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Accueil du site > Actualités > Politique > Comment juger de la valeur d’une politique ?

Comment juger de la valeur d’une politique ?

Depuis quelque temps l’idée d’évaluer l’action politique se pose. On est déjà passé par un épisode sur « la culture du résultat » sans voir ni beaucoup de culture et encore moins de résultat. Et par chaque article et discussion sur nos forums ou nos blogs (1) revient, par le biais des critiques des programmes politiques mis en place, l’idée qu’il faut bien arriver à établir une méthode d’analyse, un jugement de valeur sur l’efficacité et l’impact des politiques publiques.

En guise de préambule...
 
Nous le savons bien : la critique est aisée, l’art est difficile. 

N’est-il pas difficile d’établir un consensus sur tel sujet, sur telle solution à apporter ? 

De quelle virtuosité du langage et de quelle finesse de psychologie il faut faire preuve pour convaincre une majorité, obtenir l’adhésion et engager tous à coopérer sur un projet (au moins persuader sinon interdire aux plus rétifs de le paralyser) !
Mais très vite il s’agit de gérer ce projet jour après jour et jusqu’à son terme, rassembler les moyens humains, matériels et financiers et les mettre en oeuvre de façon coordonnée, intelligente ou pratique. 

Ensuite faire face aux critiques parfois gratuites ou mal intentionnées, communiquer enthousiasme et persévérance dans l’effort et voir poindre les signes précurseurs de la réussite lorsque tout le monde se décourage déjà et que le pessimisme gagne. 
 
Oui, il est plus difficile d’agir que de ne rien faire par crainte de se tromper. Mais cela dit, doit-on toujours se tromper ou bien est-il possible d’envisager un projet politique qui soit positif et plein de succès ? 

Sommes-nous capables d’observer les problèmes, de distinguer les besoins, les ressources disponibles et nous adapter à une situation donnée pour agir efficacement en limitant les conséquences négatives ? 

Sommes-nous capables de faire mieux que d’apporter une solution simpliste à des problèmes complexes, ou de nous perdre en conjectures, spéculations et faux-débats pendant que les vrais problèmes restent et grossissent naturellement à l’endroit où ils sont ? 

Cette question est celle sur l’intelligence collective et d’un processus d’apprentissage commun. 
 
Par exemple on nous rebat les oreilles pour nous dire que l’éducation doit se rapprocher de l’entreprise. Cette dernière offre des carrières et des débouchés mais ne tient pas vraiment à s’occuper en interne d’une formation professionnelle considérée comme un investissement coûteux. La société et les ministères de l’éducation et de la formation sont instamment sommés de s’adapter à cette demande... Mais à quel moment fera t’on le constat sur l’efficacité et la cohérence de cette réorientation ? Pour quel bilan global ? Serait-ce pour continuer d’alimenter le déficit commercial et budgétaire, la course vers la compétitivité et la productivité qui débouche trop souvent vers un haut niveau de chômage, l’inadaptation de la formation au regard des postes à occuper ? Et finalement concentrer sur la demande urgente de l’entreprise, des moyens, des personnels qu’elle ferait mieux de mobiliser d’elle-même, et qui affectés ailleurs auraient permis de développer un autre projet éducatif ou scientifique avec un meilleur bilan global ?...
 
Autre exemple. En octobre 2010 le prix de la banque de Suède ou autrement dit « le prix Nobel d’économie » vient d’être décerné à des "chercheurs" anglo-saxons. Ces "chercheurs" ont trouvé que la durée d’indemnisation du chômage était corrélée au taux de chômage... Pourtant, corrélation n’est pas causalité. Ainsi, ce n’est pas parce que le nombre de médecins est corrélé au nombre de malades, dans un hôpital que ce sont les médecins qui causent les maladies (2)... De plus le respect des droits des travailleurs ne peut pas entrer en ligne de discussion selon les intérêts économiques de ceux qui font du chômage un moyen de chantage pour faire renoncer à un salaire convenable et une vie décente (voir le postulat d’un « taux naturel de chômage » dans la théorie monétariste). En bref l’étude conclut sur ce postulat non-dit : "Plus les gens vivent dans la misère (sans allocation de chômage), plus il est facile de les exploiter (les employer à bas coûts)". Je ne suis pas sûr que ce genre de constatation mérite 3 (trois) « prix Nobel d’économie ». Pas sûr non plus que la démonstration réciproque "Plus il est facile de les exploiter, plus les gens vivent dans la misère" obtienne les suffrages de cette noble académie...

Ignore t-on vraiment (ou est-ce seulement une feinte ?) que réduire les droits politiques et sociaux c’est acculer à la misère et qu’il existe un lien étroit et direct entre droits de l’homme et du citoyen, partage des richesses (redistribution fiscale et circulation monétaire) et prospérité commune ? 
 
Tout ceci nous pousse à la conclusion qu’il nous faut de meilleurs instruments d’analyse, une nouvelle approche dans la gestion de la complexité. Il s’agit aussi de questionner notre aptitude à l’évolution culturelle, c’est à dire interroger la capacité de notre société à évoluer collectivement dans la bonne direction. 
 
De l’observation à la généralisation

Notre vie quotidienne nous met en permanence en confrontation avec des faits, des indices, une réalité parcellaire et fugace qu’il s’agit d’interpréter dans la foulée alors que nous agissons dans l’urgence. 

C’est la vie, ce n’est pas le paradis, ni le monde des idées pures et éternelles des philosophes. 

Ainsi notre esprit s’empare de quelques indices particuliers pour se faire une opinion générale, voir communément admise. C’est un mouvement de généralisation hâtive qui forme un discours axiomatique commun.
 
Or l’efficacité d’une politique est directement liée à la qualité de l’examen du réel, de sa représentation fidèle dépendront la réussite des plans d’action. 

C’est pour cette raison que l’on envoyait des espions géographes dans les contrées lointaines, qui avec un thermomètre et une casserole, avec une boussole et en comptant les pas, pouvaient dessiner la carte de vastes régions inconnues des États-majors. 
 
Aujourd’hui nul besoin d’arpenter des contrées sauvages. Mais une question reste actuelle : Quelle représentation nous faisons-nous de la manière dont le monde fonctionne ?

Ainsi plutôt de se contenter de quelques généralités et quelques déductions axiomatique incertaine, d’un jugement commun qui nous tiendrait lieu de savoir universel ; ne faut-il pas toujours aiguiser notre sens de l’observation, renouveler notre critique d’un discours axiomatique communément admis ? 

C’est une telle leçon de logique qu’imposera l’affaire Dreyfus, dans une lutte farouche entre les institutions établies, incontestables : l’Armée française, la Justice républicaine, et la libre conscience de personnalités qui refuseront le mensonge des idées toutes faites et la tyrannie d’une injustice hurlante et tout cela mélangé de haine raciale. Soupe infecte de préjugés et de mauvaise foi !
 
De la critique à l’intelligence collective

Nous savons déjà que de la qualité de l’examen dépend la représentation du réel et l’efficacité de l’action politique. 

Ainsi pour avoir une représentation correcte, il est nécessaire de garder le réflexe de revenir constamment aux sources de nos informations. Mais pas seulement !
S’il se révèle qu’une généralisation est abusive, qu’une idée fausse conduise à une impasse. N’est-il pas honnête de le reconnaître, n’est-il pas utile de faire son auto-critique et redoubler de vigilance et d’esprit d’examen ? 
 
La critique est aisée, l’auto-critique est difficile. Reconnaître une erreur est une épreuve difficile pour le commun des mortels, c’est perdre la face ou faire l’aveu de sa faiblesse ce qui est mystérieusement insupportable pour la majorité d’entre nous. Et combien d’avantage encore devront supporter les conséquences des erreurs d’autrui jamais reconnues et laissées en état de nuire encore et toujours ? 
 
Beaucoup d’erreurs et de situations d’impasse sont causés par ces généralisations ou ces postulats hâtifs ou mal-dégrossis. Mais que dire de ces idées ou postulats « non-dits » quelque fois volontairement passés sous silence (lorsque la politique devient art de dissimulation) afin de dégager un faux-consensus ? Ces axiomes « non-dits » conditionnent aussi bien (sinon mieux) la manière de gérer une situation que ceux qui sont explicités. Il devient à ce stade extrêmement périlleux de traiter un problème. La seule solution est de l’aborder directement, de chasser le non-dit par un dialogue ouvert, poser directement la question du « comment progresser » dans tel ou tel domaine , établir un plan d’action et finalement trouver une définition claire du problème à résoudre. (3) 
 
Il n’y a pas de solution miracle et aucun raisonnement, discours ou acte politique ne doit rester sans examen. C’est à ces conditions, d’une acuité d’observation, d’une formulation précise, d’une étude des avantages et des inconvénients, que des solutions effectives seront trouvées. Cela passe par un apprentissage en commun. C’est par l’élaboration progressive de nos propres postulats, de notre propre méthodologie d’évaluation que nous parviendrons à mettre en oeuvre, par ce processus d’intelligence collective, une politique valable et responsable.
---
(1) Xavier Malakine "Comment juger d’une bonne politique ?"
(2) Prétendu prix nobel d’économie 2010
(3) voir Peter Senge "la 5ieme discipline" (Essai pratique d’analyse systémique).
 

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1 réactions à cet article    


  • jef88 jef88 18 novembre 2010 19:39

    Comme c’est à la mode on met une note ! (Ou pas)

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