Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Politique > Dans le mur !

Dans le mur !

L’excellent article récent intitulé « Qui possède les médias » publié sur Agoravox le 29 /03/2010 par Mychkine pour le site http://www.sentinelles-de-la-republique.com/ montre bien l’extraordinaire concentration des médias qui met gravement en danger la démocratie française. Pour ce qui concerne seulement la télévision on peut d’ailleurs ajouter que cette concentration joue même à l’intérieur des programmes puisqu’une étude publiée par Augustin Scalbert sur Rue 89 le 21/10/2009 intitulée :
« Pourquoi les riches sont-ils surreprésentés à la télé ? » montre que ce sont aussi les catégories socio professionnelles les plus favorisées, soit un cinquième de la population française, qui occupent près des deux tiers des émissions avec une sous représentation des femmes et des minorités ethniques.


Il devenait alors intéressant de se demander si l’on retrouvait ce phénomène de concentration dans d’autres secteurs de la vie sociale à un moment où les marques d’inégalité augmentent en France, l’écart des revenus d’activité allant de 1 plus de 500. Il y a aujourd’hui selon l’INSEE 8 millions de pauvres et environ 55 à 60 % du patrimoine total des Français est concentré dans les 10 % de ménages les plus riches ce qui est semblable à la répartition des fortunes sous l’Ancien Régime à la veille de la Révolution. De plus les 1 % les plus riches ont seulement 28% de leurs revenus qui proviennent d’un salaire, le reste étant issu des capitaux mobilier et du foncier ce qui est un indice supplémentaire de la concentration des biens dans ce pays.

Mais cette concentration ne s’arrête pas là puisque selon plusieurs études publiées par le journal Le Monde une centaine de personnes seulement détient près de la moitié des droits de vote dans les conseils d’administration des groupes du CAC 40 grâce au cumul des mandats (jusqu’à cinq jetons de présence qui rapportent au minimum 50 000 € chacun par an). On retrouve par exemple le président de BNP Paribas, Michel Pébereau, chez EADS, Axa, Saint-Gobain et Lafarge. Le système est bien rôdé : dans chaque groupe les amis présents qui viennent du même milieu et sortent des mêmes moules peuvent voter les augmentations de salaire demandées par l’intéressé, et d’autres menus avantages, à charge de revanche puisque ce sont les mêmes que l’on retrouve partout ailleurs. Cette distribution du pouvoir permet ainsi d’augmenter régulièrement les prébendes tout en gardant une maîtrise stratégique qui favorise des informations utiles, voire d’éventuels délits d’initiés comme l’Autorité des Marchés Financiers l’avait supposé pour certains dirigeants d’EADS.
 
Le cumul des mandats touche aussi les politiques et certains d’entre eux comme Patrick Balkany ont même proposé en 2008 une loi visant à l’encourager pendant que les élus de gauche dénonçaient hypocritement ce principe puisque 86% des députés cumulent leur fonction nationale avec une autre. L’image d’hyperactivité que l’on reproche au président leur colle tous à la peau : la plupart font trois plein temps bien que leur journée ne fasse que 24 heures. Quand NS était ministre de l’Intérieur, il occupait également les fonctions de président du conseil général des Hauts-de-Seine et de président de l’UMP. Mais il est vrai que trois fonctions cela fait aussi trois revenus, sans compter d’autres privilèges, car il faut bien reconnaître que dans ce domaine la concentration est aussi la règle comme le montre la densité de son salaire augmenté de 140 % après son arrivée au pouvoir. Celui-ci est actuellement de 19.508 € auquel s’ajoutent d’autres revenus qui sont quasiment un secret d’État.

Passons sur la thésaurisation financière du budget de l’Élysée (30 millions d’euros en 2007, 112 534 € en 2010) car ceci est à l’image du reste : plein de tics mais vide d’éthique, pour preuve les 16 000 œuvres prêtées aux officiels par le Mobilier National qui ont disparu, pour nous intéresser à ce que coûtent nos députés et à la concentration de leurs avantages. Au salaire mensuel de 5126 € il faut ajouter une indemnité de 5 790 € (non imposable) pour leurs frais de mandat (voiture, permanence, réception, habillement), 8949 € (libres d’utilisation) pour rémunérer les éventuels collaborateurs, le train en 1ère classe, un quota de déplacements aériens et les taxis gratuits, une voiture à disposition, des hôtels de luxe à tarif préférentiel, des repas haut de gamme à faible coût, des prêts immobiliers à taux réduit.
 
Au final l’enveloppe mensuelle par député s’élève à environ 20 000 € qu’il est libre de dépenser comme bon lui semble. Il est vrai que certains d’entre eux ne seront pas réélus mais un règlement interne de l’Assemblée nationale prévoit un fond de garantie pour ceux qui ne viennent pas de la fonction publique avec une indemnité dégressive sur 60 mois (environ 1000 € au final) sans aucune contrainte ni justificatif du côté de l’Assedic. De plus n’oublions pas que presque 90% des députés cumulent leur mandat national avec une fonction locale également rémunérée et que 40% peuvent réintégrer un emploi dans la fonction publique, les autres étant rapidement reclassables grâce à leurs réseaux. S’il est exact que la démocratie a un coût que les citoyens doivent assumer on peut remarquer au moment où il est question de modifier les régimes de retraite que celui des députés est plutôt avantageux puisque le droit à la retraite est ouvert à partir de 60 ans pour une pension moyenne d’environ 2 400 € nets / mois (évidemment cumulable avec d’autres) alors que le mandat moyen d’un député est de 7 ans.

Du point de vue de la concentration des avantages il serait naturellement dommage de passer sous silence le bouclier fiscal imposé (!) par NS grâce auquel 834 contribuables dont la fortune est supérieure à 15,6 millions d’euros ont profité chacun en 2008 d’une baisse d’impôt sur le revenu de 368 261 €. C’est l’occasion rêvée de réviser vos connaissances du top actuel des 500 familles les plus riches de France : Mulliez, Arnault, Bettencourt, Puech, Dreyfus, Pinault, Dassault etc. et de vous replonger avec délices dans la liste complète de 2009 : http://www.challenges.fr/classements/fortune.php pour savoir avec qui vous pourriez marier vos enfants. Après tout l’exemple vient d’en haut suite à l’union le 10 septembre 2008 du prince Jean (celui de l’EPAD, vous vous rappelez ?) avec Jessica Sebaoun fille d’Isabelle Darty.
 
Je précise cependant que ce billet ne vise pas à discréditer les élus de la nation par un discours poujadiste (tous pourris) ni à vilipender a priori le petit nombre de personnes disposant d’avantages divers, voire de très hauts revenus, l’égalité étant davantage affaire d’équité et de justice, mais de pointer après Bourdieu la violence, pas seulement symbolique, qu’ont les agents dominants à reproduire les rapports de hiérarchie sociale. S’il est après tout humain que chacun élabore des stratégies qui servent au mieux ses objectifs, et donc ses intérêts, on pourrait avoir l’espoir qu’une des fonctions légitime d’un état, s’il n’est pas une république bananière, soit justement de remettre un peu d’ordre et de justice sociale pour limiter la violence que les dominateurs exercent sur les dominés. Et s’il est vrai que le style de vie des individus est le reflet de leur position sociale on ne peut qu’être frappé par l’incroyable assurance de certains dirigeants d’entreprise quand ils ont à répondre devant la justice. Antoine Zaccharias, le patron de Vinci en est le plus récent exemple : tout se passe, avec lui comme avec d’autres, comme s’il n’avait pas la moindre idée de ce qui pourrait lui être reproché, ni le plus petit doute sur ses actions antérieures. Pour ces patrons le fait de gagner 500 fois le Smic, voire davantage, ne pose apparemment aucun problème, ce qui est tout simplement inqualifiable en période de crise même si la loi l’autorise.

Bien entendu tout ceci est à l’image d’une oligarchie incapable de mettre en place une vraie réforme de la fiscalité qui malgré la fronde de quelques-uns s’enferme de plus en plus dans une logique de repli hautain et suicidaire. NS semble comme le pape frappé d’impuissance. Cet étrange aveuglement sur un pays au déficit abyssal qui s’abîme dans le désarroi et manque cruellement de cohésion sociale inquièterait n’importe quel dirigeant sensé, mais apparemment pas ceux qui croient encore nous gouverner bien qu’ils ne maîtrisent plus grand chose tant la plupart d’entre eux sont devenus les jouets ou les vassaux de la finance mondialisée et de l’ultralibéralisme triomphant. Au lieu de conforter une séparation des pouvoirs qui est depuis Montesquieu un gage d’équilibre démocratique, ils renforcent au contraire la concentration et la confusion de l’ensemble des pouvoirs pour instaurer au niveau politique un équivalent familial de relations incestueuses perverses et violentes. Tout se passe aujourd’hui comme si notre pays, et peut-être le monde, étaient à l’image de cette œuvre prémonitoire de Maurizio Cattelan représentant ce cheval fou planté dans le mur que François Pinault, l’ami de NS, a mis dans son musée de la pointe de la douane à Venise. Si ces concentrations inégalitaires et endogamiques inacceptables perdurent n’oubliez pas cette sculpture car il se pourrait bien qu’elle préfigure le mur opaque d’un monde concentrationnaire à venir dans lequel l’aveuglement de nos ploutocrates nous aura tous plantés.

 

Documents joints à cet article

Dans le mur !

Moyenne des avis sur cet article :  4.76/5   (17 votes)




Réagissez à l'article

8 réactions à cet article    


  • Voltaire52 Voltaire52 6 avril 2010 13:35

    ce n est pas être poujadiste que voir dans le comportement de nos elus , le cumul de mandat , la surdité (traité de lisbonne) un probleme de la représentation , la V eme république s essouffle , je dirai que c’est être réaliste 


    ce cumul ou control des médias n est pas fortuit , dans l antiquité , ou le moyen age , la caste dominante avait non seulement l argent mais la force armée , maintenant époque plus subtile , on contrôle l information , non seulement quantitativement , mais qualitativement , on donne le la .... 
    la guerre et la violence coutaient , le control des medias ne coute rien mais rapporte...

    nous sommes en guerre ..mais chut

    • astus astus 6 avril 2010 15:08

      Pour répondre à franck2012 et Voltaire52 il est indéniable qu’il existe en effet une crise de la représentation nationale mais je ne mets personnellement pas tous les élus dans le même panier de crabes, certains me paraissant plus responsables que d’autres de la situation actuelle.
      La concentration des pouvoirs que je dénonce (sans exhaustivité) est bien sûr une arme de guerre utilisée par NS mais elle est en train de se retourner contre lui, et 2012 arrivera vite.
      N’oublions pas non plus que cette concentration ne touche pas que notre pays. Avec la mondialisation environ 5000 multinationales et leurs filiales représentent 50 % du commerce mondial, ce qui n’est pas un mince pouvoir.
      Il faut en outre constater que la servitude volontaire frappe beaucoup de nos concitoyens qui sont nettement plus intéressés par Voici ou le dernier buzz à la mode (que se passe-t-il dans le couple Sarkosy ? Est-ce la vengeance de Rachida ? ) que par la vie de leur cité. On peut donc dire que les responsabilités sont partagées et qu’il serait simpliste de croire qu’il y a les gentils d’un côté et les méchants de l’autre.


      • Peretz Peretz 6 avril 2010 16:29

        La servitude volontaire a ses origines naturelles dans les inégalités de naissance. Ceux qui la subissent estiment (à tort peut-être) qu’ils sont eux incapables de faire ce que font ceux qu’ils considèrent comme des élites. Ils subissent leur conditions de classes du mieux qu’ils peuvent sans réagir car il se sentent impuissants. Mais bien sûr il y a des limites. Et tout peut se renverser avec une étincelle qui mettrait le feu aux poudres. En attendant ceux de la classe dirigeante profitent le plus longtemps possible de leur situation  : « take the money and run ». Mais où et quand ? (www.voixcitoyennes.fr)


      • astus astus 6 avril 2010 17:02

        A Peretz : c’est une façon de reprendre la thèse de Bourdieu dont je parle dans mon post. Malheureusement celle-ci, pour intéressante qu’elle soit, a aussi ses limites : l’embrigadement dans les sectes de personnes très avantagées sur le plan de la naissance de la fortune ou de la culture est la preuve que la servitude volontaire est un phénomène très complexe (et ce n’est pas le sujet de mon texte). Comme quoi, là encore, rien n’est tout blanc ou tout noir...


      • astus astus 7 avril 2010 17:41

        J’ajoute au message précédent que je ne fais personnellement aucune fixation sur le terme de poujadisme (1 mot parmi les 1500 de l’article ...) mais vous pourrez toujours trouver ici des renseignements sur ce terme : http://fr.wikipedia.org/wiki/Poujadisme

        J’y relève notamment ceci : "Le poujadisme peut être considéré comme une des dernières expressions d’un mouvement de révolte des classes moyennes. On compte parmi les députés poujadistes des bouchers, des boulangers, des épiciers, des libraires. Les méthodes musclées sont monnaie courante durant les manifestations poujadistes. Le mouvement dispose d’un service d’ordre qui n’hésite pas à faire le coup de poing. Jean-Marie Le Pen, député poujadiste après les élections législatives de janvier 1956, s’inscrit dans cette lignée. Il a intégré dans l’idéologie de son Front national à la fois la protestation contre les élus, les partis dominants, l’État prévaricateur, les parlementaires corrompus et l’affirmation d’une identité française contre tout ce qui la menacerait : l’immigration, l’Europe, le fisc. En 1958, le parti gaulliste lamine ce qui reste du groupe des députés poujadistes. Seuls deux députés seront réélus, dont Jean-Marie Le Pen.« (...)

         »Le terme « poujadisme » est utilisé aujourd’hui de manière indistincte pour qualifier certains types de populisme, de corporatisme et de démagogie qui n’ont pas forcément de rapport avec le mouvement initié par Pierre Poujade lui-même."

        Comme je ne me reconnais pas du tout dans cette idéologie je précisais discrètement que je ne m’y associais pas. Si ce texte a quelque intérêt il est pour moi ailleurs...


      • gimo 6 avril 2010 22:01

         auteur c’est un bon article 


        néanmoins sachant que nous vivons dans un pays de brigants 
        malgrès cela les gens tout comme vous sont peureux on dit les choses du bout des lèvres et peu d’êtren traiter de poujadisme c’est QUOI CETTE CONNERIE
        POUJADE 2TAIT UN HOMME QUI LUTTAIT ALORS ARRETEZ de parler de poujadisme
        un mot inventer par les pouris politique et vous vous tombez en plein dedansz
         
        ne dit on pas que on, a les politique que nous meritons comme une formule 
        mais personnes ne dit le vrai sens de ce mot 
         cest la lacheté qui fait ce pseudo mérite oui car par relation et équation  tout pays qui est opprimés 
        est du à une lacheté de’s citoyens car la lacheté est en soi une faiblesse 
        et un acceptation une soumision qui de facto crée une politique de brigant voleurs
        il y a pas de fumée sansb feux 
        amicalement votre 
         


        • bo bo 7 avril 2010 10:45

          Et cet article n’est malheureusement que la face visible de l’iceberg de nos élus de notre démocratie (ou ce qu’il en reste)....


          • laugae laugae 8 avril 2010 23:22

            La démocratie française est en quelque sorte confiquée par les élites richissimes qui mettent au pouvoir des « pions » destinés à leur rendre la vie encore plus facile (cf. le bouclier fiscal).

            Ces élus dominants s’appliquent à nous marteler qu’il n’y a pas d’argent pour les pauvres, que la france est au bord de la faillite (cf. discours de françois fillon en corse en 2007 http://www.come4news.com/mode-1621.html) pour mieux prêter des milliards d’euros aux banques (ou plutôt aux copains dirigeants) dès que celà sent la vrai faillite !

            Il suffit de revoir les commentaires éclairés des journalistes de salon qui, au lendemain du « Non » au référendum sur la constitution europééenne de 2005, poussant des cris d’orfraie et reléiguant les électeurs rebelles au rang de « neuneux incultes ».

            Un livre écrit en 1993 par Alain Etchegoyen (avant-dernier commissaire au Plan) me vient à l’esprit : « la démocratie malade du mensonge ». Je pense qu’il est toujours d’actualité !
            http://www.moinillon.net/post/2005/01/10/40-le-mensonge-de-la-democratie-a-etchegoyen-1

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès