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Cinq ans pour convaincre - Chronique citoyenne n°5 – Crédibilité du quinquennat en jeu

Monsieur le Président, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres,

A travers votre projet de taxation des hauts revenus, c’est à mon sens la crédibilité du quinquennat « Hollande » qui est en jeu. Je m’explique. Aujourd’hui, le monde vit au rythme de l’économie : tout est ramené, jugé, pensé, décidé à l’aune de l’économie. Comme le dit Jean-Pierre Dupuy[1] « le politique est à genoux devant l'économique ». Et c’est bien là que réside, à mon sens, le problème, le mal profond qui nous ronge ! Toute la question est maintenant de savoir si vous aurez le courage de redonner au Politique le sens et le rôle qui lui reviennent. Deux qu’il mérite, à savoir dans notre perspective transcender l’économie.

Le Politique ne doit pas être subordonné à l’Economie, mais c’est bien l’Economie qui doit être subordonnée au Politique. Il en va de notre survie.

Les récents événements nous ont montré que l’Economie, livrée à elle seule, pouvait mener à la déraison et à de profonds déséquilibres financiers, sociaux et collectifs. Cette subordination de l’Economie n’est pas un mal, c’est la condition même de son existence et de sa pérennité.

Pour en revenir à la taxation sur les hauts salaires, différentes questions méritent d’être posées et il serait utile, voire salvateur, d’ouvrir un grand débat national.

  • Nous acceptons volontiers qu’il existe un salaire minimum, dans la mesure où nous reconnaissons qu’en-deçà d’un salaire « minimum », un seuil déraisonnable est franchi. Ce seuil n’est pas figé, fixe, mais évolue au rythme de la société. Pourquoi dès lors ne pas reconnaître qu’au-delà d’un autre seuil, le salaire devient déraisonnable, absurde ? Pourquoi ne pas créer un salaire maximum ? On connaissait le salaire de misère, le salaire de la peur, pourquoi ne pas créer le salaire de raison ? Est-il même aujourd’hui moral de laisser faire et de continuer à laisser faire ?
  • Lorsqu’un patron d’entreprise, un sportif de haut niveau perçoit une rémunération très élevée, l’argument souvent évoqué consiste à dire que cette personne mérite son salaire. Mais le mérite est-il infini ? A-t-on déjà mesuré ce que « rapporte » cette personne ? J’aimerais bien avoir ces évaluations et ces mesures ! On me dira que tel patron est unique, formidable, irremplaçable. D’une part, il finira bien par être remplacé, par le simple fait qu’il est mortel et, d’autre part, il faut tenir compte de l’ensemble de l’entreprise, des milliers d’anonymes qui contribuent à faire de l’entreprise un succès. Comment mesurer le mérite d’un patron, d’un sportif, de tous ceux qui perçoivent des rémunérations dépassant l’entendement ? Cette logique a-t-elle-même un sens ? Souhaitons-nous collectivement entrer dans de telles mécaniques de mesure ?
  • Quand j’achète un produit fabriqué en Chine, le prix que je paie n’intègre pas tout ce que la théorie économique voudrait bien qu’il intègre. Il n’intègre pas la pollution de la planète liée soit au mode de production, soit au transport. Il n’intègre pas les impacts sur l’emploi français…. Quand un patron, un sportif perçoit un salaire que je juge « indécent », ce salaire n’intègre pas de la même façon tout ce que l’on voudrait bien qu’il intègre. Il n’intègre pas, toutes choses égales par ailleurs, les milliers d’emplois que l’on pourrait créer en réduisant, par exemple, les plus hauts salaires des dirigeants de l’entreprise. L’argent consacré à payer des sportifs qui courent après un ballon ne pourrait-il pas servir à autre chose ? A construire des logements sociaux, à développer de nouvelles industries… Nous faire croire qu’il n’existe aucun effet indirect est illusoire, méprisant et criminel. Quels sont les effets indirects négatifs des hauts salaires ?
  • Le seul fait d’être français vous donne des droits. On peut citer entre autres l’accès au système éducatif, au système de santé… La plupart des français contribuent au fonctionnement, au renouvellement et à la survie de l’ensemble du système. Est-il raisonnable, moral, que certains français soient exonérés de toute contribution, non pas parce qu’ils n’en ont pas les moyens, mais tout simplement parce qu’ils ont décidé de ne pas participer à cet effort collectif. Il suffit de lire l’article du Figaro intitulé « Taxe à 75 % : des sociétés délocalisent déjà leurs cadres » en date du 23 juillet 2012 pour se convaincre que le mal est profond. C’est tout juste si le journal ne qualifie pas ces déserteurs de héros, considérant comme de purs idiots tous ceux qui n’ont pas la possibilité de s’extraire de l’emprise de l’impôt. Le titre est malheureux triste, et honteux. Et j’en viens à cette question centrale. Tous les français doivent-il participer à l’effort national ? Peut-on être français quand il s’agit de profiter et ne pas être français quand il s’agit de participer financièrement ? Le fait de travailler, de vivre à l’étranger est-il un argument suffisant pour ne pas payer d’impôts pour son pays ?

Je laisse aux lecteurs et au débat le soin de poursuivre et d’approfondir cette liste de questions.

Ce débat n’a jamais été ouvert. Il est pourtant fondamental. Il est temps, il est urgent et vital de l’ouvrir. Alors, Monsieur le Président, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres, allez-vous avoir ce courage que vos prédécesseurs n’ont pas eu ? Allez-vous enfin faire de la Politique ou allez-vous trahir ce mandat que le peuple vous a confié ?

Il serait un mauvais économiste celui qui ne serait qu’économiste. (citation de Friedrich von Hayek)

Rien ne tue comme un amour trahi ! (citation de Gérard Martin)

Rien ne trahit autant le caractère des gens que les choses dont ils se moquent. (citation de Johann Wolfgang von Goethe)


[1] Je renvoie le lecteur à cet excellent ouvrage de Jean-Pierre Dupuy, dont le titre est éloquent « L'Avenir de l'économie - Sortir de l'écomystification ».




par 5APC jeudi 26 juillet 2012 - 6 réactions
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