Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Politique > Education nationale : le problème n’est pas là

Education nationale : le problème n’est pas là

Les apparatchiks de l’Etat-UMP qui veulent casser l’identité nationale de la France en violant au quotidien l’esprit de la Constitution ne connaissent ni limites ni complexes dans la duperie. Non, je ne vous parlerai pas des écoutes téléphoniques illégales de nos vaillants agents secrets, ni de l’attentat de Karachi, ni encore de l’Immaculé pour reprendre les termes de notre ami Imhotep que je remercie de nous informer aussi bien. Je ne vous parlerai que de l’avenir de vos enfants, confiés à la bienveillante Education Nationale, formatrice de bestiaux décérébrés que l’on envoie à l’abattoir du consumérisme. Ne vous inquiétez pas trop cependant car le fabuleux livre de Sophie de Menthon – Le Supermarché - qui échappa de peu au prix Goncourt tant la forme le dispute au fond (à droite de Luc en verlan) ne fait pas encore partie de la lecture obligatoire de nos petits protégés qui attendront un peu pour apprendre que le supermarché, c’est super bien parce qu’il y a plein de rayons partout et des jolies lumières qui mettent en valeur le format « Economique » bientôt en 3D. C’est pire !

Avant toute chose, je tiens à ménager la conscience dogmatique de mes lecteurs libéraux et étatistes en leur apprenant que je suis à la fois l’un et l’autre, et que de toutes les façons, je suis avant tout soucieux du bien-être du plus grand nombre, parce que j’aime les gens. Et eux aussi. Pour être plus cru, l’idéologie et le corporatisme, je n’en ai rien à cirer, j’essaie d’être objectif.

Je vous invite donc à parler de cette fabuleuse réforme de la classe de Seconde, et surtout du sort réservé au Conseil Pédagogique et aux enseignements optionnels (rebaptisés « d’exploration », c’est plus joli ma bonne dame) que sont les SES (Sciences Economiques et Sociales), PFEG (Principes Fondamentaux d’Economie et de Gestion), CIT (Création et Innovation Technologique) et autres SI (Sciences de l’Ingénieur).

Eh bien, figurez-vous chers amis de l’extrême droite à l’extrême gauche (que j’aime et qui m’aiment et qui ne sont chaque fois ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait des autres et m’aiment et me comprennent) que le Conseil Pédagogique – « cabinet noir des lycées » - est une nouvelle institution qui réunit le proviseur et les professeurs du lycée où on ne discute ni de la pluie ni du beau temps, mais où on prend surtout des décisions en dehors de toute base légale alors qu’il existe déjà une institution représentative habilitée à prendre des décisions de ce type. Mais le problème n’est pas là.

En effet, la décentralisation de l’enseignement qui voit la mutation de l’Education Nationale en Education Locale offre désormais de grands pouvoirs aux proviseurs jusques et y compris dans l’individualisation de la carrière des enseignants, ce qui ne serait pas intrinsèquement négatif à condition que les susdits proviseurs fassent preuve de compétence, ce qui est loin d’être toujours le cas (mais vu l’énorme responsabilité et la petite paye, on comprend), quand d’autre part la France s’illustre dans la production en série de médiocres chefaillons aux méthodes de management héritées d’une longue période aristocratique qui perdure jusques à aujourd’hui, chaque vrai travailleur peut constater que le sang bleu ne coule pas dans les veines du mérite et je ne pensais pas qu’au secteur scolaire ; faites maintenant une pause, je vais mettre un point. D’autre part, le problème n’est pas là.

Ce qu’il faut bien comprendre dans ce terme d’individualisation à la connotation méliorative, c’est que vous êtes un poids plume qui se bat contre un super lourd et qu’à vos droits il oppose sa droite. Les mal logés qui s’abritent sous un toit en carton comme Linda portait en son temps sa célèbre valise pourront venir nous parler de ce fameux droit opposable au logement, ingénieuse idée de notre bien-aimé Sarkozy, Présipotent de la Ripouxblique, toujours prompt à prendre la défense des faibles et des opprimés parce que pour avoir fait de grandes études, il sait que l’on reconnaît le degré de civilisation d’un pays au sort qu’il réserve à ses éléments les plus faibles, d’autant plus qu’il a fêté son élection avec les faibles et les opprimés. Je souhaite bien du plaisir aux futurs retraités « pour raison de santé » et leur conseille de se couper au moins les bras et les jambes et la tête (alouette !) en espérant que cela soit reconnu comme un handicap suffisamment sévère ; nous vivons une époque formidable pleine d’humanité, vous pouvez encore faire une pause, je vais mettre un point. Mais le problème n’est pas là.

Ce qu’il y a de génial avec la réforme des universités où chacune est davantage autonome (et la fac Pasqua – modèle de vertu – plus que les autres), c’est que les administrateurs qui ne servent pas à grand-chose reçoivent une prime d’environ 20 000 euros à la fin de l’année, et que vous pouvez être Maître de Conf ‘, vous aurez à peine un dixième de la somme. Mais le problème n’est pas là, et en plus, ça n’a rien à voir avec la réforme des Secondes.

J’ai cependant pensé que cela intéresserait les contribuables et les invite également à se pencher sur la façon dont leurs impôts sont utilisés en matière de rénovation et construction des établissements scolaires. Parce que je me suis laissé dire par des sources bien informées – comme on dit dans le monde journalistique – que les cabinets d’architectes sous-évaluent sciemment le budget pour obtenir le marché et qu’une fois les travaux commencés, ils « annoncent la couleur » et demandent des rallonges, de trèèèèès grandes rallonges, puisées dans vos très graaannnndes poches. Mais après tout, ce sont vos impôts, payez, taisez-vous et circulez. En plus, comme je l’ai dit, cela n’a rien à voir avec la réforme des Secondes. En plus, le problème n’est pas là.

En réalité, la réforme du programme de Seconde rend optionnels certains enseignements comme les SES. La partie sociologie a d’ailleurs été sérieusement rabotée, parce que le social n’est pas plus utile que la philosophie, il ne faut surtout pas que nos jeunes se mettent à penser qu’ils peuvent penser et qu’ils sont autre chose qu’une unité de production-consommation qui pour récompense a le privilège d’appuyer sur le bouton de la chaîne publicitittytainment. D’autre part, le gouverne-ment veut supprimer l’esprit de groupe parce que cela inciterait les plus jeunes à croire qu’ils pourraient obtenir davantage d’avantages en luttant ensemble pour un avenir meilleur. Rassurons-nous cependant, les esclavagistes ne savent pas reprogrammer les neurones miroirs et ils n’ont pas encore généralisé les techniques de recapture des neurotransmetteurs. Mais le problème n’est pas là.

Ce qui se passe donc, c’est que des proviseurs de plus en plus nombreux indiquent gentiment aux professeurs qui enseignent les matières optionnelles qu’ils n’ont pas besoin de noter leurs élèves, ni d’assister aux réunions parents-professeurs, ni aux conseils de classe parce que leur avis ne comptera pas. Oui, vous avez bien lu ! Je n’ose imaginer ce qui se passera lorsque les élèves l’apprendront. Ou plutôt si : ils foutront davantage le bordel et travailleront encore moins ces petits salopiaux ! La voie royale pour le Sénat.

Vous avez deviné la suite ? On rend optionnels certains enseignements, puis on les supprime. Comme on supprimera les COPS (Conseillers d’Orientation Psychologues) et les CPE (Conseillers Principaux d’Education) pour donner aux professeurs principaux – qui n’en peuvent plus - ce travail. « Prends moi pour un con. » - « Oui, mais tu me fais d’abord les photocopies ».

Que mes amis libéraux me comprennent : je ne suis pas dogmatiquement contre la libéralisation de l’enseignement, d’autant plus que le meilleur modèle se situe à mon avis à Singapour. Je note cependant qu’en matière de capacité d’abstraction, les Français sont les premiers au monde. Mais voilà, à Singapour, les gens sont compétents et honnêtes, pensent à l’intérêt général et ont le sens du devoir. Au contraire, le management à la française, d’essence aristocratique, produit en batterie des kapos à la boîte crânienne aussi vide que les coffres de la Banque de France laissé aux bons soins de Bernard-Nicolas Sarkozoff.

Mais quand je vous ai dit ça, je ne vous ai rien dit, et après tout, ce ne sont que vos enfants. En plus, le problème n’est pas là.

« Ici la France Libre. Les Français parlent aux Français. »

Moyenne des avis sur cet article :  3.86/5   (14 votes)




Réagissez à l'article

2 réactions à cet article    


  • David Meyers 12 novembre 2010 11:34

    La position du proviseur, et la modification con-sumériste béat des prérogatives du chef d’établissement et de la teneur des programmes est tellement tordue qu’il est difficile d’y voir clair ou d’y apporter un avis documenté.


    Merci d’ouvrir le débat avec des arguments accablants. Plus le peuple est bête et plus il est manipulable facilement. 

    • zelectron zelectron 13 novembre 2010 09:26

      Ça commence bien : « Les apparatchiks de l’Etat-UMP qui veulent casser l’identité nationale de la France » je ne crois pas, en revanche la bonne phrase eut été : les gôchistes qui veulent faire croire à toute force que les apparatchiks de l’Etat-UMP veulent casser l’identité nationale de la France... là, on voyage en « absurdie ».
      Dans les faits les gens au pouvoir aujourd’hui sont surtout des incapables à défaut d’être des « méchants » (quoique...), là ou ça se complique c’est qu’on peut douter que ceux qui vont (immanquablement) les remplacer ne soient de la même engeance, veules, lâches, imbuts de leur personne et à l’écoute (plus que distraite) de leurs (con)citoyens.
      Enfin le modèle de Singapour est-il si transposable que ça ?

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON

Auteur de l'article

Tristan Valmour


Voir ses articles






Les thématiques de l'article


Palmarès