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Désillusion

La cote de popularité de l'exécutif continue de s'effriter. Seuls 40% des personnes interrogées déclarent avoir une opinion positive de François Hollande en tant que chef de l'Etat. Pour la première fois depuis son accession à l'Elysée, plus de la moitié des Français en ont une opinion négative (52%) de lui. La chute de popularité du chef de l'Etat est constante : 58% en juin, 53% en juillet, 49% en septembre, pour atteindre désormais 40%. Jean-Marc Ayrault quant à lui, n'est pas épargné. Dans ce même baromètre, il passe pour la première fois sous la barre symbolique des 50% d'opinions positives, à 45%, perdant 5 points de popularité en un mois. La crise persistante, sans doute trop "ignorée" par les vainqueurs des élections du printemps qui l'avaient "banalisée" pendant la campagne, n'est pas étrangère à cette désillusion. Le slogan du "changement c'est maintenant" était tellement "vendeur" que beaucoup de nos concitoyens y ont cru. Mais cette explication n'est pas suffisante. Manifestement François Hollande et son premier Ministre cumule d'autres handicaps, plus politiques.

Il ne s'agit pas d'une opposition en position de force ; elle est réduite à la seule "parole" et les socialistes ont en main tous les pouvoirs démocratiques, régions, majorité des départements, Sénat. Il s'agit d'une impréparation interne, au sein même du PS. On pouvait imaginer quelques difficultés du côté des alliés électoraux, EELV et Front de Gauche, mais là encore la majorité socialiste écrasante peut se passer d'un accord de ces côtés là. En revanche la cacophonie au sein même du PS est plus préoccupante pour le pouvoir. Il y a eu la polémique sur l'adoption du traité européen de "la règle d'or", réglée en catimini ; il y a maintenant les amendements des uns ou des autres sur tel ou tel sujet qui à chaque fois mettent en lumière des divergences radicales,idéologiques et souvent une profonde impréparation, pour ne pas dire l'amateurisme de l'exécutif. Le perfide amendement socialiste destiné à inclure la procréation médicalement assistée dans le projet relatif au mariage gay est un exemple. Pis, le gouvernement est lui-même divisé, puisque le ministre de la Famille vient au secours des rebelles. Dans le prolongement d'une note récente, ajoutons la proposition de taxation des oeuvres d'art votée par les députés socialistes à la commission des Finances contre l'avis du président de la République et du Premier ministre.

Tout récemment enfin, le débat sur la dépénalisation du cannabis est une véritable nouvelle épine dans le pied du gouvernement. Vincent Peillon s'est prononcé dimanche pour un débat sur le sujet. Selon lui, une dépénalisation de la marijuana permettrait de lutter contre les trafics dans les cités. Le ministre de l'Education a ainsi expliqué que "c'est un sujet majeur", ajoutant : "je vois maintenant quasiment tous les soirs sur nos chaînes de télévision des reportages pour montrer les trafics illicites de nos banlieues et le danger dans lequel vivent nos concitoyens, y compris les enfants des écoles". "On peut lutter par les moyens de la répression, je suis absolument pour, mais en même temps je vois que les résultats ne sont pas très efficaces". Une fois de plus, Matignon monte au créneau : "Il n'y aura pas de dépénalisation du cannabis" affirme Jean-Marc Ayrault. Pour terminer sur l'état interne du PS, on aura peu remarqué la faiblesse de la motion "Harlem Desir" pourtant portée par tous les caciques de Martine Aubry à Ayrault. Avec un grand nombre d'abstentions, à peine 50 % des militants socialistes ont voté, la motion du "pouvoir" ne récolte que 68% des suffrages alors que le très vieux Hessel et ses "indignés" empochent 12% des suffrages. Nous sommes donc en face de difficultés internes à la gauche elle-même. "Il y a trop de divergences de fond, idéologiques et culturelles, au sein du parti pour que n'éclate pas à terme une unité artificielle. Ce problème renvoie à une question qui n'est pas particulière au PS : celui de la recomposition de la donne politique française. Un jour viendra où s'imposeront des reclassements qui permettront un ajustement de la carte politique à la réalité idéologique." Pour l'heure ces errements étaient prévisible. François Hollande a été élu par défaut contre Sarkozy. Il l'a été sur un malentendu autour d'un projet, imprécis, à tonalité sociale-démocrate. Pour des raisons simplement électorales il a voulu donner des gages à une gauche radicale qui ne se se retrouve pas dans les décisions finalement prises. Cette gauche là se reconnaîtra de moins en moins dans les actes de l'exécutif : la désillusion ne fera que s'accentuer.

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par jlhuss mardi 16 octobre 2012 - 31 réactions
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