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Accueil du site > Actualités > Politique > Conflit kurdo-turc : entre prospérité et réalité

Conflit kurdo-turc : entre prospérité et réalité

L’administration civile dévoile son projet d’investissement du sud-est.

Le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, a finalement dévoilé son programme d’investissement afin de revivifier la région du sud-est du pays, peuplée majoritairement par les Kurdes.

Attendu à Diyar Bakr, la principale ville dans la région (1 500 000 habitants) le 6 avril, il est arrivé le 27 mai, en retard d’un mois et demi environ par rapport à la date prévue. Mieux vaut tard que jamais !

Dans un discours fleuve, de plus de deux heures et demie, monsieur Erdogan a annoncé que son gouvernement va investir la somme de 15 milliards de dollars sur 5 ans (2008-2012) dans cette région, qui, depuis 25 ans, est le théâtre d’un conflit meurtrier entre des rebelles kurdes d’une part, des nationalistes et les services de l’ordre d’autre part.

Selon le Premier ministre, son projet qui comporte plusieurs volets, économique, socio-économique, politique et culturel, vise à améliorer la qualité de vie et le bien-être des habitants, à rattraper le retard cumulé par rapport aux autres régions du pays et à anéantir le Pkk par la prospérité et la création de 3,8 millions d’emplois.

Les observateurs, qui ne nient pas l’intérêt de ce vaste programme, y voient également que le Premier ministre tente d’en tirer profit sur le plan politique en renforçant son assise politique pour les prochaines élections municipales qui se profilent d’ici un an.

Loué par certains, critiqué voire boycotté par d’autres, monsieur Erdogan, le 27 mai, a voulu à l’appui des chiffres, être le créateur d’une nouvelle page des relations fraternelles entre les deux composantes majeures de la société turque.

Réussira-t-il dans cette tâche complexe et compliquée là où les autres ont échoué. Dans cet article, le quatrième du genre sur ce conflit, nous allons essayer de comprendre de quoi il s’agit.

Monsieur Erdogan. le 27.05.2008.
Discours de promesse sous le contrôle
et les regards de deux enfants kurdes.

1.Introduction

Les provinces de l’est et le sud-est de l’Anatolie peuplées majoritairement par les Kurdes sont pauvres et souffrent d’un sous équipement dans beaucoup de domaines : agricoles, infrastructures, pénurie d’électricité...

Le sous-développement est devenu le caractère principal de ces provinces. Le chiffre le plus inquiétant demeure celui des personnes privées d’emploi (PPE) que nous avons la coutume de désigner injustement par le terme « chômeurs » et qui frappe 50% des forces actives de la société.

Depuis 1980, ces provinces vivent au rythme des affrontements sans fin entre des rebelles appartenant au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) d’une part, des nationalistes turcs et les forces de l’ordre d’autre part. Au moins 40 000 vies ont été gaspillées.

Afin de baisser la tension et de remédier à l’état sanitaire de la société, plusieurs plans économiques ont été adoptés, mais qui sont tous voués malheureusement à l’échec pour de multiples raisons ; le manque des moyens financiers, parmi d’autres, constitue l’une des réponses à expliquer ces échecs.

L’arrivée de monsieur T.R. Erdogan et son parti Justice et Développement AKP au pouvoir ont changé la donne et ont fait renaître la confiance et l’espoir en raison d’une approche différente des problèmes et surtout en raison d’une reconnaissance des erreurs commises dans le passé, doublée par des promesses politiques d’apporter des réponses adéquates et équitables.

Récemment, au cours du mois de mars dernier, devant ses supporters dans la cité Batman (sud-est du pays), monsieur Erdogan s’est engagé à proposer un plan d’investissement qui changera la façade de cette région, a rapporté le correspondant de Voice of America. Il a promis d’y retourner sous peu afin de dévoiler les détails de son plan.

Le 27 mai, en présence de la moitié de son cabinet ministériel (12 ministres) et de 50 députés originaires de la région, au cours d’un meeting à Ziya Gökalp sport Hall (sud-est), il a déployé les détails de son programme et a donné le coup de sifflet du départ de ce qu’il a appelé un projet immense, un projet gigantesque, c’est la « restauration sociale ».

Il s’agit, selon lui, d’une nouvelle action pour redémarrer et achever le GAP (The Southeastern Anatolia Project). En effet, ce projet considéré comme vital pour la région a été stoppé pour des raisons financières, a rapporté le site Todayszaman proche du gouvernement. Pour rassurer un public échaudé, déprimé par les échecs et les promesses sans concrétisation dans le passé, il a déclaré : « Ce que je vais vous annoncer aujourd’hui n’est ni un rapport, ni un projet ou un dossier, mais un plan d’action accompagné d’un calendrier précis et des moyens financiers disponibles. »

Le plan présenté s’étale de 2008 à 2012, doté d’un budget colossal de 15 milliards de dollars environs (9,5 milliards d’euros), dont la dotation de 2008 à elle seule s’élève à 800 millions de dollars (507 millions d’euros).

1.1. Tentative de comprendre le retard du retour de monsieur Erdogan

Dans un article publié le 2 avril dernier sur le site Agoravox , sous le thème : « Les portées politiques de l’incursion turque dans le nord de l’Irak », et plus précisément dans le paragraphe « les prémices de l’espoir », nous avons avancé la date de 6 avril comme le jour où le Premier ministre T.R. Erdogan viendra à Diyar Bakr et annoncera un ensemble de mesures de réformes politiques, économiques et culturelles en faveur des Kurdes turcs, comme cela a été annoncé par son conseiller monsieur Mohamed Metinar, qui a effectué une visite de préparation dans la région. Mais cette visite n’a eu lieu que le mardi 27 mai. Que s’est-il passé ?

Le mardi 8 avril une délégation composée de 17 organisations non gouvernementales de la société civile (NGOs) de l’est et du sud-est d’Anatolie est partie à Ankara rencontrer le président de la République, le Premier ministre et l’opposition afin de présenter leurs observations et leurs suggestions pour la question kurde en matière de réformes démocratiques, économiques et politiques.

La délégation est également venue exprimer sa vive angoisse au sujet des derniers événements qui ont eu lieu dans la région et souhaite trouver des solutions afin de parer une violence devenue de plus en plus aiguë.

En fait, des affrontements ont eu lieu entre la police et des contestataires kurdes le 21 mars après la célébration de la fête du printemps (Nevruz), fête importante chez les Kurdes ; ils ont été suivis par d’autres affrontements entre des nationalistes et des pro- kurdes sur les campus universitaires.

Le tout s’est soldé par la perte de trois vies humaines, une sorte de désordre règne dans la région et le PKK a appelé à une intifada populaire (soulèvement) dans la région. La visite s’est effectuée donc sous tension et dans une ambiance lourde.

La délégation a exposé à monsieur Erdogan ses propositions pour améliorer la situation dans le sud-est, insistant sur le fait que les mesures économico-financières, à elles seules, ne peuvent aboutir à une solution radicale du problème.

Pour arriver à une issue permanente, on a proposé que les mesures économiques soient associées à celles des réformes démocratiques et sociales et que la langue kurde soit employée dans l’éducation et le service public.

En arrivant à ce point, un échange dur a eu lieu entre le Premier ministre et monsieur Sezgin Tanrikulu, le président de Diyar Bakir Bar Association. Ce dernier se plaignait du fait que la Turquie a refusé la permission d’enseigner la langue kurde dans les établissements scolaires et que l’approche du Premier ministre est uniquement économique, négligeant l’aspect politique de la question.

« Le droit de recevoir une éducation en langue natale c’est le droit des minorités, et selon la loi turque les Kurdes ne sont pas définis comme minoritaires », a rétorqué monsieur Erdogan. La discussion a continué sur ce rythme pendant un moment entre des arguments et des contre-arguments, et elle a fini par le départ de monsieur S. Tanrikulu, qui a quitté la salle de réunion en pleine colère. Le reste de la délégation est restée encore pour vingt minutes et elle a refusé toute déclaration à la presse.

Selon des sources proches du gouvernement, des problèmes existaient déjà entre les membres de la délégation NGOs avant la rencontre avec le Premier ministre. Il est difficile de savoir si cela est vrai ou de l’intox. Cependant, la Human Rights Association (IHD) a déclaré qu’à la veille de la réunion elle n’a pas pu entrer en contact avec la délégation, et que, pour elle, les suggestions apportées sont trop axées sur l’aspect économique.

2. Les suggestions ou les propositions économiques des organisations non gouvernementales

Nous citons l’essentiel de ces propositions :

*La construction d’un aéroport à Diyar Bakir.

* Accélérer les projets d’irrigation...

* Baisser le taux d’intérêts pour les entrepreneurs qui montent des projets dans la région...

* Inciter et stimuler la création des zones industrielles...

* La création des emplois...

* Introduire des mesures spécifiques qui encouragent les investisseurs à s’installer dans la région...

Le rapport conclut que ces mesures avec celles que nous avons abordées plus haut peuvent constituer un socle solide pour résoudre le problème.

La situation est restée floue depuis cette rencontre jusqu’au 27 mai. Entre-temps des accrochages ont eu lieu entre l’armée turque et des éléments du PKK et une fois de plus des vies ont été gaspillées.

Enfin, le 27 mai, monsieur Erdogan au cours d’un discours fleuve, plus de deux heures et demie, a présenté son projet quinquennal (2008- 2012) que le média proche de lui a désigné comme le « projet de la fraternité ».

3. Le Projet de monsieur Erdogan en faveur de la région peuplée majoritairement par les Kurdes de la Turquie

3.1. Les objectifs

Le projet a trois objectifs, il vise à :

* Réduire, voire anéantir la disparité économique et sociale inter et intra régions (restauration sociale).

* Raviver l’ancien projet, le GAP, compte tenu de sa vitalité pour la région en le dotant des moyens nécessaires à sa réussite (financiers et humains).

* Préparer les conditions qui permettront la création de 3,8 millions d’emplois (objectif ultime).

Néanmoins, certains observateurs parlent d’un quatrième objectif non déclaré lié à des intérêts électoraux, nous verrons cela plus loin.

3.2. Les grandes lignes

3.2.1.Les infrastructures

Pour l’essentiel, 22 barrages hydroélectriques sur le Tigre et l’Euphrate seront à construire, et on achèvera ceux dont les travaux ont été bloqués pour des raisons dites financières. L’ensemble de ces barrages doit couvrir l’irrigation de 57% des terres cultivées et la production de 27 milliards de kilowatts par heure afin de combler la pénurie d’électricité.

3.2.2.L’agriculture

La généralisation des méthodes modernes de l’irrigation et 1,8 millions d’hectares seront créés, assurant ainsi la garantie de la production d’une part, et la stabilité des revenus d’autre part.

La récupération des terrains cultivables mais minés sur les frontières avec les pays limitrophes. Dans une première phase, 30 000 hectares cultivables seront déminés sur la frontière avec la Syrie et ils seront mis à la disposition des agriculteurs. Des opérations similaires peuvent se reproduire plus tard en raison de la longueur des frontières entre les deux pays.

Note : Cette démarche du gouvernement turc, en dépit de son intérêt agricole et économique, ne manque pas aussi d’un intérêt géopolitique à souligner. En effet, elle confirme le réchauffement des relations entre Damas et Ankara amorcé depuis quelques années d’une part, et la volonté de la Turquie d’avoir une certaine distance ou indépendance vis-à-vis de l’administration étasunienne en ce qui concerne ses rapports régionaux d’autre part.

Ainsi, lors de sa dernière tournée proche-orientale, en mars dernier, monsieur Dick Cheney ne s’est pas privé d’appeler la Turquie à durcir sa politique envers l’Iran et la Syrie. Mais ce souhait a été voué à l’échec, car Ankara, vise à avoir un rôle puissant d’équilibre régional qui nécessite d’elle d’être à une distance égale avec les pays voisins.

Elle trouve aussi bien dans les pays qui l’entoure, l’Irak, l’Iran et la Syrie, un immense potentiel de développement et d’échanges commerciaux. A titre d’exemple, le nombre de passages douaniers entre la Syrie et la Turquie est passé de 1 à 7 en peu de temps. Le nombre de sociétés bancaires et d’assurances turques est en pleine expansion et elles y poussent partout comme les petits champignons.

3.2.3.L’emploi

C’est le but ultime et il a deux significations fortement liées. La création de 3,8 millions d’emplois est avant tout un retour à la normale, à la justice, à la citoyenneté et rendrait la dignité aux citoyens avec toutes les conséquences économiques et sociales qui s’ensuivent, mais pour monsieur Erdogan c’est aussi un moyen efficace, non seulement d’enrayer la pauvreté mais d’affaiblir la rébellion aussi : « Lorsque le plein emploi et la liberté se renforcent, le PKK perd. » Dans cette région, il faut dire que le « chômage » est un roi alors que le travail est rare.

3.2.4.La culture et l’éducation

Le fait marquant dans cette ligne, c’est la mise en place d’une chaîne qui diffusera des émissions en langue kurde, mais aussi en langues arabe et persane (farsi), et qui couvrira les zones frontalières des trois pays limitrophes.

Cette tâche a été confiée au groupe radio et télé turc TRT. En ce qui concerne le secteur de l’éducation, le projet prévoit l’obligation de l’enseignement primaire, la construction de plusieurs centaines de nouvelles classes (plus de 1500 classes), d’augmenter la capacité des universités et des campus et enfin la création d’un parc technologique.

La ville d’Hasankeyt, au riche patrimoine historique, est menacée de disparition à cause de la construction du barrage d’Ilisu. Monsieur Erdogan a promis à la population kurde de sauver cette ville. Respectera-t-il sa promesse ? Le temps le dira. (photo : keystone)

3.2.5. La garantie de l’exécution du projet

Afin d’éviter une fatale et une dernière brouille avec la population, dans la volonté de cimenter des liens de confiance avec les Kurdes et d’être le principal interlocuteur de public, monsieur Erdogan a informé la population le 27 mai de ces trois dispositifs qui assureront et garantissent ses engagements :

a. La mise en place des « agences locales de développement » dotées des moyens financiers.

b. Le déménagement de l’ensemble de l’administration qui chapeaute ces travaux d’Ankara vers les localités concernées.

c. L’obligation de rédiger un rapport trimestriel décrivant l’état d’avancement et les difficultés rencontrées.

4. Les réactions

Dans son discours, le Premier ministre turc n’a pas manqué de critiquer indirectement monsieur Osman Baydemir, maire de Diyar Bakir, ainsi que les maires appartenant au parti pro-kurde Democratic Society Party (DTP), en raison de leur boycottage du rassemblement du 27 mai.

Les réactions des Kurdes n’ont pas trop tardé. Monsieur Osman Baydemir est en principe le plus concerné par cette affaire car sa municipalité est la principale ville dans la région, il a expliqué son boycottage par le fait qu’il est régulièrement négligé et jamais invité par les autorités d’Ankara, donc il a décidé de décliner l’invitation.

« Les maires du DTP n’ont pas besoin d’être dans ce meeting. Vous n’êtes pas leur boss. Vous avez peur des députés DTP et vous refusez de discuter avec nous » a déclaré le député S. Sakik, en réponse aux critiques de monsieur Erdogan, propos rapportés par le site Todayszaman.

Un autre député du même groupe DTP (le groupe totalise 20 députés au parlement), monsieur Nedjet Ataly, a déclaré à la BBC : « Le peuple ici demande la reconnaissance de son identité, les plans économiques et sociaux ne résoudraient pas le problème. »

Une réaction semblable est faite par monsieur Emine Ayna, le président de DTP, qui a minimisé l’annonce du gouvernement : « Votre paquet ne sert à rien. Les Kurdes en sont rassasiés. » Pour le DTP, les racines du problème kurde ne sont pas économiques mais culturelles et politiques.

L’éditorialiste turc Mehemet Ali Birand met, quant à lui, en garde contre les annonces gouvernementales. « Les promesses ne suffisent plus. Nos citoyens d’origine kurde veulent protéger leur langue, conserver leur culture et avoir leur part du gâteau. »

De l’autre côté, le principal parti de l’opposition, Republic People’s Party (CHP), dirigé par monsieur Deniz Baykal, a salué l’initiative du parti au pouvoir AK Party’s, mais en même temps a critiqué le gouvernement car il a laissé longtemps cette région dans la négligence (c’est le politiquement correct !).

Les militaires ont eux aussi exprimé leur opinion mais en sous-traitance. C’est un général à la retraite qui a été interrogé par le correspondant de Voice of America. Il s’agit du général Haldum Solamaztuk qui s’est battu dans cette région contre la rébellion.

Pour lui : « La dernière initiative du gouvernement aura le même destin que celles des années précédentes. L’Etat est faible, la gouvernance est mauvaise et le train de corruption est partout dans le pays. » Il conclut : « Tant que l’Etat est faible, la mauvaise gouvernance persiste, aucun plan ne pourra achever quoi que ce soit. »

En fin de compte, les généraux en Turquie qu’ils soient à la retraite ou en fonction ont le même état d’esprit. On aurait aimé avoir ou entendre une proposition utile de la part du général pour faire progresser les choses dans le bon sens.

On aurait aimé également qu’il nous dresse un bilan de ses réalisations sous le drapeau. Si on comptabilise l’ensemble des pertes du PKK publiées dans les communiqués militaires on aboutit à l’idée qu’il n’existe plus de rebelles. La réalité c’est autre chose.

Contrairement à l’avis du général, l’éditorialiste Mehemet Ali Birand a écrit : « Si la moitié du budget alloué à la lutte contre le PKK avait été utilisée pour l’emploi, nous serions face à une situation très différente dans le sud-est. »

Quant aux Etats-Unis, ils ont salué cette initiative et les réformes économiques qui l’accompagnent, mais ils se demandent quand même quel sera le degré d’efficacité du gouvernement turc à mener le projet à terme compte tenu des échecs constatés par les gouvernements précédents.

Certains observateurs ont interprèté le projet d’Erdogan comme un sorte de résistance pour faire face à la fermeture de son parti par la Cour constitutionnelle en raison de ses liens présumés avec l’islamisme et de l’atteinte à la constitution laïque du pays.

Pour d’autres, il s’agit d’un retour sur le terrain pour reprendre les choses en main, renforcer ses positions et se préparer pour les élections municipales qui auront lieu d’ici un an. Rappelons-nous que lors des dernières élections législatives en juillet 2007, le parti de Justice et du Développement AKP, a raflé plus de 70 députés dans cette région.

5. Conclusion

A la lumière de l’ensemble des données dont nous disposons, nous pourrions tirer les conclusions suivantes :

-Si le projet « restauration sociale/GAP » est gigantesque comme il est décrit par son architecte, monsieur Erdogan, c’est parce qu’il y a tout simplement un gigantesque retard à rattraper. Le taux des « personnes privées d’emploi », qui est de 50%, est en soi un fait qui résume une grande partie du problème (mais pas tout).

-Il serait naïf de croire que les difficultés et les retards accumulés depuis plus de 25 ans sont les œuvres de ce gouvernement uniquement, comme certains essayent de l’insinuer.

-A aucun moment, le Premier ministre n’a appelé, dans son discours, à combattre les éléments du PKK par la force. C’est plutôt par la création des emplois. Cette prise de position mérite d’être soulignée. Est-ce un tournant ? Le temps est un témoin neutre, il le dira.

-La déclaration de monsieur Erdogan sur le dossier que son cabinet prépare pour plus de liberté aurait pu être plus précise et l’occasion du 27 mai était excellente pour développer le sujet, sauf s’il veut garder quelques annonces pour la campagne des élections municipales. Mais le temps presse, le peuple a suffisamment et trop attendu.

-Rien n’a été réglé en ce qui concerne la question de la langue et de la culture selon la conception des Kurdes. La réponse à ces deux questions nécessite des réformes constitutionnelles. Monsieur Erdogan s’est montré profondément attaché à la conception de la citoyenneté comme elle est inscrite dans la constitution.

-Il a insisté sur le fait que « tous les citoyens sont égaux » et il ne croit pas à la définition « de la minorité ». Pour confirmer cette conception, il place les Kurdes avant les Turcs quand il parle des différentes composantes de la société. « Nous aimons notre peuple, avec ses Kurdes, ses Turcs, ses Lazs, ses Albanais... », il y en a au total 39. Commencer sa phrase en citant les Kurdes avant les Turcs a certainement pour lui une signification d’égalité. On le croit, ou non...

-Si la Turquie souhaite avoir une visée ou un statut d’équilibre régional, il faut qu’elle pense aussi à l’intérêt de ses voisins, la multiplication des barrages sur le Tigre et l’Euphrate peut conduire à baisser le débit de 40 % pour la Syrie et de 90% pour l’Irak.

-Les insinuations de certains observateurs étrangers ou locaux qui limitent les portées économiques du projet aux seuls intérêts politiques du Premier ministre ne sont pas entièrement justes. Mais admettons qu’ils aient raison, que diront-ils si monsieur Erdogan croise les bras et regarde passer le train ou s’il se range derrière les militaires ?

 

Là, il y a peut-être un procès d’intention. De toute façon, l’économie a toujours rimé avec la politique, en sachant que les deux disciplines ne sont pas des sciences exactes.

Fayez Nahabieh Le 04.06.2008.

Membre « Amis du monde diplomatique »

France La Réunion.

 

6. Références

1. Turkish PM Announces Plan to Revitalize Kurdish Region. Dorian Jones. www.voanews.com. Le 27.05.2008.

2.Turquie : Erdogan dévoile un projet d’investissement pour la zone kurde. L’Orient Le Jour. 27.05.2008.

3. Erdogan vows to remake Southeast. Todayszaman.com Le 28.05.2008.

4. PM’s cornucopia for the Southeast. Turkishdailynews.com. Le 28.05.2008.

5. Turkey PM announces rural boosts. Newsvote.bbc.co.uk. Le 29.05.2008.

6. Brothership Project. HASAN CELAL GUZEL. Turkishpress.com. Le 29.05.2008.

7. Kurdish politicians boycott Turkish prime minister’s speech to protest government policies. The Associated Press. INTERNATIONAL HERALD TRIBUNE. Le 31.05.2008. www.iht.com.

8.Diyarbakir NGOs ask president for cultural rights. Turkishdailynews.com.tr. Le 10.04.2008.

9. Southeast NGOs urge PM to push for EU process. Todayszaman.com. Le 09.04.2008.

10. Row with PM over education in in Kurdish. Turkishdailynews.com.tr. Le 09.04.2008.


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5 réactions à cet article    


  • ares 13 juin 2008 14:56

    Erdogan avait deja fait des promesses, il y a 5 ans de cela à Diyarbakir en promettant des reformes economiques. Depuis rien ne s’est passé. 

    Les kurdes etaient tres en colère juste avant sa récente venue à cause des evenements dans le kurdistan irakien. De toute façon, les kurdes n’oubliereons pas aussi facilement un siecle d’oppression, un siecle de massacre... et la ce n’est plus une question economique ! 

     

     

     


    • beubeuh 13 juin 2008 15:32

      Effectivement on commence à avoir des doutes sur les capacités réelles d’initiatives du Premier Ministre sur cette question, tout comme sur la question chypriote. Les annonces témoignent d’une certaines volonté d’avancer sur ces dossiers (cruciaux pour une potentielle intégration à l’Europe), mais y a-t-il les capacités de les mettre en pratique ?


    • SysATI 14 juin 2008 00:39

      Merci pour cet article passionnant....

       


      • fonzibrain fonzibrain 14 juin 2008 11:19

        salut mounoir

        kou ca y fait ?


        • Zerda Citoyenne du monde 9 juillet 2008 18:42

          peut-t-on manger à notre faim lorsque notre langue est coupée ?
          les citoyens de Diyarbakir ne tomberont pas dans le piège à pieds joints. la tactique de Mr. ERDOGAN n’est que pure utopie.il espère gagner des voix dans cette ville car il sait très bien que AK parti est en situation très critique et la fin de son "règne" n’est plus qu’une qestion de temps.



          P.S : l’orthographe Nevruz n’existe pas, c’est NEWROZ. Et nevruz n’est qu’une usurpation de la culture kurde par les autorités turques. nevruz a été inventé par l’ ERGENEKON récement. ERGENEKON remet en place des fêtes soi-disant traditionnelles turques. QUI POURRAIT CROIRE A UNE CHOSE PAREILLE ?

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