CNAMTS, lui que l’on sait pourtant si prompt à « tailler dans le gras » lorsqu’il s’agit d’économies. Avec plus de 1 500 emplois équivalents temps-plein (dont 350 médecins) et un budget de plus de 125 millions d’euros, le « club » des centres d’examens de santé constitue la dernière réserve Force Ouvrière de l’assurance maladie. Choyée pendant près de 30 ans par Maurice Derlin le sphinx de l’assurance maladie, cette principauté bénéficie de ses maîtres à penser : Bruno Fantino, remarquable économiste mais lui-même directeur du centre de Lyon, et Gérard Ropert, son complice, actuellement patron de la caisse régionale d’Ile de France mais pendant très longtemps Lyonnais lui aussi. Elle s’appuie sur son propre lobbying : l’ANPS, association qui regroupe 7 centres d’examens de santé essentiellement implantés dans le Nord de la France. Et, curiosité juridique assez cocasse, la CNAMTS a créé en 1994 une association loi 1901, le CETAF (centre technique d’appui et de formation des centres d’examens de santé) pour piloter la transformation des centres (ne cherchez pas sur Internet, le site est indisponible depuis 2006) et dont les résultats, 16 ans après, sont loin de convaincre quiconque à la Cour des Comptes.

Caractéristique du CETAF, il est implanté à Saint-Etienne, ville de rattachement de Alain Poulet, secrétaire général du SNFOCOS (syndicat national force ouvrière des cadres des organismes sociaux -respirez- soufflez) qui a rencontré le 14 janvier le directeur de la CNAMTS pour évoquer, bien sûr, les conclusions… de la Cour des Comptes.

Dans l’éditorial du 5 février 2010 du site de ce syndicat, les missions d’éducation thérapeutique imposées aux centres seraient génératrices de pertes considérables de productivité. « L’inclusion de 10 diabétiques dans le programme d’éducation thérapeutique conduit à la suppression d’au moins 300 bilans » affirme le syndicat.
Entre 300 bilans dont l’efficience n’est pas prouvée et 10 diabétiques dont la capacité d’écoute pour les messages venant de l’assurance maladie n’a pour l’instant pas été démontrée, les centres d’examens de santé restent des proies faciles pour les limiers de la rue Cambon. À quand un sursaut salvateur de la CNAMTS pour réorienter ces structures en pôles véritablement stratégiques de l’assurance maladie ?
En attendant, les centres d’examens de santé des caisses sont dans un drôle de ketchup…

Rémy Fromentin et Jean Pol Durand


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