Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Politique > Comme un bruit de bottes

Comme un bruit de bottes

Nous aurions pu croire qu’ils avaient tiré les leçons des scrutins de 2002 et du référendum européen. Mais non, nos sondeurs sont incorrigibles et, jusqu’à la présidentielle de 2007, nous pouvons être assurés que l’opinion publique continuera d’être l’objet de toutes leurs attentions. Au fond, peu importe la justesse de leurs prédictions. Dans une société inquiète pour son devenir, et une classe politique à l’avenant, tous les moyens sont bons pour se rassurer et combler le vide abyssal de la pensée.

Ainsi, pour Le Monde et RTL, TNS-Sofres nous apprend que les idées du Front national progressent dans la société : 73 % des Français considèrent qu’on ne défend pas assez les « valeurs traditionnelles », 70 % que la justice n’est pas assez sévère avec les petits délinquants, 63 % qu’il n’y a trop d’immigrés et 48 % qu’on ne se sent plus vraiment chez soi en France.

24 % de nos concitoyens se déclarent d’accord avec les thèmes défendus par Jean-Marie Le Pen, qui a recueilli 17,79 % au second tour de l’élection présidentielle de 2002.

Quant à l’Europe, elle menace l’identité française pour 45 % d’entre nous.

En un mot, la France se lepénise tranquillement. Franchement, un sondage était superfétatoire, il suffisait de regarder les journaux télévisés et d’écouter Nicolas Sarkozy pour s’en rendre compte. Mais peut-être bien que ceci explique cela. Sur ce point, aucun sondeur ne s’est encore penché sur la question.

Et puisque nous parlons du ministre de l’Intérieur, un deuxième sondage d’Ipfos paraît aujourd’hui dans Le point qui va, à coup sûr, faire jaser dans la chaumière sarkozienne.

Au palmarès des leaders politiques Bernard Kouchner arrive en tête avec 60 % des suffrages devant Bertrand Delanoë et Jack Lang. Nicolas Sarkozy ne se place qu’en 5e position à 54 % (décidément, ces sondeurs quelle racaille, à nettoyer au Kärcher !)

Aussi, notre french doctor ne va-t-il pas manquer de faire monter les enchères au sein d’un PS qui l’a toujours boudé. Très sérieusement, il se verrait bien le héraut d’une gauche en mal de popularité. D’ailleurs, ne doutant pas un seul instant de son avenir présidentiel, il fait peaufiner sa biographie afin que les foules soient instruites d’un destin hors du commun, du genre de celui forgeant les (grands) hommes d’État. L’hagiographe désigné n’est autre que Michel-Antoine Burnier, un ancien d’Actuel.

La certitude du pire

Évidemment, ces deux sondages pourraient paraître contradictoires : une France qui se radicalise d’un côté, un candidat socialiste qui monte de l’autre. Encore faudrait-il être sûr que Kouchner soit bien de gauche, ce dont ses petits camarades semblent douter.

Mais il y a bien longtemps que nous avons quitté le monde des projets, des élans fédérateurs et de l’audace, pour nous engluer dans celui de la gestion du quotidien. Les récents évènements en sont la démonstration patente. On obvie à un problème ? Seulement une fois celui-ci arrivé ! Prévoir paraît impossible à nos dirigeants. Place aux comptables qui n’en finissent pas de dresser des bilans, désespérant d’y trouver d’improbables soldes créditeurs…

Aussi, le passé, le bon vieux temps, reste-t-il une valeur refuge, la rente Pinay des politiques de demain. Quel naufrage ! Kouchner, Delanoë, Lang et, à voir la une du Nouvel Observateur de cette semaine, Ségolène Royal trouveraient, ainsi, quelques grâces à nos yeux. Certes, ils pourraient nous dire, à l’image des publicités de l’Oréal  : « parce que je le vaux bien », car s’agissant de leurs programmes respectifs, on reste sur sa faim. Peut-être est-ce pour cela qu’ils nous séduisent ? Ils laissent nos illusions intactes, et c’est bien là l’essentiel.

En 2007, au lendemain du second tour, il sera temps de nous réveiller. À voir comme l’avenir se profile, nous pouvons craindre qu’aucun des candidats en lice, à l’issue du premier tour, ne dépasse les 15 %.

Dans cette hypothèse tout est possible, et le pire n’est pas la moindre des certitudes. Sondages ou pas.

Photo : Reuters


Moyenne des avis sur cet article :  1/5   (1 vote)




Réagissez à l'article

13 réactions à cet article    


  • (---.---.196.74) 15 décembre 2005 12:02

    Effectivement,

    On peut même se demander si ce n’est pas là toute la stratégie de L’UMP pour 2007 ??

    Et face à une gauche inexistante et divisée ce sera Bingo, on va en reprendre pour 5 ans, pourtant là ceux qui criaient à l’époque que Jospin c’était comme Chirac devraient logiquement avoir évolué ???

    Surtout après 3 ans de Raffarin et 2 ans de Sarkopin ???

    Préparez vous pour une deuxième fournée d’enculades en tout genres !!

    Les petites gens n’ont pas fini de trinquer !!!


    • florian (---.---.162.37) 15 décembre 2005 16:56

      Ce qui me désole le plus est le niveau du débat politique qui descend au fur et à mesure que les idées d’extrème droite se font leur place au soleil. J’entends beaucoup de mots ou de valeurs que tout le monde utilise sans en connaitre le sens : république, service public, modèle social, libéralisme... La multiplication des moyens de communication fait que tout le monde a accés à une multitude d’information, et malheureusement le quantitatif prend le pas sur le qualitatif. Il suffit de voir le nombre de mails avec des infos totalement fausses qui circulent et que beaucoup prennent pour argent comptant, sans chercher à vérifier les sources. Or tout journaliste sait que recouper l’info est le premier des devoirs. Et les premiers à manier cette désinformation sont les hommes politiques, dont certain ont un ministère important. Les hommes qui parlent le mieux s’amusent à faire peur, à insister sur tout ce qui ne va pas, à jouer sur les peurs de la population. A partir de là, il suffit de trouver un bouc émissaire (les étrangers ou la mondialisation) responsable de tous nos problémes, et de convaincre les gens frustrés par les politiques précédentes et la situation économique difficile. Et dans tout ça qui se soucie de la France ?


      • bertrand (---.---.144.45) 15 décembre 2005 19:33

        Mon papa a été envoyé massacrer la population algérienne en 1957 sur ordre de François Mitterand !! Décidemment, les bruits de bottes s’entendent un peu partout !!


        • (---.---.93.175) 15 décembre 2005 19:43

          73%, 70%, 63%.... Ces chiffres sont porteurs d’espoir, car enfin il se dégage de vraies majorités. Les gouvernements étant censés exécuter la volonté du peuple, au moins voient ils où diriger leurs efforts. mais ne soyons pas trop optimistes : on nous répondra que l’opinion publique se trompe, qu’elle est mal informée, qu’il faut l’éduquer, on nous soumettra à de grandes campagnes d’information (propagande ?) pour ramener nos idées vers le politiquement correct. Ceux pour qui cela ne suffira pas devront les cacher, ou finir devant le juge. tout cela a des relents de totalitarismes que l’on croyait du passé.


          • cultilandes (---.---.193.182) 15 décembre 2005 20:16

            Les instituts de sondages ne sont que des thermomètres. Est ce la faute du thermomètre si nous avons la fièvre ? Certes la mesure n’est pas toujours bien faite, mais la réalité de « l’opinion » est bien telle ! Nos concitoyens seraient donc anti-mondialisation, xénophobes, égoïstes, homophobes, anti-intellectuels, mais aimeraient Kouchner, Delanoë et Lang plus que Sarkosy... Effectivement, il y a beaucoup de gens dont les opinions, les sentiments ne correspondent pas exactement au « programme » du candidat ou du parti pour lequel ils votent. Quand ils votent. Aimer l’ancien pape Jean Paul II sans suivre ses recommandations... Beaucoup sont pour la protection sociale, la sécurité de l’emploi, mais trouventr qu’il y a beaucoup trop de profiteurs du système (haut plaçés mais aussi RMIstes), trop d’étrangers,etc. Les gens expriment souvent des opinions apbrutes, en forme de slogans, mais leuurs idées sont en fait plus nuancées. Or les partis sont monolithiques, seuls quelques franc-tireurs comme Kouchner, Vals ou d’autres à droite et à gauche ne se croient pas obligés de réciter la litanie, de « faire bloc ». Pour être populaire, il faut rester flou sur ses idées. Pour être élu, il faut d’abord rassembler son « camp » au 1er tour. Pas facile, car l’opinion semble contradictoire, mais il doit y avoir moyen d’écouter et éduquer les gens. Encore faudrait il que dans les journaux télévisés, on ne se contente pas de tendre le micro, quand il y a conflit ou polémique, quelques secondes à une partie, quelques secondes à l’autre, sans enquête et analyse...


            • koz (---.---.38.241) 16 décembre 2005 08:17

              Si vous vous intéressez aux tendances, vous constaterez que ce sondage SOFRES offre au moins autant de raisons (voire bien davantage) de considérer que le Front National est en recul que l’inverse. Simplement, il semblerait que, lorsque l’on commande un sondage avec un certain a priori - démontrer l’avancée du FN voire, cerise sur le gâteau, l’implication de Sarkozy - il soit trop douloureux de ne pas publier le sondage ou d’en traduire toutes les nuances.

              68% des sympathisants communistes et 64% des sympathisants socialistes considèrent ainsi que l’on ne défend pas assez les « valeurs traditionnelles »...

              Quant au fait de donner davantage de pouvoirs à la police, 49 % sont d’accord, contre 53% en 2003, 76% en 2002 et 64% en 2000 !

              Il est vrai que, lorsqu’un sondage conforte en apparence nos présupposés, on n’est guère disposé à en traduire la totalité.


              • (---.---.93.175) 16 décembre 2005 09:28

                enfin, quand on compare les tableaux "Le niveau d’adhésion aux thèmes de Jean-Marie Le Pen« et »Les niveaux d’adhésion à différentes opinions" on voit que Le Pen est plutôt un repoussoir. Le nombre de sympatisants recule fortement dès que les idées ont l’étiquette du front national. La formulation des questions a aussi une influence sur les réponses. ainsi, dans « Il faut donner beaucoup plus de pouvoir à la police » le mot « beaucoup » fausse le résultat. Comme d’habitude, on construit les questionnaires pour obtenir les résultats que l’on souhaite.


                • Emile Red (---.---.78.190) 16 décembre 2005 14:53

                  Et oui les sondages sont avant tout un trucage de la réalité par leur inconsistance trompeuse.

                  Ce n’est pas pour rien que la PDG de l’ifop est aussi la présidente du MEDEF, et que Mme de Panafieu caracole en tête des sondages (ifop) des nominables de l’UMP à la mairie de Paris, quand on sait ses connivences avec la précédente suscitée.


                  • (---.---.38.241) 17 décembre 2005 19:16

                    pécédente ou suscitée ? Y’avait précitée, qui marchait bien, aussi, et en plus, ça faisait contraction... smiley


                  • Proof OK (---.---.28.210) 23 décembre 2005 09:25

                    La plus grande armée du monde est Chinoise donc communiste ! En ce moment il n’y a pas beaucoup d’armée fasciste ( a part peut etre l’Iran) A méditer proche de Mr Sartre ! Donc entre une extreme gauche et une extreme droite, laquelle trouvera le + de support a l’etranger ?


                    • (---.---.128.130) 23 décembre 2005 10:04

                      Normal pour le pays le plus peuplé.


                    • Proof OK (---.---.28.210) 23 décembre 2005 09:26

                      La plus grande armée du monde est Chinoise donc communiste ! En ce moment il n’y a pas beaucoup d’armée fasciste ( a part peut etre l’Iran) A méditer proche de Mr Sartre ! Donc entre une extreme gauche et une extreme droite, laquelle trouvera le + de support a l’etranger ?


                      • (---.---.196.103) 28 décembre 2005 12:05

                        Monsieur,

                        Quant on se targue de précision et d’inscription des données dans leur contexte, comme vous l’avez fait dans votre article sur Sarkozy et July, on s’applique ce principe à soi-même. Libre à vous de critiquer les sondages, ils le méritent parfois et doivent toujours être commentés avec un regard critique, mais laisser entendre dans votre introduction qu’ils se trompent toujours, en citant entre autres exemples le référendum européen, c’est d’une malhonnêteté intellectuelle absolue, puisque tous avaient annoncés, et relativement tôt, la victoire du non. Mais je suppose que vous faîtes partie de cette catégorie qui pense qu’il vaut mieux « avoir tort avec Sartre qu’avoir raison avec Aron ».

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès