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Edgar Faure (1908-1988), le radical pragmatique des deux dernières Républiques

Personnage à la fois sérieux, intelligent et convivial de la politique française, symbole de la girouette mais (disait-il), c’était le vent qui la faisait tourner, Edgar Faure a marqué de nombreux esprits du paysage politique actuel.

Ce samedi 30 mars 2013, cela fait exactement vingt-cinq ans qu’une personnalité hors du commun a disparu. Ce passionné de la politique est en effet mort quelques jours avant une élection présidentielle majeure, ce qui fut le seul type d’élection à laquelle il n’avait encore jamais concouru, ce qui alimentait chez lui quelques regrets amers.

Certes, à la mort du Président Georges Pompidou, en début avril 1974, Edgar Faure avait bien eu quelques velléités de se présenter. Il avait alors 65 ans et se considérait le meilleur rassembleur des gaullistes et du centre droit, mais il n’a pas su convaincre ses collègues, ou plutôt, apaiser l’ambition présidentielle d’hommes plus en situation. Il s’était alors effacé devant le Premier Ministre d’alors, Pierre Messmer qui, lui aussi, renonça. Finalement, ce furent Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chaban-Delmas qui se présentèrent.

La boule à zéro, des grosses lunettes en écailles, la langue zozotant, une pipe dans la bouche et une culture littéraire et historique exceptionnelle dans la tête, Edgar Faure était une personnalité très originale et atypique, très facilement caricaturale, au point d’être parmi les rares politiques à être imités par le talentueux Thierry Le Luron, dans le groupe des "vieillards" du début des années 1980 qui avaient connu la IVe République (avec Jacques Chaban-Delmas et Gaston Defferre), en face du groupe des quatre ("bande des quatre" selon Jean-Marie Le Pen pour désigner les quatre principaux candidats à l’élection présidentielle du 26 avril 1981 : François Mitterrand, Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac et Georges Marchais). 

Edgar Faure a siégé dans un nombre considérable d’assemblées, locales (maire, président du conseil général, président du conseil régional), mais aussi nationales, Sénat et Assemblée Nationale (il fut élu au perchoir pendant une législature), a été ministre à de nombreuses reprises sous deux régimes politiques, dirigeant deux gouvernements de la République (à 43 ans, du 20 janvier 1952 au 28 février 1952 et du 23 février 1955 au 23 janvier 1956), et a même intégré la très prestigieuse Académie française (élu le 8 juin 1978 au fauteuil d’André François-Poncet, père de Jean François-Poncet) puisqu’il fut aussi un homme de lettres (il a écrit de nombreux romans policiers sous des pseudonymes) et même un musicien (il a même sorti un disque à la fin de sa vie, où il chante en s’accompagnant au piano).


Une existence consacrée au droit et à la politique

Plus jeune avocat de France à 21 ans, l’homme est d’abord un brillant serviteur des idées politiques. Parce qu’il était enraciné dans la tradition républicaine, il était naturellement radical (très exactement, membre du "parti radical et radical socialiste", nom encore actuel du parti dirigé par Jean-Louis Borloo), plutôt porté sur les affaires économiques et financières.

Après avoir témoigné, sous le régime de Vichy, en 1941, en faveur de Pierre Mendès France, avocat de la même génération qui deviendra son rival au sein du parti radical, Edgar Faure a rejoint De Gaulle à Londres et dirigea pendant la guerre le service législatif du gouvernement provisoire. À la Libération, il fut procureur général adjoint au tribunal militaire international de Nuremberg.

À la suite d’un échec législatif à Paris en 1945, et une hésitation à prendre l’étiquette du MRP au Puy-de-Dôme, il se présenta en 1946 dans le Jura et fut élu député radical. Très vite, il cumula les mandats locaux en Franche-Comté jusqu’à défendre, quelques jours avant sa mort, en tant que président du conseil régional, le vacherin franc-comtois à une époque où le vacherin suisse avait engendré des intoxications sanitaires.


Très vite reconnu pour sa valeur qui l’a conduit aux plus hautes responsabilités

Habile manœuvrier des procédures parlementaires dans un régime où la négociation avec les groupes politiques était indispensable et les accords jamais acquis, Edgar Faure entra au gouvernement le 13 février 1949 (à l’âge de 40 ans) et accéda au Ministère du Budget l’année suivante. Après avoir été très furtivement Président du Conseil en 1952, il a su rebondir comme l’incontournable Ministre des Finances dans les gouvernements de Joseph Laniel et de Pierre Mendès France. C’est lui qui installa la TVA en France.

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Il a réellement eu le pouvoir en 1955 en succédant à Pierre Mendès France à la tête du gouvernement français. Il a en particulier amené la France à se retirer du Maroc et de la Tunisie, et a relancé la construction européenne dans un processus qui aboutit au Traité de Rome. Face à des blocages parlementaires, il a été le seul responsable politique de la IVe République à avoir proposé la dissolution de l’Assemblée Nationale (ce qui lui a valu son exclusion des radicaux). Ce fut l’échec pour lui, car le renouvellement a donné une majorité au front républicain (alliance radicaux et SFIO) et Guy Mollet fut nommé Président du Conseil.


Gaulliste et radical

Contrairement à certains caciques de la république chancelante, Edgar Faure apporta très tôt son soutien au retour du Général De Gaulle pour résoudre le problème algérien, mais il fut battu aux législatives de 1958 et mis à l’écart dans les premières années de la Ve République. Il mit à profit ce moment de "dépression" politique en soutenant une thèse de doctorat sur la fiscalité sous l’empereur romain Dioclétien et en passant l’agrégation de droit, spécialiste du droit romain, en 1962, ce qui lui a permis d’enseigner à l’Université de Dijon.

De Gaulle le missionna durant l’automne 1963 pour nouer les premiers liens avec le gouvernement de la République populaire de Chine. Petit à petit, Edgar Faure réintégra le jeu politique normal et participa à nouveau, à partir du 8 janvier 1966, à l’action gouvernementale, plus gaulliste que radical (il a soutenu De Gaulle en décembre 1965 et pas Jean Lecanuet).

Il fut en particulier le fameux Ministre de l’Éducation nationale de l’après-mai 1968, tendant d’accompagner le vent de libéralisation qui sévissait au sein des universités. Également en charge des Affaires sociales sous Georges Pompidou, Edgar Faure était l’une des personnalités qui comptaient le plus au sein de la majorité gaulliste et centriste.

Après les élections législatives de mars 1973, Edgar Faure a réussi à se faire élire au perchoir contre Jacques Chaban-Delmas (qui fut Président de l’Assemblée de 1958 à 1969) grâce à des députés gaullistes violemment hostiles à Chaban (et proches de Pompidou et Chirac).


La perte d’influence…

À la mort de Pompidou, Edgar Faure, après quelques hésitations, renonça à se présenter (à l’époque, le candidat socialiste François Mitterrand avait le vent en poupe avec le programme commun mettait en danger la majorité sortante). Il se rallia naturellement à Valéry Giscard d’Estaing (comme Jacques Chirac) contre Jacques Chaban-Delmas.

Étrangement, après les élections législatives de mars 1978, les rôles furent inversés. Lui, radical, était alors soutenu par le RPR de Jacques Chirac pour garder le perchoir, face à Jacques Chaban-Delmas, baron gaulliste et RPR, soutenu …par les députés UDF. Et c’est ce dernier qui gagna l’adhésion des députés de la majorité. Finalement, Edgar Faure délaissa le Palais-Bourbon pour revenir au Sénat en septembre 1980 après être revenu à ses amours radicales (écoeuré par les positions antieuropéennes du RPR) et s’être présenté sur la liste de Simone Veil aux élections européennes de juin 1979. Il avait alors échoué à conquérir la présidence du parti radical face à Jean-Jacques Servan-Schreiber, lui aussi sur le déclin politique.

Soutenant l’ambition de présidentielle de Jacques Chirac dans la décennie 1980, Edgar Faure remplaça Michel Baroin (père de François Baroin), décédé tragiquement, à la présidence de la Mission pour la célébration du Bicentenaire de la Révolution française, tâche qu’il n’a pas pu, lui non plus, accomplir jusqu’à son terme.


Surdoué avec le revers de la médaille, un certain orgueil

Edgar Faure s’est éteint à 79 ans le 30 mars 1988, à quelques jours de la réélection de son compère de la IVe République, François Mitterrand, qui n’avait rien à lui envier dans les manœuvres politiciennes.

Il a laissé à la France l’image d’un serviteur très travailleurs d’une très grande mémoire, d’une intelligence fulgurante, d’une éloquence exceptionnelle et d’un grand sens de l’humour combiné à un grand orgueil et à une capacité d’adaptation à la limite de l’opportunisme.

Des personnalités très différentes de lui dans la classe politique, comme Arnaud Montebourg et Jean-Pierre Chevènement (entre autres) ont déjà eu l’occasion de lui rendre hommage. Ayant eu souvent à le côtoyer, comme opposant, dans sa région, Jean-Pierre Chevènement n’hésite désormais plus à le citer régulièrement, notamment quand il avait eu quelques vues sur la Présidence du Sénat en septembre 2011 : « Je reste fidèle à l’aphorisme d’Edgar Faure : ne jamais être candidat quand on ne vous le propose pas officiellement et ne jamais dire qu’on ne sera jamais candidat. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 mars 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pierre Mendès France.
La crise de 1958.
Charles De Gaulle.
Georges Pompidou.
Jean Lecanuet.
Jacques Chaban-Delmas.
Pierre Messmer.
François Mitterrand.
Valéry Giscard d’Estaing.
Jacques Chirac.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Thierry Le Luron.
Jean-Pierre Chevènement.
Arnaud Montebourg.
Quand Chevènement cite Edgar Faure.

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