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Dur dur d’être démocrate

Des affaires d’affiliations ont été des objets pour les mass-médias. Ces anecdotes sont la partie immergée d’un iceberg à la dimension de la société. Au fond, nous sommes tous d’accord, et nous ne voulons pas que cela se voit trop. A conspuer certains citoyens nés avec une notoriété qui les survalorise, nous faisons l’économie de nos états d’esprit qui s’accommodent très bien avec la permanence des statuts, à tous les échelons. Français, encore un effort pour vouloir l’égalité… vraiment la vouloir…

La démocratie nécessite comme tous les régimes politiques, en plus de son fonctionnement ordinaire de la vertu. La démocratie paraît parfois, à nos contemporains, avoir sa vertu en elle-même.
Or, la notoriété confère à ceux qui l’ont une sorte de sur-citoyenneté qui convient à tout le monde. Ce phénomène est populaire. On le conteste parfois dans les arguments (le symbolique) mais pas vraiment dans les faits (le réel).
Quand Roman Polanski se retrouve en prison pour un crime très ancien, des personnes autorisées, comme le disait Coluche, mettent en équivalence cette mise en examen avec l’exceptionnelle qualité de son œuvre artistique ! Il en va de même pour Frédéric Mitterrand : comment cette personne de qualité peut-elle être inquiétée pour si peu de choses et des choses dont la véracité est si incertaine ?
Cette surqualification citoyenne, citoyenne mais antirépublicaine, est un titre de noblesse. Elle se transmet à la descendance. Frédéric Mitterrand en est grandement bénéficiaire, bien que n’étant pas de ligne directe. Nombre d’enfants d’acteurs sont acteurs et des enfants d’écrivains sont écrivains. Après tout, les enfants d’ouvriers sont si souvent ouvriers. Ça doit être dans les gènes.
Jean Sarkozy ne sera pas président de l’EPAD, il vient de renoncer à candidater à cause semble-t-il de la dispute que cette candidature-élection suscite. Cela ne change rien à ce texte et ce qu’il explore (il aurait été élu s’il était resté). Marie Bové va conduire la liste Europe Ecologie aux régionales de mars 2010 en Aquitaine.
L’argumentation qu’elle présente est un analyseur : elle dit la règle du jeu selon elle ; et, selon elle, sa candidature n’a rien à voir avec Jean Sarkozy : elle a fini ses études, son père n’est pas intervenu, elle se présente au suffrage universel. Ce dernier argument a une valeur certaine et discrimine entre Jean Sarkozy qui aurait été élu par des élus dans une majorité déjà acquise à son père et elle qui va rencontrer le suffrage universel. Quant à l’intervention du père, tel que c’est dit là, il s’agirait d’une intervention volontaire, caractérisée… et ce n’est pas le sujet. Il n’y a peut-être pas eu d’intervention claire et nette, il n’y en a sans doute pas eu besoin. Andrée Chedid avait déjà usé de cet argument, selon lequel elle n’avait rien fait pour le succès de sa descendance. Elle avait à sa table les futurs producteurs de ses fils et petits-fils mais elle n’a rien fait ; elle ne leur a jamais dit : « Produisez-les ; c’est moi qui les ai faits ! » ça, elle ne l’a certainement jamais dit. Comme elle n’a rien fait de détachable du reste, d’entendable, de remarquable, elle n’a rien fait… du tout (selon elle !) Quant à la question des études, Marie Bové a dix ans de plus que Jean Sarkozy et ce doit être vrai.
Surtout la question n’est pas, du tout, là. La réponse à la question ne se trouvera pas dans la comparaison des privilégiés, surtout faite par eux-mêmes. Il sera toujours loisible à un privilégié de déclarer que les reproches qu’on lui fait sont plus adaptés à tel ou tel autre privilégié, qui l’est bien plus que lui.
Tous les parents ont envie que leurs enfants réussissent. Cette idée ne fait problème. Mais tous n’ont pas de ressources, tous n’ont pas les mêmes ressources. Certains n’ont pas de ressources du tout.
La question de la démocratie n’est pas la question des concours administratif anonymes, des concurrences loyales par l’élection… tout cela est la lettre de la démocratie, le sens littéral. La question de la démocratie, égalitaire selon notre devise, est dans la préparation aux concours. Le concours administratif anonyme est égalitaire mais sa préparation ne l’est pas. Il en est de même pour les élections. Ce n’est pas seulement le talent politique de Marie Bové qui l’amène devant les électeurs. Il en va de même des enfants d’acteurs qui deviennent acteurs. Certes, on leur trouve du talent, mais ils ont eu la capacité, des moyens puissants de montrer leur talent… ils ont eu des indulgences, des droits à l’erreur, des pardons… des secondes chances… quand d’autres avaient à se montrer excellents (mais pas trop) dès leurs premiers essais, sans aucun repêchage.
Au fond, nous sommes d’accord pour que les choses en soient ainsi. Nous souhaitons des forces nobiliaires, héréditaires, puissantes. Elles sont rassurantes. L’émergence de l’indéterminé serait trop fatigant. Vous pourriez être jeté de votre place, vous pourriez aussi être soudainement promu à des sommets qui vous paraissaient inatteignables. Il faut des freins, des contrepoids, des parachutes et avec les parachutes, des anti-ascensions.
Pierre Bourdieu a été un théoricien de la permanence des destins. Il était, paraît-il, désolé que ses fils soient des héritiers favorisés (nous sommes tous héritiers). Cependant, il n’a pas intégré cet événement de sa vie et de la société dans ses analyses.
Les enseignants ont renversé la signification révolutionnaire que Pierre Bourdieu voulait donner à cette critique de la reproduction sociale : ils en ont tiré la conclusion que la société leur demande de répondre à une question dont Pierre Bourdieu a dit la réponse : les classes défavorisées ne sont pas performantes par « nature » sociale imprescriptible ; personne n’y peut rien, les enseignants pas plus que les autres.
Nous choisirons nos élus parmi les candidats proposés, mais qui choisit les candidats et comment ? Cela reste du domaine de l’Ancien Régime (y compris dans les exceptions vertueuses qui inversent le mouvement social courant comme l’intégration de bons élèves des ZEP à Sciences Po ; exceptions qui confirment la règle). Nous choisirons les bons auteurs, les bons artistes parmi celles et ceux dont nous verrons les œuvres et dont nous entendrons le nom. Mais comment ces artistes auront-ils pris place et parole publiques ? Cela reste souvent du domaine de l’Ancien Régime et les bien-nés n’en parlent pas. Ils disent que leur talent leur a donné le succès.
Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. Nous dit La Fontaine depuis des siècles. Eh bien, il faut convenir que Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements du peuple vous rendront blanc ou noir, aussi. Il faudrait aussi convenir que, si cela concerne la justice, cela ne concerne pas que les affaires judiciaires ; mais l’ensemble des places dans la société.

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1 réactions à cet article    


  • Elisa 23 octobre 2009 18:06

    Vouloir l’égalité d’accord.

    Mais cela suppose un aggiornamento de nos façons de penser. Lorsqu’on s’échine à associer extrême droite et populisme parce que cette association aurait un ancrage historique dans le 3° Reich (oubliant en cela la complicité du capitalisme international dans le soutien à Hitler, champion de l’ordre face au communisme) , on valorise de fait les élites et on méprise le peuple. Ce peuple qui ne serait digne qu’à condition d’être éduqué à la « bien pensance » d’une intelligenzia totalement soumise à la pensée libérale dominante.


    Les BHL, Finkelkraut et autres Val n’ont pas de mots assez durs pour fustiger ceux qui ne se soumettent pas à leurs diktats les accusant de populisme quand ce n’est pas de fascisme.

    Mais qui sont les plus respectueux ? Ceux qui n’hésitent pas à conférer la moralité et l’impunité sous prétexte qu’ils appartiennent à l’élite culturelle ou artistique ou ceux qui refusent le “deux poids, deux mesures” ?« Selon que vous serez puissant ou misérable »

    Oui il est dur d’être démocrate si il s’agit de se soumettre à ces piètres maîtres penseurs.

    Non si la démocratie c’est l’égalité en droit et en dignité de chacun sans aucune exception : l’abolition des privilèges est toujours d’actualité.



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