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Droite, Gauche, Libéralisme, Socialisme : grilles de lecture de l’histoire des idées politiques depuis la Révolution Française

A part quelques adeptes du solipsisme, tout le monde peut s’accorder sur le fait que les évènements qui se produisent dans la réalité matérielle – les « phénomènes », pour reprendre la terminologie kantienne - sont descriptibles de façon objective (ainsi, le fait de savoir si une porte est ouverte ou fermée ne prête normalement pas à débat). En revanche, l’interprétation qui peut être faite de ces évènements – c’est-à-dire leur intégration dans un modèle de représentation qui leur donne sens – est source d’inépuisables polémiques entre les partisans de différentes idéologies. C’est sans doute dans le domaine des idées politiques que cette ambiguïté interprétative est la plus aigüe, une même série d’évènements phénoménaux donnant lieu à des interprétations idéologiques tout à fait différentes, si ce n’est opposées. Cet article a pour objet d’illustrer cette problématique en présentant quelques modèles explicatifs des évènements politiques survenus depuis la Révolution Française, et l’interprétation que l’on peut donner aux concepts de « Droite », « Gauche », « Libéralisme » et « Socialisme ».

Premier modèle : le Républicanisme de gauche

Ce premier modèle explicatif correspond peu ou prou à l’historiographie officielle telle qu’elle a pu être enseignées dans les livres d’histoires depuis la 3ième République. On peut résumer cette grille de lecture de la façon suivante.

Avant la Révolution, la France était plongée dans un âge sombre de superstitions, de famines, d’épidémies et d’invasions barbares. La population paysanne vivait dans un état constant d’insécurité et de misère, ployant sous le joug de seigneurs cruels et prévaricateurs, avec la bénédiction de l’Eglise inquisitrice et de Rois fainéants et décadents.

A l’époque de la Renaissance, un certain nombre de Philosophes se sont élevés contre ce système injuste, appelant de leurs vœux une société guidée par la Raison encyclopédique et la Tolérance voltairienne, garantissant la Liberté et l’Egalité à l’ensemble des citoyens. Sous l’impulsion de cette Philosophie des Lumières, le peuple, réduit au désespoir par l’oppression de la Noblesse et du Clergé, s’est soulevé pour renverser la Monarchie, abolissant les privilèges et instaurant une République démocratique et laïque.

Après une série de coups d’état réactionnaires (Empire, Restauration…), la Démocratie s’est imposée définitivement avec la 3ième République de Gambetta, de Jules Ferry et de la Loi de 1901. Sous l’impulsion de cette République de gauche, la France est entrée de plein pied dans la modernité et le progrès, s’engageant dans une série de conquêtes sociales (retraite, sécurité sociale, temps de travail…) et de grandes réformes humanistes (abolition de l’esclavage et de la peine de mort, vote des femmes, légalisation de l’avortement…).

La République reste néanmoins menacée par les forces conservatrices de droite, manifestation du Capitalisme bourgeois et catholique qui sera à l’origine des mouvements fascistes du XXe siècle. Heureusement, l’élite anticapitaliste et antifasciste de gauche, héritière de l’esprit des Lumières, est là pour veiller à ce que ces forces réactionnaires n’entravent pas la marche du Progrès.

Deuxième modèle : le Libéralisme de droite

Une autre grille de lecture rigoureusement opposée est toutefois proposée par ceux qu’on pourrait appeler les « Libéraux de droite », et dont une bonne illustration peut être trouvée chez Hayek (La Route de la Servitude) ou Karl Popper (La Société ouverte et ses Ennemis). On peut résumer ce schéma explicatif de la façon suivante.

Si la Monarchie ne fut pas un régime aussi terrible que la propagande républicaine veut bien le dire, il n’en reste pas moins que le peuple aspirait effectivement à davantage de liberté, notamment en matière de commerce et de participation aux décisions politiques. C’est dans ce contexte qu’émergea le courant de la philosophie libérale, issue pour une bonne partie de la scolastique médiévale (Ecole de Salamanque, Nominalisme…), voyant dans l’individualisme et la liberté d’entreprise les meilleurs garants de la prospérité et de la paix sociale, conformément au principe de la « Main Invisible » théorisé par Adam Smith. Cette pensée des Lumières fut à l’origine de la Révolution Française de 1789 (de même que des révolutions américaines, anglaises et néerlandaises) qui devait voir émerger le modèle de la Démocratie libérale.

Mais un groupe de révolutionnaires extrémistes, inspirés par Rousseau, provoqua une seconde révolution, celle, jacobine, de 1793, qui devait conduire à la Terreur. Les héritiers des Jacobins, nostalgiques des sociétés holistes du passé, se retrouvèrent par la suite au sein des différents courants dits « de gauche », Socialisme, Marxisme ou Communisme. La Gauche s’oppose farouchement aux libertés individuelles et aux aspirations démocratiques du peuple ; lorsqu’elle est au pouvoir, c’est pour élever tous les obstacles possibles à la libre entreprise (normes et réglementations, fiscalité, prélèvements sociaux…), quand ce ne fut pas pour se lancer dans le projet millénariste et totalitaire d’ « Homme nouveau » à l’œuvre dans le Communisme stalinien et ses rejetons tiers-mondistes (Khmers rouges, Chine maoïste, Cuba…) – projet que l’on retrouve insidieusement à l’origine des différentes réformes sociétales menées par des gouvernements socialistes (avortement, réforme de l’Ecole, mariage-pour-tous, bientôt GPA…).

Il est donc urgent de sortir de cette idéologie gauchiste totalitaire pour revenir aux saines valeurs philosophiques et économiques de la Droite libérale et démocratique, porteuses de l’esprit progressiste des Lumières, garante de la liberté individuelle, de la croissance économique et de la prospérité optimale de la société.

Troisième modèle : « 1789 » contre « 1793 »

Ces deux premiers modèles canoniques, on le voit, s’opposent dialectiquement sur les principales interprétations données aux évènements : chacun des 2 camps – Gauche républicaine, Droite libérale – se considère ainsi comme le camp du Progrès, revendiquant l’héritage des Lumières et accusant l’autre camp, par nostalgie du passé, d’être à l’origine du Totalitarisme (insistant bien entendu davantage sur le Totalitarisme qui l’arrange – Fascisme pour la Gauche, Communisme pour la Droite). Sauf à donner raison entièrement à l’un ou à l’autre, il apparaît clairement que ces modèles ne sont pas pertinents. 

Il existe néanmoins une version plus sophistiquée du modèle libéral, que l’on trouve en particulier dans l’ouvrage de Philippe Némo Les Deux Républiques françaises, de nature à expliquer de façon plus satisfaisante ces rapports apparemment contradictoires entre Libéralisme, Progrès, Droite et Gauche. Selon cette variante, au moment de la Révolution française, ce furent non pas 2 mais 3 camps qui se formèrent : (1) les Conservateurs, monarchistes et catholiques, (2) les Libéraux, héritiers des Lumières et inspirateurs de la Révolution de 1789, et (3) les Jacobins, à l’origine de la deuxième Révolution de 1793 et précurseurs des mouvements socialistes du XIXe siècle. Dans cette perspective, le Libéralisme représente en quelque sorte une voie centrale raisonnable, mais exposée au risque d’être dépassés par les deux extrêmes anti-libéraux que sont le Conservatisme et le Socialisme.

Ce tripartisme idéologique va néanmoins être brouillé par deux évènements successifs survenus au cours du XIXe siècle. Le premier évènement est le ralliement d’une partie du camp monarchiste conservateur au Libéralisme économique et politique de « 1789 » (les guillemets sont de Philippe Némo dans le sens où cette date représente pour lui un idéaltype idéologique), ce qui donnera naissance au courant orléaniste dont la Droit libérale actuelle est l’héritière directe. Le deuxième évènement fut, au moment de l’affaire Dreyfus, la scission du camp anti-libéral issu de « 1793 » (idem) : une partie de ce camp choisira en effet tactiquement le dreyfusisme, se ralliant à la République pour former ce qu’on appelle aujourd’hui l’ « Extrême-gauche », tandis que l’autre partie, par nationalisme et refus de l’anticléricalisme, optera pour l’antidreyfusisme, formant avec une partie du camp conservateur l’ « Extrême-droite » actuelle. Mais, simultanément, le camp libéral issu de « 1789 » va lui aussi se scinder en 2, une partie acceptant l’alliance avec l’Extrême-gauche pour former le « Bloc des gauches  », tandis que l’autre partie s’opposera à cette alliance et rejoindra la Droite orléaniste et l’Extrême-droite anti-libérale pour former un « Anti-bloc ». 

 

Cette grille de lecture permet de répondre à la principale contradiction des 2 premiers modèles : elle montre en effet que l’héritage libéral des Lumières, à l’origine ni « de droite » ni « de gauche », se retrouve à la fois dans ce qu’on appelle aujourd’hui la « Droite » et la « Gauche ». Chacun de ces camps politiques est ainsi constitué d’une alliance en quelque sorte contre nature entre des Libéraux et des Anti-libéraux, les Libéraux de chaque camp ayant été obligé par les circonstances de passer certains compromis avec les tenants de l’Antilibéralisme (à Droite, sur le maintien d’un Etat autoritaire, à Gauche, sur une forme d’anticapitalisme et d’utopisme sociétal).

Mais il résulte également de cette grille de lecture qu’Extrême-droite et Extrême-gauche, loin d’être irréductiblement opposées, proviennent en fait de la même matrice idéologique anti-libérale issue de « 1793 ». C’est la réunion de ce camp lui aussi séparés par les aléas de l’histoire qui sera à l’origine du Fascisme (thèse de Zeev Sternhell ou du Bernard-Henri Levy de l’Idéologie française, faisant du Cercle Proudhon – cet éphémère rapprochement entre le Syndicalisme révolutionnaire de George Sorel et l’Alliance Française de Charles Maurras – la matrice du Fascisme) ; mais également du Communisme, le « Socialisme dans un seul pays  » voulu par Staline revenant finalement exactement au même que le « National-socialisme » d’Hitler. Cette lecture d’un Fascisme « rouge-brun » permet du même coup d’expliquer le rapprochement, incompréhensible dans les 2 modèles interprétatifs précédents, entre les 2 régimes totalitaires du XXe siècle (Pacte Molotov-Ribbentrop), ainsi que les nombreuses passerelles qui existèrent entre ces 2 extrêmes avant, pendant et après la Seconde Guerre Mondiale…

Quatrième modèle : le Socialisme de la 3ième voie

Ce troisième modèle, tout aussi astucieux qu’il soit, partage néanmoins avec le précédent la conviction que le Libéralisme est fondamentalement positif sur le plan politiques et économiques, mais qu’en matière de mœurs, un certain conservatisme est préférable au « Libertarisme » sociétal. Cette position intellectuelle, qui préserve encore les concepts de « Droite » et de « Gauche » sur le plan sociétal, est néanmoins profondément remise en cause par un quatrième modèle que nous allons examiner à présent.

Ce modèle, dont on trouvera la meilleure illustration dans les ouvrages de Jean-Claude Michéa, se rapproche d’une certaine façon du précédent quant à la structuration de sa grille d’interprétation, mais inverse radicalement l’échelle de valeurs permettant de juger du Libéralisme et de l’Antilibéralisme. Selon ce modèle, au moment de la Révolution française, 2 camps se formèrent dans un premier temps : (1) les Conservateurs monarchistes, formant la « Droite » (de par leur position à l’Assemblée constituante, (2) les Libéraux issus de la bourgeoisie et porteurs de l’idéal individualiste et mercantile des Lumières, formant la « Gauche ».

La pensée des Lumières répondait indéniablement à une certaine aspiration du peuple, épris de justice et d’égalité. Néanmoins, il apparut rapidement que le productivisme et le machinisme prônés par le Libéralisme allait se traduire par une dégradation des conditions de vie de la majorité du peuple, et que par ailleurs ce Libéralisme économique ne pouvait aller sans un Libertarisme sociétal visant à la destruction des communautés et des mœurs traditionnelles. C’est de cette recherche d’un équilibre entre adhésion et critique des Lumières qui sera à l’origine du mouvement socialiste. Le Socialisme (terme inventé par Pierre Leroux par opposition à l’individualisme des Lumières) se définit ainsi comme la recherche d’une « 3ième voie » entre Conservatisme et Libéralisme. Les principales idées socialistes, telles qu’elles furent notamment théorisées par Proudhon, sont (i) l’adhésion à l’idéal de liberté et d’égalité des Lumières, mais (ii) l’attachement aux communautés et valeurs morales traditionnelles et (iii) le refus du productivisme et du machinisme capitaliste, considérés comme aliénant l’homme au lieu de le libérer (les premiers mouvements qualifiés de « socialiste » furent ainsi des mouvements anti-machines, que ce soit les Luddites en Angleterre ou les Canuts en France). Ce courant socialiste s’incarnera en particulier au XIXe siècle dans le Syndicalisme révolutionnaire français (Georges Sorel), le Chartisme anglais (inspiré par Robert Owen) ou encore la Révolution conservatrice allemande (Moeller van den Bruck, Spengler, Ernst Jünger…).

Néanmoins, le Socialisme originel disparaîtra quasiment, du moins comme force politique à la suite de deux évènements successifs. Le premier est la prise de pouvoir du courant marxiste au sein de l’Internationale communiste, au détriment du proudhonisme à tendance anarchiste. Or, le Marxisme, s’il partage le constat du Socialisme quant au passé, diffère totalement quant à l’avenir, voyant dans le productivisme et le machinisme la condition du progrès social (le fameux « dépasser le Capitalisme sur les bases du Capitalisme » de Lénine) lorsque les Socialistes originels y voyaient une source d’aliénation. Le deuxième évènement, déjà évoqué dans le précédent modèle, se produisit au moment de l’Affaire Dreyfus. En effet, devant la menace d’un coup d’état de la Droite réactionnaire, le mouvement socialiste va opter pour une alliance de circonstance avec la Gauche libérale, alliance qui se traduira malheureusement par son absorption et sa dissolution dans le Bloc des gauches – dissolution qui s’achèvera sous Robert Hue par l’abandon de « la lutte pour le socialisme » comme projet de société et son remplacement par la « lutte contre les discriminations » (l’Extrême-gauche se préoccupant désormais davantage du sort des minorités ethniques ou sexuelles que de celui de l’ouvrier, indécrottablement « réactionnaire »…).

C’est ainsi que le terme de « socialiste » est devenu quasiment synonyme de « marxiste » et de « libertaire ». Le Socialisme authentique n’existera désormais plus que dans la pensée d’intellectuels comme Georges Orwell, Pier Paolo Pasolini, Albert Camus ou aujourd’hui Jean-Claude Michéa et l’économiste Jacques Sapir. Quant au Conservatisme de droite, il finira par se saborder lui-même au moment de l’affaire du « drapeau blanc » du Comte de Chambord, ne subsistant plus politiquement qu’au travers d’une Extrême-droite maurassienne marginalisée, laissant dès lors l’intégralité du paysage intellectuel et politique français dominé par l’idéologie libérale...

Ce modèle conduit à modifier sensiblement l’interprétation donnée aux évènements par rapport au modèle libéral étudié précédemment. Tout d’abord, il conduit à réaliser – et ce n’est pas le moindre mérite de Michéa que de l’avoir rappelé - que c’est la Gauche, et non la Droite, qui est l’héritière du Libéralisme des Lumières. Le Parti « Socialiste » actuel (pour reprendre les guillemets utilisés systématiquement par Jacques Sapir) n’a ainsi rien à voir avec le Socialisme proudhonien des origines qui, lui, était par nature anti-libéral. Ensuite, il permet de comprendre, comme l’avait déjà montré Michel Clouscard, que le Libéralisme économique attaché à la Droite et le Libertarisme sociétal attaché à la Gauche ne sont que les 2 faces d’une même médaille libérale-libertaire développant la pensée des Lumières. « Droite » et « Gauche » actuelles ne sont finalement que les 2 composantes, séparées par les aléas de l’histoire, d’une même idéologie libérale qui définit historiquement la Gauche. En ce sens, la « Droite » actuelle n’est qu’une sous-catégorie de la Gauche des Lumières – ce qui explique la tendance « sinistrogyre » de cette Droite relevée par Albert Thibaudet, qui conduit ses représentants à refuser cette appartenance et prétendre appartenir à la Gauche (lors des élections présidentielles de 1974 et 1981, seul Jean-Marie Le Pen se déclara « de droite » ; quant à l’élection de 2017, Juppé y est présenté par Libération et Le Figaro comme « le meilleur candidat de la Gauche  » !).

Il rejoint en revanche le récit libéral quant au rapprochement entre les « extrêmes ». En effet, dans sa lutte contre les excès du Libéralisme, le Socialisme trouvera ponctuellement des points de convergence avec le camp conservateur, notamment au moment du Cercle Proudhon (lire à ce sujet l’ouvrage d’Alain de Benoist Edouard Berth ou le socialisme héroïque) mais aussi, d’une certaine façon, à l’époque du Conseil National de la Résistance réunissant Communistes et Gaullistes (période qui, comme l’a bien montré Thomas Piketty dans son Capital au XXIe siècle, correspond justement à un recul des inégalités capitalistes). Néanmoins, il porte bien entendu un jugement de valeur inverse sur ce rapprochement, dans lequel il ne voit pas l’origine du Totalitarisme, mais bien au contraire la condition d’un véritable progrès social et moral. Le Totalitarisme, qu’il soit fasciste ou communiste, est au contraire interprété comme une pathologie du Libéralisme, vaine tentative de conserver ou revenir à certaines valeurs morales traditionnelles tout en s’inscrivant dans la même utopie productiviste et matérialiste que le Libéralisme (ce qui explique le soutien dont bénéficia le nazisme de la part des milieux industriels allemands mais aussi américains). Le véritable Fascisme, aujourd’hui, n’est pas dans une Extrême-droite fantasmée, et encore moins dans le Socialisme anti-productiviste, mais, comme le dénonça inlassablement Pasolini (Ecrits Corsaires, 1976), dans la société de consommation libérale… On voit le renversement dialectique opérée par cette grille de lecture : c’est le Libéralisme issu des Lumières qui mène au Totalitarisme, et l’Antilibéralisme socialiste qui, au contraire, est la condition d’une véritable société « décente » (pour reprendre la formule d’Orwell)…

Quatrième modèle bis : la grille de lecture soralienne

La situation actuelle du champ politique et idéologique, telle que découlant de la grille de lecture socialiste, peut être décrite d’une façon simple et claire par la typologie proposée par Alain Soral, consistant à distinguer deux critères, le « Travail » (économie) et les « Valeurs » pouvant être chacun « de droite » ou « de gauche ». Cette typologie permet de définir 4 sous-ensembles idéologiques :

  1. Gauche des valeurs, Droite du travail : c’est le Libéralisme pur, alliant Libertarisme sociétal et Libéralisme moral, et incarné par le « libéral-libertaire » - figure idéologique qui n’est néanmoins pas véritablement représentée politiquement du fait de l’éclatement du camp libéral entre « Droite libérale » et « Gauche libertaire »).
  2. Droite des valeurs, Gauche du travail (slogan de l’association d’Alain Soral, « Egalité et Réconciliation ») : c’est l’Antilibéralisme pur, alliant Conservatisme moral et Progressisme social. On peut rapprocher ce sous-ensemble du Socialisme tel que défini ci-dessus, camp qui, depuis l’Affaire Dreyfus, ne dispose pas non plus d’une véritable représentation politique.
  3. Droite des valeurs, Droite du travail : alliance du Conservatisme moral et du Libéralisme économique, ce sous-ensemble correspond à peu près à ce qu’on a coutume d’appeler le « Néo-conservatisme », tel qu’il existe aux Etats-Unis de la famille Bush et qui serait incarné en France par le Front National de Jean-Marie Le Pen (et par une partie de la Droite qui se reconnaîtrait sous la plume du chroniqueur du Figaro Ivan Rioufol). On peut noter au passage que, selon cette grille d’analyse, le Fascisme serait de même nature que le du Néo-conservatisme, ce qui éclaire d’un jour différent les relations que put entretenir les Etats-Unis avec différentes dictatures libérales type Pinochet (ou aujourd’hui l’Arabie Saoudite).
  4. Gauche des valeurs, Gauche du travail : alliance d’un Antilibéralisme économique et d’un Libertarisme sociétal, ce sous-ensemble correspond à l’Extrême-gauche trotskyste, anticapitaliste et libertaire (type LCR/NPA…), telle que pourrait la représenter philosophiquement un penseur comme Michel Onfray.

Cette typologie permet de distinguer (i) deux camps cohérents, le Libéralisme libertaire et le Socialisme, dont on peut noter qu’ils ne disposent pas d’une véritable représentation politique, et (ii) deux camps incohérents, le Néo-conservatisme (qui aspire à préserver des valeurs morales que son idéologie économique contribue à saper) et l’Extrême-gauche anticapitaliste (qui veut lutter contre le libéralisme économique sans se rendre compte que ses aspirations sociétales libertaires alimentent ce dernier - ce que se plait à brocarder inlassablement le polémiste Eric Zemmour) qui, eux, disposent d’une représentation politique.

Conclusions et prévisions

La principale conclusion que l’on peut tirer de l’examen de ces différents modèles est que, de toute évidence, les concepts de « Droite » et de « Gauche » ne sont plus adaptés aujourd’hui pour comprendre l’évolution actuelle du champ politique. Cette opposition obsolète devrait être remplacée par celle, beaucoup plus opérative, entre « Libéralisme » et « Antilibéralisme » - sur ce point, Libéraux et Antilibéraux s’accordent de plus en plus.

La deuxième conclusion découle de l’observation que les deux derniers modèles examinés conduisent à formuler à peu près les mêmes prévisions, à savoir une recomposition du champ politique autour de l’antagonisme libéral / antilibéral. Cette recomposition conduirait d’un côté à une reconstitution du camp libéral, réunissant les Libéraux de droite et de gauche. Une évolution qui semble se concrétiser de plus en plus ces dernières années avec le rapprochement de membres de l’UMP comme Juppé et Coppé (se ralliant aux réformes sociétales considérées comme « de gauche ») avec des membres du PS comme Valls ou Macron (ralliés aux réformes économiques considérées comme « de droite »). A l’opposé, cette recomposition pourrait conduire à une reconstitution symétrique du camp anti-libéral, réunissant l’Extrême-droite et l’Extrême-gauche. Une tendance pas si absurde que cela si l’on considère le rapprochement progressif des idées d’un Jean-Pierre Chevènement ou d’un Jean-Luc Mélenchon (ralliés au souverainisme traditionnellement « d’extrême-droite ») et du Front National (dont les propositions économiques rejoignent désormais en matière d’antilibéralisme, si ce n’est dépassent, celles que l’on a coutume de qualifier « d’extrême-gauche »), et qu’illustrerait aussi l’émergence d’un courant d’intellectuels se retrouvant sur un même terrain antilibéral bien que provenant d’extrêmes opposés (Alain de Benoist venant de l’Extrême-droite, Alain Soral, Jean-Claude Michéa ou Jacques Sapir venant de l’Extrême-gauche).

Traduit dans la typologie soralienne, cette recomposition du champ politique s’interpréterait comme la mise en cohérence des sous-ensembles instables que sont le Néo-conservatisme et l’Extrême-gauche libertaire. Les Néo-conservateurs, pour échapper à leurs contradictions, devront ainsi évoluer soit vers le Libéralisme pur en se convertissant aux valeurs sociétales de gauche (trajectoire actuelle de la Droite parlementaire), soit vers l’Antilibéralisme pur en abandonnant le Libéralisme économique pour préserver les valeurs traditionnelles (évolution récente du Front national, en partie inspirée par les idées d’Alain Soral, voire d’un Philippe de Villiers). Dans le même temps, les Gauchistes libertaires, là aussi pour échapper à leurs contradictions, devront soit rallier le camp libéral en abandonnant leur critique anticapitaliste (suivant en cela Daniel Cohn-Bendit et autres « ex-soixante-huitards »), soit au-contraire assumer leur Antilibéralisme en se ralliant à un certain Conservatisme (tendance que pourrait suivre aujourd’hui un Mélenchon souverainiste et que l’on commence à sentir poindre chez un Michel Onfray redécouvrant le proudhonisme).

Cette rapide esquisse de différentes grilles de lecture idéologiquement concurrentes permet de conclure qu’aujourd’hui les concepts de « Droite » et de « Gauche » ne sont plus adaptés et qu’une opposition Libéralisme / Antilibéralisme serait beaucoup plus opérative pour comprendre les parcours intellectuels actuels et effectuer des prévisions valides sur la recomposition du paysage politique. Dans ce cadre logique, les grilles de lecture libérales et antilibérales, par-delà leur opposition dialectique irréconciliable quant au jugement de valeur formuler sur le Libéralisme, s’accordent aujourd’hui à prédire la reconstitution des deux camps idéologiquement cohérents issus de la Révolution Française : un camp libéral (fusion de ce qu’on appelle jusqu’à présent la « Droite » et la « Gauche ») et un camp antilibéral ou « socialiste » (fusion de l’ « Extrême-droite » et de l’ « Extrême-gauche »)… Certes, seul l’avenir nous dira si cette prédiction est valable ; mais celle-ci nous oblige déjà, d’une certaine façon, à mettre nos propres idées en cohérence et à choisir notre camp…


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33 réactions à cet article    


  • Jeussey de Sourcesûre M de Sourcessure 27 février 10:16

    Très intéressant, merci


    • jaja jaja 27 février 11:43

      « Gauche des valeurs, Gauche du travail : alliance d’un Antilibéralisme économique et d’un Libertarisme sociétal, ce sous-ensemble correspond à l’Extrême-gauche trotskyste, anticapitaliste et libertaire (type LCR/NPA…), telle que pourrait la représenter philosophiquement un penseur comme Michel Onfray. »

      Un penseur comme Michel Onfray est un penseur réactionnaire, certes ancien compagnon de route de la gauche radicale mais il a tourné casaque avec des relents racistes et nationalistes revendiqués. Lui effectivement pourra à l’avenir composer avec l’extrême droite. Mais il n’a absolument rien à voir avec un parti comme le NPA.
      https://npa2009.org/actualite/michel-onfray-ce-reac-persecute

      La seule réalité de tous temps c’est que la contradiction principale de la société de classes est celle qui oppose les exploités et les exploiteurs, les dominants et les dominés. Et de nos jours cette contradiction qui a traversé l’histoire est toujours vivace et attend sa résolution. La lutte des classes est donc d’actualité de nos jours et est indépassable. Et c’est par la révolution, par la grève générale insurrectionnelle que les exploités/dominés pourront exercer leur pouvoir démocratique en abolissant la propriété privée des moyens de production et d’échange tout en instaurant l’égalité sociale entre toutes et tous...
      C’est la seule façon de briser les rapports inégalitaires entre les humains.

      Et ceci n’a rien à voir avec le régime de classes qui existait en ex-URSS où la Nomenklatura trustait les fruits du travail à son profit exclusif dans un système que l’on peut qualifier de capitalisme d’État. Les biens étant tout aussi inégalitairement répartis selon la place occupée par les travailleurs dans le processus de production que sous le capitalisme privé. (100 à 200 roubles pour un ouvrier, 5000 pour un académicien des sciences).... les salaires, biens en nature, datchas mises à disposition des plus hauts dirigeants étant, eux, totalement inconnus.

      Pour finir le combat est donc bien toujours entre le capitalisme des exploiteurs (sous toutes ses formes y compris « libérales ») et le socialisme des exploités (y compris l’anarchisme et autres théories révolutionnaires)...

      La fusion de l’extrême droite et de l’extrême gauche dans un camp « antilibéral » tel que la voit l’auteur c’est un mauvais roman de gare. D’abord il convient d’appeler les choses par leur nom. Le système qui nous régit c’est le capitalisme et non un « libéralisme » fumeux. Et l’anticapitalisme ce n’est pas la tasse de thé de l’extrême droite qui ne vit que pour sa survie.

      A chaque fois d’ailleurs que le régime est menacé cette extrême droite est dans le camp des possédants. Il n’est pas nécessaire de refaire ici l’histoire des mouvements sociaux combattus par les fachos, chacun le sait.... Un seul exemple récent : lors de la grève contre la réforme des retraites Marine le Pen en appelait au gouvernement pour qu’il envoie les CRS contre les ouvriers qui bloquaient les raffineries. Dans le même temps l’extrême gauche appelait à l’extension des blocages partout...

      Comme aujourd’hui contre le projet de loi El Khomri ; l’extrême gauche appelle à la grève et aux blocages... soyons certains que le langage de l’extrême droite sera bien différent et que l’on n’est pas près de voir les fachos sur les piquets de grève smiley
      L’unité entre une extrême droite qui cherche à diviser la classe ouvrière de France entre Français et Immigrés, qui défend la propriété privée des moyens de production et une extrême gauche anticapitaliste c’est vouloir marier l’eau et le feu...

      Je vois mal le FN et ses dissidences défiler avec nous sous les mots d’ordre qui sont les nôtres : « A bas l’État, l’Armée, les Flics et les Patrons »  smiley


      • Julien30 Julien30 27 février 13:58

        @jaja

        « il a tourné casaque avec des relents racistes »
        Quels sont les propos racistes tenus par Onfray précisément ?

        « Comme aujourd’hui contre le projet de loi El Khomri ; l’extrême gauche appelle à la grève et aux blocages...  »
        Ca pour bloquer le pays vous vous posez là, quelques jours à rien foutre si ce n’est défiler à coups de slogans débiles et irresponsables type votre « A bas l’État, l’Armée, les Flics et les Patrons » d’autant plus grotesque quand on sait que bon nombre, si ce n’est une large majorité, à l’extrême-gauche vivent de l’argent public, tu parles de révolutionnaires en mousse, ce serait pas aussi lamentable et nuisible on pourrait en rire.

      • Ben Schott 27 février 14:07

        @Julien30
         
        « A bas l’État, l’Armée, les Flics et les Patrons »
         
        J’ajoute qu’un type qui continue, passé seize ans, à proférer ce genre d’âneries, ne me fait plus rire du tout.
         
        Je me demande qui, de Jaja ou de Isga, va décrocher le pompon...
         


      • Julien30 Julien30 27 février 14:21

        @Ben Schott
        Igsa est hors catégorie, il parle souvent avec enthousiasme des meurtres de masse de réacs qu’ils voient venir à l’horizon grâce à l’alliance des banlieues et bobos des grandes villes, le jaja est plus dans la posture et la gestion « paisible » d’une rébellion de pacotille.


      • jaja jaja 27 février 14:24

        @Julien30

        Les deux fachos vous ne me faites pas rire non plus... Continuez à lécher le cul de l’oligarchie de l’État bourgeois de son armée et de ses flics et allez vous faire foutre !


      • Ben Schott 27 février 14:26

        @Julien30
         
        Certes, mais l’un comme l’autre sont finalement assez inoffensifs (pour les système, je veux dire, parce que pour leurs proches, je ne sais pas).
         


      • Ben Schott 27 février 14:30

        @jaja
         
        Voilà ! Qu’est-ce que je disais : aussi con qu’un ado qui tape sa petite colère contre ses parents (fascistes) mais qui va réclamer son argent de poche une fois calmé...
         


      • Julien30 Julien30 27 février 14:31

        @jaja
        « Continuez à lécher le cul de l’oligarchie de l’État bourgeois »

        Un peu comme vous et vos amis du NPA quand c’est jour de paye ?

        @ Ben Schott
        Oui n’oublions que c’est ce genre de type qui envoie à la casse voir à la mort des jeunes manipulés comme Méric.

      • jaja jaja 27 février 14:36

        @Ben Schott

        « Les système ? » Vous avez oublié le S, un acte manqué sans doute car il n’y a qu’un système qui nous régit : le système capitaliste... mais contre celui là ... vous n’avez pas un mot... Le pire c’est que vous vous prenez pour une flèche avec des propos idiots qui se veulent insultants.

        Ne vous occupez donc pas de mes proches... occupez-vous des vôtres et demandez vous comment ils font pour supporter votre puanteur !


      • jaja jaja 27 février 14:38

        @julien

        Quel Abruti tu fais mon pauvre !!!


      • Julien30 Julien30 27 février 14:43

        @jaja
        « Facho, abruti, tu pues, va te faire foutre » ouah c’est du haut niveau mais on en attendait pas moins, c’est le râle aigre d’une gauche qui n’en fini plus de mourir et de cracher sa médiocrité, c’est pas beau à voir en soi mais ça annonce incontestablement des jours meilleurs.


      • Ben Schott 27 février 14:45

        @jaja
         
        Houlala !... Il est très colère le Kévin Jaja !
         
        Je n’ai pas oublié un S, j’en ai mis un de trop. Vous pensez sérieusement pouvoir m’expliquer « le système » ?
         

         


      • jaja jaja 27 février 14:49

        @Ben Schott

        En débattre avec vous serait une perte de temps...


      • Ben Schott 27 février 14:53

        @jaja
         
        Pour moi, ça ne fait aucun doute.
         
        En revanche vous, cela doit faire bien longtemps que vous avez renoncé à comprendre quelque chose, si tant est que vous ayez commencé un jour.
         
        Allez, bonne lutte antifa...
         


      • NICOPOL NICOPOL 27 février 16:38

        @jaja

        Bonjour Jaja,

        Je n’aurais pas été en désaccord avec vous du temps du FN de JMLP. Mais vous ne semblez pas tenir compte, ou prendre au sérieux, l’évolution récente du FN sous l’influence notamment d’Alain Soral (lors de son bref passage) ou d’un Florian Philippot venant de la gauche chevènementiste.

        Rien ne dit que cette évolution actuelle de la ligne économique du FN soit viable et durable, et que l’ancienne garde économiquement de droite ne reprenne pas le contrôle pour refaire du FN le parti néo-conservateur qu’il était historiquement (la position de Marion Maréchal Le Pen, à ce sujet, ne me semble pas complètement claire).

        Néanmoins, rien n’interdit non plus de considérer qu’il y aurait une certaine logique idéologique et cohérence historique à un rapprochement entre les 2 extrêmes. Orwell ne disait-il pas lui-même dans Le Quai de Wigan que tout se qu’il peut y avoir de bon dans le fascisme est contenu dans le socialisme ? Comme il le suggère dans cet ouvrage que tout socialiste gagnerait à lire une fois dans sa vie, débarrassez le fascisme de son relent autoritaire, débarrassez le socialisme de son « excentrisme » (comprendre son progressisme sociétal) et de son machinisme, et vous obtiendrez à peu près la même chose, à savoir la possibilité d’une véritable « société décente »...

        Mais je sais bien que l’idée que l’extrême-gauche et l’extrême-droit ait quelque chose en commun (que ce soit pour le meilleur ou pour le pire) est insupportable aux trotskystes antifas restés coincés dans la case soralienne de la « gauche des valeurs » smiley

        Bien à vous,


      • Onecinikiou 27 février 18:19

        @NICOPOL


        A moins que vous ne confériez au néconservatisme une acception toute personnelle, taxer la ligne politique du FN du temps de JMLP de néoconservatrice est un non-sens, plus encore, un travestissement. 

        La figure emblématique du néoconservatisme à la française est, depuis la fin des années 70, BHL et autres « nouveaux philosophes » (on ne rit pas). Je ne vois pas ce qu’il y a de plus diamétralement opposé eu égard à ce qui fonde le combat et les idées politiques de JMLP et de ses compagnons de route. 

      • Onecinikiou 27 février 18:32

        Par ailleurs je crois me souvenir que l’un des slogans de JMLP, bien avant l’accession de Marine à la tête du Front, était : « nous sommes économiquement de droite, socialement de gauche, nationalement de France ». 


        Voilà de quoi satisfaire l’idée que, de tous les partis en lice, le premier à avoir démystifié le faux clivage gauche-droite, inopérant depuis l’intégration euro-fédéraliste à marche forcée entamée avec l’Acte unique et poursuivie par Maastricht, est le Front National. 

        Le vrai clivage aujourd’hui, qui s’accentue chaque jour un peu plus, est entre d’une part les euro-mondialistes, partisans de la désintégration des nations et de la dissolution de leurs peuples dans un magma chimérique et contrefait, éradicateur de cultures ancestrales, et zélateurs de l’externalisation toujours plus poussée des centres de décision ; et d’autre part les authentiques souverainistes et patriotes, enracinés, attachés à leurs particularismes, à leur us et coutumes, à leur identité, à leur intégrité, à leur terroir, et plus simplement, à leur terre et patrimoine, et dont ils savent qu’ils ne sont que les usufruitiers, legs de leurs illustres ancêtres qui ont sué sang et eau pour les défendre à travers les siècles, et qui sont en passe d’être dilapidés. 

        Bien entendu que de ce clivage émerge un second qui lui est concomitant, en être en effet les libéraux-libertaires et leurs opposants et sinon ennemis. 

        A ce sujet, lecture obligatoire :


      • NICOPOL NICOPOL 28 février 03:14

        Bonsoir Onecinikiou

        Vous semblez oublier que dans les années 80 le modèle de JMLP n’était autre que... Ronald Reagan. Et qu’on l’entendait surtout pester contre l’étatisme, le syndicalisme et la fiscalité - thèmes économiquement de droite, tout en faisant preuve d’un certain tropisme atlantiste. Rajouté à cela la défense des valeurs traditionnelles, et vous obtenez la définition même du néoconservatisme - c’est à dire un nouveau conservatisme moral intégrant le libéralisme économique. Ou alors, c’est vous qui avez une définition toute personnelle du néoconservatisme ?

        Le slogan de JMLP que vous citez date, si je ne me trompe pas, de la campagne présidentielle de 2002. Une époque à laquelle il avait déjà mis un peu d’eau dans son vin libéral (notamment en critiquant le mondialisme à la fin des années 90, avec des accents très gaullistes). Il y a donc effectivement une évolution du FN vers la gauche économique dès la fin de la période JMLP - évolution parfaitement logique dans les grilles de lecture soralienne et socialiste, dès lors que l’on réalise que le libéralisme économique est le premier facteur de dissolution des valeurs traditionnelles. En ce sens, je suis d’accord avec vous que le FN a été, dès JMLP, le premier parti à brouiller les frontières entre la droite et la gauche. Ceci n’empêche pas que, durant la plus grande partie de sa carrière politique - commencée au milieu des années 50 - , JMLP aura bien été davantage proche des idées néocons que des idées socialistes...

        On pourrait effectivement dire que BHL est « néoconservateur », même si, à mon avis, ses prises de position en matière sociétale le range davantage dans la case des « libéraux-libertaires »...

        Je suis d’accord avec vous que le clivage le plus aigu aujourd’hui est entre le mondialisme uniformisant et les « ethno-différentialistes » (pour reprendre le terme d’Alain de Benoist) attachés aux identités locales. Mais ce clivage oblige également à se prononcer sur le modèle économique libéral : dès lors que l’on comprend que celui-ci suppose nécessairement l’uniformité, alors défendre les identités locales va nécessairement de paire avec un antilibéralisme économique. La réciproque étant également vraie.

        Merci du lien vers ce texte de JC Michéa, Il y dit à peu près ce que je décris dans le modèle Socialiste (et c’est bien normal, puisque j’indique que l’une des meilleures descriptions de ce modèle se trouve chez Michéa). On y cite Proudhon, Orwell, Pasolini... Bref, rien qui ne soit contradictoire avec ce que je décris dans mon article (dans lequel j’aurais certes également pu citer, Bakounine, Mauss et Debord...).

        Et puisque vous me citez Michéa en référence, je vous rappellerais malicieusement que celui-ci a lui-même souligné l’inspiration reaganienne (donc néocons) de JMLP smiley

        Bien à vous,


      • Onecinikiou 28 février 06:09

        @NICOPOL


        Je souscris à beaucoup de vos analyses, mais néanmoins je persiste et je signe : le néoconservatisme est un courant idéologique qui part des Etats-Unis, influencé par des trotskistes sur le retour (toute la clique des Kagan, des Perle, des Wolfwovitz, et avant eux des Kristol et des Phodoretz), soit une sureprésentation manifeste d’une certaine communauté dominante aux Etats-Unis. 

        Nous avons d’ailleurs connu un mouvement semblable en France, avec les BHL, les Gluksmann (père et fils), ou les Adler (mari et femme), là encore parfaitement identifiés. Un phénomène qui s’explique sans doute par la sionisation progressive incontestable de tout un pan de l’intelligentsia juive diasporique, conçut elle-même comme une réaction face aux contradictions de plus en plus béantes et incontournables du colonialisme israélien, et dénoncé comme tel.

        J’identifie pour ma part le néconservatsme comme une tentative, plutôt réussie, du lobby juif pro-israélien, de contraindre l’Amérique (en particulier à partir de 1967) à un alignement toujours plus poussé de sa politique étrangère et de sa diplomatie en faveur et dans l’intérêt exclusif d’Israël. Le soutien à l’Empire US et ses ingérences géopolitiques par ces mêmes élites communautaires s’expliquant à mon humble en premier lieu, et sans doute essentiellement, par ce motif. 

        Ainsi le néoconservatisme est de toute évidence, de part les prises de position constantes de ses principaux acteurs et théoriciens, indissociable du sionisme comme de l’interventionnisme de l’Empire américain. Or c’est là un aspect central que vous occultez. Je crains comprendre pourquoi car cela remet en cause radicalement l’idée selon laquelle le Front National de JMLP fut un soutien de ce courant et de cette politique. 

        Dois-je rappeler que depuis la première guerre d’Irak, concomitante à la chute du mur et l’effondrement de l’URSS, fait majeur de la période contemporaine en mesure d’expliquer en effet une certaine évolution doctrinale et un rééquilibrage du Front en matière de politique étrangère (comment le lui reprocher), depuis donc cette date celui-ci fut l’un des rares, et sinon l’un des seuls, a récuser systématiquement toutes les guerres d’ingérence de l’Amérique, et ce sur tous les continents. 

        Sans compter évidemment qu’il fut déclaré un adversaire à abattre par le puissant Lobby susnommé, ce qui là encore s’oppose clairement avec l’idée que l’on pourrait amalgamer FN et courant néoconservateur. 


        En fait je crois que vous faites une confusion : comme il a été dit le néoconservatisme est bien plus une théorie des rapports de force internationaux qu’une doctrine économique. D’ailleurs le néoconservatisme n’a pas grand chose à voir avec le conservatisme usuellement admis. D’autre part vous faites une seconde confusion en trouvant des convergences entre libéralisme et conservatisme, alors que ces doctrines sont en opposition. Par définition et compréhension même du concept (relire Michéa à cet égard), le libéralisme est consubstenciellement un progressisme, progressisme qui s’oppose nécessairement au conservatisme bien compris. Et plus encore à la réaction. 

        Or, d’évidence, le Front national, s’il a défendu effectivement et plus encore du temps de la guerre froide, la libre entreprise, a non moins toujours été porteur des valeurs conservatrices par excellence : autorité, hiérarchie, identité, famille, nation, soit les structures pluriséculaires qui ont prévalu et qu’il estime devoir protéger et promouvoir. En ce sens, s’il fut libéral (aux sens surtout politique et économique), il ne fut strictement jamais libertaire. 

      • NICOPOL NICOPOL 28 février 18:27

        @Onecinikiou

        Je suis bien d’accord que le néo-conservatisme vient du trotskisme ; cela n’est pas incompatible avec la grille de lecture soralienne, dans laquelle ce mouvement s’interpréterait comme un passage « droite du travail - gauche des valeurs » (c’est-à-dire libéralisme pur) à « droite du travail - droite des valeurs ».

        Je suis aussi bien d’accord qu’il y a un lien entre néo-conservatisme et sionisme - le régime israélien actuel rentrant tout à fait dans cette case « droite-droite ». Je n’occulte donc pas du tout ce fait (bien que n’en ayant effectivement pas parlé). Certes, JMLP n’a pas vraiment brillé par son zèle sioniste (on pourrait en dire autant d’un Bruno Gollnisch). C’est là, effectivement, une différence notable avec le néo-conservatisme américain. Mais ceci, à nouveau, ne remet pas complètement en cause l’analyse découlant de la typologie soralienne. Je n’ai en effet pas voulu dire que, à proprement parler, le FN de JMLP était néoconserateur. Ce que j’ai dit, c’est que, dans la typologie soralienne reposant sur les critères du travail et des valeurs, il se situait, historiquement, dans la même case « droite-droite » que le néoconservatisme américain. Ceci n’empêche pas d’en diverger sur d’autres critères (comme le sionisme ou certaines visions géopolitiques). Mais encore une fois, cette grille ne couvre que 2 critères, et sur ces 2 critères, néocons et FN furent longtemps dans la même case... C’est tout ce que je dis (ou plutôt, c’est l’idée que j’essaye de restituer au mieux : vous aurez remarqué que je ne me prononce pas personnellement sur ma préférence pour l’une ou l’autre des grilles de lecture présentées). Quant à vous, vous n’avez pas répondu au fait que JMLP s’est lui-même revendiqué de Reagan, figure reconnue de la révolution néoconservatrice des années 80...

        Ensuite, désolé, mais c’est vous qui n’avez pas bien compris ce qui est écris dans l’article. Vous me reprochez une confusion entre néoconservatisme et libéralisme : mais je n’ai pas fait une telle confusion. Le libéralisme, comme le montre bien Michéa (auquel vous me renvoyez sans cesse alors que je ne fais que dire à peu près la même chose que lui ?), a deux facettes : d’un côté le libéralisme économique (la « droite du travail » soralienne), de l’autre côté un libertarisme sociétal (la « gauche des valeurs » soralienne). Or je n’ai jamais dit que le néoconservatisme, et a fortiori le FN comme vous le suggérez, étaient libertaires, j’ai même dit très exactement le contraire ! Donc non, le néoconservatisme n’est pas la même chose que le libéralisme, il n’en prend que la facette « droite du travail » (le libéralisme économique, ce que vous admettez vous-mêmes à propos du FN) mais en refusant l’autre facette « gauche des valeurs » (le libertarisme sociétal, ce qui en fait bien, par antithèse, une forme de conservatisme). C’est du reste bien pour cela qu’on a pu parler dans les années 80 à la fois de « révolution libérale » ET de « révolution conservatrice » à propos du néoconservatisme... Bref, dire que néoconservatisme et libéralisme n’ont rien en commun, là, c’est vous qui, me semble-t-il, êtes dans l’erreur.

        Enfin bon, j’ai l’impression que vous critiquez certains aspects de l’article qui n’y figurent en fait pas, et qu’au contraire vous passez à côté de ce que j’essaye d’expliquer à propos de la grille de lecture soralienne... Comme la sensation d’un malentendu de votre part...

        Malgré cela je vous remercie pour vos interventions argumentées et courtoise,

        Bien à vous


      • Chris 27 février 12:06

        « et (ii) deux camps cohérents, le Néo-conservatisme (...) et l’Extrême-gauche anticapitaliste (...) »
        N’y aurait-il pas là une petite erreur de typo inversant la logique du reste du texte, avec le terme « cohérents » à la place de « incohérents » ?


        • NICOPOL NICOPOL 27 février 16:20

          @Chris

          Enfer et damnation, vous avez raison, il y a une coquille à cet endroit... Je vais voir avec l’équipe d’Agoravox si on peut corriger... Merci en tout cas de votre vigilance !


        • NICOPOL NICOPOL 28 février 18:29

          Ah, ça a été corrigé, un grand merci à l’équipe d’AV ! smiley


        • NICOPOL NICOPOL 28 février 18:29

          Ah, ça a été corrigé, un grand merci à l’équipe d’AV ! smiley


        • hans-de-lunéville 2 mars 19:41

          article à 30% de pour, c’est beaucoup je trouve....


          • NICOPOL NICOPOL 2 mars 20:00

            @hans-de-lunéville

            Euh OK, merci du « commentaire »... Et à part ça vous en pensez quoi, de cet article, qui vous semble mériter moins de 30% de Pour ? Qu’est-ce qui vous a chagriné dans ce qui y est rapporté ? Votre avis serait sans doute très éclairant.


          • Alexandre 8 mars 10:22

            Très intéressant votre article. Cela dit, il accrédite trop facilement la thèse de Michéa reprise par Zemmour selon laquelle le libéralisme ne peut être que libertaire. Or, que sont les libertaires sinon des progressistes qui veulent recomposer la société sur un mode autoritaire et égalitaire en imposant leurs vues avec des arguments qui se veulent d’autorité ? Leurs discours théoriques issus des sciences sociales relève du constructivisme ni plus ni moins. On est loin de la notion de contrat entre des individus libres. En réalité, il y a contradiction entre libéralisme et conservatisme, mais aussi entre libéralisme et progressisme dans la mesure où ces deux camps veulent imposer leur ordre social par la contrainte étatique. 


            • NICOPOL NICOPOL 8 mars 19:58

              @Alexandre

              Merci de votre commentaire.

              "Cela dit, il accrédite trop facilement la thèse de Michéa reprise par Zemmour selon laquelle le libéralisme ne peut être que libertaire.« 

              L’objectif de cet article n’est pas d’accréditer ou pas l’une ou l’autre des thèses en concurrence, mais d’essayer de les présenter dans leur logique objective. Au lecteur ensuite de se faire sa propre idée.

              Bon, certes, je ne cache pas que je suis davantage convaincu par la représentation de Michéa ou Soral que par celle des libéraux ou de l’école républicaine à la Michelet...

               »Or, que sont les libertaires sinon des progressistes qui veulent recomposer la société sur un mode autoritaire et égalitaire en imposant leurs vues avec des arguments qui se veulent d’autorité ? Leurs discours théoriques issus des sciences sociales relève du constructivisme ni plus ni moins. On est loin de la notion de contrat entre des individus libres.« 

              Je ne vois pas vraiment de contradiction entre le libéralisme tel que vous le définissez ( »contrat entre des individus libres« ) et le libertarisme. En effet, le libertarisme repose sur l’idée que tout est permis entre individus du moment que ceux-ci sont »libres et consentants« , comme on dit. Ceci implique qu’il ne peut y avoir aucune restriction morale au-delà de ce consentement mutuel entre individus. Par exemple, si une femme est d’accord pour porter l’enfant d’un autre couple contre rémunération, ceci ne regarde que ces individus, et la société n’a pas à l’interdire au nom d’une quelconque valeur morale ou religieuse. De même deux personnes du même sexe qui veulent se marier, une prostituée et son client, un malade en phase terminale et l’infirmier d’une clinique d’euthanasie, etc.

              Ayant décrit ceci, on voit bien que cela correspond exactement au principe de »contrat entre individus libres« . Ce libertarisme sociétal n’est bien que l’application aux relations sociales du principe contractuel prôné en droit des affaires par le libéralisme dit »économique« . Comme beaucoup d’observateurs lucides de la société libérale l’ont justement décrit (Castoriadis, Clouscard, Debord, Houellebecq, Michéa, Soral...), c’est bien l’extension de la logique économique et marchande aux relations sociales.

               »En réalité, il y a contradiction entre libéralisme et conservatisme« 

              Je suis bien d’accord sur la contradiction entre libéralisme et conservatisme, contradiction qui est mentionnée dans l’article à propos du camp néoconservateur.

               »mais aussi entre libéralisme et progressisme dans la mesure où ces deux camps veulent imposer leur ordre social par la contrainte étatique« 

              Là, je ne vous suis plus. Le progressisme est une propriété consubstantielle au libéralisme, qui repose sur l’idée que la meilleure société possible est la démocratie libérale marchande, et que donc, tout pas vers ce modèle se traduit par un progrès. Or, ce modèle repose sur l’idée, comme disait Hayek (ce que ne se lasse pas de répéter Michéa), que tout ce qui peut être produit et vendu doit être produit et vendu. Donc, tout nouveau produit ou service, du simple fait qu’il soit nouveau, est bon en soi dès lors qu’il peut être vendu ; au contraire, toute restriction à la commercialisation d’un nouveau produit ou service est une fâcheuse limitation de la liberté de commercer entre individus »libres et consentants« . Tout ce que produit la société libérale est donc par définition (si ce n’est tautologie) considéré comme un progrès, et vice-versa.

              En ce qui concerne la »contrainte étatique« , on peut dire que, en théorie, elle est contradictoire avec les aspirations idéologiques du libéralisme (économique comme sociétal). Néanmoins, ce libéralisme ne peut fonctionner que si les individus sont »libres et raisonnables« , c’est-à-dire, en particulier, libérés de l’ »aliénation« de leurs préjugés, traditions et modes de pensée historiques. Historiquement, l’Etat a donc un rôle à jouer : celui de »désaliéner« les masses, en particulier par l’Education nationale. Mais une fois ce rôle joué, il a vocation à dépérir (un peu comme dans le marxisme la »dictature du prolétariat« est-elle une étape transitoire nécessaire à l’établissement de la société communiste parfaite). D’où le résultat paradoxal qu’effectivement le libéralisme, qui aspire à la disparition de l’Etat, a besoin de l’Etat pour s’imposer »de gré ou de force"...

              Bien à vous,


            • bjscontact 19 avril 15:07

              @NICOPOL merci pour tous ces éclairages. Je regrette simplement à la lecture de certains commentaires qu’il semble impossible pour beaucoup d’accepter de remettre en cause leur vision « traditionnelle » de la politique (et je ne parle pas de @alexandre qui posait, pour le coup, une question pertinente). Vous démontez l’opposition traditionnelle gauche/droite, et l’on vous critique au nom de cette même opposition ! C’est à n’en plus finir !...et c’est d’autant plus regrettable que je suis persuadé que tant que la population n’aura pas intégré ce que vous décrivez ici, aucune évolution ne sera possible, aucune solution ne sera jamais trouvée, car les véritables problèmes ne seront eux-mêmes jamais posés sur la table.


            • NICOPOL NICOPOL 19 avril 16:37

              @bjscontact

              Merci de votre commentaire, auquel je souscris.

              La récente création par le libéral E. Macron d’un parti prétendant n’être ni de droite ni de gauche me semble conforter les analyses présentées dans cet article. Dans la mesure où c’est une manière de valider ce que dénonce le FN (et bien d’autres au sein de la « dissidence ») depuis une bonne dizaine d’années - dénonciation qualifiée systématiquement de « populiste » et « fasciste » - c’est de nature à faire prendre conscience aux gens qu’on se fout quand même royalement de leur gueule. 

              En fait, j’ai l’impression que si la majorité est près à accepter sans trop de mal qu’aujourd’hui droite et gauche ne sont que 2 vitrines d’un même parti libéral, beaucoup n’arrivent toujours pas à accepter qu’extrême-droite et extrême-gauche antilibérales auraient tout intérêt, elles aussi, à se rapprocher pour faire front contre leur ennemi commun.

              Le FN a déjà effectué sa part du travail en adoptant un programme économique socialiste ; mais l’extrême-gauche française, dite « anticapitaliste », reste prisonnière de ses obsessions anti-fascistes et de son trotskisme mondialiste et libertaire. Parfois, on a l’impression que Mélenchon va franchir le Rubicon et retrouver les accents patriotes, anti-immigrationistes et finalement plutôt conservateurs d’un Georges Marchais... mais non, toujours pas.

              Bien à vous,


            • bjscontact 19 avril 15:57

              Et encore autre chose :

              J’avais déjà lu chez Michéa comment « l’Etat et ses juristes » ainsi que le « marché-libre et ses économistes » avaient, main dans la main, soumis l’individu en prétendant le libérer de tout « carcan traditionnel », mais l’exemple du marxisme que vous prenez est encore plus parlant. Je trouve particulièrement intéressant et éclairant le lien que vous faites entre le rôle de l’Etat dans le libéralisme et le communisme, appelé à « dépérir », mais néanmoins indispensable à leur pleine réalisation dans un premier temps. 
              Il y avait chez les marxistes des courants plus ou moins anarchisants, et d’autres très étatiques au contraire, mais le but final était le même : la disparition de l’Etat et l’avènement d’une société parfaitement égalitaire (société inhumaine, en réalité). Il y a aujourd’hui les mêmes courants chez les libéraux, mais le but final est comparable : disparition de l’état et avènement d’une société absolument libérale (société qui s’avérera tout aussi inhumaine). L’Etat a donc pour but d’entretenir une « société de masse » composée d’individus « atomisés et isolés » comme l’écrit Arendt, de cette « société de masse » tous les totalitarismes peuvent surgir, qu’ils soient communistes, fascistes...ou libéraux. 
              Et il est fort à parier que si l’Etat disparaissait du jour au lendemain, les citoyens n’ayant plus rien à perdre, recréeraient des formes de solidarités locales, une « vie en commun », une vie plus naturelle, plus simple, et tout le système économique mondialisé s’effondrerait peu à peu. Le libéralisme a absolument besoin de l’Etat (même s’il le critique), exactement comme en avaient besoin les communistes...et cela peut expliquer pourquoi, plus le libéralisme s’impose, et plus l’Etat est oppressant pour les individus...les deux sont indéfectiblement liés contrairement à toutes les idées reçues.

              • NICOPOL NICOPOL 19 avril 16:39

                @bjscontact

                « Il y avait chez les marxistes des courants plus ou moins anarchisants, et d’autres très étatiques au contraire »

                Je ne sais pas si c’est tout à fait exact. C’est au sein de la mouvance socialiste qu’il y avait des anarchistes (Proudhon, Bakounine) et des marxistes. Je n’ai pas l’impression qu’on puisse dire qu’il y avait des anarchistes chez les marxistes...

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