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Accueil du site > Actualités > Politique > Dette publique et campagne présidentielle

Dette publique et campagne présidentielle

La question de la dette publique va prendre une importance capitale dans la campagne présidentielle. Qui veut faire payer la dette aux travailleurs, qui veut la faire payer en prenant sur les profits, qui demande son annulation ? Petit tour d'horizons des différents candidats à la présidentielle - en s'appuyant sur les éléments de programme en ligne sur les sites de campagne principalement, parfois aussi sur le site de l'organisation ou sur des déclarations publiques - sur ce point qui révèle bien des choses. En effet, l'appréciation de la dette publique et de ce qu'il faut en faire est souvent révélatrice de choses bien plus profondes chez les politiques, cette question est traversée par les différents profils, solutions de repli nationaliste, solutions de soumission aux intérêts de la bourgeoisie, logique de rupture... Afin d'organiser un peu l'analyse, les différents candidats sont rangés par grandes catégories liée à leurs réponses à la dette, cela ne signifie évidemment pas qu'au sein d'une même catégorie, leurs partis soient tous à mettre dans le même sac.

http://red-and-rude.blogspot.com/# !/2012/01/dette-et-presidentielles.html

Ceux qui veulent clairement faire payer la dette aux travailleurs.

Sarkozy : Nicolas Sarkozy n'a pas de programme présidentiel, puisqu'il n'est officiellement pas candidat. L'UMP n'a pas non plus de programme, puisqu'ils n'ont pas désigné de candidat. En même temps, l'avantage avec eux, c'est qu'ils sont au pouvoir, pas besoin donc de trouver un programme, on voit ce qu'ils font quotidiennement. Sarkozy veut rembourser la dette, et compte bien mettre les travailleurs à contribution comme il le fait actuellement. Les attaques se font sur tous les fronts pour faire raquer les classes populaires. Sarkozy baisse nos salaires et a prévu de continuer. En effet quand il casse les retraites, cela signifie qu'il faut travailler plus pour gagner moins, quand il s'attaque à la sécu, on est dans la même logique. La casse des services publics est aussi une façon de s'attaquer à ceux qui n'ont pas les moyens de vivre autrement, de se soigner, se déplacer, communiquer, étudier, se chauffer, se loger… La fiscalité chez lui ne sert pas à répartir plus égalitairement les richesses mais à aider les patrons et les riches (selon le rapport du député UMP Gilles Carrez, on perçoit environ 100 à 120 Md de recettes fiscales par an de moins qu'il y a 20 ans, l'impôt sur le revenu est moins progressif du fait de la diminution du nombre de tranche, (13 à 5), la tranche supérieure est moins taxée (passée de 60% à 41%), l'impôt sur les sociétés a été diminué (de 50% à 33%) et les grosses entreprises payent en général de 0 à 13% du fait des exonérations) au détriment des travailleurs (l'augmentation de la TVA ne peut en aucun cas être sociale, les plus pauvres consommant tout leur argent sont taxés sur l'ensemble du revenu (la TVA représente 11,2% du budget des 10% des français les plus pauvres), tandis que les plus riches évitent les taxes sur une partie de leurs revenus grâce à l'épargne (la TVA représente 6% du budget des 10% des français les plus riches)). Sarkozy, c'est aussi la casse de tous nos acquis, du code du travail de tout ce qui peut nous servir de point d'appui pour nous battre et nous défendre. Avec Sarkozy le principe est simple, plus de misère et d'exploitation pour les classes laborieuses, mais une dette qui continue à grimper et qu'on continue donc à payer de plus en plus.
Derrière lui, il y a une myriade de candidats de droite qui ont le même projet que lui on ne s'étendra donc pas outre mesure.
 
Bayrou : Chez Bayrou, c'est assumé, en fait, c'est même lui le vrai M. austérité, depuis toujours avant tout le monde. Il faut à tout prix résorber le déficit pour pouvoir résorber la dette et ce ne sera facile pour personne (enfin, surtout pour les exploités !). La seule chose qui pourrait paraître positive (mais il n'est pas un candidat qui n'essaye pas de faire croire à une coloration sociale, la période exige cette démagogie), c'est l'ajout d'une tranche sur l'impôt sur le revenu, qui serait de nouveau un petit peu plus progressif (on passerait donc de 5 à 6 … contre 13 avant !). Mais sinon, les mesures antisociales sont les mêmes que celles du président en exercice, +2 pts de TVA, économiser 15 Md sur la sécu (retraites et assurance maladie) et les budgets sociaux, réduction des dépenses de l'Etat et des Collectivités territoriales (ce qui implique de facto réduction de la masse salariale, réduction des missions de service public) …
 
Villepin : Villepin, depuis qu'il n'est plus au pouvoir, tout le monde sait qu'il est devenu, social, solidaire et anti sarkoziste. Alors, c'est logique que lui ne saute pas sur le prétexte de la dette pour faire raquer la population, d'ailleurs quand on regarde le projet en 20 points de "République Solidaire", le mot dette n'apparaît pas une seule fois. Il faut donc gratter un peu, pour regarder sous ce masque électoraliste. On trouve dans la partie sur le financement du projet, un volet sur la réduction des déficits publics, on peut toujours se jouer des mots, mais il s'agit donc bien de la résorption de la dette. Pour autant, cela ne permet pas automatiquement de le classer avec ses amis de droite. On voit en effet dans ses propositions l'augmentation de la progressivité de l'impôt sur le revenu et l'augmentation de l'impôt sur les grandes entreprises. Serait-il donc vraiment tomber dans le camp des réformistes sociaux qui veulent taxer le capital ? Non, non, qu'on se rassure, plus loin on trouve comme mesure l'augmentation de la TVA et de la CSG, ou encore la limitation des droits au chômage. Ce serait donc un centriste, qui voudrait mêler des mesures justes et des mesures antisociales ? Heureusement Villepin nous donne des chiffres, et on se rend compte que ceux qui paieront vraiment ne sont pas les riches et les grands patrons (les deux 1ères mesures sus-citées, rapporteraient 28 Md d'euros) mais bien M. et Mme tout le monde (les 3 mesures suivantes que j'ai citées, qui attaquent directement le monde du travail rapporteraient elles 45 Md d'euros). Évidemment, si Sarkozy est son ennemi, il n'est pour autant pas question de revenir ou de cesser toutes les contre-réformes de celui-ci (santé, retraites, exonérations multiples…).
 
Morin : Morin, c'est simple, c'est un ministre du gouvernement UMP, il s'inscrit donc dans la droite ligne de ceux-ci (sauf qu'il voudrait être le grand chef), on ne détaillera donc pas : 2/3 des économies doivent être faites sur les dépenses (poursuite de la RGPP et de la casse des services-publics, diminution de la dotation des Collectivités Territoriales…), augmentation de la TVA
 
Boutin : Pour Boutin, c'est simple aussi, son programme réactionnaire et antisocial ne nécessite pas de décryptage mais une simple lecture : règle d'or (axer les économies sur dépenses de l'Etat et des Collectivités Territoriales), baisser les revenus sociaux (400€ par adultes, 200€ par enfants pour tous en échange de la suppression de toutes les allocs, tout le monde aura le droit de vivre… sous le seuil de pauvreté), diminuer la progressivité de l'impôt sur le revenu…
 
Le Pen : Mais que fait-elle là, la Marine ? J'aurais oublié de prendre en compte la révolution qu'elle a imposée à son parti ? Je n'aurais pas entendu qu'elle faisait campagne pour les petits, pour les invisibles ? Si, si. Mais je me base sur les programmes, pas sur les déclarations. Pour Marine Le Pen, il n'est pas plus question que pour ses petits copains de manquer au remboursement de la dette, au contraire, il s'agirait là d'un "péril national". Quand on regarde ces solutions pour payer la dette, la première chose qui frappe, n'est pourtant pas la volonté de faire payer les travailleurs mais bien l'absence complète de réalisme économique, on fait des économies avec ce programme en réduisant drastiquement des recettes, par exemple avec le contrôle de l'immigration, mais si Marine sait expliquer les dépenses réalisées pour les immigrés (services publics, allocs…), elle semble ne pas savoir que les recettes sont bien plus grandes, que les immigrés paient des impôts sur le revenu, qu'ils payent la TVA, qu'ils abondent les caisses de la sécu… On aurait donc pu faire une case spéciale pour le front national, celle de ceux qui racontent n'importe quoi, mêlent les fausses économies (limitation de l'immigration, arrêter de payer les cotisations à l'UE…), les mesures faussement positives comme le retour du prêt par les banques centrales (on y reviendra), et les grandes déclarations creuses. Mais ce serait justement tomber dans le panneau, céder au fouillis et à l'incohérence du programme pour en déduire qu'il n'y a pas de politique de classe chez eux. Pourtant si on regarde les dynamiques, il n'y a pas photo. Quand il s'agit de taxer les gros (en introduction de la présentation du financement de son projet, MLP dénonce les dénonce cadeaux fiscaux aux sociétés et aux plus riches) on ne trouve aucune mesures derrière (pas un impôt supplémentaire, tout juste une vague histoire de prélèvement sur les grandes sociétés qui serait rétrocédé par la suite) ni quand il s'agit d'aider les petits (MLP affirme vouloir augmenter les petits salaires de 200€, mais quand on regarde dans le détail, on ne trouve finalement pas de telles mesures, mais bien un nouvel allègement de charges aux patrons pour les inciter à…). Dans le programme de la fille Le Pen, on est fidèle aux valeurs du parti. Pour éviter que les PME paient plus d'impôts sur les sociétés que les gros on leur créé un taux d'imposition plus faible mais on n'augmente pas le taux normal d'imposition (du moins que de 1%, ce qui signifie que l'ensemble du gain serait affecté aux petits patrons, rien aux travailleurs ni à la dette). On se plaint des grandes fortunes (les grandes fortunes, elle connaît Marine, elle qui vit dans son manoir à Saint-Cloud, qui a toujours eu du personnel de maison et qui était payée 30000 francs par mois pour un deux-tiers temps quand il a fallu commencer à bosser, pour le parti à papa, papa qui est multimillionnaire depuis quelques juteux héritages juste un peu douteux), mais il est en fait hors de question de rehausser l'impôt sur la fortune ("L’ISF est donc intégré à cet impôt unique et correspond à une surtaxe respectant les mêmes taux qu’aujourd’hui"). Il est par contre question de rehausser une part de la TVA (sur les produits de luxe, histoire d'être sûr que les pauvres ne puissent vraiment pas s'en offrir même très épisodiquement). Puisqu'au final on ne touche ni aux grandes fortunes ni aux grosses sociétés, il ne reste pour payer la dette que la poudre de perlimpinpin et les classes populaires, au premier chef les étrangers (qui n'auraient plus le droit aux minimas sociaux) les autres derrière. L'aspect repli chauvin et nationaliste du projet du Front-National ne peut se faire qu'au détriment des classes populaires, il s'agit en fait de ranger les gentils travailleurs français derrière les gentils patrons industriels français pour lutter contre les méchants étrangers, travailleurs ou patrons, dans les faits, la division de la classe ouvrière ne peut profiter qu'à la grande bourgeoisie. La défense des services publics fait partie du programme de Marine Le Pen, mais dans le même temps elle annonce baisser les budgets des conseils régionaux et généraux, dont les compétences ne sont rien de moins que l'action sociale, l'éducation, la voirie… Il s'agit en réalité d'une casse des services publics locaux. Quand on se rappelle que Marine Le Pen exhortait Sarkozy à envoyer l'armée sur les grévistes durant le mouvement des retraites, on sait de toute façon que les travailleurs ne risqueront pas de réclamer grand-chose sous son régime. Le programme économique de Le Pen pour payer la dette, c'est le même que celui de Sarkozy, en ajoutant encore une pincée de populisme et de démagogie, de racisme et d'autoritarisme (si, si c'est possible) et en mettant un glaçage chauvin sauce n'importe quoi.
 
Hollande : Mais que fait le candidat du parti socialiste au milieu de tous ces gens de droite ? Et bien demandez-le lui, pourquoi dit-il comme la droite ? En parlant de "dire comme la droite", c'est une chose que j'évite, et une des rares occasions ou je ménage le PS, c'est pour éviter de tirer dessus avec la droite. Pourtant, l'accusation de la droite selon laquelle Hollande n'aurait aucune base claire de programme est une évidence quand on fouille la toile (cependant, l'UMP n'a rien à dire vu qu'elle fait pire sous prétexte de n'avoir pas de candidat officiel). On se contente donc des quelques phrases lâchées à la presse, des éléments de programme adopté par le PS avant les primaires, ou de ceux qu'on trouve sur le site françoishollande.fr. La première évidence, c'est que pour Hollande comme pour la droite, payer la dette, passer sous les 3% de déficit (pour 2013) et le supprimer totalement (pour 2017), sont des priorités absolues. Mais comment payer cette dette, par qui ? Hollande fait un peu comme Villepin, il laisse entendre qu'il fera payer les riches, porter "le sacrifice sur ceux qui sont le plus capables de le supporter : les revenus les plus élevés", il demande "de la justice pour résorber la dette". On pourrait donc le voir dans la catégorie suivante, sauf que quand on cherche les mesures concrètes, il n'est pas question d'empêcher les travailleurs de payer la dette, juste de mettre un peu les riches à contribution pour inciter les classes populaires à raquer "Elle exigera un effort, il ne sera consenti que s’il s’établit dans la justice (...) si les puissants échappent par mille biais aux contributions communes, alors les Français auront raison de refuser de participer au redressement". Dans les faits, il soutient l'idée que les travailleurs doivent payer pour cette dette dont il ne sont pourtant pas responsables, il est donc logique qu'il soit pour les 41 années de cotisations pour la retraite et un paquet "d'efforts" pour les travailleurs. Il le dit lui même, il est pour "la rigueur juste", formule qui n'est pas sans rappeler "l'austérité juste" du conservateur David Cameron et qui signifie juste que pour faire payer le populo, il ne faudra pas qu'il le ressente trop injustement, et qu'il faudra qu'il ne soit pas le seul à payer. La rigueur juste, si on enlève le verbiage, c'est juste la rigueur. D'ailleurs, les patrons n'ont pas à s'inquiéter, au nom de la croissance, Hollande leur fera plein de cadeau, surtout aux meilleurs d'entre eux : "nouvelle assiette pour les cotisations sociales qui favorise la production et l’emploi et qui dissuade la pollution et la consommation d’énergie" (comprendre que les gentils patrons qui embauchent et ne polluent pas trop se verront alléger leurs charges, en bref qu'on les exonérera d'une partie de notre salaire), un "allègement d’impôt sur les sociétés sera consenti aux entreprises qui investissent"... Les banquiers ne doivent pas s'inquiéter, ils pourront continuer leur boulot de requins à condition de ne pas le faire de manière trop ostensible (ne pas investir dans les paradis fiscaux, que les marché aient un "rapport direct avec l’économie réelle"... en fait Hollande veut mettre "un terme à l'irrationalité des marchés", instaurer "de la régulation" et "la transparence en matière financière"... ça ne vous rappelle pas un certain président qui voulait "moraliser la finance" ?), il l'écrit en toutes lettres, il y aura avec lui d'autres "intervention au chevet des banques", à condition que l'Etat ait un droit de regard.... La finance tremble... autant que les travailleurs ne sont rassurés, hélas.

Ceux qui font passer le paiement de la dette avant le principal.

Il y en a qui ne vont pas jusque faire porter le poids de la dette presque entièrement sur les travailleurs mais qui, de par leur ténacité à vouloir faire payer la dette, lèsent quand même plus ou moins les classes populaires.
 
Dupont-Aignan : On connaît le caractère réactionnaire de Dupont-Aignan, nul doute qu'il devrait en réalité figurer dans la partie précédente. Sauf que je me base sur les programmes annoncés, et que de sa part, il y a tellement rien que c'est dur d'affirmer sur l'unique base de son programme qu'il fera payer la dette aux travailleurs, même si on sait à quoi s'en tenir. Voilà donc les quelques mesures qu'il propose : abrogation de la loi 73-7 (cf infra), limiter les dépenses de l'Etat (bien que ce ne soit nul par mentionné, on peut supposer que ce sont donc les services publics qui en prennent un coup), politique nataliste (les utérus au service de la patrie ?), limitation des niches fiscales et des réductions d'impôts (quelles niches fiscales, quelles réductions d'impôts sont dans son collimateur, on ne le sait pas, dur donc de dire sur qui pèseront ces mesures). Comme notre Dupont préféré fait de l'abrogation de la loi 73-7 une de ses mesures phares et qu'on retrouve cette mesure chez MLP et une variante chez JLM, je vais en profiter pour dire quelques mots sur cette mesure. La loi 73-7, dite loi Giscard-Pompidou, est celle qui a interdit à la France d'emprunter à sa banque centrale (la Banque de France) à des taux faibles, obligeant l'Etat à avoir recours à l'emprunt privé, beaucoup plus onéreux. Cette loi, qui a depuis été reprise à l'échelle européenne dans les traités de Maastricht et de Lisbonne, est à l'évidence une loi réactionnaire, qui a eu pour conséquence un formidable cadeau aux requins de la Finance (des centaines de Md d'€ d'intérêts) et l'explosion de la dette (entre 1979 et 2009, la France a payé 1340 Md d'€ d'intérêts sur la dette alors que dans le même temps, la dette n'a augmenté que de 1250 Md d'€, sans intérêts, nous aurions donc été bénéficiaire, voir graphiques ici). Sans doute abroger cette loi et avoir recours à l'emprunt public à faible taux (banque de France ou BCE) ne serait pas une mauvaise chose (contrairement à ce que les libéraux affirment, ça ne créerait pas d'inflation car les banques centrales font déjà tourner la planche à billets pour les établissements privés qui prêtent à l'Etat, ça ne changerait donc rien). Pour autant, cette mesure ne serait pas une solution au problème actuel de la dette. D'une part, chez Dupont-Aignan ou Le Pen, il s'agit plus d'un repli nationaliste que d'autres choses, surtout, il n'empêche qu'on se retrouve toujours à devoir payer les 1650 Md d'euros déjà dus illégitimement aux banquiers. Certes, si on emprunte la somme à la banque centrale pour les rembourser d'un coup, cette somme ne flambera plus du fait des intérêts exorbitants, mais il faudra quand même la sortir, et cet argent, c'est autant d'argent qu'on ne mettra pas ailleurs (pour les services publics, les traitements des fonctionnaires…). Qui plus est si comme pour dupont-gnangnan ou MLP, cette mesure ne s'accompagne pas de mesures empêchant l'endettement structurel, ça n'empêchera pas de continuer à s'endetter (certes à taux plus faible) et de faire planer cette menace sur la population.
 
Eva Joly : EE-LV, encore plus que les verts, est pour moi un OVNI. Ça va du pire (des positionnements qui ne les différencient pas du Modem et les situent à droite) à du moins pire, presque dans l'intérêt des travailleurs (par exemple sur le temps de travail). Ici, ce serait plutôt alléchant ; pour payer la dette, Joly propose d'économiser sur "la pollution", "les paradis fiscaux", "les riches", "les grandes entreprises" dans le cadre de son new deal écologique et social. On aurait tendance à être d'accord sur qui il faut ponctionner (même si il y a de grosses réserves à émettre sur sa taxation écologique dont rien n'indique si elle taxera les patrons, véritables pollueurs, ou tout le monde dont les prolos qui ont le malheur d'essayer de consommer ce qu'on leur offre). C'est le chiffrage qui fait apparaître la première grosse lacune de ce programme, selon sa projection budgétaire, 43% des dépenses serviraient à payer la dette (comprendre "irait dans la poche des banquiers et de la finance") contre 57% qui irait dans son new-deal écologique et social (c'est-à-dire l'éducation, la santé, la culture, le social, les énergies propres, bref tout quoi) ce qui me ferait un rien mal à la gueule ! On voit donc ici combien payer la dette, quelques soient les moyens mis en œuvre, se fait au détriment de dépenses socialement et écologiquement utiles. Autre chose de choquant concernant la dette, Eva Joly prône l'émission d'euro-bonds. Les euro-bonds (euro-obligations en Français) peuvent paraître d'inspiration progressiste, il s'agit de mutualiser la dette des États, en bons européens à taux unique (ainsi au lieu d'avoir un taux de 7% pour l'Italie et de 2% pour l'Allemagne, on n'aurait un taux de 5% pour tout le monde). Sauf qu'on sait bien ce qui se passerait, ce n'est pas la pression sur les travailleurs des pays type Grèce et Italie qui diminuerait, ces euro-bonds serviraient de prétexte à imposer encore plus vite l'austérité dans les pays européens où les taux restaient bas. Ce n'est pas pour rien que l'idée d'obligations européennes est notamment défendue par les conservateurs libéraux J-C. Juncker (président de l'eurogroupe), G. Osborne (ministre des finances britannique), ou, en France, Copé et Parisot !
 
Jean-Luc Mélenchon : Le leader du front de gauche dénonce ce qu'il appelle l'enfumage de la dette. Quant aux causes de la dette, il ne tombe pas dans le panneau libéral qui tente d'imputer la dette à un problème de dépenses (Voir 2ème § de ce précédent article) et propose pour payer la dette d'augmenter les recettes en taxant les gros revenus, le patrimoine et les capitaux, en rehaussant l'ISF et l'impôt sur les sociétés. Mélenchon est pour le paiement de la dette en empruntant la somme nécessaire à la BCE, outre l'impasse déjà citée de vouloir payer la dette, ses propositions, bien que tentantes, ne sont pas tenables ni opérantes. Il affirme pouvoir résoudre la crise de la dette (et au delà, celle du capitalisme) en relançant la consommation. Pour cela, il propose de prendre sur les profits pour redonner aux travailleurs, afin qu'ils puissent consommer plus. Je l'ai dit la solution serait tentante... si elle était viable. Son analyse, répandue au sein de la gauche réformiste et même au-delà, part du principe qu'on connaîtrait actuellement une crise du capitalisme liée à un problème de sous-consommation (les populations n'auraient plus les moyens de consommer assez pour faire vivre le capitalisme). Or, c'est là un contre-sens économique total, le meilleur article pour expliquer la différence entre une hypothétique crise de sous-consommation et la crise de sur-accumulation que nous connaissons actuellement reste pour moi celui de Louis Gill (ici en pdf), bien qu'il ait plus de deux ans maintenant, il est parfaitement actuel. La vérité, c'est que les capitalistes n'ont absolument pas les moyens de telles mesures, la crise actuelle vient d'une compression de leur taux de profit et leur seul moyen de faire perdurer leur système (et donc de préserver, du moins provisoirement, leurs intérêts) réside en une augmentation du taux d'exploitation (ce qu'ils font par le biais de toutes les contre-réformes à l'œuvre, remplacement d'une partie du salaire par de la TVA, attaques sur le temps de travail, les baisses de salaire, les retraites...). N'en déplaise au Front-de-Gauche, il n'y a pas de possibilité de relancer le système capitaliste, ce système ne permet pas de servir à la fois les classes populaires et les patrons. 

ceux qui ne tranchent pas sur le paiement.
 
Nathalie Arthaud : On ne peut pas accuser Lutte Ouvrière de vouloir faire payer la dette aux travailleurs, au contraire, l'organisation trotskyste le répète à l'envie, les affiches de campagne clament : "les travailleurs n'ont pas à payer la crise du capitalisme". On ne peut pas non plus accuser LO de vouloir payer la dette autrement, en augmentant les recettes et prenant sur les profits comme le disent le Front de Gauche ou EE-LV, pas un mot en ce sens. Simplement, on ne trouvera pas non plus l'inverse. Dans son communiqué du 7 décembre 2011 ou son billet du 17 septembre 2011 (sur son blog), la candidate rappelle que les travailleurs doivent refuser les mesures d'austérité visant à leur faire payer la crise dont ils ne sont pas responsables, mais ne dit pas que cette dette est illégitime et ne doit pas être payée. Elle estime, à raison, que "aux exploi­tés nous avons à dire qu’ils ne peu­vent rien pour empê­cher les crises, sauf à sup­pri­mer le capi­ta­lisme" et en conclu qu'ils n'ont "pas à se pas­sion­ner der­rière les solu­tions des uns ou des autres", que leur problème "n’est pas de savoir laquelle des déci­sions de la bour­geoi­sie per­met­tra d’éviter la débâ­cle, aucune ne l’évitera". C'est parfaitement vrai, la dette a été contractée par la bourgeoisie, au près de la bourgeoisie, dans l'intérêt de la bourgeoisie, la crise est le fruit des contradictions du système capitaliste et ne pourra pas être réglée dans le cadre de ce système. Pour autant, affirmer que les exploités n'ont pas à s'en soucier revient à les cantonner dans une attitude purement défensive ("ils doi­vent se battre pour se pro­té­ger des consé­quen­ces pour eux de la crise, pour pro­té­ger leur emploi, leur pou­voir d’achat") en attendant le jour où il seront en mesure de renverser le capitalisme. Cette attitude, ne les insère pas dans un rapport au pouvoir, ne les amène pas à poser la question du système en place, n'introduit pas une remise en question du capitalisme par les exploités et donc à approcher la seule solution qui pourrait régler leurs problèmes à long terme, la méthode de LO les condamne à devoir se défendre indéfiniment jusqu'à ce que survienne un hypothétique grand soir.

Tenir tous les bouts !
 
Philippe Poutou : Comme Lutte Ouvrière, le Nouveau Parti Anticapitaliste estime que le principal enjeu est d'éviter à tout prix que ce soient les classes laborieuses qui payent (l'affiche de ce candidat proclame, elle : "nous ne devons rien aux banques et aux actionnaires, on ne paiera pas leur dette !). De même, le NPA ne pense pas qu'on pourra résoudre le problème de la dette dans le cadre du capitalisme (dès 1867 et la parution du capital, Marx expliquait combien la dette publique et le capitalisme sont indissociable. Voir le chapitre concerné, commenté par Éric Toussaint sur le site du CADTM). Pour autant, le NPA estime qu'il y a nécessité à ne pas laisser les travailleurs désarmés face à l'offensive géante de la bourgeoisie pour laquelle la dette sert de prétexte. En plus d'exhorter les travailleurs à se défendre pour refuser qu'on leur fasse payer la crise, Philippe Poutou tient également à déconstruire le discours majoritaire qui tend à faire croire que ce sont les dépenses sociales au service des exploités qui seraient responsables de la crise. Effectivement, il n'est pas réaliste de proposer aux travailleurs d'entreprendre des luttes d'ampleur contre les attaques dont ils sont victimes tant qu'ils sont encore partiellement convaincus que la dette est liée à un excédent de dépenses et non à un déficit de recettes comme c'est le cas et qu'il serait donc normal de casser leurs droits pour résorber la dette, expliquer d'où vient la dette est donc pour le NPA un moyen de donner conscience de leur légitimité à se battre aux exploités.
Pas question non plus pour le NPA de laisser planer le doute sur la non-pertinence de prendre sur les profits (augmenter les recettes) pour payer la dette ; chaque centime de pris sur les profits, d'arraché au capital, doit être rendu aux travailleurs, que ce soit sous la forme de salaire direct ou indirect, de service public... et non pas être donné aux banquiers sous la forme de paiement des intérêts ou de remboursement du capital. Expliquer que la dette est illégitime car elle n'a pas été contractée dans l'intérêt général mais dans l'intérêt d'une minorité de patrons et de nantis (sous forme d'exonérations et de baisses d'impôts) et de banquiers (sous forme d'intérêts), présente donc le double intérêt de légitimer les luttes défensives et de légitimer une lutte offensive d'ampleur pour l'annulation pure et simple de cette dette odieuse, pour l'affectation des sommes qui y sont réservées vers les besoins sociaux, les services publics... Philippe Poutou est le seul candidat à prôner l'annulation de la dette. Il n'essaye pas pour autant de berner la population en faisant croire que l'annulation de la dette ou la répartition des richesses peuvent se faire dans le cadre du système capitaliste (il dit et répète la nécessité de renverser le système capitaliste à longueur d'interview et de communiqués de presse). Au contraire, l'annulation de la dette ne peut évidemment se faire tout en gardant le système qui la génère qui en vit, l'annulation de la dette sert ainsi de mesure transitoire vers la sortie du capitalisme. Le NPA dit qu'il faut annuler la dette, que ça implique que les banques soient expropriées et placées sous le contrôle de la population (ce qui est contraire aux bases mêmes du système dans lequel les producteurs se voient confisquer et la propriété et le contrôle des richesses qu'ils produisent). Plutôt que de proposer d'attendre en se défendant, Philippe Poutou propose d'attaquer en étudiant la dette, ses causes et effets afin de la répudier, de s'en servir pour remettre en question la propriété privée et le contrôle privé des banques et des finances, c'est la seule attitude révolutionnaire !

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4 réactions à cet article    


  • Alpo47 Alpo47 20 janvier 2012 07:48

    Félicitations pour votre analyse, dont on pourra toujours contester un détail par ci ou par là, mais qui a le mérite d’être exhaustive et d’exister.

    On s’aperçoit donc que quasi tous les candidats participent à un « écran de fumée » en s’inscrivant dans le système en place et la soumission au libéralo-capitalisme prédateur. Quasiment tous, veulent rembourser cette dette dont on nous rabat les oreilles, se différenciant seulement sur la manière. Ils participent donc au système en place, détournant notre attention de l’essentiel.
    Car la seule réponse valable et qui profite aux 999,99%, c’est de dire « ce n’est pas notre dette » et nous ne la rembourserons pas ... et de s’unir pour l’imposer.

    Malheureusement, ce message est quasi totalement inaudible et on comprend facilement pourquoi.


    • Robert GIL ROBERT GIL 20 janvier 2012 09:04

      L’Etat n’est plus qu’une courroie de transmission qui sert à enrichir les riches et appauvrir les pauvres. Il n’y a donc pas transfert entre générations comme l’on veut nous faire croire, mais transfert entre couches sociales. Les uns hériteront de la dette, les autres de l’argent de la dette !
      Voir, pour ceux qui n’ont pas compris le pourquoi de la dette :
      http://2ccr.unblog.fr/2010/10/16/la-dette-de-la-france/


      • sdzdz 20 janvier 2012 16:51

        Le creusement de la dette publique la laisse apparaître comme un outil de domination. Tous les artifices budgétaires, les privatisations, les pratiques de sabordage en règle en témoignent. D’ailleurs, ce système néo-impérialiste s’était auparavant développé dans les pays en développement...


        Plutôt significatif que la plupart des politiciens ne mentionnent pas la nécessité absolue à sortir de l’UE et de l’euro pour en finir avec ce système..

        Je vous renvoie sur cette question centrale à l’approche très particulière et aux solutions de l’IRC (cf Partie 1)





        • IanO 23 janvier 2012 16:31

          Bonjour,
          quelques modifications mineures ont été apportées à cet article (ajout de chiffres précis, ajout de références, corrections orthographiques et syntaxiques...). Vous pouvez voir la version actualisée en suivant le lien en fin d’introduction.

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