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Accueil du site > Actualités > Politique > Clément Sénéchal, ou l’illusion intellectuelle

Clément Sénéchal, ou l’illusion intellectuelle

Constatant avec détresse que son article sur son blog avait rencontré un écho aussi limité que ses capacités de raisonnement Clément Sénéchal, célèbre sociologue selon Libération alors qu’il n’a aucun diplôme en la matière, s’est fendu d’une nouvelle feuille dans Marianne : http://www.fichier-pdf.fr/2015/04/20/marianne-939-17-04-2015-clement-senechal-tirage-au-sort/marianne-939-17-04-2015-clement-senechal-tirage-au-sort.pdf. Si l'article est assez bien fait — il convient de reconnaître la bassesse quand elle s’exerce avec talent — le jugement de l'auteur apparait avant même son développement, induisant donc à un réquisitoire à sens unique, non à une réflexion privilégiant la dialectique.

 

" Tirer au sort les élus "

Le titre commence par une erreur de vocabulaire. L’élection suppose le choix, d’ailleurs l’étymologie du mot remonte au latin eligere, qui signifie choisir. Or le tirage au sort ne consiste pas à un choix pour s’en remettre au hasard afin de désigner un individu dans une population donnée. En réalité, l’élection et le tirage au sort sont des méthodes différentes pour investir une personne d’un mandat, et ne peuvent donc pas se confondre.

 

" La crise démocratique semble aujourd’hui inéluctable, car la République est en crise. "

Cette assertion accuse une tautologie grossière et une nouvelle utilisation maladroite de vocabulaire. Une crise est une évolution soudaine et néfaste dans un milieu, or les problèmes de nos sociétés modernes sont anciens, pour ne pas dire chroniques. Il n’est donc pas tant question d’une crise que d’un système qui perdure et dont le crédit s’amenuise avec le temps. Malheureusement, la crise est devenu le système.

 

" Avec succès puisque cette idée subversive "

L’auteur ignore qu’en politique, la moindre idée est par nature subversive. D’ailleurs, il semble ignorer en quoi consiste la politique en soi.

 

" fait aujourd’hui pleinement partie du débat public, à tel point que certaines formations politiques, à l’image de Nouvelle Donne, la reprennent à leur compte. "

Il y a une contradiction dans le fait d’affirmer que l’idée fait pleinement partie du débat public, supposant une adhésion massive des différentes formations politiques, pour dans le même temps ne citer qu’un unique mouvement, qui d’ailleurs ne fait qu’en discuter sans l’avoir véritablement inscrit dans son programme. Ce faisant, il y a donc deux mensonges puisque l’auteur ne fait pas de distinction entre le débat médiatique traditionnel et le débat de la politique confidentielle limitée aux cercles de réflexions et aux discussions sur les réseaux sociaux. Or force est de constater que la superstructure n’évoque jamais le tirage au sort ; pas un député, pas un ministre, pas un élu ne fait mention du tirage au sort, alors qu’elle prospère, il est vrai, sur Internet. Le second mensonge est le fait de parler de formation politique au pluriel alors qu’il n’y a que Nouvelle Donne qui a osé réfléchir sur la question.

 

" En suivant l’arithmétique de la loi des grands nombre, il serait possible par tirage au sort de composer une assemblée parfaitement représentative de la population. "

L’usage du conditionnel revêt ici un caractère dépréciatif à dessein de faire douter le lecteur de la viabilité de la méthode. Pourtant, elle est vérifiée presque tous les jours par les instituts de sondage qui manipulent ces lois mathématiques pour mesurer l’opinion publique, dont un échantillon compris entre 1000 et 1500 personnes suffit à indiquer les tendances de l’essentiel de la population. Il ne serait donc pas possible : il est possible.

 

" En Islande, par exemple, cette procédure a été remise au goût du jour à la suite de la crise de 2008. "

Une crise économique soit dit en passant. Cette unique phrase met en défaut le titre de l’article « l’avenir d’une illusion  ». En effet, il n’est pas question d’avenir, encore moins d’une illusion, puisque la méthode a été utilisé il y a seulement quelques années.

 

" Le TAS pose quand même quelques problèmes à l’idéal républicain "

C’est l’idéal républicain qui pose quelques problèmes au peuple.

 

" et pourrait se révéler contre-productif. "

Ce qui occulte le cas islandais puisque suite à l’adoption de la nouvelle constitution, le peuple s’est prononcé contre le paiement de la dette à certaines banques. Aux dernières nouvelles, le pays se porte bien et n’a pas sombré dans les affres du gouffre de l’idéal républicain perdu.

 

" L’argument historique : la référence à Athènes. "

Cela occulte toutes les autres références passées listées dans le livre d’Yves Sintomer. Athènes est simplement l’exemple où le tirage au sort a été utilisé le plus longtemps (soit plus que notre modèle républicain qui n’a que 120 ans, tandis que la démocratie athénienne a duré deux siècles), et sur une grande population, sans que cela ne soit contre-productif pour la cité, qui durant cette période fut la plus prospère, la plus puissante et la plus avancée du monde hellénique, voire du monde antique.

 

" Dans les tiroirs des partisans du TAS "

L’utilisation du mot tiroir est volontairement péjorative pour désigner l’idée, mais surtout elle est contradictoire entre le fait que cette expression suppose un objet de réflexion ancien, alors que sa redécouverte est récente pour avoir moins d’une décennie dans le débat contemporain.

 

" on trouve souvent Aristote et la référence à la Grèce antique de Périclès "

Aristote, qui n’est rien de moins que l’un des plus influents penseurs de l’histoire de l’humanité, se retrouve ici moqué pour être relégué au rang d’idée moisissant dans un tiroir. L’auteur ne réalise pas qu’en le citant, il ridiculise l’inquiétude pour l’idéal républicain, car le défendre revient de fait à défendre un régime par nature oligarchique.

En outre, il y a encore deux nouveaux mensonges. En premier lieu, la Grèce antique ne se limite pas qu’à Périclès dont l’action s’étale sur environ deux décennies alors que l’antiquité grecque s’étale sur plusieurs siècles. Ensuite, les défenseurs du tirage au sort ne font jamais mention de Périclès notamment parce que s’il a participé au prestige d’Athènes, cela s’est fait en écornant la démocratie de l’époque, et lui préfèrent Solon, Clisthène et Démosthène.

 

" A l’origine, le tirage au sort avait des soubassements aristocratiques (il s’agissait de départager les héritiers des familles riches) "

Est ici cité l’historien Paul Demont. Au passage, ce personnage n’est présenté en aucune manière, non seulement il n’est pas fait mention des domaines sur lesquels portent ses travaux ni la provenance de ses propos. L’auteur mise en réalité sur la seule mention du titre d’historien pour asseoir la validité du propos.

La démocratie a vu le jour après une période qualifié de siècles obscurs, avec des monarchies tyranniques et des violences entre les tribus qui cherchaient toutes à dominer les autres. Les grecques, Solon notamment, entendait proscrire la tyrannie et la monarchie, grâce à un régime politique inédit, ce qu’il parvint à faire malgré son caractère subversif… Les membres de la société́ civique accédant à l'espace public se définissaient et se vivaient désormais comme des semblables, homoïoi et des égaux, isoï. Paul Demont est sans doute compétent, cependant sa parole n’a rien d’absolu, et il convient de la confronter aux travaux d’autres historiens qui tendant à infirmer la thèse d’un soubassement aristocratique entre familles riches.

 

Jean-Pierre Vernant, Les origines de la pensée grecque, p. 45 :

« Le lien de l'homme avec l'homme va prendre, dans le cadre de la cité, la forme d'une relation réciproque, réversible, remplaçant les rapports hiérarchiques de soumission et de domination... En dépit de tout ce qui les oppose dans le concret de la vie sociale, les citoyens se conçoivent, sur le plan politique, comme des unités interchangeables à l'intérieur d'un système dont la loi est l'équilibre, la norme l'égalité́.  »

 

Philippe Nemo, Histoire des idées politiques de l’Antiquité au Moyen Âge, p 29 :

« Les Grecs inventent ainsi un type d'homme qui ne supporte plus l'inégalité, soit par rapport à un seul, monarque ou tyran, soit par rapport à quelques privilégiés, mais qui entend que tout le monde participe également au pouvoir et soit également soumis à la même loi, ce qu'expriment respectivement les concepts d'isocratia et d'isonomia. »

 

" Derrière le sort, les Grecs voyaient en effet la volonté des Dieux. "

C’est absolument faux.

Déjà l’aristocratie n’a rien à voir avec la volonté des dieux. Ensuite, l’auteur tente, en vain, se titiller la fibre laïque des lecteurs en brandissant l’épouvantail d’un pendant théocratique au tirage au sort. Il se trouve qu’il n’existe aucun document historique étayant cette thèse, depuis longtemps infirmée.

 

Yves Sintomer, Petite histoire de l’expérimentation démocratique, 2011, page 250 :

« Dans la perspective politique athénienne, le recours à la sélection aléatoire des magistrats avait une signification « laïque ». Être tiré au sort n'était pas un signe d'élection divine - la critique platonicienne le démontre a contrario.

La sélection aléatoire et l'organisation de compétitions réglées (politiques, mais aussi militaires, sportives ou artistiques) constituaient les faces opposées d'un même processus de rationalisation poli­tique. »

 

Philippe Nemo, Histoire des idées politiques dans l'Antiquité et au Moyen Age, 2007, page 59 :

« Il est frappant que toutes ces innovations politiques ne doivent presque rien à la religion : la pensée politique, en Grèce, naît d’emblée « laïque ». On fait bien appel, de temps à autre, à l’oracle de Delphes, mais c’est en général après avoir pris les décisions importantes. Les hommes dont nous aurons à présenter les idées justifient leurs choix par les motifs rationnels. »

 

Bernard Manin, Principes du gouvernement représentatif, 1995, page 41-42 :

« Certains historiens ont cru, pendant un temps, qu'à Athènes le tirage au sort avait une origine et une signification religieuses. Cette interprétation a d'abord été proposée par Fustel de Coulanges puis reprise ensuite, avec quelques nuances, par Glotz. Pour Fustel de Coulanges, la désignation par le sort était un héritage de l'âge archaïque et du caractère sacerdotal que revêtaient alors les magistratures. La royauté sacerdotale de l'âge archaïque se transmettait par hérédité. Lorsque la royauté archaïque disparut, écrivait Fustel, on chercha, « pour suppléer à la naissance, un mode d'élection que les dieux n'eussent pas à désavouer. Les Athéniens, comme beaucoup de peuples grecs, n'en virent pas de meilleur que le tirage au sort. Mais il importe de ne pas se faire une idée fausse de ce procédé dont on a fait un sujet d'accusation contre la démocratie athénienne ». Pour les anciens, poursuivait-il, « le sort n'était pas le hasard ; le sort était la révélation de la volonté divine ».

Pour Fustel comme pour Glotz, l'interprétation religieuse du tirage au sort offrait une solution à ce qui leur semblait la principale énigme de cette procédure : son caractère bizarre, voire absurde, au regard des catégories politiques modernes. Glotz écrivait ainsi : « Le tirage au sort des magistrats paraît aujourd'hui une telle absurdité, que nous avons peine à concevoir qu'un peuple intelligent ait pu imaginer et maintenir un pareil système. » Fustel et Glotz ne pouvaient concevoir que les Athéniens aient pratiqué le tirage au sort pour des raisons politiques ou, plus précisément, pour des raisons dont la nature politique fût encore apparente pour les modernes. Puisque la désignation des magistrats par le sort leur apparaissait si étrangère à l'univers politique, ils supposaient qu'elle avait dû appartenir à un autre monde, celui de la religion. Ils concluaient que la politique des Athéniens avait dû être différente de celle des modernes, non pas seulement par son contenu ou sa hiérarchie de priorités, mais par son statut ontologique. La politique des Athéniens, estimaient-ils, devait mêler l'au-delà et l'ici-bas.

L'explication religieuse du tirage au sort athénien s'appuyait évidemment sur l'interprétation de certaines sources. Elle était aussi fondée sur un raisonnement par analogie : plusieurs cultures ont en effet considéré le sort comme un signe envoyé par l'au-delà. La thèse fut néanmoins contestée dans un ouvrage pionnier publié en 1891 par Headlam. Elle n'a plus cours aujourd'hui parmi les spécialistes. « Au total, écrit Hansen, il n'y a pas une seule source attestant clairement que le tirage au sort des magistrats ait eu une dimension ou une origine religieuses. » »

 

" Ainsi, « concernant la démocratie, dans sa version de la Grèce antique, ce n’est que progressivement que le tirage au sort lui a été identifié ». Pas d’homologie de nature donc, entre TAS et démocratie. "

Au risque de répéter, c’est historiquement inexact.

Le mot même de « démocratie » remonte à l’époque de Clisthène, voire à celle d’Ephialte. Sachant que Clisthène fut le chantre de l'isonomie, l’apparition du mot coïncide donc bien avec l’utilisation du tirage au sort à plusieurs niveaux du régime athénien. À noter que Clisthène est connu pour avoir renverser l’aristocratie à son époque, réduisant à néant l’accusation de l’auteur selon la quelle la démocratie athénienne avait un soubassement aristocratique.

Il y a donc homologie.

 

" le TAS vaut pour un système d’une tout autre taille, autour de 40 000 citoyens "

L’objection de la taille met en lumière une incohérence dans l’article puisque l’auteur la formule tout en ayant précédemment affirmé que les lois des grands nombres permettraient de représenter correctement la population. Ainsi, la méthode est applicable mathématiquement à n’importe quel groupe de n’importe quelle taille.

De plus, c’est plutôt l’élection qui ne fonctionne pas à grande échelle puisqu’elle suppose que les électeurs connaissent les candidats. Or, plus la taille du groupe est importante, plus il est difficile de connaître la personne, conduisant à s’en remettre à des intermédiaires ; les médias, avec le risque que cela comporte de déformation et de désinformation pour influer sur l’opinion publique. Une élection n’a de sens que si le peuple connaît personnellement le candidat et peut l’aborder quotidiennement. Le tirage au sort hypothèque les manipulations à grande échelle et permet une représentativité statistiquement plus précise.

 

" Surtout, il ne peut fonctionner que sur une autre « anthropologie » : le citoyen-soldat actif et engagé. "

Il s’agit là d’un argument rhétologique fallacieux par généralisation hâtive. Non seulement tous les citoyens athéniens n’étaient pas soldats, mais en plus cela ignore tous les autres exemples historiques d’utilisation du tirage au sort où l’action politique n’était pas intrinsèque à une action militaire. L’auteur écrit ça comme si l’un empêchait l’autre sans fournir les critères permettant pareille assertion, et alors que c’est historiquement inexact puisque la citoyenneté se doubler du devoir de défendre la cité, ce qu’il relève la ligne au-dessus, pour le dénoncer.

Il est d’autant plus fallacieux de vouloir séparer d’une part les concepts de démocratie et de tirage au sort alors qu’ils sont consubstantiels, et d’autre part fondre le volet politique avec le volet militaire en se servant d’une unique occurrence historique pour lui donner un caractère inévitable.

 

" Mais participation restreinte : les femmes, les métèques et les esclaves étaient exclus de la citoyenneté, vaquant plutôt aux nécessités laborieuses de la vie quotidienne. Une dichotomie qui semble pour le moins surannée. "

La démocratie est misogyne, esclavagiste et xénophobe. La messe était dite.

Certes, les femmes, les étrangers, appelés Métèques, et les esclaves n’étaient même pas considérés comme faisant partie du peuple. Toutefois, il incombe d’adopter une vision plus globale de la situation de l’époque. En effet, même si les citoyens détenaient le droit de voter, ils avaient des devoirs à remplir, notamment celui de la défense de la Cité. Or Athènes était en état de guerre quasi permanent, si bien qu’il n’était pas exclu pour un citoyen de finir un jour sur une muraille ou un champ de bataille, risquant leur vie pour préserver celle de ceux qui n’avaient aucun pouvoir. La société présentait ainsi un certain équilibre. De toute manière, il serait mal avisé de critiquer une société ancienne. Nous pouvons leur reprocher d’avoir user des prisonniers dans leurs mines d’argent, seulement, ils n’avaient pas les machines et les robots que nous possédons aujourd’hui, et qui mus par le pétrole, nous assurent un grand confort. Juger ces faits antiques avec les valeurs d'aujourd'hui est ainsi un anachronisme, une injustice, voire une absurdité. Le fait de s’intéresser aux institutions athéniennes n’implique pas de défendre l'esclavagisme, ni la misogynie, ni la xénophobie. Simplement, il faut avoir le sens du discernement, et séparer le bon grain de l'ivraie. La démocratie ne fonctionnait pas grâce à l'esclavagisme, à la phallocratie, ou grâce à la xénophobie.

Il est possible de faire un autre parallèle historique. En effet, la Première République en France couvre de 1792 à 1804. À l’époque, seuls les hommes votaient. Étaient exclus les femmes, les étrangers, et même les pauvres puisqu’il y a eu du vote par suffrage censitaire. Tel était l’idéal républicain de l’époque… À noter que l’esclavage n’a été aboli qu’en 1848 pendant la Seconde République. Ainsi, le premier régime républicain en France était phallocrate, xénophobe, oligarchique et esclavagiste, tout comme à Athènes. De plus, l’idéal républicain a longtemps reposé sur la misogynie puisque le vote n’a été accordé aux femmes qu’en 1944, les idées subversives présentent à l’occasion des qualités…

Cela n’a pas empêché d’améliorer le système, bien au contraire. Quant à l’esclavagisme, notre système l’est tout autant en exploitant indirectement des Chinois et des enfants en Asie qui travaillent dans des conditions épouvantables à l’autre bout du monde. Ce faisant, il n’est pas question de transposer le système athénien stricto sensu, mais de ponctionner ce qui est intéressant, à savoir le tirage au sort et la possibilité pour chaque citoyen un jour de pouvoir gouverner. Le tirage au sort n’est pas le propre d’Athènes et fut utilisé en d’autres lieux et à d’autres époques, voire même dans des républiques telles que Gênes où le grand conseil et le sénat étaient tirés au sort.

Par ailleurs, nous pouvons tirer la réflexion dans un autre sens. Quand la France adopta un système républicain, il se trouve que les exemples significatifs d’alors étaient la République romaine, la république de Venise et la république de Cromwell, soit autant d’exemples décadents avec leur lot de dérives, de menus tyrans et de corrompus. Ainsi, après la Révolution française, si les politiciens s’étaient contentés de pointer les défauts des républiques passées, ils ne l’auraient jamais appliqué, et pourtant, c’est ce qui fut fait, et ce alors même que pour l’époque la République était en soi subversive… Les institutions qui ont été créées n’avaient absolument rien à voir avec les régimes précités, et elles ont pu évoluer. Autrement dit, débarrassées de ces caractères infamants, les institutions athéniennes auraient produit les mêmes résultats bénéfiques en termes d’égalité politique et de protection contre les oligarques. Athènes est un exemple, pas un modèle.

Enfin, et pour clore la partie sur l’exemple athénien, l’auteur procède à un sophisme génétique consistant à critiquer une théorie, en l’occurrence le tirage su sort, non pas en analysant son principe, mais en se fondant sur sa genèse au lieu d’étudier empiriquement la validité et les avantages de la méthode.

 

" Le faux exemple des jurys d’assises "

Il est ironique de voir l’auteur juger un exemple faux alors que ceux avancés de sa part l’étaient.

 

" Mais juger n’est pas légiférer, comme le rappelle la juriste Charlotte Girard. "

Si une juriste le dit, c’est que ça doit être vrai… Pourtant, cela trahit soit des lacunes en droit, soit sa malhonnêteté intellectuelle, car c’est ignorer tout simplement la jurisprudence qui consiste à créer une sourde de droit au travers de décisions de justice, notamment en droit administratif qui est un droit jurisprudence, et au travers des questions prioritaires de constitutionalité. Les Etats-Unis d’Amérique — qui sont de fait une république — ayant une des constitutions la plus courte du monde, fonctionne ainsi sur ce système, dit de common law, lequel repose en grande partie sur les jurys d’assises.

 

" Juges et jurés ordonnent le passé quand le législateur dessine l’avenir. "

Le droit a la même fonction : bannir l’inique, l’arbitraire et le barbare. Le législateur crée la loi, la justice punit ceux qui ne la respectent pas. Il n’est pas question de temporalité, mais de répartition du pouvoir. L’avenir est garantit par leur équilibre, d’autant plus que le juge est surnommé « la bouche de la loi  » car il dit la loi.

De plus, l’auteur fait montre d’ignorance crasse concernant le rôle du conseil d’État et son influence sur notre droit nationale par ses arrêts. Un exemple notable est l’arrêt Nicolo du 20 octobre 1989 où le conseil a pleinement reconnu la supériorité du droit commentaire sur le droit nationale, sans que pareille décision ne fasse l’objet de délibération, et donc de loi.

 

" Entre ce deux attributions délibératives bien différentes : la question de la légitimité. "

En premier lieu, elles sont au contraire très semblables puisque dans les deux cas, les législateurs et les jurys d’assises débattent dans l’objectif de rendre une décision conforme au droit en vue de garantir l’ordre dans la société. Ce n’est que l’effectivité qui diffère.

Ensuite, l’idéal républicain souffre de légitimité, notamment l’élection, par l’attribution de mandat à des personnes qui ne réunissent pas la majorité absolue des suffrages.

 

" Si des tirés au sort peuvent en effet sociologiquement être représentatifs de la population, cet argument revient néanmoins à réduire la légitimité politique des caractéristiques socio-économiques arbitraires et figées. "

Le fait est que c’est déjà le cas puisqu’il existe une inertie sociale au parlement avec une majorité de professions libérales, de fonctionnaires, d’enseignants, et plus aucun ouvrier, sans l’ombre d’artisans et de salariés de base. L’idéal républicain accuse plutôt une reproduction dans la composition du législatif et de l’exécutif, ayant donc peu de légitimité ayant un découplage avec la composition sociologique de l’ensemble des citoyens. Alors d’un point de vue légale et administratif, la légitimité est valable, d’un point de vue éthique et purement démocratique, elle ne l’est pas.

 

" On serait désigné parce que boulanger ou banquier, c’est-à-dire sur la base d’une identité productive passive et non sur la base d’une revendication politique engagée. "

Cette phrase admet de manière plus qu’audacieuse que la légitimité des élus, dans un régime démocratique, puisse résider ailleurs que dans la représentativité vis-à-vis des citoyens. Or, l’intérêt même d’une démocratie, est d’avoir un représentant représentatif, comment celui-ci pourrait l’être autrement, lors d’un vote, qu’en représentant les idées portées par une classe sociale aux attentes socio-économiques précises ? La base du vote est donc, pour l’électeur, de voter pour le candidat dont il se sent le plus proche.

Par ailleurs, cette dérive, qui consisterait à dire que le citoyen lambda est devenu la référence politique par excellence n’est pas inhérente à un quelconque système de tirage au sort, pour la simple et bonne raison qu’elle existe dans notre système. La faute n’en revient pas à une loi électorale, mais à un modèle de société et un modèle politico-médiatique qui ne cherche pas à délivrer d’informations ou de représentations objectives du monde. De fait, nous sommes donc dans la « démocratie corporative » dénoncée (étrange locution pour ne pas dire oligarchie, ou du moins oligarchie élective).

Le tirage au sort à l’avantage justement de porter aux instances décisionnelles des individus sans distinction d’aucune sorte. Le banquier a donc la même probabilité d’accéder à une charge publique tout simplement parce que tout le monde est considéré comme autant de citoyens égaux, dont la valeur politique ne varie pas selon la profession. De plus, la revendication politique engagée n’est pas fonction de la profession, mais davantage des moyens à disposition, et dans un système électif, un banquier pourra aisément dépenser 30 000 euros (coût moyen minimal d’une campagne législative) et se libérer du temps, contrairement à un boulanger qui n’a ni la somme ni le temps, ni le réseau pour se faire entendre. Il est contraint soit à s’endetter, soit à intégrer un parti et se plier à son idéologie, voire les deux.

Le tirage au sort permet au contraire une stricte égalité d’accession au pouvoir et à toutes les idées de voir le jour sans formatage ni sélection possible par une institution.

 

" C’est oublier que la légitimité républicaine repose sur le logos où s’expriment des raisonnements. "

La démocratie athénienne reposait précisément sur le logos.

 

Philippe Nemo, Histoire des idées politiques dans l'Antiquité et au Moyen Age, 2007, page 59 :

« Dans l'espace public de la Cité, les décisions ne sont prises que lorsqu'elles sont l'objet d'un consensus. Il s'agit donc, pour celui qui intervient, d'être le plus persuasif possible, et pour cela le plus rationnel.

La parole prend alors une importance capitale, parce qu'elle est l'instrument par excellence de la persuasion (peitho). Par rapport à ce qu'elle était dans l'ancienne société sacrale, elle change complètement de statut épistémologique et métaphysique. Elle n'est plus le mot rituel, la formule juste [ce qu'elle était auparavant dans les "dits" du roi prononçant souverainement la thémis, la justice], mais le débat contradictoire, la discussion, l'argumentation. Elle suppose un public auquel elle s'adresse comme à un juge qui décide en dernier ressort, à mains levées, entre les deux partis qui lui sont présentés ; c'est ce choix purement humain qui mesure la force de persuasion respective des deux discours, assurant la victoire d'un des orateurs sur son adversaire.

Cette victoire va à celui qui a su convaincre par les arguments les plus rationnels, puisque la raison est ce que tous les citoyens possèdent en commun. Dès lors qu'on ne peut imposer son opinion, mais qu'il faut convaincre, il convient d'invoquer des faits objectifs que tous puissent voir aussi bien que soi, et de raisonner à partir d'eux selon une logique qui soit elle-même universelle. Ce qui pousse les orateurs à rechercher toujours plus d'objectivité́ et de correction logique dans l'argumentation.

Entre la politique et le logos, il y a ainsi rapport étroit, lien réciproque. L'art politique est, pour l'essentiel, maniement du langage ; et le logos, à l'origine, prend conscience de lui-même, de ses règles, de son efficacité́, à travers sa fonction politique. Ces règles seront formalisées, dans la seconde moitié du Ve siècle, par les sophistes, puis, au Ie siècle par Aristote pour la logique, par Isocrate pour la rhétorique. »

 

Une démocratie s’attache davantage à la justesse d’une idée qu’à sa légitimité, laquelle se fonde sur l’égalité entre tous les citoyens.

 

" En fait, la représentativité sociologique revient à fonder la légitimité du pouvoir sur ces mêmes déterminismes dont elle critique par ailleurs le poids, et court ainsi le risque d’établir une démocratie corporative. "

Ce qui est précisément le cas actuellement et que le tirage au sort entend éviter et le couplant à des mandats courts et non renouvelables pour varier le personnel politique et empêcher la formation d’une caste politique oligarchique.

 

" Les représentants politiques sont dépositaires d’une idée, d’un programme, d’un suffrage et donc d’un exercice de conviction qui suppose une mise en relation, en accord, avec le grand nombre "

Dans une démocratie par tirage au sort — soit un pléonasme — les personnes tirées au sort sont de fait des représentants politiques puisqu’ils représentent statistiquement la population, et les idées en son sein également. Ainsi, les tirés seraient également dépositaire d’une idée, ça n’a rien d’exclusif à des élus, car il est possible d’entretenir une conscience politique sans se confronter au prisme de l’élection.

 

" — par où le peuple s’intègre à la cité. "

Le peuple ne s’intègre pas à la cité, il est la cité.

 

" Ou alors ils ne représentent rien, si ce n’est eux-mêmes, et encore : quelqu’un qui n’a jamais fait de lui-même aucune démarche politique serait-il capable de se représenter politiquement ? "

En premier lieu, il est donc admis que les candidats perçoivent des suffrages selon des programmes, lesquels n’ont d’écho que dans les réalités de certaines classes sociales, sinon pourquoi, par exemple, le PCF d’après-guerre aurait-il concentré la totalité des voix ouvrières ? Par ailleurs, le clivage gauche/droite ne s’est-il pas fondé aux origines sur la défense de classes sociales différentes ?

Après, c’est le propre de la démocratie directe de permettre aux citoyens de se représenter eux-mêmes et de faire entendre leur voix dans les institutions de l’État pour ne pas déléguer cette tâche à un tiers au risque qu’elle soit occultée, déformée ou trahie. Le tirage au sort a l’avantage de s’épargner des intermédiaires et de forcer justement des citoyens passifs à s’investir en accédant au parlement. Ce n’est pas parce qu’un individu ne fait pas parti d’un parti politique qu’il ne porte pas d’idées, preuve en est que le vote n’est pas conditionné par l’adhésion à un mouvement.

 

" Le tirage au sort met donc pas à mal un autre principe pourtant essentiel démocratie : celui de la responsabilité. "

Au contraire, il invite les tirés au sort à se soucier d’autrui et de la société en étant investi d’une charge publique. Cet engagement serait d’autant plus effectif avec l’instauration de la procédure de reddition de compte, punissant les politiques oisifs ou ayant dévoyés la fonction.

En revanche, dans l’actuel système, les élus sont irresponsables puisque selon l’article 26 de la Constitution française : « Aucun membre du Parlement ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé à l'occasion des opinions ou votes émis par lui dans l'exercice de ses fonctions ». Autrement dit, ils peuvent faire ce qui leur chante sans jamais à avoir en assumer les conséquences.

 

" Un élu est responsable, d’une part, devant les militants qui l’ont investi d’une candidature, d’autre part, devant les électeurs qui lui ont donné un mandat qui l’oblige. "

C’est faux.

En effet, l’article 27 de la Constitution française est le suivant : « Tout mandat impératif est nul. Le droit de vote des membres du Parlement est personnel ».

Par conséquent, l’élection n’oblige à rien, de surcroît quand l’article précise que le vote est personnel, soit une contradiction avec le principe de représentativité où le vote devrait être fonction de la volonté des électeurs.

 

" Car, contrairement à ce que prétend la rhétorique populiste d’un Étienne Chouard, les élus la république ne sont pas des « maître », mais des mandataires. "

Le populisme est la défense des intérêts du peuple, c’est la démagogie qui est son pendant pervers, soit la flatterie des passions populaires dans le but d’accroître sa propre popularité, et donc remporter les élections. Or, Étienne Chouard ne s’est jamais présenté à aucune élection, et n’est membre d’aucun parti politique. Quand bien même serait-il populiste, que cela ne serait pas nécessairement une mauvaise chose qu’il existe enfin une personne se souciant des intérêts des électeurs et non ceux d’un mouvement politique en particulier. Par ailleurs, ce n’est pas parce que Chouard dit une chose que les partisans du tirage au sort le cautionnent systématiquement et automatiquement.

Enfin, un mandataire est bien un maître dans la république puisque les élus du parlement n’ont pas de mandat impératif, mais un mandat représentatif, si bien qu’ils ne sont pas inféodés à une tâche pour laquelle ils auraient été choisi, mais au contraire sont libres d’exercer leur volonté pour plier celle d’autrui à la leur, justement en écrivant les lois, ce que les simples citoyens ne peuvent pas faire dans la République. Bel idéal…

 

" Or, devant qui pourrait bien être responsable des législateurs tirés au sort ? "

Les tirés au sort eux-mêmes. En effet, la démocratie considère les citoyens comme autant d’entités autonomes capables de définir ce qui est profitable pour soi et autrui. De plus, les procédures de révocation, de docimasie, de reddition des comptes composeraient des contre-pouvoirs pour pallier aux abus, soit autant de méthodes qui n’existent pas dans la République actuelle pour ne laisser aux citoyens comme instrument de sanction une unique occasion tout les cinq ans par la non réélection.

À dira vrai, l’auteur recherche désespérément d’une contradiction inexistante. Le tirage au sort n’empêcherait pas des élus de voir leur responsabilité engagée devant un tribunal dont les membres seraient ou non aussi tirés au sort.

 

" En outre, il y a fort à parier que, n’appartenant à aucun collectif, les individus portés au pouvoir sans la moindre connaissance des rapports de force inhérents à la politique ferait des droits de premier choix pour les trafic d’influence des lobbies "

Le vieux mythe du citoyen débile et des politiciens éclairés. Appartenir à un mouvement politique ne constitue en rien l’assurance d’une conscience développée, au contraire, il conditionne la réflexion en limitant l’esprit critique pour le contraindre à l’idéologie d’un appareil politique dont l’unique finalité est l’accession au pouvoir, et sa conservation. Un ouvrier exploité par un patron véreux à sans doute une connaissance des rapports inhérents à la politique plus aigue que le banquier évoluant dans des milieux aptes à dénigrer les défavorisés.

De plus, il est tout à fait possible de se construire une idéologie personnelle indépendamment des partis, notamment au travers de lectures, d’investissements dans des associations et des mouvements informels. Sans compter que des membres de partis politiques pourraient tout autant parvenir au parlement par le tirage au sort sans être exclu de la procédure.

Enfin, il y a une aporie dans le propos de l’auteur. En effet, il défend l’élection, soutien l’idéal républicain, et donc le suffrage universel, soit la possibilité à tous les citoyens d’exprimer une opinion par le vote, et ce sans nécessairement appartenir à aucun collectif donc, pour dans un même temps présumer l’absence de connaissance politique d’individus ne faisant pas partie d’une organisation politique.

 

" Quoi de plus facile en effet à acheter que quelqu’un qui n’a pas d’image à défendre ? Dans la Res publica, le principe des publicités est une garantie contre la corruption. "

S’en suit l’argument de la corruption, vielle lune des adversaires de la véritable démocratie. Pourtant, le tirage au sort est un formidable outil précisément pour lutter contre la corruption :

  • le tirage au sort faisant appel au hasard, il est impossible de prévoir qui parviendra au parlement, donc si manipulation des mandataires il y a, elle ne pourrait que se faire a posteriori.
  • étant donné que l’assemblée devrait avoir un effectif compris entre 1000 et 1500, au minimum, cela rend plus difficile, et surtout plus onéreux, de corrompre ces centaines des personnes en même temps.
  • le tirage au sort reposerait sur des mandats courts, non cumulables, non renouvelables, si bien que les corrupteurs, en plus de devoir convaincre un effectif plus étendu, devraient le faire fréquemment, au près d’individus qui changeraient constamment. L’impossibilité d’être reconduit à un poste pousserait les citoyens à être naturellement inquiets pour ceux qui leur succèderaient, et n’auraient pas intérêt à nouer des relations qui n’auraient plus d’utilité à la fin du mandat.
  • sachant que le tirage au sort amènerait au pouvoir des personnes n’en voulant pas, ces dernières seraient plus enclines à dénoncer des manipulations et des tentatives d’achat de leur vote par des corps privés.
  • vu que le tirés au sort n’auraient pas à financer de campagne, leur action politique ne seraient pas soumise à la volonté de créanciers ayant fournis des fonds et/ou de partis ayant permis l’investiture et la promotion, assurant l’autonomie financière et intellectuelle dans la prise de décision.

 

" En consacrant des inconnus sans démarche, le TAS ne peut que limiter dangereusement ce principe. "

Au contraire, les citoyens tirés au sort n’auraient pas la nécessité de plaire à des électeurs ni de préserver leur image en vue de prochaine élection, et agiraient au mieux pour la société selon leurs principes, et non selon des impératifs de carrière.

 

" Le mythe rousseauiste du bon sauvage "

Il n’est pas défendu par les partisans du tirage au sort, et quand bien le serait-il qu’il est préférable au mythe du citoyen stupide n’ayant aucune connaissance parce qu’il n’aurait pas sa carte à un parti.

Au passage, il est amusant de constater que l’auteur méprise le rousseauisme tout en se faisant le chantre du suffrage universel direct, alors que c’était justement Robespierre, d’inspiration rousseauiste, qui imposa en France pour la première fois le suffrage universel direct, sans cens, pour les deux sexes. L’ironie est délicieuse…

 

" Mais, pour les partisans du TAS, les personnes engagées politiquement, dans un parti par exemple, ne seraient pas à même d’écrire les règles institutionnelles ou les lois dans la mesure où, ambitionnant elle-même de gouverner, intéressées donc au pouvoir, elles n’auraient pas en quelque sorte la neutralité attendue. "

Les partisans du tirage au sort défendent au contraire l’idée selon laquelle tout un chacun est capable d’écrire les règles le concernant directement, rendant caduque la nécessité de déléguer ce pouvoir à un tiers.

 

" Dans cette perspective, militants et élus actuels sont ainsi réduits à leur fonction ou inspiration d’« hommes de pouvoir » est donc prédestinés à commettre des « abus de pouvoir », comme le prétend encore Étienne Chouard. "

Étienne Chouard ne prétend rien, il ne fait que reprendre les travaux de quantités d’auteurs et d’intellectuels attestant que le pouvoir agit sur l’esprit pour entretenir ses intérêts au détriment de l’intérêt général. Les exemples historiques abondent en ce sens.

 

" Pour éviter le conflit d’intérêts, il faudrait donc mettre au pouvoir des hommes qui ne cherchent pas le pouvoir. "

Ce serait préférable, mais ce n’est pas une obligation absolue et il ne faut pas entraver le principe d’égalité politique en permettant à tous de pouvoir un jour écrire les lois.

 

" Mais c’est oublier, d’une part, qu’un homme en position de pouvoir devient de fait un « homme du pouvoir » placé dans une position hiérarchique, celle de l’arbitrage. Oublier, d’autre part, que la « position O » (le « voile d’ignorance » dont parle John Rawls) n’existe pas : tous les citoyens occupent dans la structure sociale et capitaliste des positions différentes qui influencent leur façon d’agir ou de penser. "

Convoquer des concepts politiques sans les expliquer révèle d’une tentative de formuler un argument d’autorité par l’instillation implicite d’une érudition en la matière. L’idée de position originelle n’a jamais été évoquée par Étienne Chouard qui se base beaucoup plus sur des exemples historiques que sur des conjectures pour étayer ses propos.

Ensuite, c’est précisément parce que les façons d’agir et de penser sont plurielles qu’il est nécessaire de les mettre en contradiction dans une assemblée plutôt que de les étouffer par le processus de la sélection des candidats à un poste et l’élection.

 

" Le tirage au sort nourrit en fin de compte une sorte d’illusion naturaliste. "

Cette phrase est la partie émergée de l’iceberg autour duquel orbite une collection d’idées philosophiques ; trahissant une pensée constructiviste. Le constructivisme est le noyau nucléaire des courants de gauche ; il rejette la possibilité d’une nature humaine pour appréhender les individus comme des agrégats d’expériences particulières, non comme des êtres biologiques avec une mécanique subie et universelle, et la réalité comme une construction issue d’une volonté, n’admettant pas les déterminismes, et pour cause, ils constitueraient une entrave à la liberté et l’autonomie de la pensée. L’auteur dénonce le tirage au sort en fondant sa réflexion sur un axiome, qu’entretiendraient supposément les partisans du tirage au sort, selon lequel il existerait une nature humaine.

Le propos ne porte pas sur la nature humaine, et ne constitue pas une considération fondamentale pour le tirage au sort, mais sur la nécessité d’éviter le pire, car l’étude attentive et empirique des faits renseigne sur une certaine constance chez les humains à abuser du pouvoir dès lors qu’ils le possèdent. Il n’est donc pas question de disserter sur les mécanismes conduisant à ces abus, pour tenter au contraire, d’admettre cette éventualité, pour limiter lesdits abus, sinon leur récurrence, et réfléchir aux moyens légaux d’empêcher l’appropriation de trop de pouvoirs par trop peu de personnes, et préserver l’intérêt général en faisant en sorte que l’exercice du pouvoir politique demeure un outil, non une finalité.

 

" Les partisans du tirage au sort croient que l’homme du peuple ne serait pas corrompu alors que le politique, l’intellectuel ou le riche, c’est-à-dire tout ce qui appartient à une élite, le serait tout simplement parce qu’il aurait intérêt à maintenir un système qui l’avantage. "

Le but du tirage au sort est d’éviter que les élites gouvernent, soit le rejet de l’aristocratie. Il s’agit d’une procédure neutre qui ne fait aucune distinction entre les individus voulant le pouvoir, et ceux ne le voulant pas, alors que l’élection favorise ceux qui le veulent, rendant plus fréquents l’excès du vice que la prospérité de la vertu. Ainsi, c’est précisément parce qu’il y a la conscience de cette possibilité de dérives de la part de n’importe qui, peu importe son rang social, qu’il est nécessaire de concevoir des institutions capables de faire obstacles à des volontés nuisibles pour le peuple.

Au passage, cette phrase montre une incohérence dans le discours de l’auteur. En effet, il critique à l’égard d’Athènes pour n’avoir permis qu’aux citoyens de gouverner, tout en critiquant l’idée d’appréhender les élites comme nuisibles de fait de leur rang. Si les élites ne présentent pas moins de disposition à être corrompues, il ne devrait pas concevoir de grief envers le système antique, et ne peut le dénoncer pour leur propension à maintenir le système qui les avantageait.

 

" « Il ne faudrait pas s’étonner que le vote majoritaire d’une assemblée tirée au sort soutiennent des politiques xénophobes », explique Pierre Crétois, philosophe et spécialiste de l’auteur du Contrat social. "

Mesdames et messieurs, après le fantastique numéro du Peuple Débile, laissez-vous enchanté par notre dernière création : le Peuple Nazi ! Vous serez charmé par les diplômes de Pierre Crétois, le grand sage ayant terrassé le maléfique sorcier Rousseau !

C’est habile, mais ça n’en reste pas moins un point Godwin en bonnes et dues formes. Pour rappel, les courants xénophobes sont historiquement toujours minoritaires au sein de la population. Hitler n’a jamais dépassé les 26 % de suffrages et Marine Le Pen n’a jamais dépassé les 14 % des électeurs inscrits. Ainsi, l’instauration d’une démocratie avec le système du quorum, et en mobilisant un échantillon représentatif de la population comprenant les abstentionnistes dans un système électif, couplé aux procédures de révocation, d’ostracisme et de docimasie, rend quasiment impossibles la possibilité qu’une idéologie extrême ou xénophobes ne voient le jour dans une assemblée tirée au sort, encore moins qu’elle rencontre l’adhésion de la majorité.

De plus, si la volonté du peuple était davantage accomplie et ses récriminations entendues, les mouvements extrêmes trouveraient moins d’écho du fait du nombre plus réduits de mécontents et de la possibilité de régler soi-même les pouvoirs plutôt que d’accuser des délégués.

 

" Du consensualisme à l’autoritarisme "

D’Athènes à Auschwitz, il n’y a qu’un pas…

 

" L’engouement pour le TAS relève enfin une vision consensualiste du bien commun : une assemblée sociologiquement représentative de la population trouverait forcément la solution pragmatique à chaque problème, comme si la rivalité des modèles de société et des aspirations contradictoires n’existait pas. "

Le régime des partis a pour essence la lutte entre des aspirations contradictoires et entre les modèles de sociétés ; affirmer que cela ne serait vrai, ou plus vrai, pour la stochocratie n’est qu’une rhétorique insidieuse en usant de sophisme en usant du principe de précaution qui se fonde sur du dogmatisme, rejetant une éventuelle validité pratique au regard d’une analyse idéologique.

La question ne porte pas sur la compétence ou la nécessité de préserver les idéologies, mais sur l’équilibre entre la légitimité et l’efficacité dans la manière de conduire les affaires d’un pays. Cela ne suppose pas que des citoyens ordinaires seraient mieux à même que des élus de faire leur travail, mais qu’ils seraient tout aussi compétents, disposant d’égale manière du débat contradictoire, de l’audience d’experts sur un sujet au sein de commissions, et de juristes et spécialistes guidant la rédaction des textes.

Une assemblée sociologiquement représentative aurait également une vertu sociale apaisante car les citoyens ne concevraient plus la frustration envers une caste permanente, et auraient la possibilité d’écrire et/ou de voter les lois eux-mêmes. Il y aurait moins de colère, envers des professionnels de la politique qui ne rendent de compte à personne, qu’envers des individus qui ont véritablement tenté de préserver l’intérêt général, individus qui ressembleraient aux citoyens, permettant une identification aux législateurs et une forme de confiance du fait de leur similitude sociale, écartant la défiance pour des professionnels avides d’indemnités. Le tout sous l’œil attentif d’instance de contrôle citoyenne pour circonscrire les dérives.

 

" Mais la politique ne consiste-t-elle pas au contraire à arbitrer entre des choix contraires en fonction des forces en présence d’une part, de finalités idéologiques, d’autre part ? "

La politique consiste à faire vivre dans une même société des individus différents. La démocratie ne cherche pas nécessairement à arbitrer pour préférer échafauder un appareil dont le droit est l’émanation d’une volonté la plus communément partagée.

L’intérêt général prime sur l’idéologie dans une démocratie, tout simplement parce que l’idéologie est subordonnée à l’accomplissement de l’intérêt général.

 

" Le tirage au sort formant le miroir exact d’un peuple monolithique et homogène — dans la mesure où la société n’est plus diversifiée en courants politiques distincts, alors il ne semble plus n’y avoir qu’une politique possible. Fermez le ban. "

Il faut une certaine perversité pour concevoir de l’aversion pour la concorde. Cela est de toute manière parfaitement inexact. Un peuple n’est jamais parfaitement monolithique et homogène, pour preuve que l’auteur concède l’existence d’élite et de divergences d’appréciation des forces politiques selon l’engagement de chacun. Ce faisant, étant donné que le tirage au sort représente statistiquement la population, une assemblée de tirées au sort représenterait de fait la pluralité des catégories sociales et professionnelles de ladite population, et des courants qui la traversent, là où au contraire, une assemblée d’élus accuse une homogénéité professionnelle et sociale, avec des idéologies qui ne coïncident pas avec les besoins et les volontés du peuple.

 

" Le TAS désamorce alors la possibilité d’une opposition organisée —l’histoire nous rappelle assez quelles dérives funestes en résultent. "

Treeeemblez morteeeels ; craignez le retour des Heure les plus Sombres et les plus Nauséabondes de Notre Histoire  ! Oooouuh !

Cet appel à la terreur confine au pathétique. La stochocratie n’a jamais amené de tyrannie fasciste, il n’existe aucun exemple historique en la matière. La citation de Nicos Poulantzas est d’ailleurs détournée de son sens, car elle explique clairement que c’est l’exécutif qui neutralisa toute opposition parlementaire, et non l’inverse. Jamais de régime parlementaire ne s’est auto-neutralisé pour faciliter l’avènement d’une tyrannie.

Le tirage au sort assure au contraire une mise en contradiction de toutes les idées, alors que les partis politiques au travers de l’élection font de la sélectivité humaine avec leurs candidats, et idéologiques, avec leurs programmes versatiles et jamais respectés. Il en serait fini du dualisme et du bipartisme pour enfin avoir un débat, non seulement pluriel, mais mettant en jeux les vrais considérations du peuple, non d’un appareil dont la finalité n’est pas l’intérêt général, mais sa perpétuation par des victoires électives et permettre à ses membres de profiter des indemnités.

 

" Comme l’écrit le théoricien grec Poulantzas (auquel se réfère de nombreux responsables de Syriza) : « les fascismes, les dictatures militaires ou les bonapartismes n’ont pas simplement supprimé les seuls partis ouvriers ou révolutionnaires, mais l’ensemble des partis démocratiques traditionnels, bourgeois et petit-bourgeois compris, dans la mesure où ceux-ci exprimaient la présence en leur sein de certaines revendications des masses populaires dont il fallait bien tenir compte. » "

Il faut une certaine audace pour mentionner Syriza comme caution morale compte tenu de la manière dont ses dirigeants ont révisé leurs ambitions en reléguant quantités de leurs promesses à l’état de souvenir, en s’aplatissant devant les allemands et en faisant la manche au FMI. En matière de compromission idéologique, Syriza excelle, et il n’y eu de triomphale que leur monumental échec à redresser la Grèce.

De plus, l’auteur fait l’impasse sur le système démocratique défendu par les partisans du tirage au sort, lequel reposerait sur un régime bicaméral où l’assemblée nationale ne connaîtrait pas de changement et demeurerait dans son état actuelle, tandis que le sénat (qui même aux yeux de la Constitution française ne représente pas les courants politiques, mais les collectivités) serait quant à lui composé de citoyens tirés au sort. Ainsi, les partis politiques persisteraient, et la variété des courants politiques serait même plus étendue que dans une république sachant que la seconde chambre aurait plus de membres, avec une plus grande diversité dans les pensées et les origines.

Enfin, il est également passé sous silence le phénomène de dualisation de l’actuel parlement avec ce va-et-vient cyclique entre la gauche et la droite, lesquels ne présentent plus de programmes guère variables, avec la même volonté de poursuivre la social-démocratie sur fond de morale libérale libertaire, tandis que le plus gros des décisions sont décidées par Bruxelles en vertu de l’article 121 du Traité de fonctionnement de l’Union Européenne, laquelle ne tient absolument pas compte des revendications des masses populaires.

 

" Contre la vogue du « tous pourris », rappelons que les partis ne sont pas que des machines électorales ou des écuries : ce sont aussi des écoles de l’action collective et de la démocratie. "

Ce n’est pas le tous pourris, mais le tous pourrissable : tout citoyen, en raison des institutions qui lui permettent, peut abuser du pouvoir selon des circonstances variées, requérant ainsi la nécessité de fragmenter le pouvoir, de rendre son exercice court et accessible au plus grand nombre.

Après, il n’y a guère besoin de partis pour avoir une conscience politique, en atteste l’anarchisme et quantités d’idées transpartisanes comme l’abolition de la peine de mort, et des évènements majeurs à l’instar du référendum pour l’adoption du traité constitutionnel européen. L’auteur oublie qu’à l’époque, la quasi totalité des partis politiques, sensés représenter le peuple, s’étaient prononcés pour la ratification du texte, et qu’au final, il se trouva énormément d’acteurs, non affiliés à des partis, pour le contester, et conduire à son rejet à plus 55 %. Quand on sait que l’assemblée nationale vota l’adoption du traité de Lisbonne, qui est une pâle variation de celui de 2005, par près de 97 % des députés, ça laisse songeur sur leur légitimité politique et sur leur sens de l’intérêt général.

 

" C’est d’ailleurs à ce titre que « la loi garantit les expressions pluralistes des opinions et la participation équitable des partis et groupements politiques démocratique de la nation. » (article 4 de la Constitution). "

Une constitution n’a rien d’immuable : l’auteur devrait le savoir étant donné qu’il entend en écrire une autre pour instaurer une VIe république.

 

" Le calque du néolibéralisme "

Commettre un article dans Marianne ne pouvait décemment pas se faire sans une allusion quelconque au démon libéral, et par transitivité, capter le dégoût du lectorat dans le but de la diriger vers le tirage au sort. La manœuvre est aussi habile que grossière.

 

" Pour Paul Ariès, professeur de sciences politiques spécialistes des questions institutionnelles et démocratiques au Parti socialiste (et président de la Convention pour la VIe République, C6R) "

Il y a un conflit d’intérêt dans le fait de consulter cet énième spécialiste, puisque le tirage au sort entend fonder un régime où l’élection et les idéologies auraient une place moins centrales dans l’action politique et que la personne interrogée est membre d’un parti politique, défendant une idéologie. Évidemment qu’il ne va pas louer la méthode pour la descendre puisqu’elle nuit directement à sa famille politique et à ses idées.

Au passage, l’auteur ne semble pas soucieux de la cohérence de son propos puisqu’en début d’article il raillait le tirage au sort en le qualifiant de subversif, pour ici donner crédit à un intellectuel qui est lui-même subversif étant donné qu’il compte renverser l’ordre politique établi pour en installer un nouveau, en l’occurrence une VIe république.

 

" « la loyauté politique se construit dans un rapport matériel et de principe que seule l’élection autorise. "

Il est ironique de critiquer l’éventualité d’une absence d’alternative et du caractère potentiellement autoritaire d’une démocratie par tirage au sort tout en rejetant cette méthode, et en citant un philosophe qui n’admet lui-même aucun autre moyen de pratiquer la politique que par l’élection, ce qui n’est rien de moins que la manifestation d’une pensée totalitaire puisque refusant d’envisager d’autres possibles.

 

" Depuis la victoire de Syriza et le vaste mouvement de politisation qu’elle a provoqué, Junker et les commissaires européens préféreraient sans doute une assemblée tirée au sort à Athènes qu’une Vouli avec 300 députés élus à la proportionnelle corrigée. » "

Junker a dit le 24 janvier 2015 : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». L’un ou l’autre système lui importe peu du moment qu’il puisse poursuivre la construction européenne selon son bon vouloir. Au passage, Junker n’est pas élu au suffrage universel, et les commissaires européens sont nommés. L’auteur aurait été plus avisé de dénoncer l’actuel politique monolithique de la commission européenne qui conditionne les orientations politiques des gouvernements des pays membres, dont Syriza.

 

" Ainsi, en supprimant les élections, le TAS ne court-il pas le risque d’éteindre les mouvements d’effervescence et d’éducation populaire que constituent les campagnes électorales ? "

Enième mensonge. Le tirage au sort ne veut un complément de l’élection, non un remplaçant. Après, compte tenu de l’augmentation de l’abstention, des sifflements contre le président et le premier ministre à chacune de leurs apparitions, de l’effondrement du nombre d’adhérents des partis politiques traditionnels, l’extinction de l’effervescence et de l’éducation populaire n’est pas un risque, c’est déjà une réalité dont la gravité s’accroit à chaque nouvelle élection, forgeant davantage la résignation que l’espoir.

L’auteur dénigre Étienne Chouard, pourtant il rassemble plus de personnes à ses conférences qu’un député en campagne dans une salle communale. Ses ateliers constituants sont autant d’occasion de faire de l’éducation populaire, et grâce à Chouard, des milliers de personnes se mettent à lire Aristote, Montesquieu, Guillemin, entre autres, à réfléchir sur le système actuel et aux possibles, alors que les politiciens au pouvoir persistent à forger le mythe d’une impossibilité de changement notable, Syriza en tête pour avoir admis ne pas pouvoir faire autrement que de poursuivre les versements des intérêts au FMI.

 

" Plutôt que d’accompagner l’individualisme du sujet néolibéral, n’est-il pas au contraire plus urgent d’encourager le plus possible la création de collectif, de rassemblement, d’équipées ? "

C’est précisément ce qui se passe avec les Gentils Virus et les autres partisans du tirage au sort en formant des comités et procédant à de multiples actions locales pour sensibiliser la population à la politique.


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11 réactions à cet article    


  • bernard29 bernard29 27 avril 2015 11:52

    Bonjour,

    Bien évidemment que Sénéchal a raison, et la preuve c’est que même Chouard a laissé tomber le tirage au sort pour désigner des législateurs. Mais il en a fallu du temps.

    Sur le caractère d’essence divine du tirage au sort, c’est simple à comprendre dans le cadre d’une assemblée décisionnelle. En effet, il devient impossible de remettre en cause la décision prise par une assemblée de tirés au sort, sans remettre en cause le tirage au sort lui même. C’est en ce sens que l’on peut dire qu’ une telle décision est « d’essence divine ».

    C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, le tirage au sort serait antidémocratique en matière décisionnelle.

    Ce qui ne veut pas dire que le Tirage au sort , n’est pas intéressant dans le cas d’une institution chargée de missions de contrôle ( contre pouvoir citoyen) ou de conférences de citoyens (en fait les jury citoyens de Royal) constituées pour établir des propositions de décisions à valider soit par référendum soit par le parlement.


    • Norbert 27 avril 2015 16:41

      @bernard29

      « c’est que même Chouard a laissé tomber le tirage au sort »

      Le tirage au sort ? il l’a laissé choir ?


    • Ostramus 28 avril 2015 20:03

      @bernard29

      « Bien évidemment que Sénéchal a raison »
      Euclide, ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve, ainsi ce n’est pas parce que vous dites qu’il a raison, qu’il a raison.

      « et la preuve c’est que même Chouard a laissé tomber le tirage au sort pour désigner des législateurs »
      Chouard ne constitue en rien une autorité ultime en la matière, ainsi ce n’est pas parce qu’il a une position, que tous les partisans du tirage au sort la reprenne.

      « Sur le caractère d’essence divine du tirage au sort, c’est simple à comprendre dans le cadre d’une assemblée décisionnelle. »
      Ce n’est pas simple, c’est faux. Trois sources d’historiens reconnus en attestent.

    • JL JL 27 avril 2015 12:11

      Cet article me parait trop long et trop s’arrêter sur des détails qui relèvent, à mon avis, davantage de la subjectivité de son auteur qu’à une quelconque vérité établie.

      Ne serait-ce que le début, je cite : ’’le jugement de l’auteur (Clément Sénéchal) apparait avant même son développement, induisant donc à un réquisitoire à sens unique, non à une réflexion privilégiant la dialectique.’’ Perso, je pense que Clément Sénéchal a simplement exposé son hypothèse au début du développement de la thèse. (mais quand on veut noyer son chien ...).

      Ceci dit, je ne suis pas venu poster pour dire cela mais ceci :

      Les jurys d’assises sont tirés au sort. Pourtant, et je le déplore, les jugements d’assises qui n’étaient pas révisables sont désormais susceptibles d’être révisés, même en l’absence de faits nouveaux. Cela pose le même problème que celui qui est soulevé ci-dessus par Bernard29, à savoir le caractère sacré d’une décision résultant du tirage au sort.


      • bernard29 bernard29 27 avril 2015 14:17

        @JL

        pouvez vous me signaler le lien envoyant sur la modification quant aux modalités de révision d’un jugement de Cour d’assises pour crimes et délits. Pour ma part, je n’ai retrouvé que ceci suite aux discussions sur la loi du mois de juin 2014. ;

         Article 622 En savoir plus sur cet article... 

        « La révision d’une décision pénale définitive peut être demandée au bénéfice de toute personne reconnue coupable d’un crime ou d’un délit lorsque, après une condamnation, vient à se produire un fait nouveau ou à se révéler un élément inconnu de la juridiction au jour du procès de nature à établir l’innocence du condamné ou à faire naître un doute sur sa culpabilité. »

        Je n’y vois aucun changement .

        Quoiqu’il en soit , je parlais d’une décision législative par éventuelle une assemblée tirée au sort. Il est évident qu’une décision prise par une telle assemblée deviendrait incontestable dès son adoption. Il n’y a même plus à avoir de débat dans la société. Comment peux t’on la remettre en cause. En choisissant d’autres tirés au sort ? Mais ça voudrait dire que le premier tirage n’était pas le bon si la décision est autre. Et lequel serait le bon ? le premier ou le deuxième ? 

         Le tirage au sort pour une assemblée décisionnelle équivaut à la suppression du débat public et citoyen dans la société. Mais comme je l’ai déjà dit , même Chouard a laissé tomber pour le tirage au sort des législateurs. 


      • bernard29 bernard29 27 avril 2015 14:33

        @JL

        Pouvez vous me donner le lien pour la modification concernant la révision des jugements d’assises, parce qu’en juin 2014, voici le texte ;

        « La révision d’une décision pénale définitive peut être demandée au bénéfice de toute personne reconnue coupable d’un crime ou d’un délit lorsque, après une condamnation, vient à se produire un fait nouveau ou à se révéler un élément inconnu de la juridiction au jour du procès de nature à établir l’innocence du condamné ou à faire naître un doute sur sa culpabilité. »

        je n’y vois aucun changement.

        De toutes manières, je parlais du fait qu’une décision prise par une assemblée législative composée de tirés au sort devenait de ce fait incontestable. Il serait impossible de revenir sur une telle décision. Critiquer la décision serait critiquer le tirage au sort . Et même refaire décider l’assemblée de tirés au sort ne serait pas possible, car cela voudrait dire que sur un même problème, le résultat dépendrait du tirage au sort des représentants.. Lequel tirage au sort serait le bon ? le premier ou le deuxième ? Et puis, seuls les tirés au sort auront pu en débattre à la place de tous les autres citoyens. Il n’y a donc plus de débat politique dans la société.

        Quoiqu’il en soit. comme je l’ai dit ce débat est dépassé parce que même Chouard a laissé tomber le tirage au sort des législateurs.


      • bernard29 bernard29 27 avril 2015 14:35

        @bernard29

        excusez moi pour la redite, je croyais que le premier commentaire n’était pas passé.


      • JL JL 27 avril 2015 19:29

        @bernard29
         
        je ne sais pas si la loi a été modifiée, mais je crois qu’il y a eu des cas qui ont fait jurisprudence.
         
        Sauf erreur, dans l’affaire d’Outreau, le premier jugement d’assises a été invalidé sur le seul revirement de l’accusatrice principale. Un tel revirement n’est pas vraiment un fait nouveau. C’est en tous cas mon avis.
         
        Mais il est possible que ma mémoire me joue des tours.


      • Ostramus 28 avril 2015 20:05

        @JL
        Il n’y a pas de caractère sacré du tirage au sort, ça n’a jamais été le cas. Quand aux jurys d’assises, même si le jugement est révisable, ça n’enlève rien au processus de jurisprudence.


      • beo111 beo111 27 avril 2015 19:26

        Très bon article, merci Ostramus, même si le tout est un peu long.


        J’ai beaucoup aimé la mise au point au sujet de Périclès, car bien qu’elle soit simple, elle pourra dissiper le malentendu qui règne à son sujet dans les milieux universitaires du pourtour méditerranéen. 
         
        Par contre je ne partage pas votre appréciation sur d’autres figures telles que Solon, Clisthène et Démosthène. Selon toute vraisemblance ce n’étaient pas des gens très cool.

        Et d’ailleurs je suis d’accord avec certains points évoqués par Sénéchal, à mon sens pour les athéniens la démocratie est sacrée.

        Mais l’essentiel est à chercher ailleurs je pense. Est-il normal que un mois avant les dix ans de la victoire du NON au référendum de 2005 nous soyons à nous écharper entre staliniens et partisans du tirage au sort ?

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