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Daniel Mayer, le socialiste oublié

Il avait démarré très tôt dans ses engagements et son ascension politique avait été très rapide. Mais la fermeté de ses convictions et les circonstances ont laissé de côté cet homme politique d’une grande rigueur morale et d’une grande conscience sociale.


Il est l’un des hommes politiques socialistes les plus importants de l’après-guerre qui semble avoir été effacé de la mémoire politique de la France : il s’agit de Daniel Mayer, qui est né il y a exactement un siècle, le 29 avril 1909.
 
Oublié pas pour tout le monde puisque parallèlement au centenaire d’Alain Poher, le Ministère de la Culture a aussi inscrit dans ses célébrations de cette année le centenaire de Daniel Mayer.
 
 
Résistant et engagé
 
D’origine modeste, adhérent dès l’âge de dix-huit ans à la SFIO (l’ancêtre du Parti socialiste) à la suite de l’exécution de Sacco et Vanzetti et rédacteur d’une chronique sociale dans "Le Populaire" (à partir de 1933), Daniel Mayer s’engagea dans la Résistance pendant la guerre et visita souvent son mentor, le leader socialiste Léon Blum détenu à la prison de Bourrassol.
 
À partir de janvier 1941, Daniel Mayer anima des réseaux de résistance avec Pierre Brossolette et s’occupa de réorganiser dans la clandestinité la SFIO dont il devint naturellement le secrétaire général en 1943 (à l’âge de 34 ans) et le représentant au Conseil National de la Résistance. Ce fut lui qui encouragea les socialistes français à soutenir pleinement De Gaulle et Churchill, ce qui favorisa l’unification de tous les mouvements de la Résistance.
 
Il fut élu député de Paris dans les assemblées constituantes puis à l’Assemblée Nationale jusqu’en 1958.
 
À la Libération, Daniel Mayer perdit le contrôle de la SFIO. L’aile modérée représentée par Léon Blum fut balayée par l’aile marxiste emmenée par Guy Mollet qui prit le contrôle de la SFIO en août 1946 pour une vingtaine d’années (jusqu’en 1969 et la transformation de la SFIO en PS).
 
 
Le "père adoptif" de la sécurité sociale à la française
 
Daniel Mayer fut alors nommé ministre au début de la IVeRépublique (à l’âge de 37 ans) dans le gouvernement de son ami Léon Blum puis, quelques semaines après, pour succéder à Ambroise Croizat après le renvoi des communistes du gouvernement de Paul Ramadier : Ministre du Travail et de la Sécurité sociale ou des Affaires sociales du 16 décembre 1946 au 22 janvier 1947 et du 9 mai au 22 octobre 1947 au 28 octobre 1949. C’est lui qui accompagna les premières années de la sécurité sociale.
 
Daniel Mayer a eu à affronter les grandes grèves du printemps 1947 avec une CGT très remontée à qui il concéda quelques mesures phares : hausse du salaire minimum vital en octobre 1947 et augmentation de onze pourcents des salaires dans la fonction publique, mais resta ferme ensuite afin de faire arrêter les grèves.
 
En octobre 1949, Daniel Mayer se trouva en opposition avec son Président du Conseil, le radical Henri Queuille. Daniel Mayer souhaitait la liberté de négociation des conventions collectives mais Henri Queuille, qui s’y opposa, démissionna finalement.
 
 
Une conscience morale isolée politiquement
 
À 40 ans, Daniel Mayer ne fut plus ministre et ne retourna plus jamais au gouvernement, dépassé par une SFIO dirigée par Guy Mollet.
 
Il milita avec difficulté auprès des dirigeants de la SFIO pour s’opposer à la Communauté Européenne de Défense (CED) en 1954 (ce qui l’exclut quelques mois de la SFIO) et pour s’opposer à la politique de répression en Algérie menée par les socialistes Guy Mollet, Robert Lacoste et Max Lejeune. Il présida la Commission des Affaires étrangères à l’Assemblée Nationale.
 
Daniel Mayer se transforma petit à petit en une sorte de conscience morale de la gauche.
 
Il quitta la SFIO en 1958 parce qu’il s’opposa au retour de De Gaulle au pouvoir. Il participa à la création du PSU (au même titre que Pierre Mendès France) qu’il quitta en 1967 pour finalement réintégrer en 1970 le nouveau Parti socialiste dirigé par Alain Savary (d’abord dans le 18e arrondissement de Paris puis à Orsay).
 
Parmi les fonctions les plus représentatives de l’existence de Daniel Mayer, il y a la longue présidence de la Ligue française des Droits de l’Homme (1958-1975) qui l’obligea à quitter son siège à l’Assemblée Nationale puis la présidence de la Fédération internationale des Droits de l’Homme (1977-1983).
 
 
Une reconnaissance tardive par un socialiste d’adoption
 
Ce fut donc un peu pour honorer cette conscience morale que le Président de la République François Mitterrand le nomma membre du Conseil supérieur de la magistrature en 1981, puis, usant pour la première fois de sa faculté de nommer les membres de cette instance le 21 février 1983, le nomma Président du Conseil Constitutionnel (à presque 74 ans) pour succéder au gaulliste Roger Frey.
 
Une fonction qui aurait dû se prolonger pendant neuf ans. Si Daniel Mayer est bien resté membre du Conseil Constitutionnel jusqu’au 25 février 1992, contre toute tradition républicaine, François Mitterrand lui demanda de démissionner de la présidence pour y placer le 19 février 1986 Robert Badinter.
 
Même si la nomination de son successeur était loin d’être contestable, ce petit tour de passe-passe institutionnel montra l’une des habiletés politiciennes dont était coutumier François Mitterrand pour garder le "contrôle" de la présidence du Conseil Constitutionnel le plus longtemps possible (soit jusqu’en février 1995) : en effet, en février 1986, c’était la dernière nomination possible de membre du Conseil Constitutionnel avant la fin de son mandat (en mai 1988).
 
François Mitterrand eut l’occasion de faire durer son influence, sans manœuvre cette fois-ci grâce au hasard du calendrier institutionnel, le 8 mars 1995 (juste avant la fin de son second mandat) en nommant pour neuf ans (jusqu’en février 2004 en principe, ce qui signifiait que Mitterrand aurait "contrôlé" pendant vingt eu un an cette institution) son proche ami Roland Dumas (ce dernier a cependant dû démissionner en mars 2000 après son implication dans un scandale financier).
 
 
Rigueur morale
 
Ce qui est étrange en observant la vie politique de Daniel Mayer, c’est qu’après 1949, il n’a jamais été reconnu politiquement à sa juste valeur parce qu’il a été vite écarté dans son parti pour manque de discipline politique (ne pensant pas comme la majorité de ses camarades). Plus victime de Guy Mollet que de De Gaulle. Préférant faire passer ses convictions avant son ambition politique.
 
Son successeur direct au Conseil Constitutionnel, Robert Badinter, témoigna ainsi : « Tous les membres [du Conseil Constitutionnel] appréciaient la force de ses convictions républicaines, sa passion de la liberté et, aussi, son humour et sa délicatesse. Il était un modèle et un ami. Et pour tous ceux qui l’ont connu et aimé, Daniel Mayer demeure au Panthéon de leur mémoire. ».
 
Il s’éteignit le 29 décembre 1996 à l’âge de 87 ans et demi.
 
 
 
Sylvain Rakotoarison (30 avril 2009)
 
 
Pour aller plus loin :
 
 
 
 
 
 

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1 réactions à cet article    


  • rinaldo maurice 1er mai 2009 11:13

    Dans son combat ,pour libérer la FRANCE ETERNELLE des hordes nazies et Pétainistes ,il avait à ses côtés son camarades et ami ,dès juillet 1940,notre compatriote ELIE BLONCOURT,membre comme lui du même parti la SFIO ,avec aussi FELIX EBOUE L’HOMME QUI SAUVA MATERIELLEMENT ET MILITAIREMENT LE GENERAL DE GAULLE ,(il permit de lever près de 300000 Tirailleurs Sénégalais)donc la FRANCE,dont je me permets de vous soumettre sa biographie prit sur wikipédia :
     

    Elie Bloncourt
    Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.
    Aller à : Navigation, rechercher
    Elie Bloncourt Parlementaire français Naissance naissance Décès décès 1]- [2], [3]- [4]" valign="top"> Mandat Député 1936-1942, 1945-1947 Début du mandat 1936 Fin du mandat fin du mandat 5]" valign="top"> Circonscription Aisne 6]"> Groupe parlementaire SFIO IIIème République

    Elie Bloncourt, né le 5 mai 1896 à Basse-Terre (Guadeloupe) et décédé en 1978 à Antony, est un homme politique et résistant français.

    Sommaire[masquer]
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    Jeunesse en Guadeloupe [modifier]

    Élève boursier, Elie Bloncourt obtient son baccalauréat en 1913 au lycée Carnot de Pointe-à-Pitre mais doit arrêter ses études à la mort de sa mère, qui l’élevait seule avec ses 5 frères et sœurs.

    Invalide de guerre 1914-1918 [modifier]

    Il est mobilisé en 1915, à la suite des lois sur la conscription coloniale, et combat dans les Dardanelles, à Salonique et en Macédoine. Il profite d’une permission pour se marier en Guadeloupe en 1917 mais repart pour la région de Verdun sans attendre la naissance de son fils. Il combat ensuite dans le département de l’Aisne, au sein de la division Marchand. Blessé au visage en mai 1918, il perd définitivement la vue et il est laissé pour mort sur le champ de bataille, finissant la guerre dans un hôpital allemand.

    Vie professionnelle et politique dans l’entre-deux-guerres [modifier]

    Rendu à la vie civile, il s’installe en métropole avec sa femme et son fils, apprend le braille et la dactylographie et s’inscrit à la Sorbonne où il obtient une licence de philosophie en 1921. Devenu professeur, il s’installe à La Fère, près de Laon. A partir de 1934, il représente son canton d’adoption au conseil d’arrondissement de Laon et au conseil général de l’Aisne, puis est élu député aux législatives de 1936.

    Résistant 1940-1945 [modifier]

    Absent de l’assemblée lors du vote des pleins pouvoir au Maréchal Pétain en 1940, il intègre rapidement la Résistance et devient président de la SFIO pour la zone occupée. Il contribue à la mise en place du Groupe Libération Nord, dont il est un des premiers responsables pour le département de l’Aisne. Il organise ensuite le réseau Brutus chargé de surveiller les mouvements de la Wehrmacht. En 1944, le Conseil national de la Résistance le désigne pour diriger le Comité de Libération de l’Aisne. Au cours de la libération de Paris, il investit les bureaux de la rue Oudinot au nom du Gouvernement provisoire de la République, puis à Laon, prend officiellement possession de la préfecture le 30 août 1944.

    Militantisme politique après la Libération [modifier]

    Après la Libération, Elie Bloncourt reprend ses fonctions de professeur de philosophie au lycée Charlemagne. Réélu député de l’Aisne en 1945 aux côtés de son ami Jean Pierre-Bloch, il siège à la commission des territoires d’Outre-Mer. A l’instar de son frère Max-Clainville, Elie Bloncourt revendique un socialisme sans concession. Déçu de l’évolution de la SFIO, il se montre hostile aux tendances modérées de Léon Blum et Daniel Mayer. En 1947, mécontent de la rupture socialo-communiste, il ne se représente pas aux élections et quitte le parti. Il fonde alors le MSUD (Mouvement socialiste unitaire et démocratique qui deviendra par la suite le Parti socialiste unitaire) et publie la Bataille socialiste. Il adhère ensuite à l’Union de la gauche socialiste, qui rassemble des chrétiens de gauche, des trotskistes et d’anciens communistes, mais quitte ce mouvement lorsque celui-ci participe à la fondation du Parti socialiste unifié en 1958. En 1971, à l’âge de 75 ans, il rejoint finalement le nouveau Parti socialiste refondé par François Mitterrand au congrès d’Epinay-sur-Seine.

    En 1968, il est témoin à décharge au procès des dix-huit nationalistes guadeloupéens déférés devant la Cour de sûreté de l’État à la suite des sanglants événements de mai 1967.

    Distinctions [modifier]

    Sources [modifier]

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