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Du bon usage du remaniement ministériel

j’imagine que vous vous souvenez tous de l’annonce faite il y a quelque temps par le président, au sujet du remaniement ministériel : c’était il y a six mois à peine  !

Depuis cette date, de nombreux commentateurs y sont allés de leurs pronostics, de nombreuses rumeurs ont gonflé puis dégonflé, et pour tout dire nous ne sommes aujourd’hui pas vraiment plus avancés. Certains diront que toute cette mascarade reflète le trouble, ou même la faiblesse du gouvernement, et d’autres qu’au contraire elle est le signe d’une continuité dans les réformes, une sorte de stabilité nécessaire.

Pourtant certains, notamment à “l’ouverture”, sont plus que menacés. Monsieur Woerth, avec les affaires dont il est le centre, ne fera certainement pas partie du prochain remaniement, pas plus, si l’on en croit les analystes, que monsieur Fillon. Il est d’ailleurs assez amusant, à cette occasion, de voir en quoi consiste aujourd’hui le métier d’analyste politique, à savoir de faire des pronostics aussi savants que ceux des courses de chevaux (qui paraît-il d’ailleurs sont souvent truquées…).

Mais là n’est pas la question. Car la politique n’implique pas seulement les joueurs ou les jockeys, mais pèse même sur ceux qui ne jouent pas (ou plus). Et un remaniement prévu six mois à l’avance, cela peut vouloir en dire long sur ce qui se trame “là-haut”.

En effet, on peut constater que monsieur Woerth aura été installé juste à temps pour la réforme des retraites, et qu’il disparaîtra juste après celle-ci. qu’entre temps l’affaire qui le concerne aura occulté tout le débat, et qu’après avoir fait “le job” il s’en retournera dans l’ombre, bien protégé par une justice à la solde du pouvoir.

On peut aussi éclairer cette soi-disant erreur de politique par les différentes polémiques qui ont parcouru l’actualité ces derniers temps, et comprendre ainsi que le remaniement a délibérément été reculé à dessein, c’est à dire dans le but de faire taire tous les contradicteurs potentiels de sa majorité soit en leur faisant miroiter une place, soit en les menaçant de la leur faire quitter. Si on regarde bien comment les choses se sont passées, on voit bien que rares sont ceux qui, malgré leur désaccord, se sont laissés aller à réagir trop violemment… pris entre le marteau et l’enclume, la carotte et le bâton.

Et voilà maintenant que monsieur Fillon, l’ombre du président, entame doucement son recul stratégique, pour mieux préparer son avenir politique. On pourrait contester sa prétendue loyauté au président en lui opposant sa fébrilité à le défendre dans ces moments difficiles, mais la plupart des Français n’y verront goutte : pour l’essentiel, ils retiendront un premier ministre fidèle et taciturne, mais ce n’est pas l’essentiel.

L’essentiel est, pour le gouvernement, d’avoir réussi le formidable tour de force de parvenir à conserver l’unité (au moins en façade) de la majorité, et ce malgré tous les dérapages précédents, une côte de popularité déplorable, et des affaires plus que scabreuses. Et à mon avis, ce retard délibéré de timing dans cet attendu remaniement en est la cause principale. mais si le coup est bien joué de la part du chef de l’Etat, il traduit une fois de plus (comme s’il en était encore besoin) le glissement progressif de notre démocratie vers un autoritarisme oligarchique, avec comme corollaires les lamentables prétentions de certains hommes politiques, prêts à toutes les soumissions pour conserver le peu de pouvoir qu’ils possèdent. Qu’ils soient d’accord ou non avec les réformes qu’ils défendent importe peu, ce n’est que leur propre position qui les intéresse. Affamés de puissance, ils sont prêts à collaborer au pire, en se réfugiant derrière une loyauté qu’ils renieront dès que le vent tournera.

Une chose est cependant certaine, c’est qu’à l’occasion de ce remaniement, quelques masques vont tomber : cette “course à l’échalote” va finir par en agacer certains, et les déçus d’avoir couru pour rien le supporteront difficilement. Les fidèles du président seront vite reconnus, et il se peut fort bien que l’équipe gouvernementale se rassemble autour du noyau dur de la présidence. Les autres, ceux qui cherchent le pouvoir, feront comme monsieur Fillon, et vont tenter de profiter de la faiblesse du président pour tenter de tirer leur épingle du jeu. on pourra alors savoir si l’usage du remaniement aura été bénéfique au pouvoir… ou pas. En tout cas, il se pourrait bien que le gros des réformes liberticides (les plus dures) ait profité de ce long suspens pour passer en douce. Mais si le peuple n’a pas bronché jusque là, il n’y a aucune raison qu’il le fasse maintenant.

Nous nous souviendrons peut-être, plus tard, de ce moment d’histoire que nous vivons. Et nous nous rappellerons alors de ce remaniement si laborieux, qui nous a tant coûté. Et nous regretterons alors de n’avoir rien vu venir. Dommage.

Caleb Irri

http://calebirri.unblgog.fr


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2 réactions à cet article    


  • frugeky 29 septembre 2010 10:47

    On peut difficilement dire qu’on n’aura rien vu venir. Vos articles, d’ailleurs excellents cher maître, sont là pour nous le rappeler.
    Puisque la politique « gouvernementale » se fait à l’Elysée, on ne voit pas ce que ce remaniement va pouvoir changer. Fillon partage la responsabilité de la débilitisation des instances gouvernementales, avec le président. C’est sa pleutrerie qui l’a permise.
    Il peut toujours la ramener maintenant comme quoi Sarkosy n’est pas son mentor, rien dans les textes ne lui autorisait à délaisser son pouvoir de gouvernement au profit de la présidence.


    • Kalki Kalki 29 septembre 2010 15:27

      Un capitaliste devrait comprendre que tout a un prix.

      Sinon ce n’est plus une société libérale, mais une dictature : aucun humain ne mérite d’avoir le pouvoir absolu : la société est un contrat : un code respecté : un SYSTÈME COMMUN a respecter : qui que vous soyez vous êtes des humains pas des charognards.

      Que l’élite se détrône de son pouvoir économique et tout se passera bien, ca sera la PAIX

      Ce sera l’économie de l’abondance ( qui est inéluctable par ailleurs)

      Ne faites l’erreur de vouloir une dictature : l’humanité n’a plus le droit à l’erreur, elle n’en a plus le temps.

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