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Chirac, les raisons de l’éternel retour

A soixante-quatorze ans, l’actuel président n’a, a priori, aucune chance d’emporter un troisième mandat. Pourtant, ses efforts pour crédibiliser une éventuelle candidature ne sont pas forcément signes d’un aveuglement pathétique. Affaires, désir de revanche contre Sarkozy ou baroud d’honneur, une éventuelle candidature pourrait lui permettre d’être du côté gagnant.

Jacques Chirac a investi l’année médiatique en fanfare. D’aucuns s’interrogent sur le sens politique de ce qui, au crépuscule attendu d’une vie publique bien chargée, ressemble a priori à un baroud d’honneur. Certains, interloqués, commencent à s’interroger à haute voix sur la possibilité d’une nouvelle candidature, au rang desquels Jean-Marie Le Pen, et Yves Michaud dans Libération. Si de tels discours, tant de la part de l’extrême droite que d’un journal de gauche comme Libération, ne sont sûrement pas dénués d’arrière-pensée - ils fragilisent la candidature du président de l’UMP - force est de reconnaître que l’activisme actuel du président contraste fortement avec cinq années de retraite à l’Élysée. Marathon des vœux en forme de programme électoral, projet de loi en catastrophe sur le droit au logement opposable, conférences internationales sur le Liban puis sur l’environnement, révision de la constitution avant la fin de la session parlementaire et même la toute récente déclaration de son meilleur grognard, Jean-Louis Debré, qui ne votera pas pour Sarkozy à la primaire de l’UMP ; Chirac semble vouloir désespérément prouver qu’il n’est pas encore mort. Personne ne croit encore pourtant à une nouvelle candidature, et ceci pour un certain nombre de bonnes raisons, bien récapitulées dans l’article de Antoine Guiral toujours dans Libération.

 

Quelles pourraient bien être les motivations d’une nouvelle candidature ? En premier lieu, un argument bien trivial : en choisissant de tenir sa promesse d’une réforme du statut pénal du chef de l’Etat, Chirac a pris le risque de démêlés avec la Justice. Dès lors, il lui est nécessaire de garantir son immunité d’une manière ou d’une autre. Pour Chirac, peser dans la campagne peut signifier appuyer implicitement ou explicitement l’un ou l’autre des finalistes annoncés, pour faire le roi (ou la reine) du scrutin. Bien qu’il ne s’avère nullement en position de l’emporter, par manque de popularité, les miettes de son aura médiatique pourraient être suffisantes pour faire pencher la balance. (75% d’insatisfaits, cela fait tout de même 25% de satisfaits). Deuxièmement, Jacques Chirac ne semble pas avoir digéré la prise de pouvoir, au sein de l’UMP, de Nicolas Sarkozy, qui l’a trahi en 1995. En proclamant la rupture, ce dernier a, de fait, rangé Jacques Chirac dans le placard des inadaptés au monde moderne, des has been. L’orgueil bien meurtri du Président, surtout après le référendum raté, pourrait l’inciter à un nouveau duel fratricide, après celui de 1981, révélé récemment. Une dernière campagne pourrait s’avérer la dernière occasion de laver l’impopularité de son deuxième mandat et de prendre la place qu’il convoite dans l’histoire. Enfin, comme troisième argument, nous pourrions avancer les convictions. Chirac est vu de l’étranger comme un homme de gauche. Il ne cesse lui-même de prêcher l’unité de la République et s’est fait élire en 1995 par un discours destiné aux couches populaires. La manière dont Nicolas Sarkozy assume le discours libéral semble l’agacer, lui qui a conquis sa place dans le monde politique en disant une chose et en faisant son contraire. Même si Jacques Chirac est sans conteste un homme de droite sur le terrain, il lui plaît cependant de penser qu’il est le meilleur garant de la cohésion nationale, par sa capacité à enthousiasmer également la France d’en bas. Qu’aurait en outre à perdre Chirac en s’engageant dans une nouvelle candidature ? A part le ridicule, peu de choses. Or après une dissolution ratée, une réélection face à l’extrême droite, la prise de son parti par Nicolas Sarkozy et un référendum raté, Jacques Chirac n’a plus grand-chose à perdre de ce côté.

Ces motivations peuvent-elles suffire à transformer sa candidature en une menace crédible ?

Jacques Chirac dispose de quelques atouts indéniables. En premier lieu, son bilan, qui pourrait passer comme convenable s’il était bien défendu : baisse du chômage, et tentatives de réforme sur les retraites et la santé. Chirac a défendu la place de la France sur la scène internationale : Irak, Unitaid. Enfin, quelques avancées emblématiques sur la sécurité routière, les handicapés ou la lutte contre le tabagisme. Deuxièmement, Chirac a, contrairement à son habitude, tenu certaines de ses promesses : baisses d’impôts, statut de la Nouvelle-Calédonie, réforme du statut pénal du chef de l’Etat, réformes des retraites. La politique de ses gouvernements a bien entendu contribué à accroître la fracture sociale, mais contrairement au contexte de 1995, l’épisode du 21 avril lui a permis de ne pas avancer beaucoup de promesses dans ce domaine. Troisièmement, Jacques Chirac pourrait plus facilement retrouver une place sur l’échiquier politique. Contrairement à ce que nous serinent les médias, la grande quantité de candidats déclarés pourrait avoir un effet inattendu sur la présence des petits partis à l’élection présidentielle. Lorsque dix candidats se partagent les paraphes de cinq mille maires non affiliés, il peut y avoir effectivement jusqu’à dix candidats sélectionnés. Arriverait-il un onzième larron, aussi motivé que les autres, tous nos petits candidats pourraient se retrouver avec moins de cinq cents signatures. Finalement, la prolifération des petits candidats pourrait conduire à réduire très fortement le nombre de candidats effectivement sélectionnés. Ce mécanisme, si on y ajoute les consignes des partis de gouvernement soucieux de ne pas revivre le 21 avril, peut expliquer les difficultés affichées que rencontrent nombre de candidats pour obtenir les signatures nécessaires. Dans le cas, pas si improbable, où Jean-Marie Le Pen ne bénéficierait pas d’un soutien suffisant, Jacques Chirac aurait alors toute légitimité pour rendre sa candidature crédible. Décomplexés, les électeurs de droite et de gauche pourraient vite oublier leurs résolutions de vote utile, et le soutien de Chirac serait alors indispensable à ceux qui espèrent passer le second tour. Un engagement tardif du Président dans la campagne ne serait peut-être alors pas si désavantageux que cela pour lui. Quatrièmement, l’improbabilité de sa candidature, son côté abracadabrantesque recèlent, comme tout événement imprévu, un potentiel médiatique énorme. Il suffirait ainsi à Chirac de faire preuve d’un peu d’activisme pour occulter facilement les favoris actuels des sondages. Jacques Chirac l’a sans doute bien compris, qui a choisi, pour faire sa sortie, le moment de l’élection de Nicolas Sarkozy à l’UMP. Il se place donc dans la lumière des projecteurs au moment même où Sarkozy aurait pu espérer asseoir une bonne fois pour toute sa position de leader incontesté de la droite. Enfin, le duel que nous annoncent les médias entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy sera vraisemblablement très serré. Il suffira donc de peu pour faire pencher la balance. Pour garantir sa sortie, Chirac a donc probablement fort intérêt à jouer sa dernière carte : tout faire pour rendre sa candidature crédible. En devenant le faiseur de roi (ou de reine), il pourrait alors tout à la fois assurer ses arrières et montrer à tous qu’il ne fut pas un président si tragique.

par Norader (son site) mardi 9 janvier 2007 - 97 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par agosin (xxx.xxx.xxx.146) 9 janvier 2007 14:43

    Votre intervention est fort intéressante et exhaustive. Je suis en désaccord avec vous quant au "bilan défendable" dodécagone de JC dont vous êtes la meilleure preuve d’échec, sinon on ne comprend pas comment, avec votre doctorat et la qualité de votre plume, vous êtes à la recherche d’un emploi... Le fait que le chômage ait légèrement baissé ces derniers mois en France, ne doit rien à JC ou à Villepin mais bien à la conjoncture internationale très favorable. Les pays anglo-saxons naviguent autour de 5 % et la Suisse à 3 % quant à l’Allemagne, elle enregistre une amélioration au moins aussi marquée que celle de la France.

    Le bronzage, les effets de manche récents et les promesses à l’emporte-pièce du vieux roublard n’y changeront rien et son attitude pourrait se retourner contre lui si Sarkozy réussit son pari audacieux. Ceux qui l’ont déjà rallié ne s’y sont pas trompés et les hésitants ou hostiles tels Villepin ou Debré, auront probablement a en pâtir dans l’avenir. Je crois que dans l’hypothèse d’un deuxième tour Royal/Le Pen, les électeurs dits "libéraux" ne choisiraient pas Royal et que le scenario du pire d’une victoire de Le Pen serait pour Chirac, le bouquet final d’une carrière politique longue mais terriblement médiocre.

  • Par Didier35 (xxx.xxx.xxx.108) 9 janvier 2007 15:13

    M Chirac a fait perdre M Giscard au profit de M Mitterrand en 1981 pourquoi n’en ferait-il pas autant avec M Sarkozy au profit de Mme Royal en 2007 ? Il a en plus une excellente raison de le faire : la trahison de M Sarkozy au profit de M Balladur en 1995 ! Mais qui s’en souviens, pas les journalistes à priori

  • Par Carmen (xxx.xxx.xxx.216) 9 janvier 2007 16:33

    Mitterrand et Chirac ont conduit la République vers une situation de véritable HONTE. Quant à savoir lequel des deux a été pire...

  • Par (xxx.xxx.xxx.143) 9 janvier 2007 15:15

    Chirac avait déjà fait perdre Chaban au profit de Giscard en 1874 ...

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