Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Politique > Claude Bartolone et les Banques

Claude Bartolone et les Banques

Si l’on observe les relations du département de la Seine-Saint-Denis avec les banques qui lui prêtent de l’argent, l’on voit se dessiner, derrière les paradoxes de la stratégie de communication de son président Claude Bartolone, les lignes d’un rapport de force totalement inégal, qui plus est lorsque l’Etat, de son côté, s’entête dans une stratégie de désengagement sans précédent. Entre déclarations grandiloquentes et pathétiques bandages de muscles, la politique du Conseil Général n’en reste pas moins dramatiquement marquée du sceau de la chasse à la dette publique et du recours aux financements privés.

En décembre 2009, le Conseil Général de Seine-Saint-Denis signait un accord avec la Fondation BNP-Parisbas. Cette dernière était ainsi autorisée à financer des voyages scolaires, en échange du droit d’utiliser la jeunesse du 93 à des fins de communication. Claude Bartolone n’eut alors pas de mots plus élogieux pour définir ce partenariat. Extraits1 : « Entre le Département et le groupe BNP Paribas c'est - allez, j'ose le dire sans rougir - une longue et fidèle histoire d'amour (…) notre présence ici, Baudouin Prot et moi-même, BNP Paribas et Département de la Seine-Saint-Denis, est le fruit d'un paradoxe, presque d'un non sens : à l'heure où chacun reconnait le besoin d'Ecole pour notre société, jamais la Nation ne s'est à ce point désengagée de l'éducation et jamais un groupe privé via sa Fondation ne s'est à ce point investi pour notre territoire et nos enfants (…) Notre partenariat avec BNP-Paribas, c'est l'effort financier considérable d'une belle et grande entreprise privée en direction des collèges, et c'est l'expertise d'un acteur institutionnel, le Conseil général, qui joue pleinement son rôle de passeur, de régulateur [...] voilà la formule gagnante : l'argent du privé et la vision du politique ! ».

Et de poursuivre : « Je lance aujourd'hui un appel à toutes les entreprises qui souhaitent investir dans l'avenir de la Seine-Saint-Denis. Je ne vous cache pas d'ailleurs que je réfléchis à la création d'une Fondation dédiée à la Jeunesse du département, qui serait vouée à lever des fonds auprès de grands groupes privés désireux de participer à notre aventure collective. Nous aurons sans doute d'autres occasions d'en parler... ».

On aurait pu croire que cette « histoire d’amour » fasse long feu. En effet, élu à la tête du Conseil Général en mars 2008, après 11 années de présidence communiste, M. Bartolone a mis peu de temps à se rendre compte des effets néfastes des pratiques de certains établissements bancaires à l’égard des collectivités territoriales en général et du département de la Seine-Saint-Denis en particulier. En effet, avec la crise, les taux d’intérêt des prêts concédés au Conseil Général par les banques ont explosés. Ecoutons à nouveau M. Bartolone, lorsqu’il annonçait que le Conseil Général allait porter plainte contre Dexia, Depfa et Calyon (Crédit Agricole) : "Les banques n'ont pas satisfait à l'obligation de mise en garde à laquelle elles sont tenues dans le domaine des opérations spéculatives (…) J'ai un emprunt (sic) de 10 millions d'euros avec la banque irlando-allemande Depfa, pour lequel le taux d'intérêt est calculé en fonction de la parité euro/franc suisse (…) Le taux initial, pendant trois ans, était de 1,47 % et le taux actuel est de 24,20 %, ce qui représente un surcoût de 1,5 million d'euros par an, soit presque le coût d'une crèche“. Le résultat est que la dette de la Seine-Saint-Denis s’élevait à 952,7 millions d’euros au 1er janvier 2011, et que le surcoût pour le département devrait être en moyenne de 23 à 28 millions d'euros par an jusqu'en 2036, selon M. Bartolone lui-même2. Il y a de quoi s’énerver un peu, effectivement.

Toute la stratégie de communication de Claude Bartolone consiste en fait à faire croire qu’il maîtrise a minima la situation dans ses liens avec les établissements bancaires. Cependant, il reconnaît d’un côté que le Conseil Général s’est fait rouler dans la farine par de « mauvaises banques » aux méthodes plus que douteuses. Mais de l’autre, il donne l’illusion que le partenariat avec BNP-Parisbas est le résultat d’une « histoire d’amour ». Quelle plus belle image en effet pour évoquer le consentement mutuel de deux partenaires ! Pour mémoire, rappelons que « BNP Paribas possède 189 filiales dans des paradis fiscaux, dont 22 dans les îles Caïman et 77 à Londres. BNP Parisbas fut la principale source de financement des échanges pétrole contre nourriture de l'ONU qui donneront lieu à l'affaire pétrole contre nourriture. Elle fut à ce titre citée dans le rapport Volcker, dans lequel elle fut accusée d'utiliser des sociétés écrans (sociétés offshore) pour cacher l'identité réelle des interlocuteurs du dictateur irakien Saddam Hussein dans ce trafic. Par ailleurs, la société Kensington International a porté plainte pour racket au tribunal de New York, en accusant la banque française BNP Paribas de complicité avec les dirigeants congolais pour la dissimulation des revenus pétroliers du Congo. Nommée l'affaire Gokana, cette intrigue politico-financière priverait le trésor congolais d'un tiers de ses revenus pétrolier. BNP Parisbas est citée en première position des banques finançant l'industrie nucléaire par la campagne "Banques nucléaires, non merci !". Le salaire de son dirigeant représente 137 fois le salaire médian français, ce qui ne lui permet pas l'obtention de l'agrément "entreprise solidaire" »(Wikipédia). Espérons que le « pink washing » offert par Claude Bartolone lui permettra d’accéder à cette distinction…

M. Bartolone a compris la leçon en matière d’emprunts toxiques et de taux d’intérêt qui flambent. Il lui paraît donc tout à fait naturel de faire massivement usage du Partenariat Public-Privé (PPP) pour soutenir les investissements en matière de construction de collèges dans le département. Le PPP est un mode de financement par lequel une autorité publique fait appel à des prestataires privés pour financer et gérer un équipement assurant ou contribuant au service public (Wikipédia). « Il a pour but d’optimiser les performances respectives des secteurs public et privé pour réaliser dans les meilleurs délais et conditions les projets qui présentent un caractère d’urgence ou de complexité pour la collectivité : hôpitaux, écoles, systèmes informatiques, infrastructures… » (Ministère de l’économie).

Là encore, il semble qu’il n’y ait que des avantages à travailler main dans la main avec de grandes entreprises éco-, et bientôt socio-responsables. Mais écoutons plutôt le président, le jour du vote du “plan exceptionnel d’investissement“3. Après avoir profité de l’occasion pour faire un point sur la situation en matière de dette et de taux d’intérêts (« le cauchemar des emprunts toxiques est loin d’être terminé ; il commence. »), M. Bartolone enchaîne : « Avec notre nouvelle doctrine budgétaire (…) nous redonnons ses lettres de noblesse à l’investissement. Nous chassons de nos pratiques la fuite en avant, le refus de faire des choix politiques. Nous redonnons du sens à la parole politique, à la promesse politique ». On doit reconnaître à Claude Bartolone un certain talent pour faire passer la pilule, et transformer une décision prise sous la contrainte en un choix politique assumé et prometteur. Il poursuit : « Les 703 millions de coût total se divisent en 380 millions en maîtrise d’ouvrage directe du conseil général, et 323 millions en contrat de partenariat (…) Certains, absents aujourd’hui, jouent les effarouchés en disant craindre "l’entrée du privé dans l’éducation". Je veux leur dire fermement ma conviction : faire entrer le privé dans l’école de la République, c’est accepter que l’état de délabrement de nos collèges pousse nos enfants dans les bras de l’école privée (…) Au lendemain de la critique, il y a les naïfs, ceux qui attendent le grand soir. Et il y a les pragmatiques, ceux qui veulent à la fois résister et agir pour obtenir des résultats. Le Plan Exceptionnel d’Investissement, c’est un projet anti-naïf. C’est une manière de dire "l’éducation tout de suite" et "l’éducation à tout prix" ». La formule a de quoi heurter mais elle résume assez bien la situation…

Même si M. Bartolone a beau jeu de dénoncer ses prédécesseurs communistes qui n’avaient pas hésité en leur temps à recourir à ce mode de financement (« Dois-je rappeler que Jean-Jacques Karman a voté le recours au PPP pour la construction de l’école Paul Doumer à Aubervilliers, par délibérations du 17 décembre 2008 et du 28 mai 2009 ? »), il semble être assez zélé en la matière, et peu enclin à tirer les leçons du passé. En effet, comme le rappelait Rémi Daviau dans une Lettre d’information d’Attac4, « le 29 avril 2008, le Tribunal administratif d’Orléans a annulé le contrat signé par le Conseil général du Loiret avec un groupe privé, constitué par Vinci et le Crédit Agricole, pour la construction et l’exploitation sur dix ans du collège de Villemandeur (ouvert en septembre 2007). Ce premier contrat de Partenariat Public-Privé signé en France pour un établissement scolaire était justifié par le Conseil général en raison du caractère d’urgence qui présidait à sa construction ; celui-là même qui a été dénié par le jugement. »

De plus, la présidence du Conseil Général ne semble au final pas être particulièrement fier des collèges au rabais que promet le PPP. Pour preuve, la situation du collège Jean Moulin, à Aubervilliers. La reconstruction de celui-ci était tout d’abord prévue en Maitrise d’Œuvre Publique. Une concertation avait été menée avec les personnels du collège et les parents pour parvenir à un document qui définissait les besoins en matière de salles et de surfaces. Mais patatra ! Le Conseil Général a pris récemment la décision de basculer le projet en PPP. Résultat : pas moins de dix salles supprimées, et plus aucune concertation possible. Et il ne semble pas que M. Hanotin, vice-président du CG en charge de l’éducation et de la jeunesse, ait été particulièrement motivé pour venir expliquer ces changements aux personnels du collège et aux parents d’élèves, quelques peu choqués par ce brusque revirement de situation5.

 En son temps, le cas du collège Villemandeur avait amener à fédérer des groupes de citoyens divers dans une lutte commune, comme le rappelle encore Rémi Daviau : « en témoignent d’ailleurs, pour notre cas local comme plus largement, les nombreuses critiques qui ont fusé, au point de voir se constituer un large front de contestation : associations de parents d’élèves, syndicats de personnels enseignants, associations citoyennes mais aussi syndicats des artisans et petites entreprises du bâtiment et ordre des architectes ». A l’heure où nos politiques semblent se débattre plus que se battre, tout en étant suffisamment bons acteurs pour donner l’impression d’éviter la noyade, il ne reste plus que la mobilisation citoyenne. Osons, désobéissons !

 

1. Cf. “Seine-Saint-Denis : après le « green-business », le PS invente le « pink-capitalism » !“ par Nicolas Voisin. http://www.lepartidegauche.fr/editos/actualites/1446-seine-saint-denis-apres-le-green-business-le-ps-invente-le-pink-capitalism

2. “Emprunts toxiques : la Seine-Saint-Denis poursuit trois banques“, article de LeMonde.fr avec AFP. http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/02/09/emprunts-toxique-la-seine-saint-denis-poursuit-trois-banques_1477166_823448.html

3. http://www.seine-saint-denis.fr/Intervention-de-Claude-Bartolone.html

4. Le "PPP", un nouvel outil pour vendre le bien public aux intérêts privés, par Rémi Daviau, publié dans la lettre d’information n°46 d’Attac45. http://local.attac.org/attac45/spip.php?article470

5. Partenariat Public-Privé made in 93, par mat http://bellaciao.org/fr/spip.php?article116603


Moyenne des avis sur cet article :  3.86/5   (7 votes)




Réagissez à l'article

1 réactions à cet article    


  • bernard29 bernard29 2 mai 2011 18:06

    Trés bon.

    Bartolone ancien second couteau de Fabius, qui est passé au service du grand mamamouchi du FMI. ça nous promet de grandes choses ....

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès