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Contrition française

Il y a presque cinq siècles, Calvin écrivait qu’on a les autorités qu’on mérite. En démocratie, c’est encore plus vrai puisque c’est le peuple qui les choisit. Or, il existe un homme politique français qui, aujourd’hui, fait le même constat que Calvin. En un mot, dit-il, ne nous plaignons pas des dirigeants que nous nous sommes choisi.

Les Français ont l’habitude de râler contre tout, et notamment contre leurs hommes et leurs femmes politiques. Il faut dire qu’ils ont largement de quoi le faire depuis quelques mois ! On en est presque à un scandale par jour, dont il faut exclure cette chère Marine Le Pen pour deux raisons : elle ne reconnaît pas qu’elle a reconnu des emplois fictifs ; et de toutes façons, la plupart de celles et ceux qui ont décidé qu’ils voteront pour elle crieront au complot en la parant de toutes les vertus de Sainte Jeanne d’Arc. C’est exactement ce qu’on appelle de l’idolâtrie, c’est-à-dire l’incapacité à critiquer la personne qu’on a déjà établie sur son trône.

La morale en politique

À part ce cas désespérant, si nous ne sommes pas contents de nos gouvernants, il y a deux hypothèses : soit nous avons été trompés sur la marchandise ; soit nous avons ce que nous méritons. Ou bien les deux. D’une part, il est extrêmement rare qu’on se fasse élire sur un langage de vérité. Alors, au mieux, on ment par omission. Et au pire, on ment effrontément, et on s’empresse d’avaler les promesses qu’on a faites et qui, très souvent, sont intenables. Pourtant, n’y a-t-il pas moyen d’évaluer les candidats à nos suffrages sur leur façon de s’adresser à nous, sur leur style, sur leur cohérence, et sur leur passé ? Bien sûr que oui ! On a vu se faire élire tel président ou tel maire dont on savait pertinemment qu’ils étaient peu scrupuleux en affaires et très retors dans le jeu politique. Certains sont mis en examen, d’autres attendent leur tour en se bourrant de Xanax. Et pourquoi ont-ils été élus et réélus quand même ? Parce que beaucoup d’électeurs se fichent de la morale en politique. Ce qu’ils veulent, c’est quelqu’un « qui en a », quelqu’un qui peut leur procurer des avantages locaux, régionaux, nationaux, quitte à utiliser des procédés pas très élégants et même pas très honnêtes. Ça devient tellement énorme que les pays qui nous entourent commencent à trouver que la France est un pays d’Ancien Régime où les passe-droits n’empêchent pas de se maintenir au pouvoir alors que, notamment dans les nations scandinaves, la moindre malhonnêteté se paye d’une exclusion pure et simple du champ politique.

Examen de conscience

Cependant, il y a un homme politique qui déplore ouvertement cette situation. Dans son dernier livre, après avoir énuméré tous les maux de la France dont la France est la seule responsable, il déclare : « Nous, citoyens français, sommes directement responsables, y compris même des travers des gouvernants successifs que nous mettons en accusation, surtout quand est venu le temps de leur déclin. Nous sommes responsables de leurs insuffisances et de leurs dérives, puisque nous les avons choisis. Nous les avons choisis, donc nous les avons voulus. […] Nous les avons voulus, et ce que nous leur reprochons, c’est bien souvent ce que le peuple français a préféré chez eux. Même leur cynisme parfois. »

Voilà une exhortation inédite à un examen de conscience collectif et individuel. Si la France est corrompue et désabusée, elle ne peut pas en accuser les voisins ou la fatalité. Maintenant, à nous de savoir si nous voulons des gens cyniques, séducteurs, manipulateurs, voire méchants, ou des gens honnêtes. L’honnêteté ne fait pas tout, mais à mon avis, c’est le premier remède à l’asthénie dans laquelle la France est plongée depuis trente ans.

La citation est de François Bayrou, dans Résolution française, page 47 (Éditions de l’Observatoire, 2017). L’auteur ne m’a versé aucun pot-de-vin pour écrire que le reste de son bouquin est réconfortant et fort bien écrit, sur le fond et sur la forme –ce qui désamorce mes velléités de lui servir de nègre puisqu’il n’en a pas besoin.


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10 réactions à cet article    


  • lloreen 18 février 10:33

    Vous pensiez sérieusement être en démocratie ?
    Depuis le coup d’état du 5 décembre 2016, la France est en dictature même si elle était bien auparavant sous la dictature capitaliste.
    https://www.youtube.com/watch?v=UEZzXxKo42g


    • Ciriaco Ciriaco 18 février 10:46

      Il n’y a pas de peuple constitué. Ce dont parle les politiques en général à ce sujet et en particulier sur ce ton, c’est des « classes populaires ». Or celles-ci sont elles-mêmes subdivisées en groupes sociaux, dont la classe moyenne et la classe des pauvres et des précaires.


      Toutes les classes ne sont pas mobilisées de la même manière et pas avec la même conscience. Certaines votent pour leurs intérêts (la classe moyenne sup. et la bourgeoisie), d’autres pour leurs valeurs, et c’est là que la confusion se manifeste le plus avec le discours politique, qui tente généralement pour l’exercice du pouvoir de rassembler l’intérêt des classes les plus aisées avec les valeurs des plus populaires. Non sans un certain agacement : le réflexe d’une classe aisée bien structurée et dont la lisibilité dépend du travail de sape qu’elle aura réussi à imposer.

      • Hervé Hum Hervé Hum 18 février 11:41

        C’est vrai, il faut reconnaître à François Bayrou cette qualité très rare en politique, l’honnêteté intellectuelle,l’absence de cynisme et d’agressivité. Mais ce sont les raisons pour lesquelles la majorité des français ne veulent pas de lui ! C’est donc un constat tout à fait juste.

        Les français pensent ainsi que c’est une girouette, mais en fait, leur absence de sens critique est si profond, qu’ils sont incapable de faire la différence entre quelqu’un qui suit ses intérêts, donc, qui suit effectivement le sens du vent et quelqu’un qui suit ses convictions politiques, ce qui le met parfois dans le sens du vent et d’autres fois à contre courant, mais que la majorité des français, idolâtres, prennent pour l’absence de conviction. Ils confondent faiblesse de caractère et force de conviction. Autrement dit, françois Bayrou est faible de caractère, mais d’une grande force de conviction.

        Bref, quand tout le monde voit de travers, celui qui se tient droit ou s’efforce de se tenir droit, apparaît forcément pour un tordu pour tous les autres !

        Ceci étant dit, cette qualité humaine très rare pour un homme politique, n’est pas un gage de qualité d’analyse et de compréhension, tant politique, économique, que sociale... Hélas. François Bayrou est un grand naîf, qui s’imagine pouvoir laver le linge sale avec de l’eau croupie !


        • oncle archibald 18 février 15:29

          @Hervé Hum : excellente analyse que je partage en tous points.En plus maintenant et alors qu’il n’a jamais exercé un véritable pouvoir au niveau national il apparait comme un vieux cheval de retour. Ceux qui portent ce jugement ont oublié que François Mitterand a été candidat à la présidentielle pendant quasiment 20 ans avant d’être élu en 1981.


        • Harry Stotte Harry Stotte 18 février 12:52

          « On en est presque à un scandale par jour, dont il faut exclure cette chère Marine Le Pen pour deux raisons : elle ne reconnaît pas qu’elle a reconnu des emplois fictifs ; et de toutes façons, la plupart de celles et ceux qui ont décidé qu’ils voteront pour elle crieront au complot en la parant de toutes les vertus de Sainte Jeanne d’Arc. C’est exactement ce qu’on appelle de l’idolâtrie, c’est-à-dire l’incapacité à critiquer la personne qu’on a déjà établie sur son trône. »


          Dans le fond, vous avez raison, ça ne sert à rien d’attendre que les tribunaux se soient prononcés. 

          Et après, ça se permet de disserter sur l’honnêteté. Chauffe Marcel !

          • foufouille foufouille 18 février 13:15

            c’est pas un gars qui appelle à voter pourri ?


            • baldis30 18 février 13:20

              La morale en politique ce serait de dénoncer sur la même ligne aussi bien la Saint Barthélémy que la Michelade 


              • zygzornifle zygzornifle 18 février 15:23
                Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs , des voleurs et des traîtres n’est pas victime !.... il est complice.(George Orwell)

                N’attendez pas la solution de vos problèmes des hommes politiques puisque ce sont eux qui en sont la cause (Alain Madelin)

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