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Devenir lobbyiste

Comment devenir lobbyiste ? Cette article dresse un panorama du « marché » du lobbying en Europe : trajectoires, métiers et formations.

En général, le « marché » du lobbying peut être décrit comme peu transparent : s’il y a offre, celle-ci est rarement publique, et la réponse est bien suivant le résultat d’une logique de cooptation. Les deux principales « barrières » au marché du lobbying sont donc :

· Le manque de transparence,

· Le jeu des réseaux professionnels.

En somme, le « capital social » d’un individu, l’ensemble des relations qu’il a pu tisser au cours de son enfance, de sa scolarité et de sa vie professionnelle, représente une ressource décisive. On peut ici se référer aux propos de Marie Hrbanski[2] sur les modes de « recrutement et carrière des représentants d’intérêts au COPA » :

Cet extrait d’entretien effectué avec un nouvel arrivant d’une trentaine d’années au COPA, illustre particulièrement bien l’influence primordiale des réseaux professionnels, amicaux ou/et familiaux tant sur la connaissance de l’ouverture du poste que sur le recrutement même du futur lobbyiste :

Q  : Mais comment avez-vous appris qu’un poste se libérait au COPA, puisque vous veniez juste de finir votre stage de fin d’études ? R  : Je revenais juste de Tanzanie mais j’avais des contacts dans le monde agricole français... [Mais plus précisément, comment avez-vous fait ?] J’ai discuté de ma recherche d’emploi avec un haut responsable de l’APL (en France) qui est l’Association des producteurs de lait. En fait c’est le mari de ma marraine. Donc c’est quelqu’un que je connais depuis que je suis tout petit. Il m’a dit, écoute, si tu vas à Bruxelles, je connais bien monsieur T., qui est au COPA. Il savait que je connaissais le COPA, enfin j’en avais entendu parler... Essaye de le voir, je crois qu’ils cherchent quelqu’un. [...] Après je suis allé voir des copains qui travaillent à la Commission pour en savoir plus, et qui m’ont bien confirmé qu’il y avait un poste à prendre... Et j’ai contacté Monsieur T. il m’a reçu pendant une heure, très gentiment. Je ne le connaissais pas... Donc c’est pour ça que j’avais déjà un contact au COPA, ce qui était déjà un avantage, au moins pour l’entretien ».

Un certain profil est cependant privilégié : être issu d’une grande école, d’un Institut d’Etudes Politiques notamment ou d’une grande université belge par exemple (l’ULB, l’Université de Louvain ou le Collège de Bruges, etc.). Un cursus en science politique imprégnée d’études européennes, sanctionné par un diplôme de niveau master est la base comme l’illustre le seul classement à ce jour des formations européennes au lobbying pour l’année 2006.

D’autres facteurs viennent s’ajouter tels que la maîtrise de la langue anglaise. En effet, si les trois langues officielles sont l’anglais, le français et l’allemand, la pratique du lobbying se fait pour l’essentiel en anglais. Au sein de la « Babel bruxelloise », dans les corridors du Parlement européen aux 27 nationalités, la langue anglaise est la clef pour se faire comprendre comme l’écrit Sébastien Michon[3].

Aux connaissances européennes, s’ajoute la maîtrise de langues étrangères, à commencer par celle de l’anglais. En ce sens, un peu plus de la moitié des enquêtés ajoutent au moins une année d’études à l’étranger, essentiellement dans le cadre du programme d’échanges Erasmus. Ce programme constitue une ressource décisive pour entrer dans l’espace politique européen même si elle est extrêmement rare dans les espaces nationaux. Pour la France, moins de 1% de l’ensemble des inscrits de nationalités française dans l’enseignement supérieur au cours d’une année scolaire [selon l’Observatoire de la mobilité dans l’éducation et la formation professionnelle, agence Socrates, Leonardo da Vinci, France, le taux est de 0,8% pour l’année universitaire 2001-2002] sont ainsi concernés.

Enfin, certaines expériences professionnelles favorisent inévitablement le recrutement : avoir été assistant parlementaire est un excellent pis-aller pour faire carrière dans le lobbying, de même qu’avoir occupé un poste administratif au sein de la Commission européenne. C’est la garantie d’une adaptation future aisée, d’un réseau préexistant et d’une potentielle expertise sur un secteur particulier. On peut s’en référer toujours aux propos de Sébastien Michon[4].

Une enquête sur les assistants parlementaires au Parlement européen [enquête démarrée en 2002 dans le cadre d’un mémoire de DEA de science politique : les assistants parlementaires des députés européens, IEP de Strasbourg, 2003] a permis, entre autres, de mettre en évidence qu’une part non négligeable d’entre eux œuvraient dans la représentation d’intérêt à leur arrivée à Bruxelles et que nombre d’assistants poursuivaient leur carrière européenne en intégrant des structures et organisations de représentation d’intérêt. Il y a incontestablement une porosité forte entre ces deux types de postes de l’action publique, en particulier pour les jeunes entrants dans une carrière européenne qui enchaînent stage et contrats à durée déterminée et qui, en raison de cette précarité économique, sont relativement ouverts aux différentes opportunités professionnelles tout en restant fortement contraints dans leur choix.

En général, la carrière professionnelle au sein d’un groupe d’intérêt commence par un stage dont l’activité va de la veille juridique à la rédaction de communiqués de presse

IE-Lobbying


[1] MICHEL, Hélène, Lobbyistes et lobbying de l’Union européenne : Trajectoires, formations et pratiques des représentants d’intérêts, Presses Universitaires de Strasbourg, « Sociologie politique Europe », 2006

[2]HRBANSKI, Marie, in Hélène MICHEL, Lobbyistes et lobbying de l’Union européenne : Trajectoires, formations et pratiques des représentants d’intérêts, Presses Universitaires de Strasbourg, « Sociologie politique Europe », 2006, p. 56

[3] MICHON, Sébastien, in MICHEL Hélène, Lobbyistes et lobbying de l’Union européenne : Trajectoires, formations et pratiques des représentants d’intérêts, Presses Universitaires de Strasbourg, « Sociologie politique Europe », 2006, p. 94

[4] Ibid., p. 90.


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1 réactions à cet article    


  • ExSam (---.---.125.154) 16 février 2007 22:12

    Article intéressant. Comme quoi la « porosité » est un passeport pour le lobbying.

    Nul doute que pour nos jeunes têtes le débouché est intéressant.

    Il suffit juste d’avoir servi plus ou moins l’Etat, pour se retrouver au sein d’instances qui le manipulent. Un paradoxe rémunérateur. C’est ce qui compte.

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