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Démocratie française. La preuve par neuf

La campagne présidentielle française, cuvée 2012, est largement décriée, en France et à l’étranger : nous volerions au ras des Pâquerettes et les vraies questions du moment seraient évacuées.

Voyons cela de plus près en tirant le portrait des neuf candidats au changement.

 

La campagne présidentielle française, cuvée 2012, est largement décriée, en France et à l’étranger : nous volerions au ras des Pâquerettes et les vraies questions du moment seraient évacuées.

Il est vrai que tout le début de la campagne a souffert de la propension des médias à privilégier l’agitation à court terme - supposée garantir l’audience - à l’information véritable. Ce fâcheux travers n’est pas propre à la période électorale. Cultiver le fait divers, attiser la polémique, flatter les passions douteuses est devenu le lot commun des marathoniens de l’audimat. En période électorale, ce peut être assez dévastateur pour le débat démocratique et ce le fut.

Reste que, au milieu de tout ce bruit, il n’était pas interdit à chacun d’écouter et de lire les programmes des candidats - du moins ceux qui étaient publiés - mais il fallait en faire l’effort. Depuis que tous les candidats sont à peu près à égalité de présence sur les ondes et dans la presse, depuis aussi que la machine médiatique semble s’être lassée de n’agiter que de la boue, on voit mieux que la campagne présidentielle n’est pas seulement une « foire aux vanités, d’exhibitionnisme des ego » comme Michel Onfray, qui s’y connaît en la matière …, a pu le prétendre dans une tribune du Monde (17 avril).

Voyons cela de plus près en tirant le portrait des neuf candidats au changement.

(les citations en italiques sont, pour tous les candidats, issues de leurs prospectus électoraux).

Lutte ouvrière est fidèle au poste et à la mémoire du camarade Trotski. Nathalie Arthaud n’a pas démérité. Elle assume avec pugnacité et une aisance croissante la difficile succession de l’inoxydable Arlette Laguiller, mais avec un ton encore un peu plus cassant. Cela fait un léger froid dans le dos lorsque l’on songe que les racines du trotskisme remontent aux sanglants règlements de compte entre « courants » de la révolution soviétique.

De la générosité dans la dénonciation d’une « économie qui étouffe dans sa propre graisse », mais certaines des mesures proposées ne sont guère plus crédibles que les aimables projets de Ferdinand Lop (parmi lesquelles la réduction de la grossesse à 6 mois et l’extinction du paupérisme après 22 heures …). Le mot « Europe » ne figure pas sur le prospectus électoral de Lutte Ouvrière.

Nathalie Arthaud est professeure d’économie et gestion de l’entreprise. On aimerait assister à quelques-uns de ses cours.

François Bayrou tire à boulets rouges sur Nicolas Sarkozy mais aussi sur François Hollande dont, pourtant, son programme, tant pour la France que pour l’Europe, devrait le rapprocher.

Que cherche-t-il ? La présidence ? C’est mal parti et il le sait. Constituer une force d’arbitrage lors des prochaines élections législatives, et ceci quelque soit l’homme (car nous savons que, pour cette fois-ci, ce ne sera pas une femme) au pouvoir ? Sans doute. Se mettre en situation de tirer à droite le pouvoir si celui-ci est à gauche et de le tirer à gauche s’il est à droite, suffira-t-il à son ambition ? Saura-t-il, cette fois, maintenir la cohésion et la force de frappe d’un groupe parlementaire ?

François Bayrou aurait pu être le plus « européen » de nos présidentiables. On le voit moins présent sur ce front depuis maintenant plusieurs années. Cela ne lui a pas réussi de faire une campagne franco-française aux dernières élections européennes. Pourquoi n’a-t-il pas choisi de faire une campagne plus résolument européenne aux présidentielles 2012 ? C’eut été un message d’espérance plutôt que d’aigreur.

A un moment où l’on nous apprend que l’espérance de vie des français continue de progresser mais que leur espérance de vie en bonne santé se dégrade, la candidature de Jacques Cheminade - bon pied bon œil à 70 ans - a déjà le mérite de montrer que certaines passions conservent. Sur son prospectus électoral, il prétend que « 2/3 des français trouvent cette campagne présidentielle consternante ». En ce qui le concerne, elle serait plutôt déroutante. D’une part, il dénonce bien les excès de la mondialisation financière, avec quelques formules heureuses (« les dettes de jeu illégitimes des grandes banques ») et des propositions radicales mais solidement argumentées pour « arrêter le saccage social ». D’autre part, il souhaite que nous nous donnions « les moyens de peupler le monde avec la physique nucléaire » (croissez et multipliez). Il faudrait ainsi « équiper la nature » (la pauvre !) et « relever les défis (…) de l’exploration spatiale » pour coloniser la lune et mars.

On demande à réfléchir.

En l’absence de Dominique de Villepin, Nicolas Dupont-Aignan occupe le rôle du gaulliste autoproclamé pour cette élection. Il ratisse large et notamment les voix des éternels scrongneugneux lorsqu’il déplore « la culture de l’excuse permanente » qui, à l’école, aurait remplacé « le mérite et l’effort », ainsi que « le laxisme judiciaire (qui) continue de plus belle ». Et oui, mon bon monsieur, tout fout le camp … On disait déjà cela dans les civilisations antiques.

Oubliée la « fracture sociale » du non moins gaulliste Jacques Chirac ? Ses origines ? Ses remèdes profonds ? Il faut croire que ces subtilités risqueraient d’effaroucher les électeurs. 

Souverainiste, il veut « en finir avec l’Europe bureaucratique pour passer à une Europe des nations à la carte ». Pourtant, il nous dit que « Notre pays (…) n’est pas seul. Dans toute l’Europe, les peuples veulent comme nous se libérer de cette mondialisation inhumaine ». Encore un effort, et Nicolas Dupont-Aignan comprendra qu’il faut agir aussi et surtout à un niveau où la puissance de réaction et de conviction a quelque chance d’être suffisante, c'est-à-dire au niveau de l’Europe.

Parmi les candidat(e)s, Eva Joly est la seule qui se soit engagée clairement en faveur du projet européen, et pour une autre Europe : « Choisir l’Europe fédérale pour changer le monde ». Il eut été appréciable que les commentateurs arrêtent de se focaliser sur ses lunettes et sur son accent, pour prêter attention à son programme. En face d’Eva Joly, nous n’aurons eu que des opposants à l’Europe ou des partisans mal assumés, tétanisés, semble-t-il, à l’idée de faire fuir les électeurs.

A lui seul, le discours d’Athènes d’Eva Joly aurait mérité de nourrir largement le débat, mais il faut croire que les concours de petites phrases étaient d’un meilleur rendement pour la « une ».

Reste un programme cohérent et équilibré dont on peut espérer que, à défaut de peser dans la présidentielle, il pèsera dans les législatives et constituera une source d’inspiration pour l’avenir.

On pouvait méconnaître François Hollande. On entendait dire qu’il était pétri d’humour mais il eut fallu fréquenter la tribune de l’Assemblée pour s’en assurer. Ses premiers pas dans la campagne, cornaqué par les inévitables « communicants » n’ont pas arrangé les choses : guindé, compassé, s’efforçant d’évoquer le « grand prédécesseur », on lui faisait jouer un rôle de composition. Les mois ont passé, ses chances se sont affirmées et il a repris possession de lui-même. Tant mieux car on a pu découvrir ainsi un homme spontané et passionné.

Son programme est habile, trop peut-être. S’en prendre à la finance et aux « rémunérations indécentes » peut faire peur à certains mais devrait être d’un bon rendement électoral. Se contenter de fermer Fessenheim et reporter à l’après mandat les décisions lourdes concernant nos centrales nucléaires ne témoigne pas d’un volontarisme exacerbé.

Si François Hollande est élu, comme je le souhaite, il aura à composer avec les autres forces politiques telles qu’elles se seront révélées à l’issue des élections présidentielles et législatives en France, mais aussi des élections majeures chez nos partenaires européens. Il devra alors soit mettre de l’eau dans son vin soit mettre du vin dans son eau …

Jean-Luc Mélenchon veut casser la baraque. Il a eu le temps d’y réfléchir puisqu’il est sénateur depuis un quart de siècle et qu’il a été membre du PS jusqu’à fin 2008, après en avoir brigué la direction lors du congrès de Brest en 1997. La VIème République qu’il appelle de ses vœux aura donc été le fruit d’une longue gestation dans son esprit ... 

Député européen depuis juin 2009, il veut « désobéir aux directives européennes ». Il n’est pas le seul à être député d’une institution qu’il récuse ainsi dans sa forme actuelle. Pauvre Europe ! Imagine-t-on un député français préconisant de ne pas respecter la loi française ? L’honnêteté due aux électeurs ne devrait-elle pas, dans ce cas, conduire à « se soumettre ou se démettre » ? L’indemnité de député européen peut-elle avoir vocation à financer d’autres engagements politiques ?

Homme de talent et sans doute de conviction, Jean-Luc Mélenchon a élaboré un programme à la fois politique, économique et social à mi-chemin de l’inaccessible étoile de l’extrême gauche et du social-réalisme du PS, avec la liberté de pensée de celui qui sait qu’il ne gouvernera pas. Par contre, selon son score à la présidentielle puis aux législatives, il pourrait bien être celui qui conduira François Hollande à mettre du vin dans son eau.

Marine Le Pen aura beaucoup œuvré ces derniers mois pour ripoliner le Front National. Conviction ou manœuvre ? Son coefficient personnel est incontestablement un atout pour le FN : aisance, simplicité, spontanéité apparente, mais on ne transforme pas si facilement un héritage bien ancré dans la tradition de la vieille droite française et il suffit de parcourir, sur les blogs politiques de toutes tendances, les commentaires des adhérents et sympathisants du FN pour voir que l’ère de papa n’est pas finie.

Probablement douchée par la mise en cause répétée de sa capacité à défendre la crédibilité économique de son programme, Marine Le Pen fournit en tout et pour tout deux chiffres dans son prospectus électoral : rétablissement de 15.000 postes de police et gendarmerie ; possibilité de prendre sa retraite après 40 ans de cotisation.

Elle n’est pas la seule à se contenter de faire ainsi de la littérature dans la dernière ligne droite.

Avec Philippe Poutou, plus question de « communicants ». On respire. Un homme politique peut apparaître sur la scène des élections sans avoir été « marketé » comme une savonnette. Le NPA, qui est agité de divers courants, est l’héritier d’une longue tradition politique et notamment de la LCR (Ligue communiste et révolutionnaire) mais, quoique d’essence également trotskiste, on est ici dans un registre moins éradicateur qu’avec les ténébreux de Lutte Ouvrière, chez qui Philippe Poutou a d’ailleurs fait un passage.

Une large partie du programme du NPA est inapplicable, mais ce n’est pas grave car Philippe Poutou ne nourrit évidemment aucune illusion quant à ses chances de l’emporter. La façon dont lui et Olivier Besancenot font assaut de plaisanteries sur ce point est assez rafraîchissante. Leur objectif est manifestement ailleurs et relève du poil à gratter pour maintenir la société en éveil. 

Au terme de cette galerie de portraits, alphabétique, partiale et partielle, comment prétendre que l’éventail de ces neuf programmes, auxquels il faut ajouter bien sûr celui du candidat sortant, ne donne pas matière à réflexion, à débat et à choix pour les électeurs ?

Certes, les institutions politiques françaises peuvent être améliorées mais, en l’état, elles produisent des candidats qui ont tous quelque chose à dire et qui ne sont pas les otages de leurs financeurs et/ou de courants religieux.

Allons voter, car nos représentants seront d’autant plus crédibles et respectés, en France, en Europe et à l’étranger que leur élection aura mobilisé une large fraction du corps électoral.

Recommander l’abstention, c’est méconnaître un précieux capital démocratique qui n’a pas toujours existé en France et qu’il serait aventureux de laisser tomber en déshérence.

www.citoyensunisdeurope.eu


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