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Classe sociale ou strate sociale ? Un débat de crise

Classe sociale, strate sociale : des concepts issus de la Sociologie

La crise économique relance un débat tout à fait intéressant sur les rapports sociaux, sur les rapports entre les groupes sociaux.

Rappelons brièvement le contexte : des individus perdent leur emploi (environ 60 000 par mois en moyenne depuis un an). L’Europe devrait compter 57 millions de chômeurs en 2010, selon les prévisions de l’OCDE. Des chefs d’entreprise sont pris en otage par des salariés inquiets et on se demande si les risques d’insurrection ne sont pas réels.
Dans ce contexte,
tous les politiques « gauchisent » leur discours afin de coller à l’air du temps. Et il est un mot qui donne tout son relief au débat public : c’est celui de « strates sociales » ou « classe sociale ». Sarkozy et le gouvernement parlent volontiers de strates, de couches sociales. La gauche utilisent souvent le terme de classe sociale. Le choix du terme n’est pas anodin, il révèle une conception de la société et des rapports sociaux.

Classe sociale ou strate sociale ? Au-delà de la controverse sociologique

Le terme de strate évoque, comme en géologie, l’idée d’une superposition de couches. Les individus n’appartiendraient pas à des classes en quelque sorte coupées les unes des autres et entretenant des rapports conflictuels, mais se situeraient sur un continuum où l’on passe par degrés du plus au moins. Ce qui est en jeu, c’est la distance fluctuante entre strates
. Parler en terme de strate implique la possibilité de la mobilité sociale d’une génération à l’autre (inter-générationnelle) et au sein d’une même génération (intra-générationnelle).
Autrement dit, parler de strates renvoie à une société du bonheur social, dans laquelle la mobilité sociale est possible.
C’est une vision harmonieuse de la société, que les perdants d’aujourd’hui pourront être les gagnants de demain.

Quant un politique parle aujourd’hui de strate, c’est pour maintenir l’illusion d’une mobilité sociale, d’une démocratie sociale en vie.

Classe sociale, Marx et la lutte des classes

Le terme de classe sociale renvoie à une hiérarchisation selon un seul critère opposant une classe à une autre (possession ou non du capital ou des moyens de production chez Marx), il suppose une immobilité sociale et des conflits entre les classes, il implique aussi que chacun puisse s’identifier dans une classe et que les intérêts d’une classe soient contraires à celle d’une autre. Ce terme est connoté marxiste.
La classe sociale, concept forgé par Marx, renvoie à une conception violente du rapport social, à une société fondée sur des antagonisme, des conflits d’intérêts irréductibles.

Individualisme et lutte collective

Le second point de clivage entre la strate et la classe renvoie au conflit individu/groupe.
La gauche, quand elle parle de classe sociale, a tendance à mettre en avant le groupe, le collectif, la communauté comme symbole non seulement de la force mais aussi de la solidarité. Marx et tous les sociologues holistes (Durkheim, Mauss, ...) appuient sur le caractère transcendant du groupe par rapport à l’individu. Ce dernier ne peut être extrait des conditions dans lesquelles il évolue (chez Marx, sa place dans le rapport de production). Ainsi, pour la gauche, les politiques ont pour objectif de favoriser l’existence de la classe laborieuse.

La strate sociale renvoie, elle, à une conception sociale individualiste qui place l’individu, séparé du groupe, au coeur des politiques. La droite veut ainsi créer les conditions d’épanouissement des individus (méritocratie), et non favoriser des groupes.

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2 réactions à cet article    


  • Gary Gaignon Gary Gaignon 27 août 2009 21:55

    Un rappel nécessaire, merci bien ! Pas de doute qu’il y ait un clivage idéologique entre les notions de strates ou de classes sociales.


    • William7 28 août 2009 07:25

      Dans « L’amour et la Justice comme compétences », Luc Boltanski a montré que Marx n’était pas si holiste qu’on le dit, et que sa préoccupation de l’individu était au centre de sa pensée.

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