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Accueil du site > Actualités > Politique > Détournement de démocratie, le vote électronique ?

Détournement de démocratie, le vote électronique ?

Le 6 novembre prochain, je vais voter électroniquement pour la première fois de ma vie. Je n’aime pas cela, mais alors, pas du tout cela.

Moi qui suis très ouvert aux nouvelles technologies, au point de faire mes transactions bancaires, d’acheminer électroniquement mes rapports d’impôt, et même d’acheter sur le Web (pas sur n’importe quel site, tout de même), je crois que le bon vieux vote sur papier demeure la plus sûre façon de minimiser les risques de fraude.

Dans un rapport publié au lendemain des dernières élections américaines, le rapport « Evaluation of Edison/Mitofsky Election System 2004 », les auteurs constatent une nette distorsion entre les résultats du vote, là où il est électronique, et ceux des sondages faits à la sortie des bureaux de vote (les fameux exit polls). Curieusement, la différence entre les exit polls et les résultats du vote accompli sur le bon vieux bulletin en papier se situait à l’intérieur de la marge d’erreur des sondages. Inquiétant, non ?

La question se pose : le vote électronique est-il fiable ? Les plus inquiets sont les informaticiens, car ils savent de quoi ils parlent, nous dit le site PourEva (Pour une éthique du vote automatisé). Lorsque le ministre Nicolas Sarkozy déclare : « La démocratie numérique est notre futur proche », vous applaudissez, ou vous froncez les sourcils d’inquiétude ? La question est loin d’être banale puisque, comme pour la justice, il doit y avoir non seulement démocratie, mais aussi apparence de démocratie.

Et c’est bien là ce que je crains. Rien ne garantit avec une certitude absolue que les votes seront compilés correctement par les machines électroniques à voter. Dans le cas du vote sur des bulletins en papier, le recomptage se fait devant juge et représentants des candidats, lorsqu’il y a contestation. Dites-moi, cela se recompte, des votes électroniques ? Et puis, les entreprises qui fournissent les machines et assurent la sécurité de la transmission des résultats sur les réseaux, ont-elles le droit (leurs employés et leurs familles immédiates en âge de voter au Québec, où les contributions électorales des entreprises sont interdites, s’entend) de contribuer aux caisses électorales des partis politiques ?

Suis-je trop sceptique ? Rassurez-moi sur la fiabilité de mon premier vote électronique.


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10 réactions à cet article    


  • Pierre MULLER (---.---.164.79) 25 octobre 2005 13:00

    Je crains de ne pouvoir beaucoup vous rassurer...

    Il y a un fait nouveau concernant le rapport Hursti, à l’origine de l’alerte que nous avons lancé, et que vous mentionnez par le dernier lien de votre article. Sa crédibilité vient d’être renforcée, à supposer qu’il avait besoin, par son référencement par le récent rapport du GAO (Government Accountability Office, agence d’audit du Congrès des Etats-Unis). Ce dernier pointe nombreux dysfonctionnement du processus électoral américain, entre autres concernant les machines électroniques.

    Egalement peu rassurante, la réponse d’une de ces sociétés canadiennes qui organise techniquement les élections, que j’ai eue au téléphone : « on fait ça depuis 95, tout est parfaitement sécurisé, cette année on procéde comme d’habitude, au revoir ». Ignorance ou déni ?

    Quand même un point positif, une partie des systèmes de vote utilisés au Québec sont des sortes de scanner de véritables bulletins papier. Ces bulletins peuvent être recomptés manuellement, par exemple partiellement, à titre de contrôle de la machine. Encore faut-il que ces recomptes soient demandés...

    Pierre Muller,
    webmestre de www.recul-democratique.org
    Citoyens critiques sur le vote électronique.


    • Alexandre Santos Alexandre Santos 25 octobre 2005 13:25

      Je pense qu’il y a beaucoup de problèmes avec les nouveaux systèmes de vote actuellement.

      La plupart sont des solutions mises au point par des compagnies et le fonctionnement de leurs logiciels est un secret économique.

      Ceci est innacceptable car il n’y a alors aucun moyen de savoir si la machine fait ce qui lui est demandé.

      La seule option valable est d’utiliser des logiciels libres dont le code source peut être vérifié par tous ceux qui le souhaitent. Ce contrôle doit s’étendre aussi au niveau des machines et à tout ce qui est entre l’électeur et le décompte des votes.

      Tout le monde parle d’utiliser un reçu comme preuve de vote lors des (éventuels) re-comptages. Je ne sais pas si c’est vraiment réaliste d’utiliser cette option sans annuller tout bénéfice au vote électronique.

      Je pense que il faut encore réflechir à la mise en place de ses systèmes.


      • Michel Monette 25 octobre 2005 13:46

        Le plus étonnant, dans toute cette histoire, c’est d’avoir appris par les médias qu’il y a vote électronique lors de l’élection dans ma ville. On ne m’avait jamais demandé de me prononcer pour ou contre lors d’un référendum, à ce que je sache. Incroyable, non !


        • Pascal (---.---.5.18) 25 octobre 2005 21:52

          Mon point de vue sur la question rejoint le vôtre intégralement. Je suis en effet certain que dans notre démocratie, le suffrage manuel reste le plus fiable ou le moins sujet à caution. J’avais pour la première fois émis pareille mise en garde lorsque pour la première fois l’expérience a été introduite en France à l’occasion d’un scrutin à Brest. Mes réticences sont d’autant plus fortes qu’il existe même des machines à voter qui ne conservent aucune trace écrite des votes (vu aux Etats-Unis si j’ai bonne mémoire) ! Autrement dit pas question de vérifier quoi que ce soit comme cela avait été le cas lors du référendum révocatoire au Vénézuela.

          Pour des questions aussi importantes quant à la santé démocratique de notre pays, je suis d’avis que le cas échéant on devrait recourir à un référendum avant d’adopter un tel changement.


          • David GLAUDE (---.---.225.241) 25 octobre 2005 23:26

            Le vote démocratique étant par nature secret, c’est la dématérialisation du vote qui est le noeud du problème.

            Là où il n’y a plus de trace papier du vote (qui doit est vérifié par l’électeur) il est impossible pour les citoyens et observateurs de contrôler le résultat des élections (et donc le bon fonctionnement des machines).

            Là où il y a une trace papier (lecture optique ou ticketting) il faut exiger un recomptage manuel d’un poucentage significatif des votes par échantillonage.

            Là où il n’y a pas de trace il faut s’opposer au système de vote proposé et faire savoir aux responsables politiques et administratifs des dangers et du manque de transparence qui rendent le processus non démocratique.

            Bon réveil démocratique à vous... avec tous mes voeux de succès venant de Belgique.


            • Pierre MULLER (---.---.74.110) 25 octobre 2005 23:47

              « Le plus étonnant, dans toute cette histoire, c’est d’avoir appris par les médias » En France, cela a été pareil. La mise en place du cadre légal s’est faite sans inquiéter personne. Ensuite, la décision d’achat revient à chaque ville, qui ne voient dans le vote électronique qu’une modernisation parmi d’autres. Que le ministère de l’Intérieur ait donné son agrément arrête toute réflexion...

              Pourquoi l’Irlande garde-t-elle dans un entrepot ses 7300 machines (les mêmes Nedap qu’en France) sans oser s’en servir ? « Rien que des histoires politiques », m’a répondu une fois le chef du service élections d’une municipalité.

              Pour peu que vous ne lisiez pas le bulletin municipal, vous découvrez le vote électronique en ouvrant l’enveloppe des professions de foi des candidats, voire le jour de l’élection. Je trouve cela profondément déloyal. Personnellement, c’est l’arrivée des machines à voter dans ma ville qui a déclenché mon engagement militant, le premier de ma vie, à 40 ans.

              Plus concrêtement, que veulent faire les Québecois qui lisent ce texte ? Une action pourrait être le dépôt d’une lettre par les électeurs le jour de l’élection. Nous l’avons fait en France. Notre lettre est très améliorable smiley Le délai est un peu court, mais cela a un aspect symbolique fort. A voir comment cela s’intégre dans les procédures électorales québécoises. Par contre, n’étant pas Québécois, je ne pense pas avoir la légitimité de lancer une telle action. Même si l’aide de notre site internet vous est évidemment acquise.

              Ou comme suggéré dans le message précédent, réclamer le recompte manuel dans le cas des scanners de bulletins. Voire pour les machines tout-électronique, histoire de montrer qu’on ne peut rien recompter véritablement. J’ai lancé une demande pour connaître les modalités.

              Que pensez-vous de ces idées ?

              Pierre Muller,
              webmestre de www.recul-democratique.org
              Citoyens critiques envers le vote électronique, où qu’il soit smiley


              • Michel Monette 26 octobre 2005 03:48

                Merci de ces suggestions. Je n’ai pas vraiment le temps de vérifier comment va se dérouler techniquement et légalement le vote dans ma ville, mais peut-être que quelqu’un s’est penché sur la question et pourrait nous proposer sur un site Web ou même ici une version de votre lettre adaptée à la technologie et à la loi qui régit les élections municipales au Québec.

                Je suis tout de même étonné de ne pas lire un point de vue qui tenterait de me convaincre que j’ai tort de m’inquiéter autant. Le vote électronique ne serait-il qu’une occasion d’affaires ?


                • Jean-Paul Droz (---.---.160.105) 26 octobre 2005 13:03

                  ma réponse dans Agoravox rubrique Média : http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=4126

                  La France a systématiquement été la dernière des sociétés développées dans la modernisation de son système démocratique

                  Au plaisir


                  • Pierre MULLER (---.---.167.193) 26 octobre 2005 13:52

                    La réponse de M. Droz est une soigneuse sélection de citations venant d’articles de Libération par ailleurs équilibrés. Je me suis senti obligé de répondre à son texte par d’autres citations, issues des mêmes articles.

                    Et de toute façon, il ne s’agit pas de vote par internet au Québec. Mais ça peut venir... Je signale d’ailleurs aux Québécois une consultation à ce sujet, et plus généralement sur la démocratie électronique.

                    Et on peut moderniser son système démocratique de mille façons, sans pour autant toucher à la technique de vote. Le vote “papier” a d’ailleurs une marge d’amélioration.

                    Pierre Muller,
                    webmestre de www.recul-democratique.org
                    Citoyens critiques envers le vote électronique, où qu’il soit smiley


                    • Pierre MULLER (---.---.77.77) 28 octobre 2005 13:04

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