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Égypte : la révolution de François Fillon

François Fillon a retenu la leçon de Christine Lagarde lorsque celle-ci déclarait qu’une révolution c’est un tour complet à 360 degrés . Rien, notre Premier ministre ne regrette rien, certainement pas son séjour familial sous le soleil des pyramides aux frais des contribuables Français et Egyptiens. Signe de l’extrême souplesse de la diplomatie française, François Fillon dans un remarquable grand écart a salué dans le même temps “la page nouvelle qui s’ouvre pour l’Égypte” et la décision “courageuse” du président Moubarak de quitter le pouvoir.

Courage Fillon. Il est comme ça notre Premier ministre, très vieille France, très poli à l’égard de ses anciens hôtes. Du porte-avions Charles de Gaulle actuellement en manœuvres conjointes avec la marine saoudienne en Mer Rouge, François Fillon a surtout tenu à rendre hommage à Hosni Moubarak. C’est aux Égyptiens qu’il “revient d’apprécier l’action de Hosni Moubarak et la trace qu’il laissera dans l’histoire de son pays. Mais personne ne pourra contester la contribution qu’il a apportée à la cause de la paix dans la région“, a déclaré le Premier ministre.

Une façon subtile de laisser penser que contrairement à Michèle Alliot-Marie, son voyage d’agrément en Égypte ne s’inscrivait pas en contre temps de l’histoire. “Au-delà de la satisfaction des attentes légitimes du peuple égyptien, dont le courage force l’admiration et le respect, nous souhaitons que l’Égypte puisse conserver le rôle majeur qu’elle a toujours exercé sur la scène régionale au service de la stabilité du Proche et du Moyen-Orient. La France, amie de toujours de l’Égypte, se tient plus que jamais au côté des Égyptiens dans cette nouvelle phase de leur histoire“, a déclaré M. Fillon.

François Fillon soigne sa communication. Parti en visite officielle, samedi et dimanche, en Arabie Saoudite et aux Émirats arabes unis, le Premier ministre a pris garde de ne pas prononcer sa déclaration dans les palais du golfe mais à bord de l’austère porte-avions de la marine nationale, dans une mise en image largement inspirée des pratiques de l’exécutif américain.

Pour minimiser la polémique, François Fillon (cette fois à Riyad) met en avant les précédents séjours et turpitudes des présidents Mitterrand, Chirac, Sarkozy et Obama en Égypte. Mais François Fillon n’est pas chef d’État, juste un pâlichon chef de gouvernement qui a assis sa popularité sur son image terne et sobre de père la rigueur.

Les détails de son séjour familial au pays des pharaons du 26 décembre au 2 janvier viennent altérer cette construction médiatique (en décembre 2008 la famille Fillon était déjà venue en Égypte dans les mêmes conditions). Sous la pression du Canard Enchaîné, le locataire de Matignon a indiqué que le voyage Paris-Assouan s’était effectué à bord d’un avion d’affaires Falcon 7X appartenant à la flotte gouvernementale française… en contradiction avec une règle stricte d’emploi des moyens aériens de l’État fixée par Matignon à l’automne 2010.

François Fillon déclare avoir réglé le voyage au tarif établi par l’armée de l’air, mais sans en révéler le montant. Un tel déplacement est évalué par France Soir en comparaison avec une compagnie privée à 45 000 €. Combien a payé la famille Fillon ? Les extras sur place ont été pris en charge par l’État Égyptien : séjour à l’hôtel de six jours (9 000 € environ) et excursion familiale à Abou-Simbel (trente minutes de vol) par le biais d’un jet privé de l’État égyptien.

Le plus grave dans tout ça c’est finalement la perte d’influence de la France dans les pays arabes. Après avoir raccroché très officiellement la partie du général de Gaulle à l’Otan, Nicolas Sarkozy continue à rapetisser l’image internationale de la France par une vacuité et une cécité de la politique étrangère à la remorque des États-Unis, entretenue avec soin par des occupants du Quai d’Orsay d’une grande médiocrité.

Non contentes d’avoir raté le train de l’histoire pour la Tunisie, Nicolas Sarkozy saluait, le 28 avril 2008, à Tunis, “un régime engagé dans la promotion des droits universels et des libertés fondamentales, où l’espace des libertés progresse“, les autorités françaises se sont ensablées dans l’épisode égyptien.

Là où il fallait proposer comme le suggère Hubert Védrine une stratégie d’accompagnement constructif et positif sans ingérence ni paternalisme, la France par son exécutif s’est contentée d’une dramatique approche touristique des situations, Premier ministre en tête.

 

 


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2 réactions à cet article    


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 14 février 2011 11:10

    "Une façon subtile de laisser penser que contrairement à Michèle Alliot-Marie, son voyage d’agrément en Égypte ne s’inscrivait pas en contre temps de l’histoire"

    Pourquoi donc continuer de s’interroger sur les péripéties des voyages d’agrément, privé, des uns et des autres : Président, Premier Ministre, Ministre des Affaires Étrangères, et cætera... ?

    Chacun comprend qu’un voyage officiel est possible dans des dictatures pour toutes ces personnes, au titre des relations diplomatiques officielles d’État à État, mais que tout voyage d’agrément, privé, dans ces mêmes dictatures, leur est parfaitement et totalement illégitime indépendamment de qui en paye les frais.


    • JL JL 14 février 2011 11:31

      « François Fillon a retenu la leçon de Christine Lagarde lorsque celle-ci déclarait qu’une révolution c’est un tour complet à 360 degrés . »

      N’oublions pas que Christine lagarde a été formée à l’école des chicago boys.

      Et ce sont les pratiques de ces gens là qui ont fait dire à Chomsky, je cite : "

      « Nous ne devons pas oublier qu’il existe une longue série de situations où il était impossible de soutenir quelques uns des tyrans favoris et il y a une routine standard pour répondre à cette situation : vous les soutenez aussi longtemps que possible, lorsque cela devient impossible, par exemple lorsque l’armée se retourne contre le tyran, alors il faut effectuer un virage à 180°, prétendre soutenir la révolte populaire, effacer le passé – à l’évidence le passé est embarrassant – ensuite il faut travailler dur pour essayer de restaurer une situation à peu de choses près identique à celle qui précédait. » (Noam Chomsky)


      Chacun pourra ici vérifier que, dans le monde de Christine Lagarde, une révolution c’est effectivement un tour complêt à 360 degrés.

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