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Désirs d’avenir, les limites d’une campagne participative

Une rencontre de quelques heures après plus d’une année de dialogue en ligne : tel était le principe de la réunion organisée samedi 3 février par l’équipe du site Désirs d’avenir, bateau amiral de la campagne de Ségolène Royal, et dont la presse écrite s’est fait l’écho ce lundi (cf. notamment Le Figaro et Libération).

Le débat en ligne, engagé par la candidate socialiste et son équipe au début de l’année 2006, constituera sans aucun doute l’une des principales originalités de cette campagne présidentielle. D’ores et déjà, il peut se prévaloir d’un succès certain, puisque le site reçoit quotidiennement, selon ses responsables, environ 25 000 visiteurs et aurait enregistré plus de 135 000 contributions.

Je ne m’éterniserai pas ici sur le premier intérêt stratégique du dispositif, rappelons néanmoins qu’il aura permis à Ségolène Royal de se constituer en dehors du Parti socialiste un réseau de soutiens dont l’apport n’aura sans doute pas été négligeable lors de la primaire de novembre 2006.

La mise en scène "désordonnée" de samedi au siège de campagne de la candidate (ne nous leurrons pas : les preneurs d’images étaient nombreux, qu’ils soient journalistes ou observateurs de la netcampagne) offre surtout l’opportunité de s’interroger, à quelques jours de la présentation de son programme, sur les apports et les limites de la méthode participative défendue par la candidate socialiste.

L’ouverture du débat politique, ou en tout cas l’opportunité offerte à de nouveaux publics d’y participer, apparaît sans doute comme l’aspect le plus positif de cette démarche. Elle rompt en tout cas avec les pratiques encore à l’oeuvre dans les formations politiques où seul l’adhérent - dans le meilleur des cas - participe à l’élaboration du programme.

Cette ouverture a pourtant ses limites, et c’est tout le mérite de la rencontre organisée au siège de campagne de Ségolène Royal de les avoir - involontairement - mises en lumière. En effet, et ceci n’a pas échappé à d’autres observateurs, parmi les vingt à trente contributeurs de Désirs d’Avenir invités samedi en fin d’après-midi, force est de constater que l’Education nationale et le secteur associatif apparaissaient nettement surreprésentés. Et l’on finit alors par se demander si l’expérience participative n’aboutit pas à reproduire les travers de la politique "pré-participative", davantage de participants au débat ne se traduisant pas forcément par une meilleure représentativité des différentes sensibilités sociales.

Ceci n’est pas sans risque, car à trop vouloir "coller" aux attentes exprimées par les contributeurs de Désirs d’Avenir, le programme de Ségolène Royal pourrait tout à fait satisfaire ses soutiens en ligne sans répondre efficacement aux demandes d’autres segments de son électorat qui, démocratie participative en ligne ou pas, ne se sont pas davantage engagés dans le débat politique.

C’est toute la difficulté de l’exercice auquel se livrera Ségolène Royal le 11 février.

par Yves-Marie Cann (son site) mercredi 7 février 2007 - 26 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Voltaire (xxx.xxx.xxx.14) 7 février 2007 11:28
    Voltaire

    Excellente analyse. Il est impossible d’organiser un débat participatif représentatif dans un pays de 63 millions d’habitants, d’autant que la méthode choisie sélectionne de fait les participants. Et quelques soient les talents d’une équipe de campagne, un(e) candidat(e) ne peut pas vraiment se rendre compte des attentes et angoisses des électeurs sans mouiller la chemise, et prendre le temps de parler avec eux, avec beaucoup d’entre eux.

    Nicolas Sarkozy comme Ségolène Royal ont réussi à communiquer, en prenant en compte ce que les enquêtes d’opinion et autres études leurs faisaient remonter, mais ont-ils réellement construit un projet ?

  • Par (xxx.xxx.xxx.50) 7 février 2007 17:11

    L’audience d’un "débat participatif" (ou plutôt un meeting de campagne de Marie-Ségolène) est composée principalement de sympathisants. C’est-à-dire que la plupart approuve les orientations choisies par le programme du PS. Comment est-il possible d’organiser un débat dans ces conditions ?

    Pour exemple, la réunion de Grenoble, où chaque intervention de la candidate est ponctuée d’applaudissements !! Et l’on ose appeler ça un débat participatif.

    Vivement le 11 que l’on sache un peu plus ce qu’elle a dans le ventre et si vraiment elle va être soutenue ou flinguée par ses "amis" du PS !!

  • Par Thierry (xxx.xxx.xxx.76) 7 février 2007 17:32

    J’en profite pour raconter une petite expérience à mon avis représentative de démocratie participative.

    J’habite dans une commune qui est communiste depuis la libération, grâce aux désistements systématiques du PS, qui laissent fort peu de choix aux électeurs. La mairie, que j’imagine consciente de son manque de représentativité, consulte les habitants en certaines occasions. Après une réunion dont on peut supposer que les participants étaient majoritairement des inactifs, la mairie a installé 9 ralentisseurs dans une rue de 900 mètres de long, non réputée dangereuse.

    Cela a bien sur fait quelques mécontents, en nombre suffisant pour que la mairie s’en inquiète. J’ai donc eu l’honneur de recevoir dans ma boîte aux lettres un petit questionnaire, expliquant la nature du problème et son origine, et contenant la question suivante :

    Faut-il consulter la population avant de prendre une décision ? OUI NON

    Où l’on voit à quoi sert ce genre de consultation. Les "responsables" politiques peuvent ainsi se défausser de leurs responsabilités sur ce qu’ils prétendent être la "population". Faut-il préciser ce que j’ai fait de ce torchon ?

  • Par David972 (xxx.xxx.xxx.66) 7 février 2007 20:33

    Comment François Hollande ose-t-il polémiquer sur le soutien de Sarkozy à Charlie Hebdo ? Le sujet est trop grave pour faire de l’ironie dessus ou polémiquer. Hollande nous sort à propos du soutien de Sarkozy : "Mieux vaut tard que jamais !". C’est une honte. Hollande oublie-t-il que Sarkozy a été l’un des touts premiers, bien avant Hollande, à se prononcer en faveur des caricatures ? C’est un scandale ! Ce sujet doit dépasser les clivages et il n’y a pas la place pour tout cela. Voilà pourquoi Royal et son équipe ne peuvent pas atteindre l’Elysée. Ils n’en ont point la dimension.

    Sa réunion du 11 février risque bien d’être un échec. En effet, Roya la choisi une plus grande salle pour voir plus grand mais Ségolène Royal subit une grave rupture d’image. Alors qu’elle suscitait l’espoir, qu’elle marchait sur les eaux, elle est désormais plus perçue comme une candidate comme les autres et elle inquiète même les Français. De fait, on ne se remet pas de ce genre de cassure. C’est l’expérience qui le montre.

    De plus, elle ne devrait donner que les grandes lignes de son programme. Or, vu toutes les attentes qu’il y a autour de cette date que tout le monde attend comme si c’était un jour si historique que cela, cela ne pourra être qu’une déception. D’ailleurs, il ne faut aps charier. Les débats se sont terminés et elle a tout fait remonter le 3 février. Elle ne me fera pas croire qu’elle fera un programme complet en 10 jours... C’est impossible ! De fait, ce sera obligatoirement une déception.

    Sans compter que, le 11 février, Sarkozy réunira tout le monde à la Mutualité et fera un grand discours. Or, il devrait annoncer de belles surprises qui ont toutes les chances de le faire prendre encore une dimension présidentielle.

    D’autant que Ségolène Royal a dû perdre quelques points après son discours gauchistes accusant Sarkozy de se ’bushiser’ alors que les Français ne voudraient plus des néo-conservateurs. C’est un scandale ! Pourquoi ce genre d’attaque. La droite se moque de Royal et dit qu’elle n’a pas la carrure pour le ’job’. Mais la droite traite-elle Royal de je ne sais quel nom, la compare-t-elle je ne sais qui ? Non ! J’entends d’ailleurs toujours Sarkozy dire que Royal est une personne qui est de grande qualité à titre personnel mais que les idées socialistes sont dépassés. Sarkozy traite-il les socialistes de néo-Hitler. Car je ne veux choquer personne mais l’idéologie hitlerienne est plus proche du communisme et donc du socialisme à la française que de la droite !

    Non, Royal n’est absolument pas faite pour le job. D’ailleurs, il se dit que Jospin ferait une grande annonce bientôt où il pourrait dire que Royal mènera à la défaite et qu’il est tant de reprendre du poil de la bête et de se rassembler derrière lui. Vu, l’état de la campagne Royal, cela ne ferait que jeter le troubles et diviser le PS encore plus qu’il ne l’est...

    Bref, Jospin na de toute manière aucune chance... Et le 11 février prochain, le contraste sera saisissant : alors que Sarkozy réunira ses soutiens et s’ouvrira à tous et à la gauche en particulier, Royal sera en train de faire meeting et de donner ses grandes lignes. Alors que Sarkozy paraîtra en rassembleur, Royal paraîtra comme candidate de parti !

    Bref, Royal ne semble vraiment pas du tout en passe de sortir de ses difficultés.

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