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Accueil du site > Actualités > Politique > Du bon usage des médias au profit de l’ordre établi

Du bon usage des médias au profit de l’ordre établi

 Deux petites phrases inquiétantes, parues dans Marianne, ont éveillé mon attention dans cette torpeur estivale.

L’une émane de Michel Rocard et s’adresse directement à cet hebdomadaire « Vous vous comportez, non comme des journalistes d’information, mais comme des acteurs politiques. C’est aux hommes politiques d’agir en politique ».

La seconde a été prononcée par Claude Allègre : « Dans une démocratie, le contre-pouvoir, c’est l’opposition, pas la presse ».

Les grands démocrates

Ainsi donc, certains hommes politiques considèrent que le débat politique leur appartient, que les citoyens qui les ont élus ne doivent pas, sauf lors des élections, remettre en cause leur pouvoir, et qu’entre temps la presse doit se contenter de reproduire les communiqués des services de presse et de surtout éviter de lancer des débats politiques.

Belle conception de la démocratie qu’aucun homme politique actuellement au pouvoir n’aurait osé formuler au risque de provoquer un tollé général. Il a fallu que ce soit MM. Rocard et Allegre, ex-hommes de gauche, bénéficiant d’un statut particulier de faire-valoir de la droite, qui profèrent ces absurdités en contradiction flagrante, au passage, avec l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la loi).

Ces hommes politiques finissants, dans leur volonté d’exister encore, ne se rendent même plus compte, en proférant de telles inepties, qu’ils se mettent au même niveau que Morano ou Lefebvre, aboyeurs patentés de l’UMP, qui ne manquent pas une occasion de taper sur les médias.

Comment expliquer cette volonté de museler le débat ?

La vie politique est principalement marquée par les échéances électorales qui donnent lieu à un grand cirque médiatique. Le citoyen se sent de plus en plus étranger à ce débat qui, sous couvert de technicité, d’Europe, de mondialisation, d’économie, lui échappe de plus en plus. Pas étonnant que le taux de participation aux élections soit de plus en plus bas, et que les élus et les partis, profitant de cette complexité, développent un discours généraliste, d’où les véritables enjeux sont absents, pour nous dire « votez pour nous, on s’occupe du reste », et surtout « ne venez pas troubler nos réflexions, et ne remettez pas en cause notre légitimité ».

La vie politique française s’est donc professionnalisée, et chaque élu se pique de maîtriser un dossier, d’être un technicien de tel ou tel domaine, ce qui ne favorise pas le renouvellement des personnels politiques et l’exercice d’une véritable démocratie.

Les partis et groupement politiques censés concourir à l’expression du suffrage (article 4 de la constitution) encadrent le système, organisent cette professionnalisation et par conséquent transforment de fait les mandats en métiers et favorisent également le cumul des mandats.

Pas étonnant que l’on retrouve les mêmes qui parlent de la même chose depuis plus de trente ans.

Où se trouve le véritable pouvoir ?

De moins en moins dans les assemblées élues, de gauche comme de droite, qui réagissent de plus en plus aux sollicitations diverses des lobbies, aux injonctions des marchés, aux errements des traders, aux pouvoirs occultes de la finance internationale, en mettant en œuvre des politiques ou des mesures de plus en plus éloignées des attentes citoyennes.

Pas étonnant que les élus, prisonniers qu’ils sont du dogme libéral, veuillent limiter le débat et dénier aux médias le droit de faire le travail qu’ils sont en incapacité de faire.

Les politiques sont donc les fondés de pouvoir d’un ordre mondial duquel le citoyen se sent exclu et dont il ne tire aucun bénéfice tangible. Les élus prennent le risque inconsidéré de devoir répondre un jour de manière violente à une explosion sociale qui ne manquera pas de se produire. Ils s’y préparent en promulguant un arsenal législatif répressif.

Les plans médias gouvernementaux de l’été

Après un mois de juin catastrophique pour le pouvoir en palace, la rentrée s’annonce encore plus difficile avec la relance de l’affaire Woerth et le débat sur les retraites.

Le gouvernement a donc été mandaté tout au long de l’été pour essayer de détourner l’attention du bon peuple et de lui faire oublier ce qui l’attend.

Dans le genre, la palme revient sans conteste au Ministre de l’intérieur qui a su réagir à la moindre alerte sécuritaire et qui relaye si bien les propos douteux du chef de l’Etat sur les gens du voyage et les Roms.

Quasiment pas une semaine sans le voir une ou plusieurs fois devant les écrans télé, parler de guerre, de « présumés délinquants », entouré d’une masse de fonctionnaires galonnés, dont on se dit qu’ils seraient mieux sur le terrain, au lieu de faire l’ouverture du 20 heures.

En voyant cette mise en scène, cela m’a rappelé un dessin de 1968, dénonçant la mainmise du pouvoir sur les médias, où l’on voyait un policier sous slogan suivant « chaque soir à la télé, la police vous parle en direct ».

Pas mal non plus le plan com de Bachelot sur les salles de shoot pour les consommateurs de drogue : à part Gaudin qui n’avait rien compris et qui a été obligé de se rétracter après avoir jugé le projet intéressant, cela a permis au Premier Ministre d’exister pendant les vacances et de se positionner sur le volet répressif, tellement en vogue aujourd’hui.

Mention spéciale enfin pour la Bonne Mère de l’économie, notre dame de Lagarde, revenue précipitamment de sa villégiature Corse pour commenter le bon chiffre de la croissance au second trimestre et justifier au passage l’augmentation de 3% de l’électricité (4 euros « seulement » par mois...)

Les médailles en athlétisme ont permis également au Gouvernement de se refaire la cerise pendant quelques jours. Nul doute que dans le registre de l’instrumentalisation, nos nageurs auront droit prochainement à la même sollicitude.

Et le mois d’août n’est pas terminé...

Voilà donc le pays rêvé de nos hommes politiques, celui où les médias seraient chargés de faire de belles photos et de relayer la bonne parole, de ne pas remettre en cause le système, et de surtout ne pas engager des débats qui seraient néfastes à l’ordre social.

L’intimidation est en marche, et certains hommes politiques aux convictions aléatoires et à géométrie variable se font les complices de ce nouvel ordre médiatique et politique auquel les citoyens et les médias sont priés de se soumettre.


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18 réactions à cet article    


  • Alpo47 Alpo47 16 août 2010 10:26

    « Occuper le temps de cerveau », afin d’éviter que le quidam ne se mette à réfléchir à l’évolution et la structure sociale de la société.
    Chacun aura, par exemple, remarqué combien les compétitions, CDM, tour de France, Athlétisme, Natation, reprise des championnats ... se succèdent de manière quasi ininterrompue, toujours pour nous « occuper ».
    Effectivement, les médias sont devenus un des moyens de la caste au pouvoir de conforter son pouvoir.

    Notre liberté dépend largement de leur boycott.


    • nuance 16 août 2010 10:31

      de leur boycott..
      Et aussi de leur critique active.


    • atileka 16 août 2010 10:59

      A noter aussi l’appel de Sarko aux nageurs du relais comme par hasard en plein milieu d’une interview en direct sur France 2. Il faut leur reconnaitre la maitrise du détail et de la manipulation.


    • Fergus Fergus 16 août 2010 17:18

      Bonjour, Atileka.

      J’ai moi aussi relevé cette « coïncidence » qui n’en n’est évidemment pas une. Manifestement, tout avait été fait pour qu’une caméra se trouve là pour filmer le nageur lors de l’appel de Sarkozy. C’est d’autant plus puéril (et même pathétique) que, mis à part quelques décervelés, il n’y a pas la moindre chance que ce type de manipulation médiatique puisse changer l’opinion qu’ont nos concitoyens du « voyou de la république ». Mais cela montre que France-Télévision est bel et bien à la botte de Sarkozy. A noter également : en trois journaux télévisés, Marie Drücker n’a pas mentionné une seule fois le sondage CSA dont les résultats sont catastrophiques pour l’exécutif.


    • Verbatim 17 août 2010 10:21

      @ atileka (xxx.xxx.xxx.159) 16 août 10:59

      C’est marrant, j’ai vu ce coup de fil en direct sur la 3... Etes-vous sûr que vous l’avez vu sur la 2 ?

      Sur les 2 chaînes au journal du soir... C’est plus de l’amour, c’est du vice !


    • liberta 16 août 2010 10:49

      Les médias dans leur ensemble ne remplissent plus leur fonction puisqu’ils ont choisi leur camp pensant sans doute avoir suffisamment ramolli leurs cerveaux

      Il n’en va pas pour la majorité de la population et les voix qui s’élèvent contre les scandales devraient leur ouvrir les yeux

      Mais constatons que seuls 2 médias (le canard et Médiapart s’occupent de nous informer et de faire leur travail de journaliste

      Ils y sont aidés sans doute par des fuites de « petites mains » fonctionnaires qui en ont assez de voir de telles énormités sans relais de ceux qui ont pour mission l’information

      HONTE A EUX et aidons notre entourage à se réveiller en faisant le travail que le journalistes ne font pas

      En cela, internet est l’outil priviligié










      • Fergus Fergus 16 août 2010 17:24

        Bonjour, Liberta.

        Je souscris grosso modo à ce commentaire. J’ajouterais toutefois Le Nouvel Observateur à la liste. Et je remarque également que Le Point, journal de droite, se montre critique, et n’hésite pas à relayer certaines informations gênantes pour l’Elysée.

        Cela dit, oui, il est évident que c’est dans l’avenir sur le net que la vérité, ou du moins ce qui tend vers elle, trouvera ses meilleurs vecteurs. 


      • frugeky 16 août 2010 11:12

        J’ai vu les informations sur TF1 samedi soir. Affligeant.
        Aucune info politique.
        La norme du Pernaut à tous les jt.
        Pareil sur France-Inter de Val et Hees.
        « Si tu travailles mal à l’école, tu finiras journaliste ! »
        Rocard : la vieillesse est un nauffrage.
        Allègre, de gauche ? Quand il prenait des portes dérobées pour aller quémander un poste chez Sarkosy ! Ouarf, ouarf...


        • tinga 16 août 2010 11:17

          La presse n’a jamais servi qu’à modeler l’opinion, il n’a jamais existé de presse libre sauf de manière marginale, simplement maintenant avec internet, il convient de resserrer les rangs.

          La presse est juste un élément de l’illusion démocratique, il suffit de toute façon de regarder la hiérarchisation de « l’information » pour comprendre que ce n’est seulement qu’un outil de propagande.
          L’ unanimité absolue de tous les médias sur le « cover up » du 911 est la preuve définitive que ce truc qu’on appelle « la presse libre » n’est qu’un gadget de l’industrie de l’armement.

          • jef88 jef88 16 août 2010 11:31

            Ou voyez vous une différence entre Rocard, Allégre, Morano, Lefébvre ?
            Ce sont des « ELITES » auto-proclamèes, qui on été dans la bonne école , entourès de bons(?) copains, et qui se sentent un atrait fabuleux pour le pouvoir.

            Maintenant dans l’autre camp certains journalistes(?) ont le même atrait. Comme ils ne pourront pas monter dans les hautes sphères de par leurs origine ou leur formation, ils jouent la démolition du camp adverse, la polémique et l’attaque personnelle.

            Je voterai donc pour un match nul et une même destination : la poubelle


            • Alain94360 16 août 2010 11:41

              Sur la citation d’Allègre je crois qu’il faut l’analyser a l’envers et qu’elle est fondamentale.

              En effet dans une démocratie qui marche le contre-pouvoir c’est l’opposition...
              sauf qu’elle ne marche pas. si elle marchait l’opposition représenterait la société civile, le peuple, dans sa diversité, ferais sortir tout les scandales.

              j’ai compris ce principe dans une conférence au canada avec un conférencier tunisien s’exprimant sur la démocratie dans le monde musulman. un discours éloigné des cliché, qui explique bien que chaque pays a une situation indépendante, mais un soucis commun, un fonctionnement tribal familial, ou tribal de parti... quand son clan a forcément raison, l’autre tord, où le partage est impossible quitte a déchirer et gaspiller le bien convoité... ca me fasait rire car je croyait les entendre parle de la gueguere droite-gauche en france avec « on peut pas être d’accord avec lui car il est de droite/gauche »... hors sujet...

              mais il a commencé a parler de la « société civile »... celle qui se développe dans les démocraties limitée du tiers monde, et en france...

              et il expliquait que le concept de « société civile » n’existe que parce qu’il est impossible à une partie de la société (sociale, économique, minorité) d’être correctement écouté par le « club », le « cartel » des parti en place qui simulent la démocratie et s’échangent le pouvoir avec un « blanc bonnet et bonnet blanc »...
              ca m’a fait penser à l’accusation de la précédente présidentielle avec le rejet de « l’UMPS » par certains... et comme réponse un durcissement de la bipolarisation et une tentative de passer à la majoritaire à un tour aux élections locales.

              alors oui ce que vous critiquez est tout afait critiquable... la pensée unique, le cartel politique des grands partis, l’impossibilité d’exprimer certaines idées...
              oui le résultat c’est que si les parti ne font pas leur travail, d’une part la presse peut participer au jeu (mais elle manipule et est manipulée) , et la société civiles qui n’a pas accès à la politique essaye de s’exprimer indépendamment...
              mais est-ce vraiment indépendamment ? la plupart des ONG qui s’expriment sont en fait affiliées a des parti et n’expriment pas les véritables demande populaires...

              alors oui, dans une démocratie qui marche, le contre-pouvoir c’est l’opposition, ni la presse, ni la société civile...
              mais dans les démocratie malades, la presse et la société civile sont les derniers lieu d’opposition, avant d’être vampirisé par le cartel des partis officiels, et d’être instrumentalisé pour vendre leur soupe...


              • ELCHETORIX 16 août 2010 11:43

                Ben faites comme moi , ne plus écouter ces « journaux télévisés » vidés de leurs substances informatives !
                Sur 25 à 30 minutes de journal , il y a 2 à 3 minutes de vrais infos !
                regardez le site : www.sity.net&nbsp ; , et vous serez édifié sur la stratégie des « élites » , pour manipuler et contrôler le restant des masses de la population, sans bien sûr tout prendre à la lettre !
                RA .


                • ELCHETORIX 16 août 2010 13:21

                  dis moi yacob , et ton pote netanyaou , tu crois que c’est un exemple d’humaniste ainsi que l’autre khazar liebermann .
                  hasta la vista ! , la hasbara , toujours en première ligne et donc sur la défensive !
                  RA .


                • ELCHETORIX 16 août 2010 11:45

                  Correction : www.sity.net


                  • joelim joelim 16 août 2010 15:08

                    Rocard et Allègre sont simplement hors du jeu politique.

                    Ils ont atteint leurs buts dans la vie, sont parfaitement contents de la situation actuelle, mais s’énervent un peu que certains remettent en cause des situations scandaleuses dont ils se moquent comme de leur premier costume.

                    Le PS est-il devenu un parti de vieux réacs ? smiley 

                    • Michel DROUET Michel DROUET 16 août 2010 15:28

                      Bonjour Joelim

                      Les vieux réacs, qui existent, font partie du P.S. plus par habitude que par conviction.
                      Rocard et Allègre en sont l’illustration.
                      A côté de cela il y a aussi de jeunes loups aux dents longues qui veulent faire carrière : Manuel Vals est de ceux là.

                      Entre ces deux catégories, où se situe l’identité du P.S. ?
                      Ce parti existe t-il encore ou bien est-il en train de se diluer progressivement dans le libéralisme comme Strauss Kahn en est l’illustration ?

                      Quel choix pour les prochaines élections ?


                    • joelim joelim 16 août 2010 15:47

                      Oui, le problème du PS est qu’il y a de tout dedans. Les petits vieux Rocard et Allègre ne sont pas le PS heureusement, mais c’est quant même pas banal de constater qu’ils vilipendent ceux qui font le boulot d’opposition à leur place....

                      Eux deux c’est vraiment des boulets : Allègre super-grilled inutile de revenir sur ce Super-Ego, et Rocard qui un jour atteint le point Godwin, et le lendemain est choqué de ce que d’autres disent alors que c’est bien plus mesuré et factuel... Attention à Alzheimer là...

                      Pour que le PS redevienne lisible et intéressant il faudrait qu’ils virent 90% des meubles : DSK, Fafa, Jospinou, Aubry, Valls, Moscovici, Dray, Désir, etc, etc. Pas demain la veille... Pourtant comme les rosiers il faudrait couper les têtes pour que çà refleurisse correctement au lieu de présenter cet aspect merdeux, alors que les élus PS de base font souvent bien leur boulot...

                    • Michel DROUET Michel DROUET 17 août 2010 09:07

                      Bonjour Joelim

                      Il faudrait aussi que le P.S. ait un programme... ce qui est loin d’être le cas actuellement....mais on nous dit qu’il ne sert à rien de dévoiler ses intentions trop tôt au risque de se faire piquer ses idées.
                      Pendant ce temps, à droite, la politique sécuritaire continue à tenir lieu de programme, faute d’une volonté politique de combattre la crise et ceux qui en profitent (et qui sont les instigateurs de la véritable insécurité)

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