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Accueil du site > Actualités > Politique > De la « transition » à Cuba et autres universaux (3e partie)

De la « transition » à Cuba et autres universaux (3e partie)

Ce qui me frappe chez Fidel, c’est la dimension morale qu’a pour lui - et ce dès le début - l’action politique. A plus forte raison, bien entendu, l’action révolutionnaire. Je ne sache pas qu’aucune autre Révolution victorieuse ait mis aussi constamment l’accent sur les valeurs morales, sur l’éthique comme guide de la conduite politique, comme soubassement des modifications que la société doit subir de fond en comble pour en débloquer les potentialités, celles des structures tout autant que celles des êtres qui la vivent et la font au jour le jour. Il est tout à fait caractéristique que dans sa « définition » de la Révolution que j’ai citée plus haut, l’aspect moral déborde : « Révolution, [...] cela veut dire être traité soi-même et traiter autrui comme un être humain ; [...] cela veut dire défendre des valeurs auxquelles on croit au prix de n’importe quel sacrifice ; cela veut dire modestie, désintéressement, altruisme, solidarité et héroïsme ; [...] cela veut dire ne jamais mentir, ne jamais violer des principes moraux ; cela veut dire conviction profonde qu’il n’existe pas de force au monde capable d’écraser la force de la vérité et des idées.

En fait, contrairement aux penseurs qui estiment que l’homme doit se changer lui-même pour que les sociétés puissent enfin se construire différentes, que tant qu’il restera cet être égoïste et entaché de tant de défauts, il sera toujours vain de prétendre changer la société, à plus forte raison la « révolutionner », Fidel juge que la révolution du for intérieur et celle des structures et infrastructures extérieures peuvent aller de pair. Non seulement elles le doivent, mais elles le peuvent. Tel est bien, d’ailleurs, la fondation de ce fameux concept d’ « homme nouveau » dont la postérité attribue la paternité à Che Guevara, mais que celui-ci a puisé en fait d’une manière très concrète dans le déroulement de la Révolution cubaine et dans les enseignements de Fidel. Car, je ne me lasserai pas de le dire, Fidel, en tant que figure historique, a, pour employer une comparaison qui fera grincer des dents à beaucoup, mais qui coule de source quand on connaît un tant soit peu la Révolution cubaine du dedans, créé celle-ci à son image et ressemblance, tout comme Yahvé a créé le monde à la sienne.

Un autre trait qui saute aux yeux et s’avère intimement lié au premier, c’est l’optimisme foncier (et parfois même, à la limite, aveugle) de Fidel au sujet de la nature humaine. Il croit dur comme fer à la perfectibilité de ce bipède capable, on le sait, du pire comme du meilleur. Il est persuadé que si on le met dans des conditions données, si on lui apporte des circonstances différentes de celles que l’humanité a connues depuis l’aube des temps (en gros, l’exploitation de l’homme par l’homme, ou encore « homo homini lupus », deux concepts résumant au fond assez bien la marche de notre espèce depuis qu’elle s’est mise debout), il sera capable de changer du tout au tout, de se proposer sur le plan « civil » ou « laïc » ce à quoi aspirent depuis toujours toutes les grandes religions du monde (ce qui, soit dit en passant, doit répondre à une aspiration cachée de l’homme, puisqu’on la retrouve dans toutes et à tous les temps, que ce soit des religions profondément structurées et contraignantes comme la chrétienne, en particulier la « catholique, apostolique et romaine », ou des croyances largement libertaires, comme l’animisme). On retrouve là, à nouveau, le soubassement de l’ « homme nouveau ».

Curieusement, cette Révolution qui avait inscrit l’athéisme dans sa Constitution de 1976 (article amendé en 1992 pour ne plus laisser que l’aspect laïc de l’Etat) est pourtant marquée par une religiosité diffuse, par une aspiration au dépassement de la condition humaine, par une constante essentiellement spirituelle. Infiniment plus que la Révolution bolchévique, pour prendre un exemple lointain, ou la Révolution sandiniste, malgré la présence en son sein de membres du clergé catholique. Comment s’en étonner, d’ailleurs, quand on sait que la source la plus profondément inspiratrice de la Révolution sur le plan des valeurs morales et humaines (mais aussi politiques, mon propos n’étant pas là pour l’instant) est José Martí, cet autre penseur géant dont même les textes essentiellement politiques (tel, parmi bien d’autres, le « Manifeste de Montecristi », du 25 mars 1895) où, relançant la « guerre nécessaire » aux côtés de Máximo Gómez, le généralissime, il donne les raisons de la révolution d’indépendance nationale qu’il a déclenchée un mois plus tôt, sont constamment cousus de ce fil moral sans lequel il n’existe pas à ses yeux d’action politique valable, ni de guerre digne d’y faire couler une seule goutte de sang. En voici la conclusion :

[...] La guerre d’indépendance de Cuba - nœud du faisceau d’îles devant servir de carrefour au commerce des continents d’ici quelques années - est un événement d’une grande portée humaine et un service opportun que l’héroïsme judicieux des Antilles XE "Antilles" prête à la fermeté et au traitement juste des nations américaines et à l’équilibre encore vacillant du monde. On s’honore et on s’émeut de penser que quand un guerrier de l’indépendance tombe sur la terre cubaine, peut-être abandonné par les peuples bernés ou indifférents pour lesquels il s’immole, il tombe pour le bien majeur de l’homme, pour la confirmation de la république morale en Amérique XE "Amérique" et pour la création d’un archipel libre où les nations respectueuses déverseront les richesses qui doivent tomber, à leur passage, sur le carrefour du monde. On a du mal à croire qu’avec de tels martyrs et avec un tel avenir, il y ait toutefois des Cubains capables de ligoter Cuba à la monarchie pourrie et villageoise de l’Espagne XE "Espagne" et à sa misère inerte et vicieuse ! La révolution aura demain le devoir d’expliquer de nouveau au pays et aux nations les causes locales, et celles d’idées et d’intérêt universels, pour lesquelles, en vue du progrès de l’humanité et à son service, le peuple émancipateur de Yara XE "Yara" et de Guáimaro XE "Guáimaro" relance une guerre digne du respect de ses ennemis et du soutien des peuples par son concept rigoureux du droit de l’homme et par sa haine de la vengeance stérile et de la dévastation inutile. Aujourd’hui, en proclamant du seuil de la terre vénérable l’esprit et les doctrines qui ont produit et encouragent la guerre entière et humanitaire dans laquelle le peuple cubain s’unit encore plus, invincible et indivisible, qu’il nous soit permis d’invoquer, comme guide et aide de notre peuple, les fondateurs magnanimes dont le pays reprend, reconnaissant, le labeur et l’honneur qui doit empêcher les Cubains de blesser, en paroles ou en actions, ceux qui meurent pour eux. [...]

Manifeste politique hautement moral, on le voit. Et la Révolution de janvier 1959 a appris cette leçon et s’est abreuvée à ces sources.

S’il est autre chose qui saute aux yeux, à peine prend-on la peine (encore faut-il le faire, ce qui n’est pas le cas de tant de « commentateurs » parlant à tort et à travers) de se pencher sur la Révolution et l’histoire cubaines, c’est qu’il n’existe aucune solution de continuité de Martí à Fidel : la perfectibilité humaine est chez eux une constante.

Chez Martí, l’un des exemples les plus connus, mais il en est des centaines d’autres, est la fameuse phrase : « Je crois à l’amélioration humaine, à la vie future, à l’utilité de la vertu... », tirée de la dédicace à son fils du recueil de poèmes Ismaelillo (1882). Quand, à la veille de son départ pour Cuba (une vraie odyssée) pour rejoindre la seconde guerre d’Indépendance dont il a été la cheville ouvrière, il écrit depuis Saint-Domingue, le 1er avril 1895, à son fils qui a maintenant 16 ans et qu’il n’a plus revu depuis 1891, il lui recommande : « Mon fils XE "MARTÍ ZAYAS-BAZÁN, José" , je pars ce soir pour Cuba XE "Cuba"  ; je pars sans toi alors que tu devrais être à mes côtés. En partant, je pense à toi. Si je disparais en chemin, tu recevras avec cette lettre la léontine que ton père a utilisée toute sa vie. Adieu. Sois juste. Ton José Martí. »

« L’utilité de la vertu » n’est pas, tant s’en faut, le bréviaire des hommes politiques de notre temps. Aucun d’eux n’y pense quand il se lance dans la « carrière » politique ; leurs visées ne sont pas là. Les exemples tout à fait contemporains sont trop nombreux pour que je perde mon temps à en donner (juste rappeler les fieffés mensonges d’un Bush sur l’Irak, d’un Aznar sur l’attentat de Madrid, les pantalonnades d’un Berlusconi, les roulements de mécanique d’un Sarkozy). Pour Fidel, au contraire, la vertu (« Force avec laquelle l’homme tend au bien ; force morale appliquée à suivre la règle, la loi morale définie par la religion et la société morale)  » et les vertus (« Disposition constante à accomplir une sorte d’actes moraux par un effort de volonté ; qualité portée à un haut degré) font partie de son univers politique dès les premiers moments où il entre en militantisme à l’université et en révolution un peu plus tard. En cela, il est profondément disciple de Martí : s’il est des termes qui ne cessent de se répéter d’une manière presque obsessionnelle dans les écrits de celui-ci, ce sont bien les mots de sacrifice (« savoir se sacrifier est le prix du succès durable en tout » ; « le sacrifice est un plaisir sublime et pénétrant, et le désintéressement, la loi du génie et de la vie » ; « ceux qui n’ont pas le courage de se sacrifier devraient avoir au moins la pudeur de se taire devant ceux qui se sacrifient »), devoir (« un homme est l’instrument du devoir ; voilà comment l’on est homme » ; « le devoir doit se faire simplement et naturellement » ; « l’homme véritable ne regarde pas de quel côté l’on vit mieux, mais de quel côté se trouve le devoir » ; « le devoir d’un homme est là où il est le plus utile ») ; don de soi (« c’est une loi merveilleuse de la nature que seul celui qui se donne soit complet ; et l’on ne commence à posséder la vie que lorsque nous y vidons sans ménagement et sans compter, pour le bien d’autrui, la nôtre ») ; honneur (« qui perd l’honneur sacrifie plus que qui perd la vie » ; « qui ne respecte pas l’honneur d’autrui ne respectera pas le sien ») ; honnêteté (« l’honnêteté devrait être à l’image de l’air et du soleil, si naturelle qu’on n’aurait pas besoin d’en parler » ; « qui ne peut vivre honnêtement, eh bien, qu’il ne vive pas ! ».

C’est ce Martí foncièrement moraliste auquel s’abreuve Fidel tout au long de sa formation politique. Au point qu’il en vient à écrire parfois des maximes à sa manière à lui. Ainsi, de la prison, le 12 décembre 1953 : « Ce que l’on évalue au moment d’engager le combat, ce n’est pas le nombre d’armes ennemies, mais le nombre de vertus dans le peuple. » (Marti avait écrit, lui, en 1883 : “La victoire n’est pas seulement dans la justice, mais dans le moment et la façon de la demander ; non dans la somme d’armes à la main, mais dans le nombre d’étoiles au front. ») Ou encore, le 31 décembre 1953 : « Je ne comprends toujours pas où l’homme puise la force inébranlable que la conviction et la foi raffer­missent en lui au milieu des circonstances fatales les plus inconcevables et qui a stimulé les miennes aux heures très amères de douleur, de confusion géné­rale, d’incertitude et de brouillard. J’ai compris la situation réelle dès les premiers moments, je me suis fixé mes obligations et je les ai remplies sans douter un seul instant, même pas quand il me semblait être absolument seul dans mes convictions. Rien n’est supérieur à l’entêtement d’un homme qui croit en ses idées et en sa vérité : il est invincible, et tous les avantages du monde se brisent contre lui. »

On ne saurait passer comme si de rien n’était sur cet aspect qui m’apparaît capital dans la vision du monde de Fidel et qui est si constante en lui qu’elle a marqué d’une manière quasi indélébile non seulement tous ceux qui l’ont suivi et se sont battus à ses côtés durant la période insurrectionnelle (1953-1959), mais ensuite le cours et l’essence même de la Révolution. Fidel est en cela de tradition profondément hispanique : le code de l’honneur, le point d’honneur, ces notions si ancrées (pour le meilleur et pour le pire, là encore) dans toute la tradition espagnole, ne sont pas de vains mots.

Ce qui frappe, quand on prend la peine de les lire, c’est la teneur foncièrement éthique de ses premiers discours de 1959. Des discours, je le souligne, qui ne sont pas de simples fleurs de rhétorique, mais qui jalonnent, explicitent ou annoncent des mesures et des décisions concrètes en faveur du peuple toujours laissé en marge pendant presque soixante ans de République. Face à un univers politique où les dirigeants se sont caractérisés par la corruption, la malhonnêteté, à des classes dominantes insensibles aux souffrances des démunis et étalant leurs luxes, Fidel se démarque : désormais, les choses seront différentes et rien ne sera jamais plus comme avant.

Il est un exemple très éloquent, mais rarement évoqué par les contempteurs de Fidel et de la Révolution cubaine. Pourtant, qui se rappelle que Fidel, alors que le pays tout entier est à ses pieds, ne prend même pas le pouvoir ? Qui se rappelle que celui que d’aucuns ne cessent de traiter de tyran assoiffé de pouvoir et indéboulonnable ne fait même pas partie du premier gouvernement formé au lendemain de la fuite de Batista ? Que le président de la République est un magistrat honnête, Manuel Urrutia Lleó, nommé à ce poste parce qu’il a refusé de condamner les expéditionnaires capturés après le débarquement du Granma  ? Que le Premier ministre, l’avocat José Miró Cardona, est un politicien qui montrera très tôt ses vraies tendances ? Fidel n’occupe ce dernier poste que le 16 février 1959, après que Miró Cardona eut fait la preuve de son incapacité. Fidel démissionnera d’ailleurs le 17 juillet pour protester contre l’attitude politique d’Urrutia et ne reviendra sur sa décision que le 26 juillet, une fois celui-ci éliminé sous les pressions populaires.

De la fonction pédagogique - mise en place sur le plan conceptuel d’un nouvel univers politique par les valeurs qui le sous-tendent - je ne prendrai comme exemple (mais ils sont tous de la même veine) que le discours que Fidel prononce le 11 mars 1959 à Santiago de Cuba, moins d’un mois, donc, après avoir été nommé Premier ministre :

Je n’ai pas fait la Révolution pour être ministre ; je n’ai pas fait la Révolution pour occuper des fonctions. J’ai fait la Révolution, j’ai lancé cette lutte révolutionnaire, j’ai appelé le peuple à la lutte, j’ai obtenu son soutien et, avec lui, nous avons fait cette Révolution d’abord pour renverser la tyrannie, ensuite pour apporter la justice.

[...]

Combattre la Révolution parce qu’elle lèse quelques intérêts, ce n’est pas patriotique. Combattre la Révolution parce qu’elle lèse quelques intérêts, c’est de l’égoïsme. Combattre la Révolution parce qu’elle lèse des intérêts, c’est n’avoir aucune notion de la justice.

[...]

... le peuple sera toujours avec nous, tout simplement parce que nous serons honnêtes, parce qu’on ne nous verra jamais voler ; parce qu’on ne nous verra jamais en proie à des faiblesses ou à des hésitations ; parce qu’on me verra toujours ferme, parce qu’on me verra toujours au travail et au service du peuple. Et on me verra non comme un tout-puissant monsieur, sur la cime, mais comme un homme du peuple, comme un homme qui atteint le peuple, qui est avec le peuple, qui parle au peuple dans un langage clair, qui parle de manière que le peuple le comprenne, parce que je ne me balade pas avec de petits discours ou avec de la rhétorique ou des mots creux : ce que je dis ici au peuple, même les gamins le comprennent, parce que je m’adresse au peuple, je lui parle franchement, je lui parle sincèrement...

[...] Savez-vous pourquoi la Révolution est forte et pourquoi le peuple nous soutient ? C’est très simple : je ne suis rien qu’un simple individu du peuple, et tout le monde me voit comme un simple individu du peuple, comme un parent, un frère, un membre de la famille. Tout le monde m’appelle Fidel et voit que je ne suis qu’un simple individu du peuple.

Vous savez bien ce qu’il se passait avant ici : avant, un monsieur était élu représentant, et plus personne ne le voyait, même pas le voisin d’à côté, il ne saluait personne, surtout si les élections n’étaient pas proches.

Avant, on donnait un poste important à quelqu’un, et il ne voulait même plus parler à sa famille. Ici, les gens occupaient un poste, et ils se croyaient des dieux. Et le peuple ? Ah, rien que du mépris pour le peuple. Ils voyaient la masse du peuple comme quelque chose d’ennuyeux, de gênant.

Ecoutez, c’est très simple : je ne suis qu’un simple individu du peuple. Je me fiche absolument des postes, je m’en fiche royalement, et le peuple le sait. Je me sacrifie pour remplir un devoir. Je ne le ferai pas parfaitement, mais je tâche de bien le faire, de bonne foi, du mieux possible. Je ne veux faire du mal à personne, je veux faire du bien à tout le monde, je respecte les droits de tout le monde et je défends les droits du peuple.

Ce que j’ai promis, je l’ai toujours tenu ; je ne promets pas ce que je ne peux pas tenir. Je tâche de faire plus que ce que je promets. Je ne recours jamais aux mensonges ni aux flatteries. Je dis ce que je pense. Si je dois penser différemment de ceux qui m’écoutent, je dis en toute sincérité, sans démagogie, sans hypocrisie. Les politiciens l’ont-ils fait ? Eh bien, les politiciens ne l’ont pas fait !

[...]

Je ne me bats pas par intérêt matériel, ni par intérêt moral, ni pour qu’on m’applaudisse, ni pour rien de tout ça : je me bats parce que j’estime que c’est mon devoir. Ma récompense, chaque fois que je fais du bien à quelqu’un, est de me sentir satisfait ; ma récompense, chaque fois que je vois une famille plus heureuse, est de me sentir satisfait ; ma récompense, chaque fois que je vois se construire une école nouvelle, est de me sentir satisfait ; ma récompense, chaque fois que je vois se construire un nouvel hôpital et que je sais que des centaines de malades vont recevoir des soins, est de me sentir satisfait ; ma récompense, chaque fois que je vois un paysan heureux, est de me sentir satisfait.

Ma récompense ne sera pas maintenant, ma récompense sera plus tard ; pour demain, si je suis en vie, quand je passerai dans les coopératives de paysans en train de produire ; quand je rendrai visite aux paysans et que je verrai des maisons nouvelles et différentes de celles d’aujourd’hui, et que je verrai tout le monde chaussé, et que je verrai que tout le monde sait lire et écrire, et que tous les enfants ont un maître et que tout le monde a des médicaments, et que tout le monde a la radio, et que tout le monde a de l’hygiène et que tout le monde a de la santé.

Quand je verrai qu’il n’y a plus de mendiants, quand je verrai qu’il n’y a plus d’affamés, quand je verrai qu’il n’y a plus d’injustices, je me sentirai heureux. Et ce sera ma récompense.

Ma récompense ne pourra jamais être de l’argent, ma récompense ne pourra jamais être des honneurs, ma récompense ne pourra jamais être autre chose que la satisfaction infinie que ressent l’homme sain, l’homme propre, l’homme noble, l’homme honnête quand il fait du bien à quelqu’un.

Peu m’importe la politique, peu m’importent les fonctions. Il m’est égal d’être le premier que de n’être rien du tout. Peu m’importe la présidence. Si on me laisse ici les années dont j’ai besoin - quatre, cinq, six - pour faire ce travail, et si un autre est président, peu m’importe. Peu m’importent les fonctions.

Je ne sers pas comme président. Savez-vous pourquoi ? Parce que ce sont beaucoup de choses, beaucoup d’honneurs et beaucoup de hiérarchie. Et moi, je dois être avec le peuple. [...] Ces fonctions, elles ne m’intéressent pas. Tout ceci, je vous l’assure, manque de valeur pour moi ; ça ne m’intéresse pas, ni la politique, ni les fonctions, ni les votes, ni les honneurs.

Je ne recevrai jamais plus d’honneurs que ceux que j’ai reçus du peuple cubain ; on ne pourra réunir plus de foules que celles qui se sont réunies, plus de centaines de milliers de personnes. Donc, la seule chose qui m’intéresse, c’est faire mon devoir.

Mon désir est de bien le faire. Je sais que comme être l’être humain que je suis, je ne peux pas le faire parfaitement ; je sais que comme l’être humain que je suis, je peux commettre des erreurs. Je commettrai des erreurs, mais je n’agirai jamais de mauvaise foi. On pourra dire : « Il s’est trompé », mais on ne pourra jamais dire : « C’est une crapule ». On pourra dire : « Il s’est trompé », mais on ne pourra jamais dire : « C’est un voleur ». On pourra dire que je n’ai pas tout fait, mais on ne pourra jamais dire que je n’ai pas fait tout ce que j’ai pu, parce que je ferai tout ce que je peux, parce que je ferai tout du mieux possible. Et quand je n’en ferai pas plus et que je ne le ferai pas mieux, c’est parce que je n’aurai pas pu. Alors, d’autres viendront et le feront mieux. Je remplirai ma tâche ; d’autres viendront après. [...]

Je défie qui que ce soit de prouver que Fidel n’a pas appliqué à la lettre ce code moral de dirigeant qu’il s’est imposé tout au début de sa vie de révolutionnaire.

Et puisque j’en suis à tenter de présenter un Fidel différent des poncifs éculés qui tiennent lieu d’universaux et de « vérités évidentes » dans les médias internationaux et chez nombre de gouvernements du Premier monde, je ne résiste pas au plaisir d’en montrer une autre facette : l’humour fin, qu’on associe bien peu à sa personne. Je laisse le lecteur en juger sur pièce. Toujours en prison, il écrit le 8 mars 1954 :

« J’ai parlé de l’insensibilité de nos couches sociales huppées et j’ai oublié de parler des dames philanthropiques de la Ligue contre le cancer. Je n’ai sans doute pas rendu dûment justice à la comtesse Revilla de Camargo. Après tout, est-ce leur faute que les journaux s’entêtent toujours à faire de la publicité à leurs bonnes actions ?

« Bien entendu, je ne serais pas aussi caustique envers les belles jeunes filles qui parcourent les rues en collectant des centimes, capables de vous coller au moins trois cocardes au revers de la veste.

« Je pense que c’est à l’Etat de résoudre ce problème, en enlevant l’argent aux riches, en triplant les impôts sur les hôtels particuliers du Country Club et de la Cinquième Avenue, les résidences secondaires, les clubs privés, les héritages voués à la dilapidation et les rentes fabuleuses gaspillées dans le luxe. Mais que ne meure en tout cas aucun malade parce qu’il a plu ou que la comtesse Revilla de Camargo a eu un malaise ! Et que Dieu lui pardonne sa vanité, puisque nous pouvons bien, nous les hommes, lui pardonner son ridicule ! Après tout, pourquoi ne pas souhaiter qu’il reste encore des comtes et des comtesses de la même manière que nous souhaiterions qu’un cacique siboney ou un exemplaire de lamantin quasiment disparu soit encore en vie ? »

(à suivre)


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29 réactions à cet article    


  • Narkoléon 4 mars 2008 11:04

    Je crois que vous confondez Agoravox avec un BLOG ou vous pourriez venir livrer vos reflexions du moment.

    Je ne vois pas quoi trop répondre à votre article. C’est le 3ème... il y en aura combien 10 , 20 ....

    Non que le sujet ne soit pas interessant, mais que dites vous ici que vous n’avez dit en substance dans les 2 précédents articles ?


    • Lambert85 Lambert85 4 mars 2008 11:10

      haha ! Fidel est "moral" maintenant ! A quand sa béatification par le pape ?


      • maxim maxim 4 mars 2008 11:32

        on croit rêver ......

        Agoravox est devenu "Castrorama" avec une promotion sur les bienfaits du régime Castriste .....

        un grand démocrate ce Fidel .........

        on y est tellement bien à Cuba que plein de ressortissants n’ont qu’une hâte se barrer vite fait de ce cauchemard qui persiste depuis 1958 ........

        c’est marrant je ne vois personne demander l’asile politique à Cuba ....

        doit pas y’avoir des masses de volontaires ......

         


        • Michel Maugis Michel Maugis 4 mars 2008 14:09

          @ Jacques François Bonaldi

          Je vous remercie pour cette description du caractère de Fidel.

          Elle correspond à la réalité telle que je la perçois.

          Face à l´immonde propagande adverse que l´on rencontre sur la quasi-totalité des médias, ce genre d´article amène un air frais qui participe efficacement à la décontamination des esprits. C´est tout à l´honneur des modérateurs d´Agoravox de le poster.

          Beaucoup de participants de bonne foi de ce forum devraient examiner dans le moindre détail cet article pour le commenter positivement ou éventuellement négativement si ils y rencontrent une quelconque exagération ou, pourquoi pas, une contre vérité.

          Une discussion franche et sincère entre nous ne manquerait pas d´être intéressante.

           Dans ma participation à la critique (au sens scientifique du terme) de votre article, je vais essayer de souscrire à l´excellente recommandation de Pierre JC Allard dans son commentaire à votre article précédent.

          "Puis-je simplement suggérer aux commentateurs de bonne foi d’ignorer les Black Ader et autres du même acabit ? Ce site y gagnera quand la sottise restera sans réponse. "

          Michel Maugis
           


          • dalat-1945 4 mars 2008 14:51

            Je rejoins tout à fait les 3 commentaires précendents sur votre article.

            Vous êtes un peu un obsédé, il faut bien qu’on vous le dise ! Un obsédé ou un "jusquauboutiste" dangereux. Des gens comme vous sous la révolution française, n’ont pas fait long feu. Les guillotineurs ont été guillotinés ou simplement assassinés (Robespierre, Danton, Marat).

            Une révolution ne doit pas durer trop longtemps. Or vous, la durée vous fait jouir. La révolution bolchevique a été beaucoup trop longue et n’a apporté que le malheur (la Russie ne peut se vanter aujourd’hui, que d’être la 1ère ou 2ème puissance spatiale au monde et la 2ème puissance militaire, çà lui fait une belle jambe !! On voit le résultat aujourd’hui après avoir été disloquée (lorsque même des pays comme l’Ukaine et la Bielorussie pourtant très proches, ont demandé leur indépendance).

            La Chine, partie de beaucoup plus bas que la Russie, l’a bien compris, ils ont décidé de changer/évoluer, mais ils n’ont pas attendu 70 ans pour le faire (ne n’est pas parfait, mais ils progressent vite dans de nombreux domaines et vous allez voir dans 10, 20, 30 ans !). Le Vietnam aussi (Vietnam qui soit dit en passant état le 2ème pays le plus développé d’Extrême Orient, après le Japon, dans les années 30 et celà grâce à la présence française) , l’a bien compris aussi. Ils changent, il n’y a plus de chasse aux socières, ils encouragent les Vietnamiens de l’Etranger à rentrer au pays. C’est vrai allez-y, c’est plutôt "chouette" et tout à fait encourageant.

            Alors, vous allez me dire qu’ Haïti et Saint Domingue, c’est sûrement pire que Cuba. Oui, probablement. Pour Haïti, c’est de la faute à Napoléon (allez, on va encore le charger celui là !), il n’aurait jamais dû donner l’indépendance à Haïti à l’un de ses généraux , le seul général noir de l’armée à cette époque. Eh oui, si Haïti était resté français, ce serait un pays aujourd’hui, un peu comme la Martinique, La Guadeloupe, la Guyane, ou équivalent et de toute façon , ce serait bien mieux que le Cuba actuel (sans être passé par le Communisme à la Castro ou à la Staline).

            Qui vous paie pour faire tout celà ? Vous croyez encore attirer beaucuop d’adeptes !

            Si c’est le PCF qui vous paie, dites donc à Mme BUFFET qu’elle évolue un peu, sinon le PCF va complètement disparaître (ce dont je me réjouirais bien sûr). Elle devrait commencer par éliminer le qualificatif de "Communiste de son parti. Et puis, si le PCF veut remonter un peu dans les sondages en France, recommandez donc par exemple à Mme BUFFET de proposer ses services pour aider au rapatriment d’Ingride Bétancourt. Je suis très sérieux en disant celà. Mme Buffet est un femme, elle est française, elle est marxiste, elle devrait donc arriver à dialoguer ave les Farcs ou au moins aider Mr Chavez pour établir ce dialogue et obtenir des résulats. Je la vois très bien aller en hélicoptère (de la Croix rouge ou de l’arméee vénézuélienne) chercher Ingride Bétancourt. Elle irait avec un ministre vénézuélien, par exemple. Et puis, elle n’est même pas obligée de demander l’avis de Nicolas Sarkozy. .. Alors tout est possible. Elle montrerait que celà a été possible "sans Sarkozy", vous vous rendez compte !

            Pour conclure, je vais vous dire que vous nous fatiguez, essayez de changer de registre et devenez utile à quelque chose.

            Cordialement, tout de même


            • ronchonaire 4 mars 2008 15:40

              Il est vraiment dommage que vous vous focalisiez autant sur Fidel : il n’est pas si différent que cela d’autres dirigeants (en tout cas, vos articles ne réussissent pas à convaincre du contraire.) De plus, à tant focaliser l’attention sur un seul homme, avec toutes les passions que cela ne manque pas de déclencher à chaque fois, vous évacuez la possibilité d’un débat plus approfondi. Nous allons encore avoir droit aux sempiternels arguments des uns (dictature, libertés individuelles bafouées, exode massif, échec économique) et des autres (succès de l’éducation et de la santé, scandale du blocus et de l’isolement de Cuba) sans pour autant être plus avancés, le tout agrémenté de quelques noms d’oiseaux exotiques jetés ici et là.

              Savoir si Fidel est un saint ou pas ne présente finalement guère d’intérêt, sauf pour ses biographes. Essayer de donner un sens à la révolution, comprendre ce qu’il se passe à Cuba, analyser les différences entre cette révolution et les autres révolutions communistes, voilà qui aurait été beaucoup plus intéressant. A tout le moins, si vous considérez que Fidel et la révolution cubaine sont indissociables, expliquez-nous pourquoi.

              C’est d’autant plus dommage que votre article partait bien car il appelait une vraie discussion de fond, philosophique voire même métaphysique, sur ce qu’est la révolution et sur ce qu’être révolutionnaire signifie. Peut-être pour la 4ème partie ?


              • dalat-1945 4 mars 2008 15:48

                @ Ronchonnaire.

                On est bien d’accord.


              • Pie 3,14 4 mars 2008 20:27

                Culte de la personnalité.

                 

                Mimétisme éditorial ( vos textes sont aussi longs et ennuyeux que les discours de Castro).

                 

                Rhétorique estampillée PCF pure langue de bois , millésimée georges Marchais. Il faut lire vos pesantes dissertations sur le fascisme rampant de la "démocratie bourgeoise" et les mérites de la "démocratie populaire".

                 

                Avec messieurs Bonaldi et quelques autres on visite un musée poussiéreux fermé depuis vingt ans .

                les votes positifs qu’ils accumulent signifient simplement que le Radeau de la Méduse des derniers staliniens français a échoué sur Agoravox.

                Rest in peace.


                • Michel Maugis Michel Maugis 4 mars 2008 22:55

                   

                   

                   

                   

                  Puisque vous semblez intéressé par les réflexions de Fidel, voici la dernière ; elle est toute chaude.

                  RÉFLEXIONS DU COMPAÑERO FIDEL

                  Rafael Correa

                  JE me rappelle la visite qu’il nous a faite, quelque mois avant le début de la campagne électorale à laquelle il pensait se présenter comme candidat à la présidence de l’Équateur. Il avait été ministre de l’Économie du gouvernement d’Alfredo Palacio, un chirurgien au grand prestige professionnel qui nous avait aussi rendu visite en sa condition de vice-président du pays, avant d’accéder à la présidence du fait de circonstances imprévues, et qui avait été réceptif à un programme d’opérations ophtalmologiques que nous lui avions offert à titre de coopération. Il existait de bonnes relations entre nos deux gouvernements.

                  Correa venait de démissionner de son poste de ministre de l’Économie. Il était en désaccord avec ce qu’il qualifiait de corruption administrative attisée par Oxy, une société étrangère qui avait fait de la prospection pétrolière et de gros investissements, mais qui s’emparait de quatre barils de pétrole sur cinq. Il n’avait pas parlé de la nationaliser, mais de lui faire payer des impôts élevés dont le montant serait assigné à des investissements sociaux détaillés. Il avait déjà approuvé les mesures correspondantes qu’un magistrat avait déclarées valides.

                  Comme il n’avait pas prononcé le mot « nationalisation », je pensais que le concept lui faisait peur. Ce qui ne m’étonnait pas, d’ailleurs, puisqu’il avait fait de brillantes études d’économie dans une université bien connue des États-Unis. Je n’avais pas cherché à aller plus loin dans ce domaine, mais je le criblais de questions tirées de l’arsenal que j’avais accumulé dans la lutte contre la dette extérieure que nous avions engagée en 1985 et de l’expérience cubaine elle-même.

                  Il existe des investissements à risque extrêmement lourds et impliquant des technologies de pointe qu’aucun pays de la dimension de Cuba ou de l’Équateur ne pourrait assumer.

                  Comme, en 2006, nous étions résolument décidés à promouvoir la révolution énergétique que Cuba été le premier pays au monde à proclamer comme une question vitale pour l’humanité, j’avais insisté particulièrement sur cette question. Je me suis arrêté après avoir saisi l’une de ses raisons.

                  Je lui ai raconté la conversation que j’avais eue peu de temps auparavant avec le président de la compagnie espagnole Repsol. Celle-ci, associée à d’autres compagnies internationales, allait entreprendre une opération coûteuse pour forer off-shore, à plus de deux mille mètres de profondeur, en recourant à des techniques de pointe, dans les eaux juridictionnelles de Cuba. J’ai demandé au chef de la société espagnole : Combien coûte un puits d’exploration ? Je vous pose la question parce que nous voulons participer ne serait-ce qu’à 1 p. 100 de ces coûts, et nous voulons savoir ce que vous pensez faire de notre pétrole.

                  De son côté, Correa m’avait raconté que de cent dollars obtenus par les compagnies, seulement vingt revenaient au pays, que ces sommes n’étaient même pas inscrites au budget, affirmait-il, mais étaient versées à un fonds à part destiné à n’importe quoi, sauf à l’amélioration des condition de vie du peuple.

                  J’ai dérogé aux normes, m’a-t-il dit, et j’ai alloué 40 p. 100 de ce fonds à l’éducation et à la santé, au développement technologique et routier, et le reste au rachat de la dette au cas où son prix nous favoriserait, ou au contraire à des investissements dans quelque chose de plus utile. Avant, nous devions acheter chaque année une partie de cette dette qui ne cessait d’enchérir.

                  Dans le cas de l’Équateur, a-t-il ajouté, la politique pétrolière frisait la trahison à la patrie. Pourquoi le faites-vous, ai-je demandé ? Par peur des Yankees ou pour des pressions insupportables ? Il m’a répondu : Si vous avez un ministre de l’Économie qui vous dit qu’en privatisant, vous améliorez l’efficacité, pensez donc un peu … Moi, je n’ai pas fait ça.

                  Je l’encourage à poursuivre et il m’explique calmement : La société étrangère Oxy est une entreprise qui a résilié son contrat et qui tombe, aux termes des lois équatoriennes, sous le coup de la caducité. Ce qui veut dire que le champ opéré par cette société doit passer aux mains de l’État. Mais, à cause des pressions des Yankees, le gouvernement n’ose pas l’occuper, et il se crée une situation non prévue par la loi. La loi dit : caducité, un point c’est tout. Le juge de première instance, qui était président de PETROECUADOR, en a décidé ainsi. J’étais membre de PETROECUADOR et on nous a convoqués d’urgence à une réunion pour le chasser de son poste. Je n’y ai pas assisté et on n’a pas pu le licencier. Le juge a déclaré la caducité.

                  Que voulaient les Yankees, ai-je demandé ? Ils voulaient une amende, explique-t-il aussitôt. En l’écoutant, j’ai compris que je l’avais sous-estimé.

                  J’étais pressé, une foule d’engagements m’attendait. Je l’ai invité à assister à une rencontre avec un groupe nourri de professionnels cubains hautement qualifiés qui devaient partir en Bolivie rejoindre la brigade médicale. Celle-ci compte le personnel suffisant pour plus de trente hôpitaux, dont, entre autres activités, dix-neuf postes opératoires qui permettent de faire plus de 130 000 opérations de la vue par an, tout ceci sous forme de coopération gratuite. En Équateur, il existe trois centres similaires, dotées de six postes opératoires en ophtalmologie.

                  Le dîner avec cet économiste équatorien s’est prolongé jusqu’au 9 février 2006, tard dans la nuit. C’est à peine si j’ai laissé passer une question sans l’aborder. Je lui ai même parlé du mercure si nocif que les industries modernes déversent dans les mers de la planète. J’ai insisté bien entendu sur la surconsommation ; sur le coût élevé du kilowatt-heure dans les centrales thermiques ; sur les différences entre les formes de distribution socialiste et communiste ; sur le rôle de l’argent ; sur le billion de dollars gaspillé en publicité et que les peuples amortissent forcément dans les prix des marchandises, et sur les études réalisées par des brigades sociales d’étudiants qui ont recensé, parmi les cinq cent mille foyers de la capitale, la quantité de personnes âgées vivant seules. Je lui ai expliqué l’étape d’universalisation des études universitaires dans laquelle nous étions engagés.

                  Nous sommes restés très amis, quoiqu’il ait peut-être eu l’impression que j’étais suffisant. En ce cas, ça a été totalement involontaire de ma part.

                  Depuis, j’ai observé chacun de ses pas : les élections, sa vision des problèmes concrets des Équatoriens, la victoire populaire sur l’oligarchie.

                  L’histoire unit beaucoup nos deux peuples : Sucre a toujours été une figure extraordinairement admirée, aux côtés de celles de Bolivar. Selon Marti, ce que ce dernier n’a pas fait reste à faire en Amérique ; selon Neruda, il se réveille tous les cent ans.

                  L’impérialisme vient de commettre un crime monstrueux en Équateur. Des bombes meurtrières ont été larguées au petit matin sur un groupe d’hommes et de femmes qui, presque sans exception, étaient en train de dormir. On le déduit de tous les rapports officiels émis dès le premier instant. Les accusations concrètes contre ce groupe de personnes ne justifient pas l’action engagée. Ce sont des bombes yankees qui sont tombées, guidées par des satellites yankees.

                  Absolument personne n’a le droit de tuer de sang-froid. Si nous acceptons cette méthode impériale de guerre et de barbarie, des bombes yankees guidées par des satellites peuvent tomber sur n’importe quel groupe d’hommes et de femmes d’Amérique latine, sur le territoire de n’importe quel pays, avec ou sans guerre. Que cette action se soit produite sur une terre dont les preuves indiquent qu’elle était équatorienne constitue une circonstance aggravante.

                  Nous ne sommes pas ennemis de la Colombie. Mes Réflexions antérieures et nos échanges prouvent combien nous nous sommes efforcés, tant l’actuel président du Conseil d’État cubain que moi-même, de nous en tenir à la politique de principe et de paix que nous avons proclamée depuis des années dans nos relations avec les autres États d’Amérique latine.

                  Que tout ceci soit à présent en danger ne nous convertit pas en belligérants. Nous sommes des partisans décidés de la paix entre les peuples de ce sous-continent que Marti a baptisé comme Notre Amérique.

                  Garder le silence ferait de nous des complices. On veut maintenant asseoir notre ami, l’économiste et président de l’Équateur, Rafael Correa, au banc des accusés, ce que je n’aurais jamais pu concevoir dans la nuit du 9 février 2006. Mon imagination semblait capable d’envisager des rêves et des risques de toute sorte, sauf quelque chose d’approchant à ce qui s’est passé samedi 1er mars 2008, au petit matin.

                  Correa a pu réunir les rares survivants et le reste des cadavres. Les deux qui manquent prouvent que le territoire équatorien a été occupé par des troupes ayant franchi la frontière. Tout comme Emile Zola, il peut maintenant s’écrier : J’accuse !

                  Fidel Castro Ruz

                   


                • vivelecentre 4 mars 2008 22:27

                  Bon début mais un peu bref

                  vous pouvez faire un peu plus long, un peu plus détaillé.

                  Votre mentor fait ( faisait ) des discours fleuves pendant des heures

                  Continuez , si vous saviez comme c’est passionnant cette plongés dans l’archéomarxisme et l’angelisme du totalitarisme !

                  Si le regime est renversé , ne restez pas trop longtemp sur place, au minimum, vous serez tondus...


                  • Jacques-François Bonaldi 4 mars 2008 22:59

                    Aux commentateurs

                    Quel beau chorus, cette fois-ci, dans les réactions !

                    En fait, vous ne vous intéressez à Cuba que si l’on vous serine à l’oreille ce que vous avez déjà en tête et dont vous ne voulez surtout pas démordre. Des mets un peu trop épicés vous brouillent l’estomac, il vous faut votre bouillie habituelle. Mais je ne vous oblige pas, un pistolet sur la tempe, à lire ce que j’écris. Ne le lisez donc pas, et baste !

                    Et que je serais heureux (et que le monde irait mieux) si, comme le dit l’un d’entre vous, Fidel ne se différenciait pas des autres dirigeants du monde ! S’il n’était qu’un parmi d’autres ! Hélas, quand on voit comment sont les dirigeants un peu partout, on ne saurait être aussi optimiste que vous,

                     

                     


                    • chris11 4 mars 2008 23:14

                      On peut reprocher beaucoup d’erreurs à Fidel Castro et peut être même certains comportements , mais je voudrais dire à tous les tenants du capitalisme décervelé à la mode US, que je connais peu de régimes qui auraient pu résister 50 ans à un embargo tel que les cubains ont eu a en subir . Ce qui tendrait à prouver un certain attachement à l’idée de révolution et sans doute aussi au régime quoi qu’on en dise . Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé pour la CIA toutes sortes de coups tordus .

                      C’est qu’il en a vu passer Fidel des présidents US et aucun n’a réussi à le faire trébucher . Avec un peu de chance , il verra même la fin de la supématie US .Je crois sincerement que ce jour là , il aura la véritable récompense de sa vie .

                      Imaginez la plénitude d’un homme qui aura lutté toute sa vie contre un systeme qui ne fait appel qu’aux plus bas instincts humains pour assurer son expansion : l’appat du gain , le desir de domination , de possession, l’exploitation , l’indifférence à la souffrance humaine .

                      Imaginez cet homme qui peut être assistera au nauffrage déja bien engagé de ce systeme . Je pense qu’il pourra quitter ce monde l’âme en paix avec le sentiment d’une vie pleinement utile .

                       


                      • nostromo 4 mars 2008 23:19

                        Simplement : BRAVO !!! Merci cher auteur, et vivement la suite.

                         


                        • vivelecentre 4 mars 2008 23:29

                          GLOIRE AUX DICTATEURS !!

                          L’embargo ! Cela a été déjà largement abordé cette semaine et semaine passées sur les sujets "cuba"

                          la notion d’embargo est très relative et n’a jamais empêché cuba d’échanger ..y compris avec des américains !

                          Le propre d’une dictature et justement de juguler complètement la population et d’ organiser tout les contrôles pour que personne puisse lever le petit doigt sans que cela remonte jusqu’en haut de la pyramide

                          Les comités de quartier sont toujours présent, et votre voisin, votre cousin , voir même votre soeur ou votre mère sont potentielement vos propres délateurs

                          Cette peur poursuit m^me les cubains en dehors de leur pays .. ..ce qui n’encourage pas , spontanément , une critique trop ouverte du régime

                          Si les américains avaient voulu la fin du castrisme, cela fait longtemps qu’ils auraient agi

                          Quand à l’apologie que vous faites de ce régime totalitarisme, vous ne mesurez pas votre chance de vivre dans un pays démocratique, de pouvoir vous exprimer même pour dire de telle bêtises !!


                          • nostromo 5 mars 2008 00:13

                            "Quand à l’apologie que vous faites de ce régime totalitarisme, vous ne mesurez pas votre chance de vivre dans un pays démocratique, de pouvoir vous exprimer même pour dire de telle bêtises !!"

                            Si justement il "mesure sa chance" , puisque l’auteur vit et travaille a Cuba depuis 37 ans => www.agoravox.fr/commentaire_static.php3 ;

                            je suis donc heureux de vous voir (enfin) reconnaitre Cuba comme un pays democratique


                          • vivelecentre 5 mars 2008 07:24

                            bien vu !

                            mais s’il vit a cuba depuis plus de trente ans et qu’il y a une certaine réussite, il a dut faire allégeance au régime , cela aide a mieux vivre et a fait de lui un avocat inconditionnel ce qui donne cette propagande procastriste

                            Ma remarque concernait aussi bien les autres moutonniers idolâtrant un dictateur 

                            MAIS je veux bien changer d’avis, si le régime castriste est merveilleux ,que l’auteur diffuse à la havane, au grand public l’une de nos discutions dans sa totalité, y compris les passages anticastriste

                            que l’auteur organise un débat en faisant librement figurer tout les arguments anti castriste....


                          • Jacques-François Bonaldi 5 mars 2008 09:00

                            Décidément, on en arrive vite non à la discussion des idées, mais aux attaques personnelles. Comme quoi, les idées manquent, semble-t-il.

                            Vendu au "régime", "agent castriste". Que vous êtes amusants ! Et quand vous défendez le capitalisme, vous êtes vendu à Sarkozy ? Avec de tels raisonnements, on ne va pas loin dans le débat...

                            Mais en fait vous ne voulez pas débattre. Aurait-on beau vous présenter une vision un peu différente de la Révolution cubaine, elle ne vous intéresse pas, parce que vous êtes convaincu de tout savoir sur elle. Je ne tente pas de vous convaincre, je vous apporte des faits, des analyses, des perceptions.... pour si jamais vous avez envie de réfléchir au lieu de ressasser toujours les mêmes pseudo-arguments, comme au sujet du blocus que vous nous ressortez, même si cela n’a rien à voir avec le point précis que j’aborde. J’essaie de vous présenter des faits pour que vous vous demandiez : "Tiens, mais Fidel, c’est pas exactement comme ça que je le voyais !" et que vous vous réfléchissiez... Mais vous préférez répéter les mêmes rengaines à mes trois parties qui, contrairement à ce qu’affirme l’un de vous (j’entends : les mêmes et inamovibles détracteurs), ne disent pas toutes la même chose et apportent chacune des vues différentes.

                            La Révolution cubaine, Cuba, c’est un événement vraiment plus varié et donc infinimenent plus riche que les platitudes stéréotypées dans lesquelles vous (et vos collègues imprécateurs) se complaisent.


                          • ronchonaire 5 mars 2008 09:33

                            Monsieur Bonaldi,

                            Vous parlez de stéréotypes alors que vous en êtes à votre 3ème article en moins d’une semaine qui ne parle que de Fidel et de ses qualités. Je crois que nous avons compris où vous voulez en venir, ce n’est peut-être pas la peine d’insister.

                            Vous dites également que la révolution cubaine est un événement riche de variété. Je ne demande qu’à vous croire et à en discuter avec vous mais pour cela, encore faudrait-il parler d’autre chose que de Fidel. Il doit quand même bien y avoir quelque chose à dire sur cette révolution sans parler de Fidel, non ?!


                          • Jacques-François Bonaldi 5 mars 2008 15:42

                            a roncbhonaire

                            Ce que j’écris pourra vous plaire ou non - c’est votre droit - mais ce ne sont sûrement pas des "stéréotypes", autrement dit des poncifs. Si vous trouvez beaucoup d’endroits ou de livres en France où l’on aborde ce thème que je tente d’éclaircir pour les lecteurs souhaitant connaître et voir autre chose, autrement dit aborder la Révolution cubaine - parce que parlant de Fidel je parle d’elle, ne vous en déplaise - du dedans, d’une façon dans laquelle la plupart de Cubains se reconnaissent, faites-moi signe et indiquez-les moi.. Je serai ravi d’y aller voir.


                          • vivelecentre 5 mars 2008 16:32

                            je crois que je vous l’ai déjà dis , pour me faire une opinion, je me suis basé sur plusieurs voyages sur place, sur ma famille franco sud américaine, sur mes amis cubains en France, sur mes lectures que ce soit celle d’ouvrage d’opposants ou de partisans

                            Après il y a bien sur une réflexions personnelles et synthèse considerant également la presse y compris Granma ou il faut savoir lire entre les lignes et où il est facile de démystifier la propagande tellement elle est lourdingue et caricaturale

                            Je ne vous connais pas personnellement, dans un des sujets, il me semble que quelqu’un a fait de vous et de votre parcours un portrait peut flatteur , je ne sais pas si c’est la réalité mais il me suffit de lire l’incroyable subjectivité de vos commentaires grandiloquents sur le régime et sur Fidel pour savoir pour qui vous roulez

                            Mon seul doute concerne Maugis qui est tellement outrancier que je me demande s’il n’est pas un agent double chargé finalement de déconsidérer le régimes par sa caricature


                          • Jacques-François Bonaldi 5 mars 2008 16:50

                            Je ne vois pas en quoi ma subjectivité serait plus "incroyable" que la vôtre et mes commentaires "grandiloquents" moins acceptables que votre approche tout aussi "outrancière".


                          • Michel Maugis Michel Maugis 5 mars 2008 17:07

                            @ Ronchonaire.

                            Vous êtes incorrigible. Tous vos commentaires n´ont ni queue ni tête. Ils sont d´une complète incohérence pour induire chez le lecteur des opinions que vous n´osez exprimer mais qui n´ont absolument aucun rapport avec l´article.

                             

                            Premier exemple :

                            "Vous parlez de stéréotypes alors que vous en êtes à votre 3ème article en moins d’une semaine qui ne parle que de Fidel et de ses qualités"

                            Comment comprendre cela ? Que la description par l´auteur de Fidel est remplie de stéréotypes ? Quel est le rapport entre parler de quelqu´un et des stéréotypes, sinon qu´il en parlerait qu´avec des stéréotypes ?

                            Un exemple de votre part s´imposait. L´auteur serait donc une fois de plus un crétin qui ne parle qu´avec des stéréotypes, comme tous ces détraqués de la cervelle qui ne sont capables de recopier une seule ligne de l´article pour la commenter, la critiquer, voire la réfuter.

                            Stéréotype : "Formule banale, opinion dépourvue d´originalité"

                            Il est difficile pour une personne de bonne foi de trouver des stéréotypes sur Fidel dans ces trois articles, quand justement leur finalité est de présenter une image de Fidel et de la révolution loin des stéréotypes que la presse "bien pensante" et des types comme vous véhiculent depuis 50 ans.

                            D´autant plus que Fidel Castro, selon vous, "n’est pas si différent que cela d’autres dirigeants". Et que vous ne seriez pas convaincu du contraire, parce que l´auteur aurait employé les mêmes stéréotypes, sans doute !

                            Vous avez de la chance que le ridicule ne tue pas.

                            Deuxième exemple :

                            "Je crois que nous avons compris où vous voulez en venir, ce n’est peut-être pas la peine d’insister."

                            Quel est ce "nous" ? Est t´il de majesté ? Vous parleriez en mon nom ? Comment voulez vous que l´auteur ait l´intention d´en venir à quelque chose s´il n´use que de stéréotypes, comme vous l´insinuez ?

                            Voudriez vous dire qu´il donne une opinion différente de celle rabâchée dans la totalité des médias ? Et cette opinion ne vous plait évidemment pas quoique vous ne puissiez ou vouliez en débattre.

                            Si vous pensez avoir découvert exactement ou l´auteur veut en venir, et que cela ne vous plaît pas, essayez donc de le contester en s´attaquant sur des points particuliers de son article et non avec des appels à peine voiler à l´autocensure.

                            Voilà ce qui serait un débat intéressant que vous rejetez ostensiblement. Auriez vous peur du résultat ? Oseriez vous une véritable bataille d´idées ? Mais il vous faut d´abord exprimer clairement quel est ce but que vous auriez découvert.

                            Troisième exemple :

                            "Vous dites également que la révolution cubaine est un événement riche de variété."

                            Cela me semble évident pour tous, même pour vous.
                             
                            "Je ne demande qu’à vous croire et à en discuter avec vous"

                            Mais vous le croyez fortement déjà, M. Ronchonaire, et c´est bien pour cela que vous ne voulez surtout pas en discuter. Cela mettrait trop en cause vos idées reçues.

                            Votre mensonge est un baroud d´honneur. Tous vos commentaires sont des expressions d´un refus du débat. Et celui-ci particulièrement.

                            "mais pour cela, encore faudrait-il parler d’autre chose que de Fidel. "

                            Mais cela ne tient qu´à vous. L´auteur à tout de même le droit de vouloir parler spécifiquement de Fidel, encore que c´est impossible de parler de Fidel sans évoquer la révolution cubaine.
                            Un autre excellent auteur, Salim Lamrani, a lui parler de l´Œuvre de Fidel, donc de la révolution. Votre volonté de participer au débat a été magnifiquement établie…comme nulle.

                            "Il doit quand même bien y avoir quelque chose à dire sur cette révolution sans parler de Fidel, non ?!"

                            Bien sûr que si !. ET c´est bien vous qui refusez d´en parler.

                            Autour de ces 3 articles, vous n´avez fait que dénigrer la révolution et Fidel, sans jamais vouloir lire et étudier les réponses qui vous sont faites. Vous fuyez systématiquement avec des propos à l´emporte pièce sans aucun rapport avec l´article.

                            Parler de Fidel, c´est de toute évidence parler de la révolution cubaine, puisque la quasi-totalité des média ne parlent que de la dictature tyrannique de Castro qui appauvrit son peuple muselé pour s´enrichir en exhibant du blocus un prétexte pour que ce peuple d´idiots et de lâches ne renverse pas Castro et ses sbires.

                            Tous les commentaires contre cette révolution sont d´autant d´insultes à l´intelligence humaine et au peuple cubain.

                            Si vous voulez parler d´une chose en particulier, et seulement de celle-ci, je crois que tous les hommes justes sont disposés à en parler.
                             
                            Chiche ! Nous vous attendons.

                            Michel Maugis

                             


                          • Rapetout 5 mars 2008 04:21

                             

                            Cuba avant : www.therealcuba.com/Page8.htm

                            Cuba pendant : http://www.therealcuba.com/page5.htm

                            Cuba maintenant : www.therealcuba.com/two_cubas.htm

                            avec son merveilleux système de santé : www.therealcuba.com/Page10.htm

                             

                            ¡Ay qué felices los Cubanos !

                             


                            • dalat-1945 5 mars 2008 09:59

                              A Rapetout,

                              Edifiant, merci.


                            • Jacques-François Bonaldi 5 mars 2008 16:46

                              Je pourrais faire en France exactement le même style de photos comparatives pour juger que tout y est pourri. Vous avouerez que ce n’est pas très sérieux. Dites au moins que tout ceci est fabriqué à Miami, et vos lecteurs comprendront mieux. Les problèmes existent à Cuba, nul ne les nie - les Cubains les tout premiers - découlant non forcément - comme cedla est un a-priori pour les imprécateurs - du "régime" en place, mais peut-être aussi de la pauvreté et du sous-développement... Mais cet aspect-là des choses, vous préférez ne pas le voir.


                            • Jacques-François Bonaldi 5 mars 2008 23:47

                              A mes critique que je barbe (mais que je n’oblige pas à me lire)

                               

                               

                              Je ne peux résister au plaisir de vous donner à lire ceci, qui est très éloquent, écrit le 4 avril 1959.

                               

                              L’ "ange" de Fidel

                               Jorge Mañach

                               L’autre soir, nous écoutions Fidel Castro à la télévision. Il y avait là des amis de différentes tendances : des révolutionnaires, des conservateurs, des entre-les-deux… Il y avait là des enthousiastes sans faiblesse et des pusillanimes sans trêve. On interrogeait le leader de la Révolution sur absolument tout. L’implacable curiosité journalistique était de trop, à la rigueur. Fidel dit tout. Chaque question donne lieu chez lui non à une réponse, mais à dix. Il ne tait rien ; il ne dissimule rien ; il ne s’abstient de rien. Il veut tout expliquer et il est au courant de tout.

                                L’émission a commencé à cette heure du soir où les bruits de la ville bouillonnent encore. Les phares des automobiles passaient à tout instant, déchirant l’ombre du portail où nous l’écoutions comme plongés dans un rite. Les heures s’écoulaient aussi. Quand Fidel eût fini, le petit froid du petit matin soufflait déjà, et le silence enrobait la ville.

                               - Qu’en penses-tu ?, ai-je demandé au plus conservateur de mes amis réunis, un avocat de grosses sociétés, au cerveau très solide, à la fine précision dialectique et au sobre esprit cubain, sans simagrées.

                               Il a gardé le silence un moment. Puis il m’a répondu laborieusement, à la manière de quelqu’un qui reflète un conflit intérieur :

                               - Ce gamin me déconcerte. Il y a des moments, de nombreux moments, comme ce soir, où je l’écoute avec bien plus que de la sympathie : avec une profonde émotion. On le voit si sincère, si fervent, si passionné pour sa cause, si manifestement animé d’une aspiration à la justice, à la dignité et au bien-être de tous qu’on dirait vraiment un miracle humain… Oui, un miracle… cubain. Un peu comme Martí. Mais…

                               - Mais ?

                                - Ensuite, je me libère de cette transe quasi hypnotique où ses paroles te plongent. Je pèse certaines manifestations, je compare la réalité avec les choses qu’il dit ; j’explore surtout le sens qu’ont (ou n’ont pas) certains arguments, en particulier d’ordre économique… Et je t’avoue qu’alors je m’alarme, je ne suis pas d’accord, je me demande s’il n’est pas en train de bâtir dangereusement une utopie sur des prémisses qui sont enfants de son désir plutôt que de la réalité… Et ça me plonge dans un conflit intérieur.

                              Je ne doute pas que mon ami était sincère, d’une manière désintéressée, sans calculs. Je crois que bien d’autres Cubains, même sans être conservateurs, même de ceux qui ne représentent pas des intérêts comme lui, vivent quelque chose d’approchant.

                               En tout cas, il est certain que Fidel « séduit ». Je dirais qu’il a ce que les Espagnols appellent de l’ « ange ». [En fait, la bonne traduction serait « du charme », mais alors la comparaison ne fonctionnerait plus.] Un ange dialectique et même à l’épée flamboyante, comme ceux du paradis. Mais de l’ange. On le perçoit parfois comme dans un battement d’ailes. D’autres fois, dans la fulguration, dans le brandissement de l’anathème. Et quelle force de persuasion ! On est au pire plein d’appréhensions. Les pelotons d’exécution, par ci, les pauvres veuves touchées par la baisse des loyers, par là, ou encore le communisme, ou une tendance à taxer de réactionnaires tous ceux qui diffèrent… Beaucoup sont inquiets, voire irrités par ça.

                               Mais Fidel vient expliquer. On dirait toujours qu’il s’éveille d’une vaste fatigue. Il cille des yeux devant les projecteurs, arque les sourcils, se gratte un peu les favoris aguerris. Et il commence à parler, la voix déjà un peu prise. Il explique, argumente, semonce, avertit… Il va dissolvant les appréhensions. Il ne flatte pas ni ne ment au sujet de sécurités impossibles, mais il réclame pour le bien de tous, pour Cuba qui lui fait mal. Le conservateur (je parle du conservateur à la volonté généreuse, non de celui qui se blinde dans ses égoïsmes) se sent ému. Il voit que cet homme, qui, voilà des années, a mis son bras dans la révolution, y met maintenant son âme… Le public du programme applaudit depuis ses fauteuils pour nous invisibles. Fidel baisse la tête, laisse les applaudissements s’évanouir, le crayon cloué sur le papier, un certain air doucement sévère sur le visage, je ne sais quelle expression grave et enfantine à la fois.

                               Les conservateurs de bonne volonté font silence. Quand Fidel conclut, l’un d’eux ose dire que oui, c’est bien, mais qu’il parle trop… Moi, qui n’aime pas les flatteries, à plus forte raison à des moments pareils, je me borne à faire remarquer que Fidel s’est mis sur les épaules, d’une manière écrasante, un fardeau indispensable d’apôtre, de mentor révolutionnaire du peuple.

                               - Mais, pour l’essentiel – me presse mon ami – que penses-tu, toi ? Ne partages-tu pas mes appréhensions, mes craintes ?

                               Je n’ai pas d’autre solution qu’être explicite.

                               - Je vais te dire : nous avons passé notre vie (du moins, je l’ai passée, moi, comme écrivain) à demander une rectification profonde et totale de la vie cubaine. J’ai écrit plus d’une fois qu’il fallait « une cure de cheval », « une cure de sel et vinaigre ». Et maintenant que c’est arrivé, il me semble digne d’un gringalet de s’en effrayer…

                               - Mais ce sont vraiment des rectifications ? 

                              - Comment en douter ?... Pour le moment, la Révolution a déjà réussi ce que demandait Martí : mettre la vertu à la mode. Et je crois que cette proscription de la vénalité, de la frivolité, de l’irresponsabilité, est arrivée avec une telle force accumulée de volonté et avec tant d’élan que ça ne va pas être une simple « mode » passagère.

                               - Et quoi d’autre ?

                               - C’est là quelque chose de capital. Mais il y a autre chose de capital : la vie publique cubaine, quand elle n’était pas sinistre et sordide comme ces dernières années, était du moins insignifiante, rabougrie, sans la moindre noblesse en ambitions. Il n’y avait pas de volonté de nation. Nous vivions en somme pris d’un optimisme routinier, en accord avec cette plaisanterie que l’île était de liège… Maintenant il y a de la hauteur de vues dans l’ambiance, une volonté créatrice, une décision d’être… Cela me semble énorme. A côté de ça, tout le reste compte très peu.

                               - Comment ça ? Ça compte très peu cette attaque des riches, cet anti-américanisme inutile, cette infiltration communiste, ces spoliations imméritées ?

                                - Il me semble, franchement, qu’0n exagère tout ça. On le regarde surtout sans un sens intégral et historique. Une révolution démocratique comme celle-ci n’est pas quelque chose qu’on peut faire sans bouleversements, sans désajustements, sans tâtonnements, sans risques plus ou moins graves. Nous nous attendions à bien pire à la chute de Batista : nous nous attendions à une hécatombe… Ce qui importe est la vision globale – ne pas voir les choses sous l’angle étroit des intérêts personnels – et la vision historique : les contempler non par rapport à aujourd’hui, mais par rapport à demain… On peut toujours rectifier l’accessoire. Il faut être dans l’essentiel.

                                Je ne sais si j’ai convaincu mon ami. Je ne pouvais pas être plus clair, ni lui me comprendre totalement. Nous étions morts de sommeil.

                               (Diario de la Marina, 4 avril 1959)

                              (Cité in Viaje a los frutos, sélection d’Ana Cairo, La Havane, 2006, Ediciones Bachiller, pp. 85-87.)

                               

                              Qui est donc cet auteur ? En adolescent en pleine rébellion ? Point du tout. Un intellectuel  de renom blanchi sous le harnois.

                               Jorge Mañach (1898-1961) De dix ans à seize ans, vit en Espagne avec sa famille. Fait des études secondaires et supérieures aux USA (diplômé de Harvard et bourse à la Sorbonne). Rentre à Cuba en 1922. Membre du Groupe minoriste (intellectuels) dès la Protestation des Treize (1923). Journaliste, critique d’art, essayiste, divulgateur des courants artistiques et esthétiques de l’avant-garde à Cuba. Chef de réaction de la Revista de Avance. Membre de l’organisation politique ABC. Secrétaire à l’Instruction publique du gouvernement Mendieta-Batista-Caffery. Part en exil plusieurs années quand son parti rompt avec Batista. De retour à Cuba, élu député à l’Assemblée constituant de 1940, puis sénateur. Secrétaire d’Etat en 1944. En 1947, rejoint le Parti du peuple cubain (orthodoxe) d’Eduardo Chibás. Après le coup d’Etat de Batista (1952), part de nouveau en exil et rentre au triomphe de la Révolution (1959). Il abandonne une fois de plus le pays en 1960 pour désaccord avec les positions politiques de celles-ci.

                               Ce bref résumé biographique indique bien que, le 4 avril 1959, Mañach n’était pas un nouveau venu dans l’arène politique. Ses positions allèrent toujours du réformisme à la droite, jamais à la gauche et à la révolution. Ce qui ne l’empêche pas et c’est tout à son honneur de comprendre –c’est cela qu’il m’intéresse de souligner dans son article – que « la Révolution a déjà réussi ce que demandait Martí : mettre la vertu à la mode. » Soit dit en passant, on constate une fois de plus la prégnance de Martí dans les valeurs cubaines.

                               Les réactions de Mañach vont tout à fait dans le sens de ce que je tente de faire comprendre. N’en déplaise à beaucoup.


                              • vivelecentre 6 mars 2008 08:13

                                c’est bien.

                                Moi je ne suis pas pour les icones, pas pour les idoles, je n’en ai pas besoin

                                Mais chacun a le droit d’avoir son gourou et de rentrer en trans sur les paroles du dieu , d’ailleurs cela existe dans nombre de mouvements politiques, religieux, sectaires , voir les trois à la fois....

                                Perso, je suis plus pour une société adulte, ouverte au initiative, faisant confiance a l’individu, une société ou tout ne se reduit pas au bon vouloir d’une personne si surhumaine soit elle ! ( je ne crois pas aux genre "surhumain ".)

                                Nul doute que les discours fleuves de Fidel ont été des moments particuliers de l’Histoire avec un grand H, que ce n’etait pas donné à tout le monde de le faire et il faut reconnaitre qu’il est (etait ??)doté d’un grand charisme. Mais pour moi , outre que c’est plutot soporifique , le charisme d’un homme ne permets pas d’oublier qu’il s’agit d’un dictateur


                                • dalat-1945 6 mars 2008 08:32

                                  @JF Bonaldi et les autres communiste (Maugis les autres qui soutiennent votre texte)

                                  Pour détendre un peu l’atmosphère, et pour éclairer le débat, pourriez vous nous dire ce que vous pensez des changements actuels (depuis plus d’une dizaine d’années au Vietnam ? Qu’y a t’il de "bien" dans ces changements et qu’y a t’il qui ne soit "pas bien", selon vous ?

                                  Je suppose que vous allez trouver qu’il y a des choses qui sont "bien". Dans ce cas, quelles sont les choses "bien" qui pourraient être reprises par Cuba après Castro ?

                                  Dans ce qui est "mal", pourriez-vous nous dire pourquoi ?Ces choses "mal" au Vietnam, seraient t’elles aussi "mal" pour Cuba, après Castro ?

                                  Je n’ai jamais mis les pieds à Cuba, mais je connais très bien le Vietnam. J’y suis né et je m’y rends régulièrement pour développer les relations entre les Universités Vietnamiennes et les Université /Grandes Ecoles françaises. Même chose pour développer les relations dans le domaine de la Chimie et de la Pharmacie, à travers les Instituts de Recherche et Développement des 2 pays.Ce ne sont que des choses concrètes donc. J’ai aussi à titre privé de nombreux contacts avec la population, aussi bien des communistes que des non communistes, ce qui me permet de me faire un jugement sur la situation qui évolue assez vite.

                                  Merci de nous donner vos réflexions pour nous aider à mieux vous comprendre.


                                  • Jacques-François Bonaldi 7 mars 2008 08:30

                                    Je ne vous répondrai rien du tout, pour la bonne raison que je ne suis pas assez informé de ce qui se passe au Vietnam pour me prononcer. Ce qui n’est pas votre cas, puisque, bien n’étant jamais allé à Cuba, de vos propres aveux, vous avez toutefois des idées fort arrêtées sur la question et vous nous les exposez ici sans trop de scrupules... Ne trouvez-vous pas cela un peu contradictoire ?

                                    Par ailleurs, je ne vois pas en quoi ce que fait le Vietnam devrait être repris à Cuba. Les contextes, les peuples, les histoires, les cultures sont si différents que ce genre de calque tourne toujours mal.

                                     

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