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Des sondages calamiteux pour Sarkozy

Trois sondages, très différents dans leur nature, ont été rendus publics ce week-end. Tous les trois, à des titres divers, sont désastreux pour Sarkozy...

 Avant d’aborder les enseignements de ces enquêtes, il convient de rappeler, et cette précision est évidemment très importante, qu’elles ont été réalisées plusieurs jours après la prestation télévisée hégémonique du candidat de l’UMP (9 chaînes convoquées par l’Élysée pour relayer la parole de Sarkozy). Les Français ont par conséquent répondu aux enquêteurs à froid, après avoir eu le temps d’analyser les discours des protagonistes, le temps d’en tirer les conséquences sur leur représentation des candidats et sur leurs intentions de vote.

 Le premier sondage a été réalisé par l’institut LH2 pour Yahoo et mérite d’être observé avec intérêt. Il montre une nette progression de Hollande qui, avec une hausse de 4 points, passe de 30 à 34 % d’intentions de vote. Certes, Sarkozy, avec 25,5 %, progresse également de 2 points – au détriment de Marine Le Pen qui perd ces mêmes 2 points –, mais il compte désormais 8,5 points de retard sur son adversaire.

 La progression du candidat de l’UMP n’est par conséquent qu’un sujet de satisfaction très relatif pour l’état-major sarkozyste : seuls les myopes, les naïfs et les sarkolâtres pourront y voir un motif d’optimisme. Car si la polarisation de l’électorat sur un duel PS-UMP est de nature à rassurer les caciques du parti présidentiel relativement à un potentiel danger FN, la dynamique de 1er tour est clairement à l’avantage du candidat socialiste. Pire : ces chiffres tombent alors que le processus de cristallisation est en train de se mettre en place dans l’électorat comme le confirme le nombre des indécis, désormais tombé à 22 % pour LH2.

 Reste le 2e tour, inchangé pour cet institut depuis la mi-décembre alors qu’ont eu lieu cinq séquences majeures sur lesquelles comptait Sarkozy, non seulement pour refaire son retard mais pour inverser les courbes : le G20 de Cannes, les vœux aux Français le 31 décembre, la longue litanie des vœux aux corporations et aux corps de l’État, l’entrée en campagne de Hollande – supposée démontrer les limites du champion socialiste – et l’intervention télévisée du 29 janvier. Avec 43 %, Sarkozy reste scotché loin derrière son adversaire, crédité de 57 %. 14 points d’écart entre un président portant et son challenger, jamais on n’avait connu une telle situation sous la Ve République, a fortiori un 5 février, à moins de 80 jours du 1er tour !

 Le deuxième sondage a été réalisé par l’institut BVA pour Le Parisien et Aujourd’hui en France et annoncé aux lecteurs sous le titre « Hollande décolle ». Cette enquête, très instructive, ne visait pas à mesurer les intentions de vote, mais l’évolution du regard des Français, depuis la mi-janvier, sur 3 items qualitatifs : la stature présidentielle, l’aptitude à apporter des réponses aux problèmes, et l’incarnation du changement. Les résultats justifient pleinement le titre donné par Le Parisien.

 Certes, Sarkozy progresse en termes de stature présidentielle, mais tandis qu’il gagne 5 points avec 51 %, Hollande en gagne... 10, et avec 49 % vient talonner celui qui, pourtant, devrait être largement devant en tant qu’actuel président de la République, censé avoir donné des gages en ce domaine. Le procès en inexpérience de Hollande, intenté par les snipers de l’UMP sur instruction de Sarkozy, a bel et bien fait long feu.

 Sur l’aptitude à apporter des réponses aux problèmes des Français, le résultat est encore plus spectaculaire : avec 56 %, Hollande enregistre une progression de... 15 points, là où Sarkozy doit se contenter de 3 points de hausse, à 26 %. Un Sarkozy de surcroît laminé sur cet item par Bayrou, qui gagne 5 points à 46 %, et talonné par une Le Pen à 25 %. La traduction s’impose d’elle-même : les Français, dans une très large majorité, ont intégré l’échec du mandat qui s’achève et ne croient pas que le sortant soit en mesure de redresser la situation du pays.

 Enfin, l’incarnation du changement n’est pas de nature à rassurer les caciques de l’UMP. Sarkozy, avec un score de... 19 % inchangé, est en effet littéralement écrasé par la concurrence : Bayrou le devance de 20 points à 39 % (+ 1), Le Pen de 21 points à 40 % (+ 2), et surtout Hollande de... 39 points à 58 % (+ 12). Des chiffres qui montrent de manière éclatante que Sarkozy, sauf énorme surprise dans les semaines à venir, ne parviendra pas à se présenter en rupture avec... lui-même, ce qu’il tente pourtant de faire croire aux électeurs.

 Le troisième sondage a été réalisé par l’institut Ifop pour le Journal du Dimanche sur une hypothèse audacieuse à ce moment de la campagne : la mesure des intentions de vote sur les seuls candidats assurés de disposer des 500 parrainages nécessaires : exeunt Le Pen, Villepin, Morin et Lepage.

 Résultat : un 1er tour ex aequo entre Hollande et Sarkozy à 33 %, le premier bénéficiant de façon logique nettement moins de l’absence de la candidate frontiste que le second. Bayrou, mesuré à 17 %, tirerait également profit de l’absence de Le Pen, alors que Mélenchon ne bénéficierait que d’un très faible nombre de transfuges du FN à 9 %.

 Le 2e tour n’ayant pas été testé dans cette configuration, impossible d’en mesurer les effets. Cela n’empêche pas l’éditorialiste du JDD Bruno Jeudy de tirer d’audacieux plans sur la comète électorale. Notamment en supposant que l’absence de Le Pen casserait la dynamique hollandaise de 1er tour et remettrait par conséquent le candidat UMP en possible situation de l’emporter au 2e.

 Rien n’est moins certain car l’absence du Front National serait, dans le paysage politique français, un véritable déni de démocratie potentiellement porteur d’un fort vent de révolte. Une absence qui susciterait un tel ressentiment anti-UMP que de très nombreux électeurs frontistes auraient à cœur de sanctionner très durement Sarkozy au 2e tour. Sans compter la menace qui pèserait également sur les législatives, une menace qui, d’ores et déjà, donne de l’urticaire aux élus de l’UMP : la multiplication des triangulaires engendrée par un compréhensible désir de vengeance dans les urnes des électeurs du FN.

 François Fillon a beau affirmer qu’il n’est pas question de faire la courte-échelle à Marine Le Pen pour lui permettre de participer à la présidentielle, le risque serait trop grand pour l’UMP d’aborder la campagne officielle sur fond de guerre ouverte avec le FN. Et c’est ainsi que la candidate frontiste aura très probablement ses 500 signatures. Une hypothèse d’ailleurs confortée par les prises de parole de plus en plus ouvertement xénophobes de Claude Guéant et manifestement destinées à brosser les sympathisants du FN dans le sens du poil.

 Trois sondages, et de gros nuages menaçants au-dessus de la tête du sortant. Pour conclure, c’est le bon sens populaire qui résume le mieux la situation actuelle du candidat de l’UMP : « Sarkozy n’a pas le cul sorti des ronces ! »

par Fergus dimanche 5 février 2012 - 207 réactions
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  • Par Fergus (xxx.xxx.xxx.53) 5 février 16:50
    Fergus

    Bonjour, Teotl.

    A vrai dire, les débats vont bon train à l’UMP pour savoir s’il faut ou non donner à Marine Le Pen les parrainages qui lui manquent.

    D’un côté, Sarkozy et ses proches semblent penser que l’élimination de la candidate du FN de la course présidentielle améliorerait leurs chances de décrocher la "pôle position" au 1er tour ou, au moins, de venir talonner Hollande.

    De l’autre, les élus sont beaucoup plus alarmistes et mettent en garde l’Elysée contre de terribles représailles électorales si Marine Le Pen est privée de participation.

    Personnellement, je crois que ce sont ces derniers les plus lucides : contrairement aux conseillers élyséens coupés des réalités, eux sont au contact de la population dans leurs circonscriptions et entendent la colère qui monte.

  • Par wesson (xxx.xxx.xxx.117) 5 février 18:30
    wesson

    bonjour Clojea,

    "Pour le reste, la seule chose qu’il a dit de bien est le fait de baisser les charges patronales des entreprises. Car il est vrai que la seule chose qui bloque ce pays pour de l’embauche est que les charges patronales sont beaucoup trop importantes."

    raisonnement totalement stupide : Ce qui permet aux entreprises d’embaucher, c’est le carnet de commande et rien d’autre. Dès lors que le carnet de commandes est plein, on arrive toujours à payer les "charges". Du reste, les charges patronales sont en constante baisse depuis au moins 30 ans, le résultat est pour le moins "mitigé"

  • Par Teotl (xxx.xxx.xxx.56) 5 février 16:40
    Teotl

    Et oui, SARKO va devoir fouler la démocratie au pieds une fois de plus pour être au 2nd tour en empêchant Marine LE PEN d’avoir ses signatures ...

  • Par wesson (xxx.xxx.xxx.117) 5 février 18:10
    wesson

    Bonjour Fergus,
    vous nous présentez une bonne synthèse de ce que racontent les journaux et les instituts de sondages qu’ils font vivre. On peut effectivement y déceler des tendances lourdes, toutefois je reste quand même méfiant.

    Par contre, effectivement il semble bien que l’UMP soit passé en mode panique, tant sur Sarkozy que sur le renouvellement des députés. Leur surprise est en effet totale : Ils pensaient que les voix gaullistes additionnées aux voix de l’extrème droite dont ils tentent désespérément la moisson faisaient une majorité, et ils découvrent que non. En ce sens, l’UMP s’est fait baiser en beauté par le FN, car ils ont cru à la fable du "FN 1er parti ouvrier de France". En racolant à l’extrème droite, ils n’ont finalement pas conquis de nouveaux électeurs. En cela l’échec est total, et le besoin d’une stratégie plus rassembleuse n’en est que plus vital.

    Et pour cela, nous avons le retour de Emmanuelle Mignon dans le staff de campagne du candidat putatif de l’UMP. Ce retour parfaitement rocambolesque (E. Mignon a été "échangée" contre le sauvetage de la société Europacorps dans laquelle elle était allé pantoufler après sa brouille avec Guéant) indique bien que l’UMP est à la recherche d’idées.

    C’est certain que avec rien d’autre que continuer ce qui ne marche pas depuis qu’ils sont au pouvoir, ça n’allait pas bien loin comme idée ! En tout cas, dans le parti de la majorité législative, c’est maintenant digne d’un canard sans tête, qui court n’importe ou tout en changeant de direction avant de s’effondrer pour de bon.

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