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Accueil du site > Actualités > Politique > Défilé du 14 juillet : la guerre pride ?

Défilé du 14 juillet : la guerre pride ?

Eva Joly remet donc en cause la tradition républicaine du défilé militaire du 14 juillet. On en a fusillé pour moins que ça ! Je n'apprécie guère la dame aux lunettes rouges, justicière insoucieuse des dommages collatéraux lors de ses frappes justicières fort peu chirurgicales, dont la philosophie crânement soutenue en matière de pilori préliminaire à l'enquête est que dans la lutte contre la corruption, on ne fait pas d'omelette sans casser d'œufs. J'admire le tact qui consiste à tirer sur une manifestation militaire désormais bon enfant au lendemain de la mort de soldats français. Mais j'ai quelques problèmes avec la bordée de grenaille moisie qu'elle a pris dans la face.

Ne nous occupons que de la droite « républicaine ». Pour François Fillon, premier ministre de la France, « cette dame n'a pas une culture très ancienne des traditions françaises, des valeurs françaises, de l'histoire française ». Jean-Marie-Bockel, ancien ministre, tape plus fort : « Eva Joly ne comprend rien à la sensibilité française […] Le reproche que je lui fais est de ne pas avoir saisi ce lien qui est au cœur de notre vivre ensemble. Elle est tout simplement amputée de cette sensibilité-là. Le patriotisme est un état d'esprit, et cet état d'esprit, Eva Joly ne l'a pas ». Rachida Dati, ancienne Garde des Sceaux, en remet une couche : « dans toutes les démocraties, les armées défendent les valeurs démocratiques qui sont des valeurs universelles […] l’armée incarne un sens ». Du côté de la gauche républicaine, Ségolène Royal refuse de « remettre en cause nos traditions » et défend « les rites de la République », tandis que Jean-Pierre Chevènement fait aussi bien que la droite : « Un pays est fait de traditions, de rites, de cérémonies, qui lui donnent le sentiment d'exister collectivement. […] La nature de la France lui échappe sans doute. Peut-être lui faut-il encore un peu d'accoutumance. »

Les thématiques retenues sont - osons le terme - consternantes. On apprend ainsi pêle-mêle que pour faire un bon français, il ne suffit pas de l'être depuis 50 ans et de l'avoir choisi, encore faut-il adhérer à des traditions qui fondent la Nation, comme, euh, les défilés militaires ? Et le Tour de France, sans doute ? A ce compte, l'apéro saucisson - vin rouge est plus défendable comme marque de l'esprit national. On nous dit également que le patriotisme est indissociable de l'armée. Que l'armée incarne un sens. Si nous nous livrions à un court rappel historique ?

La fête nationale commémore la fête de la Fédération du 14 juillet 1790, avec gardes nationaux et non soldats, guirlandes en fleurs et bals citoyens, sans doute pas très éloignée de ce que projette l'anti-France avec Eva Joly. Le défilé militaire a été crée en 1880 parce que la France avait besoin de soigner son armée après la poutre que les prussiens lui avaient collée. Ce fut une époque de militarisme intense pour conquérir des colonies en massacrant un peu d'indigène, et dans la perspective de pouvoir - revanche ! - massacrer un jour du boche. Cette démonstration de force était plus nécessaire encore à un pays, au sortir de la boucherie de 14-18, exsangue et incertain de sa puissance en Europe. Le lustre de l'évènement après la raclée de mai 40 se passe de commentaire, ainsi que le réinvestissement de l'armée dans les colonies. A présent que nous avons tourné la page des guerres coloniales et que nous ne projetons plus particulièrement de faire leur fête aux schleus, pourquoi ne pas renouer avec la tradition révolutionnaire d'un défilé plus civil ? Il n'y a là rien d'incongru, et cette tradition n'est ni plus mauvaise, ni moins française que l'autre.

L'armée ensuite. Aaah, l'armée, grand amour de la droite. Cette armée que nous faisions défiler en 1880 avait certes subi une défaire humiliante face aux Kaiser, mais combien elle s'était montré le rempart des « traditions françaises » en massacrant les communards ! Combien dans l'affaire Dreyfus elle avait su défendre l'âme de la France face à la propagande droitdelhommiste des soutiens du métèque ! Comme elle tira bien sur les grévistes, quant cette pratique n'était pas encore une tradition ! Combien dans l'épreuve de la Grande Guerre elle fit preuve de courage moral, envoyant sans faiblesse des classes d'âge entières se faire équarrir ! C'est la population française qui fut admirable, tenant jusqu'au bout avec 15% de tués et de blessés quand l'Allemagne plia avec 10%, malgré un commandement plus économe de ses hommes. N'insistons pas sur l'armée de 40, les mêmes en plus vieux toujours une guerre en retard, n'ayant saisi l'intérêt ni du char, ni de l'avion, ni de la radio et qui se satisfirent fort bien d'une défaite qui restaurait les « traditions françaises » d'avant la Gueuse. Tirons fierté en revanche de l'armée des guerres coloniale, qui gagna si bien la guerre en Algérie que le consensus national s'y fit sur l'indépendance, qui se posa toujours la question de sa propre légitimité à gouverner à la place de guignols élus, apportant parfois une réponse à ses interrogations, et dont l'expertise technique dans la lutte contre « l'ennemi intérieur » fut reconnue et diffusée dans toutes les dictatures sanglantes d'Amérique du Sud. Et que penser des derniers défilés militaires, réduits à des défilés de mode pour engins de mort devant les acheteurs conviés à assister au spectacle, Kadhafi et autres Al Assad... Le défilé militaire, tradition française charnellement indissociable de la Nation ? Il devrait être possible de nuancer...

Il paraît donc aujourd'hui pour Rachida Dati que l'armée « incarne un sens ». Vieilles paroles lourdes de sens, et mille fois entendues à d'autres époques. Mais désormais l'armée est enfin républicaine. Le « sens » est la défense des libertés publiques, plus le retour à l'ordre ancien. S'il reste ça et là quelques manifestations chez les jeunes militaires d'idées saines bien à droite, c'est moins avec la conviction qu'ils seront appelés à les réaliser que par souci de maintenir les traditions, la part de folklore de chaque régiment. Les indignations de vieux cons galonnés face aux soldats qui, en Afghanistan, se fournissent de bric et de broc pour avoir des chaussures de marche ou des gilets-pare-balle un peu efficaces ne sont plus que des remugles de réflexes séculaires. « A bas l'armée Bourbaki ! » est leur cri de ralliement, devant le spectre de cette armée de volontaire mal vêtus, qui défonça deux armées autrichiennes et sauva la patrie mais qui, certes, présentait mal. Sur le terrain toutefois, on est plus compréhensif car les soldats meurent. L'Armée ancienne, ce conservatoire des valeurs antirépublicaines et des techniques militaires périmées, n'a plus de croc ; la Cinquième République les lui a brisés, méthodiquement, avec constance. La bête est enfin soumise au pouvoir civil. A présent que l'armée est, contre sa volonté, républicaine, pourquoi en effet ne pas lui faire fête et lui rendre hommage ? Et pourquoi d'ailleurs lui réserver le monopole de la fête nationale ? La Nation n'est-elle pas soutenue par d'autres corps, médecins et infirmiers, restos du cœur, qui trouveraient sans honte leur place dans ce défilé ?

Plus sérieusement, la question républicaine est de rendre hommage aux soldats et pas nécessairement aux cadres. Aux soldats-citoyens, volontaires ou conscrits, qui ont tant sacrifié pour notre pays. Les cérémonies aux morts sont pour moi des marques de reconnaissances plus profondes, et qui nous rappellent d'avantage à nos responsabilités de citoyens. Des soldats français, des engagés volontaires, des citoyens sont morts il y a quelques jours en Afghanistan. Pourquoi y étaient-ils ? Leur avons-nous assuré les moyens de leurs missions ?


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17 réactions à cet article    


  • le journal de personne le journal de personne 19 juillet 2011 14:33

    Eva nuit

    Avec cet accent qui nous rappelle que nous autres français… nous avons du mal avec la ponctuation… avec la nuance… la subtilité... le second degré…
    Que dis-je un problème avec le troisième sexe : celui de la femme-femme
    Qui vous dit que le 14 juillet serait plus inspiré si c’était le défilé des indignés.
    Le fil d’Ariane… pas de Marianne…
    La sortie et non l’entrée du labyrinthe

    http://www.lejournaldepersonne.com/2011/07/eva-nuit/


    • Traroth Traroth 19 juillet 2011 15:36

      « nous avons tourné la page des guerres coloniales » : ça se discute. Il y a des gens en Côte d’Ivoire, au Tchad, en Centrafrique, au Sénégal, au Gabon et ailleurs qui ne partagent pas ce point de vue...


      • Tonio Tonio 19 juillet 2011 16:02

        Tout de même smiley Entre une guerre coloniale et une opération de police néo-coloniale, il y’a une marge...


      • Traroth Traroth 21 juillet 2011 01:38

        Ah oui ? Et laquelle ? Le but est toujours le même : le pillage des ressources du territoire concerné. Les modalités pratiques (colonisation ou mise en place d’un gouvernement fantoche, genre Idriss Deby ou Mohammed VI), ça change quoi ?


      • Tonio Tonio 21 juillet 2011 15:45

        Au niveau gloriole militaire, avoir un million de conscrits et balancer du napalm par rapport à 25 légionnaires avec leurs famas, ça le fait plus, quand même !


      • Bernard Bougel Bernard Bougel 19 juillet 2011 16:07

        Merci pour ce rappel historique des « exploits » de notre glorieuse armée.
        C’est de l’institution bien entendu que je parle. Pas des hommes et des femmes qui en font partie. Et qui, eux, peuvent avoir fait preuve, ici et là, de bravoure.
        En écoutant l’hommage national à nos 7 soldats tués en Afghanistan, je ne peux m’empêcher de penser à l’inutilité de leur sacrifice. Quels idéaux sont-ils donc allés défendre là-bas ? Je n’y vois pas les prémisses de la Liberté, ni de la Démocratie. Maintenant que la chasse à Ben Laden est terminée, quel bilan en tirer ? Des fonds investis et, pour l’essentiel, soit détournés de leur but, soit consacrés au développement de Kaboul. Pas beaucoup de progrès dans les villages, l’éducation, les infrastructures, ... Et 70 morts français.
        Qu’en retiendra l’Histoire ?


        • LE CHAT LE CHAT 19 juillet 2011 16:10

          ils sont jamais contents les gauchistes , pourtant avec le haka des polynésiens , ça allait dans le sens de la diversité , c’était plutôt cool comme ils disent  !  smiley moi j’avais apprécié cette innovation !


          • Tonio Tonio 21 juillet 2011 15:47

            Mmh, faut-il préparer le peloton ? Vicissitudes du discours public. Je constate quand même qu’elle a choisi de vivre et de s’engager ici.


          • Robin des Voix 20 juillet 2011 07:01

            Comme toujours quand un débat inutilement disproportionné fait rage à la Télévision.....
            Avox s’en empare aussi.... média citoyen vous avez dit ?

            polémique DSK, polémique Défilé 14 juillet, même combat.... éloigner le peuple des vrais problème et de la réflection citoyenne !


            • Robin des Voix 20 juillet 2011 08:21

              C’est marrant si on va sur ce lien du POST :

              http://www.lepost.fr/article/2011/07/16/2549889_eva-joly-contre-le-14-juillet-mais-pas-contre-la-guerre-en-lybie.html

              qui est visible depuis la recherche google : « Eva Joly Guerre en Lybie »
              On tombe sur ? erreur 404..... comme c’est bizarre. Elle qui ne se prononce pas « trop » sur le sujet officiellement, semble avoir dérapé et montrée son vrai visage.

              Si ça c’est pas de la censure....

              bon, pour ceux qui l’aurai manqué plus haut :
              http://www.marianne2.fr/Eva-Joly-veut-des-chars-en-Libye-pas-sur-les-Champs-Elysees_a208455.html


              • corsaire 20 juillet 2011 14:18

                Sincerement c est vrai que le defiler pourrais comporter les gens des associations, qui font vraiement un travail formidable de tout les jours dans des conditions tres dur, ou meme les travailleur qui font tourner l economie par corp de metier cela serais manifique NON ?

                C est un peu comme donnée la legion d honneur a des hommes qui je pense n ont jamais rien fait pour la France, a part aider nos cheres élus a prendre le pouvoir.


                • Le Bordelleur Le Bordelleur 20 juillet 2011 14:24

                  Encore un tartuffe pour défendre cette femelle incohérente...


                  • Traroth Traroth 21 juillet 2011 01:40

                    « femelle incohérente » : Sans commentaire...


                  • Bulgroz 20 juillet 2011 14:52

                    Quand on voit le CV :"Socialiste européen gentiment bouffeur de curés"

                    en plus, illustré de la puante rose fanée socialo des années 80, c’est d’un ringard.

                    Bouffeur de curés : et vous en voyez beaucoup des curés dans votre vie courante (rue, entreprise, commerces, média...). Dites moi en quoi ils méritent d’être bouffés ? Ils vous pourrissent la vie les curés ?

                    Et des imams, vous en voyez aussi des imams ? Et eux aussi, vous les bouffez ?

                    Tout cela est du galimatias destiné à défendre l’indéfendable bi-nationale qui représente 0,029% du nombre d’inscrits sur les listes électorales.

                    Une chiure de mouche à l’échelle de la démocratie. Je vous la laisse à vos amis socialistes.


                    • Tonio Tonio 20 juillet 2011 16:58

                      Oui, je suis un jeune vieux con, et ringard. Ce n’est même pas un calcul sur le retour de la mode eighties. Par ailleurs oui, je bouffe du curé quand j’en rencontre du pas honorable (beaucoup de personnes ont fait des choses admirables). Je bouffe également de l’imam et du rabbin, et du scientologue et du bouddhiste, et du prof athée et étriqué ; je suis omnivore... Non je n’aime pas Eva Joly. Pas vraiment. Quant à la démocratie, pourquoi ne pas recaler la discussion sur la guerre d’Afghanistan justement, au lieu de « rendre hommage » une fois par an aux vivants et à l’occasion aux cadavres ?


                    • Bulgroz 20 juillet 2011 18:50

                      « Je bouffe également de l’imam et du rabbin, et du scientologue et du bouddhiste, et du prof athée et étriqué ; »

                      Pourquoi donc dans le CV, il n’y a que « bouffeur de curés » ?

                      Votre courage à bouffer du curé ressemble fort à ce que disait l’abominable Guillon dont la liberté d’expression est à géométrie variable.

                      « On peut dire que Benoit XVI est un enculé et rentrer chez soi en sifflotant, mais parler des barbus, ça on ne peut pas, c’est une question d’assurance vie. »

                      Alors, ajoutez le sur le CV que vous bouffer aussi de l’Imam.


                    • Tonio Tonio 21 juillet 2011 15:55

                      C’est un CV en une ligne, pas en deux pages. Les lecteurs peuvent comprendre l’idée générale sans avoir 25 codicilles.


                      Quant au courage, j’avoue ne pas voir très bien où est le danger, sur internet et avec un pseudonyme ? Si je dis du mal des imams, je ne pense pas que je serai traqué pour être égorgé sur mon palier quand je reviendrai de faire des courses. J’ai la sensation que vous vous êtes inventé un monde parallèle dans lequel vous êtes très courageux parce que les choses que vous faites sont très dangereuses.

                      Je suis allé m’engueuler avec les juifs orthodoxes au siège des loubavitchs dans le neuvième, dans leur réduit du 19ème et sur leur territoire à New York, j’ai eu des débats avec des musulmans à Barbès et Belleville au sortir de la mosquée et avec des islamistes à Tunis pendant la révolution, personne ne m’a jamais tapé dessus. Revenez un peu sur terre...

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