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Accueil du site > Actualités > Politique > EDF ou l’infantilisme de la politique française

EDF ou l’infantilisme de la politique française

Dire des choses que l’on ne pourra pas faire après revient, en politique, à assurer le triomphe des démagogues. On l’a vu en 2002, et on pourrait le revoir en 2007. La preuve, avec le dossier EDF et le droit de vote des étrangers.

Mardi 25 octobre. A la une, le journal Les Échos écrit ceci : EDF entrera en Bourse dans quatre semaines. Ce titre est une évidence, une banalité presque depuis que le gouvernement a annoncé son intention d’ouvrir à des capitaux privés le capital de l’entreprise publique.

Pourtant, même dans sa banalité, ce titre surprend. C’est qu’il contrarie le ton du discours dominant. Qui entend-on, en effet, sur EDF ? D’abord, des syndicalistes de l’entreprise qui assurent qu’il faut tout faire, qu’ils feront tout, pour s’opposer à cette opération. Ensuite, des responsables politiques, de gauche, de toute la gauche, qui disent de même. Seulement voilà : le Parlement a voté une loi, il y a de cela plusieurs mois, autorisant l’ouverture de capital de la société publique. C’est cette loi que le gouvernement utilise pour augmenter le capital d’EDF d’environ 7 milliards d’euros, une des opérations boursières les plus importantes des dix dernières années, en France. Dès lors, personne, sauf comportement quasi insurrectionnel, ne peut empêcher, ou même différer, ce que la majorité politique a décidé de réaliser.

Le seul discours à disposition de l’opposition politique concerne ses projets, si elle retrouvait le pouvoir, à l’issue des élections de 2007. Tous ses responsables l’affirment : en cas de victoire de la gauche, l’entreprise serait renationalisée, c’est-à-dire que son capital redeviendrait public à 100%.

Il faut toujours avoir à l’esprit que l’action politique n’est harmonieuse dans une démocratie que si elle s’appuie sur la crédibilité, source de confiance des électeurs envers les candidats à l’élection. Est-il crédible, dès aujourd’hui, de promettre une renationalisation d’EDF ? On peut en douter. D’abord, sauf miracle miraculeux, la situation des finances publiques sera telle en 2007 qu’un tour de vis est beaucoup plus probable que des largesses. Où un nouveau pouvoir trouverait-il les milliards nécessaires au rachat d’actions d’EDF possédés par les particuliers ? Franchement, on ne voit pas.

Pour contourner la difficulté, certains responsables socialistes, Laurent Fabius par exemple, François Hollande ou Marie-George Buffet aussi, assurent qu’ils puiseront dans les bénéfices de la société pour racheter ses propres actions. Là encore, l’affirmation paraît hâtive.Le programme d’investissement d’EDF est lourd, 40 milliards en cinq ans. Des chantiers seront engagés, des contrats passés. Perturber cet ordre-là pourrait être très préjudiciable à l’équilibre de l’entreprise, donc à l’intérêt de la collectivité. Il y a fort à parier que le réalisme inhérent à l’exercice du pouvoir ne conduise de nouveaux gouvernants à différer une promesse formulée dans l’émotion du débat, creusant encore un peu plus le fossé avec des citoyens, qui pourraient retirer le sentiment d’avoir été bernés, une fois encore. C’est sans doute dans ce genre de dossier que se remarque le mieux la part prédominante de l’idéologie dans notre débat public, au détriment du réalisme dont personne, parmi les principaux responsables politiques de ce pays, n’assure ou n’assume la promotion.

Un autre débat illustre ce travers. Profitant d’un entretien au journal Le Monde, Nicolas Sarkozy vient de se dire favorable, à titre personnel, au vote, lors des élections locales, des immigrés régulièrement présents depuis dix ans sur le sol français. Le ministre de l’Intérieur formule cette proposition en sachant très bien que s’il accède à la présidence de la République en 2007, jamais la majorité qui le soutient ne lui permettra de voter cette réforme. L’annonce est donc vaine, suggérée peut-être par des soucis tactiques, embarrasser la gauche, modifier son image, alimentée, pourquoi pas, par une sincérité personnelle, mais totalement déphasée de l’action politique elle-même.

Il y a quelque chose d’irréductiblement infantile dans le débat public français. Distinguer à ce point la proclamation des possibilités de la réalisation alimente les frustrations et les incompréhensions. Si c’est bien ainsi qu’un enfant se construit et qu’il découvre, dans la souffrance, le champ du possible, qu’il accepte alors, parvenu à l’âge adulte, de faire le deuil de ses rêves, il en va tout autrement dans le champ de la politique.

Ceux qui disent et qui ne font pas se décrédibilisent. Ils perdent l’écoute d’un nombre croissant de leurs concitoyens, qui se tournent alors vers d’autres, encore plus irréalistes, qui les entretiennent dans la part de rêve et de magie qu’ils continuent d’espérer de la politique. A-t-on bien conscience que c’est ainsi que se construisent les résultats électoraux ? S’ils nous tombent dessus comme des surprises, ils n’en ont pas moins des racines.

On pourrait paraphraser ici les mauvaises bandes annonces du cinéma : vous avez aimé le premier tour de l’élection présidentielle de 2002... Vous adorerez celui de 2007...


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7 réactions à cet article    


  • Jbenard (---.---.229.73) 25 octobre 2005 14:13

    N’avez vous pas l’impression que vos interviews « partisannes » du matin sur RTL ne soient le reflet de votre propre opinion ?

    Vous êtes de « confession » libérale et n’en faites pas mystère. Accepterez vous de temps en temps que d’autres citoyens puissent penser le contraire de vous ?


    • REULAND (---.---.156.198) 25 octobre 2005 16:08

      Pour destabiliser le petit monde de la finance et éventuellement faire capoter le projet de vente (pour partie de EDF), il suffit d’annoncer( je parle des gens de gauche et autres républicains attachés aux services publics) Les actions EDF seront retirées en 2007 (dans le cadre d’une alternace politique) du marché et rachetées au prix d’acquisition ( mises en vente sur le marché à date d’aujourd’hui)si valeur supérieure à acquisition, soit à la valeur boursière du jour si inférieures au prix d’acquisition. Je pense que les institutionnels et les boursicoteurs réfléchiront à deux fois avant d’investir dans EDF. Et cela est possible voir wanadoo. Dominique reuland


      • Bernard Lallement (---.---.153.77) 25 octobre 2005 16:33

        Quelque soit la sensibilité politique de Jean-Michel Apathie (et il a quand même le droit d’avoir des opinions personnelles -même libérales-..,) ce qu’il énonce est, hélas, irréfutable. Sur EDF, il est impensable de voir l’entreprise être renationalisée en 2007 en cas de victoire de la gauche (ce qui suppose un sérieux travail de recomposition d’ici là). Ce serait faire fi de nos accords internationaux et, particulièrement, du sommet de Barcelone. Au demeurant, nationalisée ou pas, EDF ne peut plus échapper aux règles de la concurrence communautaire, sauf à... sortir de l’Europe. C’est sur ces dernières qu’il fallait être vigilant et agir... bien avant le 29 mai. De même, il est fort peu probable que la droite admette le vote des immigrés après la présidentielle. (promesse faite par la gauche en 1981 et qu’elle a eu tort de ne pas mettre en oeuvre donnant ainsi à Nicolas Sarkozy l’occasion de se démarquer d’une image un peu trop droitière..)

        Dans les deux cas ce sont des effets d’annonces fluctuant au gré des sondages en passe de remplacer, dans nos sociétés occidentales, le suffrage populaire....

        Car, justement, là est toute la question : Il s’agit de « donner l’impression de.... » La réalité devient réductible aux discours.

        Mais, j’irai plus loin que Jean-Michel Apathie. Le discrédit qui s’installe vis-à-vis des « partis de gouvernement » dans le sens de l’uniformisation d’une incapacité à l’action ne peut que renforcer l’émergence des extrêmes.

        Avec un ticket d’entrée à l’issue du premier tour qui ne serait guère supérieur à 13 %, un duel en 2007 entre Nicolas Sarkozy et Le Pen n’est pas à exclure avec toutes les surenchères que l’on peut imaginer. Rien ne serait, alors, plus pire pour la démocratie.

        Les destinées individuelles ont surpassé le mouvement totalisateur de l’histoire et pour les servir tous les moyens sont bons quand ils sont efficaces.


        • Michel (---.---.45.180) 25 octobre 2005 17:39

          Cher Monsieur,

          Je me demande si vous profitez de vos tribunes radiophoniques et Web pour donner des leçons personnelles ou bien si vous faites encore du journalisme.

          De tels points de vue partisans et systématiquement destructeurs (par opposition à contructeurs) sont-ils encore du journalisme ?

          Nombreux sont ceux qui croient que non. J’en fais partie.

          Quelle surenchère médiatique vous anime ?

          Sûrement pas au profit de l’Information.

          Cordialement,


          • Laurent (---.---.93.242) 27 octobre 2005 16:35

            Etant un auditeur régulier de France-Inter et notamment du 7/9 il m’arrive fréquemment d’entendre Jean-Michel Aphatie et de fait je suis loin de partager toutes ses analyses. En fait je ne suis carrément pas d’accord avec lui sur beaucoup de points et principalement sur sa vision du libéralisme. Je pense que je rejoins dans cela certains des auteurs des commentaires précédents.

            Cependant, dans le cas présent j’aurais plutôt tendance à être d’accord avec l’auteur de cet article. Il évident qu’une fois qu’une partie du capital d’EDF aura été vendue au privé il sera quasiment impossible de faire machine arrière. De même l’aspect purement électoraliste des propos de Nicolas Sarkozy n’aura échappé à personne. - Ceci dit qu’est-ce qui n’est pas purement électoraliste chez notre Nicolas national ?- D’ailleurs la classe politique elle-même ne croit pas à ces paroles en témoigne la quasi-absence de réaction à ces paroles.

            Donc je pense que l’article de Jean-Michel Aphatie est clair et quasi irréfutable. Ce n’est pas parce qu’on ne partage pas ses idées qu’il faut parler de « points de vue partisans et systématiquement destructeurs » ce qui ne signifie pas grand chose est n’est pas très argumenté. Que les auteurs qui souhaitent initier un débat sur Monsieur Aphatie le fassent dans une Tribune Libre argumentée se basant sur des déclarations, articles du dit journaliste. Prendre le moindre de ses articles comme occasion de lui tirer dessus à boulets rouges est un peu mesquin.

            Essayons de rester justes, et admettons que le journaliste Jean-Michel nous a rendu une copie propre, bien argumentée et ouvrant au final sur une piste de réflexion que nous pourrions presque considérer comme audacieuse. Une piste qui nous permettrait de comprendre la désaffection de notre bon Peuple de France envers ses leaders politiques et son attirance pour les extrêmes.

            Par contre, l’article lui-même peut quand même être critiqué. En le lisant, il ressort que nos hommes politiques porteraient seuls (ou presque) la responsabilité du glissement de l’électorat vers soit un extrémisme soit un désintérêt coupable. Il me semble qu’il y a là quelque chose que l’on pourrait qualifier de mensonge par omission ou plutôt par aveuglement. Si je ne m’abuse, je n’ai entendu aucun journaliste apostropher, au milieu d’un fou rire difficilement réprimé, notre Ministre de l’intérieur sur la crédibilité de sa déclaration. En fait cela fait même des années que les journalistes ne font plus que servir la soupe : absence d’esprit critique envers le pouvoir (qu’il soit de droite ou de gauche), éternel consensus mou autour de l’économie de marché et enfin incapacité à mettre les politiques quels qu’ils soient en face de leurs mensonges éhontés. Les journalistes pour moi ont cessé d’exister depuis quelque temps (peut-être depuis l’arrivée de l’argent dans la plupart des media au cours des années 90) et alors qu’ils se glorifiaient d’être un contre-pouvoir ils ne sont plus aujourd’hui que les béquilles d’une classe politique à laquelle ils sont intimement mêlés. Témoin le résultat du dernier referendum sur l’Europe, plus de 90% des media souhaitaient, militaient activement pour le Oui et malgré cela le résultat a été ce que l’on sait. Je ne pense pas qu’il soit possible de dire qu’il y a eu dans la presse (au sens général) et à de rares exceptions près, un réel travail de mise en perspective de l’alternative proposée. Il n’y a pas eu d’affrontement d’idées. Alors oui, pour le respect de la pluralité il y a eu des débats avec des invités des deux camps, les temps de paroles officiels ont été respectés... Mais trop rarement nous avons vu des journalistes défendre le camp du Non, la quasi-totalité des éditorialistes était pour le Oui. Alors même que la population était très divisée, au point que certain ont évoqué la division de la France à l’époque de l’affaire Dreyfus, cette division n’est nullement apparue dans les journaux et sur les plateaux de radio ou de télévision. Et c’est peut-être cela qui a fait basculer le vote vers le Non. Le public a toujours un penchant pour le faible, on aime bien soutenir le pot de terre et on adore les histoires ou David surpasse Goliath. Vous journalistes avez sans doute une responsabilité importante dans le succès du Non, mais cela vous ne l’avez pas encore admis. Vous ne voyez pas encore qu’à force de frayer avec le pouvoir et l’argent vous vous êtes uniformisés. Vos écoles ne forment plus que des béni oui-oui de la société en place (économique et politique), faites donc un effort et essayez de citer quelques grandes plumes parmi les 35/40 ans. Vous n’en trouverez aucun. Nous avons peut-être encore des affaires Dreyfus mais il est clair que nous n’avons plus Zola, et dans ce cas comment s’étonner que les extrémismes gagnent du terrain.

            Le rôle des journalistes n’est pas seulement d’informer, il est aussi de débattre. D’être une caisse de résonance du pays, avec comme résonateurs des personnes capables de formuler, d’expliquer de raisonner, pour que le débat latent dans la population s’élève grâce à l’information, aux prises de positions argumentées des personnes publiques que sont les journalistes. Si la population ne croit plus en ses journalistes, alors elle cesse de les écouter et finit par être sensible aux discours simplistes et populistes des extrêmes.

            Si la dérive des politiques est dangereuse pour la démocratie, celle des journalistes l’est tout autant. Il est temps pour les journalistes d’ouvrir les yeux et d’être lucides sur ce qu’ils sont devenus.


            • Calatio (---.---.123.117) 30 octobre 2005 20:14

              L’infantilisme semble plutôt d’avoir décidé de vendre EDF par morceaux dans un secteur sensible combinant la question énergetique et la question nucléaire.

              Il n’existe aucun probleme sérieux à récupérer les actions vendues à des privés, peut-être même à les récupérer pour moins cher qu’elles n’ont été vendues (pour 10% de leur prix de départ, 2 ou 3 euros, pas +), comme il est d’usage dans les batailles boursières et la pratique ordinaire de la spéculation.

              Sauf que là, ça serait au profit du bien public, notion fortement dévaluée par nos libéraux extremistes. Il suffira ensuite de faire une dernière offre de récupération sur les derniers titres non encore cédés.

              L’irresponsabilité totale, furieuse, de nos privatisateurs n’a pas de limites... EDF ça marche, l’état peut parfaitement recapitaliser EDF contrairement à ce qui se dit. D’où sort-on que l’état n’ai pas le droit d’investir. Par quel extremisme furieux peut-on en arriver là ?

              On parle des « engagements de la France », mais la France, en refusant le TCE, à également dénoncé les traités antérieurs inclus dans le texte.

              Nous avons donc une décision souveraine implicite et utilisable sans problème.

              L’état français est donc en situation de faire inventaire des traités anterieurs...

              Ceux qui indiquent que la France serait sortie de l’Europe en renationalisant EDF sont les mêmes qui nous ont parlé d’effondrement de l’euro, de chûte de la bourse et d’isolement de la population française lors du referendum qui a vu la population refuser une logique mauvaise pour les interets des Européens.

              Aucune de ces assertions apocalyptiques ne s’est vérifiée.

              On est obligé de constater que le vote français et hollandais a bénéficié au final d’une grande sympathie, probablement très majoritaire, dans les populations européennes privées du droit de s’exprimer directement sur la question.

              EDF conforté comme bien public ?

              Oui ça ne pose aucun problème à part pour quelques exaltés de l’ultra liberalisme qui feraient bien de s’interroger sur le respect, aussi necessaire que celui d’une decision de bradage d’un bien public par un parlement, d’un vote populaire fortement majoritaire avec peu d’abstentions et sanctionant la dérive extremiste proposée dont la dilapidation des biens publics est un des exemples.

              Rien ne justifie le bradage d’EDF par morceaux.


              • Nicolas le vrai (---.---.105.172) 24 mars 2006 15:02

                Qui parle de bradage a part ceux qui veulent renationaliser EdF ? Jamais les courants de droite n’ont souhaité le bradage d’EdF, et pour une raison simple ils connaissent le coût de l’argent et donc en souhaite le meilleur prix. Ils ne brade pas mais vendent à bon (tres bon) prix.

                Ensuite EdF n’a pas à entrer dans la concurrence energétique européenne si elle même empeche toutes concurrence sur son marché. Je serais allemand ou anglais, j’interdirais qu’EdF vienne acheter des société etrangères et qu’elle même ne puissent faire l’objet d’achat, tout du moins d’une part de son capital. Alors les cocos ou les socios arretaient de parler de marché libre européen, de vous prétendre européen et ensuite de voter NON à l’europe et bloquer tout ce qui vous dérange (la libéralisation du marché interieur français) et obtenir tout ce qui vous arrange (les aides pour les agriculteurs qui greve tous le budget de l’europe donc la recherche, la séurité, la peche etcte)

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